TRANCHANT TRONCHON
TRONCHON
UN TRUC DE OEUF
Souvent gêné par des pépins physiques depuis le début de sa carrière et au coeur d’une première saison difficile chez Groupama-FDJ United, le Français a enfin été récompensé par un sprint référence hier. Un immense soulagement.
“Il (Bastien Tronchon) lui manquait juste un chouïa de confiance CLÉMEN'TB'ERTHET, SON ÉQUIPIER À GROUPAMA-FDJ UNITED
2 Sep 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX (AVEC J. C.)
ELCHE DE LA SIERRA (ESP) – Avant d’avoir les yeux pétillants dans les étreintes affectueuses de ses coéquipiers, Bastien Tronchon s’est touché la tête sur la ligne et a serré discrètement le poing. « Cette victoire représente vraiment beaucoup, vous ne pouvez pas savoir!, a-t-il savouré après son premier succès sur un grand Tour. Ç’a été une année vraiment compliquée, même là, je n’y croyais pas, je pensais qu’il y avait des gars devant ou qu’on allait me remonter, je me demandais si j’avais vraiment gagné, c’est pour ça que je n’ai pas levé les bras. »Bastien Tronchon a remporté hier sa première victoire dans un grand Tour.
Ce succès semblait effectivement assez surréaliste après sa 24e place à Manosque, la 12e à Roquetes et la 7e à Xeraco sur les étapes qui lui convenaient. Tronchon avait été assez discret depuis le début de cette Vuelta, comme ses coéquipiers. « Tout le monde disait qu’on avait une équipe moyenne ici, mais on prouve le contraire » , a d’ailleurs rappelé avec malice Valentin Madouas. « On a fait un super stage ensemble à Tignes avec ce groupe, on est restés soudés, a développé Rudy Molard. On n’a jamais cessé d’y croire. On va au combat tout le temps. Ça fait plusieurs grands Tours que je fais et… Putain, une victoire d’étape, c’est toujours particulier. »
Arrivé de Decathlon-AG2R La Mondiale comme principal renfort à l’hiver, Tronchon était l’une des pièces maîtresses pour sortir Groupama-FDJ United de sa morosité, mais lui aussi s’y est d’abord enfoncé. « Pas grand-chose…, s’est-il marré quand on lui a demandé ce qui lui avait permis de garder confiance en cette année loin des performances espérées. Juste mon entourage, ma copine, ma famille, mes proches, et l’équipe qui croyait toujours en moi. Ils savaient de quoi j’étais capable et c’est ce qui me tenait. Même sur la Vuelta, je ne suis pas arrivé super confiant, je n’étais pas super à l’aise sur cette première semaine. Mais toute l’année, je me suis dit: “Trust the process ( fais confiance à ton chemin)”. Ça commençait à être un peu long mais ça a payé. »
« Comme quoi ça peut vite tourner » , a noté Clément Berthet, qui a vécu le même transfert cet hiver, est tombé dès la 1re étape du Tour et commence à voir le jour sur cette Vuelta en pointant à la 11e place du général. « Il lui manquait juste un chouïa de confiance, précisait le Franccomtois. Je sais qu’il a une sacrée giclette, avec de la pré-fatigue comme ça, sur ce genre d’effort, c’est l’un des meilleurs au monde. Il l’a prouvé. »
Dans un final montant sur les quatre derniers kilomètres après plus de 3000 m de dénivelé, Tronchon a dompté Magnus Cort (2e), Thibau Nys (3e) et Wout Van Aert (4e), l’élite du genre. « Je ne connais même pas encore le top 10 ou le podium, mais je sais qu’il y a de grands noms, a humblement reconnu le puncheur de 24 ans. Quand on faisait le briefing au départ, on ne visait pas forcément la gagne mais plutôt le top 5. J’ai été surpris d’entendre à 25 km de l’arrivée que (Mads) Pedersen n’était plus dans le peloton, cela veut dire que la course était dure mais moi, je ne sentais pas trop mes jambes ! J’ai pris beaucoup de plaisir, je trouvais que c’était super beau. »
Une carrière émaillée de galères
Dans les décors western de ces plaines désertiques de l’Espagne profonde, ses coéquipiers étaient au petit soin, signe de la confiance qu’ils lui maintenaient. « Toute la journée, j’ai essayé de m’occuper de Bastien et il me disait : “Putain, ça va être un sprint à usure, je le sens, je le sens !”, a relaté Madouas. Et il avait raison. » Dans de telles conditions, Tronchon explique qu’il a « toujours eu conscience de [ses] capacités » , mais sa carrière a été émaillée d’une telle quantité de galères qu’il était difficile de montrer sa vraie valeur. Les mains arrachées sur une chute à l’entraînement en juin, le Chambérien avait déjà déclaré forfait sur les Quatre Jours de Dunkerque en mai à cause d’une maladie. Victime de douleurs à un genou sur le Giro l’an dernier, son staff médical avait décelé un problème au bassin à la source. En remontant encore le fil des « pépins réguliers » (Tronchon), il y a aussi ces poils incarnés sous le périnée en 2023, une fracture de la clavicule en mai2022 après avoir eu la grippe, et ce diagnostic du syndrome de Raynaud en 2020.
Déclenché par le froid, ce trouble de la circulation sanguine complique sa vie de cycliste. « Par exemple, j’ai fait un test de vingt minutes, il faisait 18 degrés et, au bout de 12 minutes, je ne pouvais plus rien faire, expliquait-il après ses premières courses chez les pros. Les crises se manifestent souvent quand je suis à bloc, la circulation ne passe plus à partir de là ( au poignet) et jusqu’au milieu du pied. » Un handicap qui suggère un avantage, à l’inverse, au-delà des 30 degrés comme hier. « Je me sens bien dans la chaleur, mais je ne sais pas si c’est lié au syndrome de Raynaud » , a-t-il expliqué.
Un an avant de conquérir son troisième succès chez les professionnels, Tronchon avait d’ailleurs remporté le Tro Bro Leon dans des conditions dantesques, en 2025, fouetté par le vent et recouvert de boue à l’arrivée. Comme le coureur de Classiques auguré par son punch, hier. Pourvu que les maux l’épargnent.
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Bien embusqué dans le sprint
2 Sep 2026 L'Équipe
L. He.
Dans ses vlogs du mois d’août sur ses réseaux sociaux, Bastien Tronchon ne parle pas des vacances ou de la rentrée, il évoque plutôt sa frustration à suivre les trains des autres équipes sur les sprints de cette Vuelta. « Dans la dernière vidéo, j’avais annoncé que la prochaine fois, c’est moi qui lancerais, a raconté le puncheur de Groupama-FDJ United, vainqueur de la 10e étape au bout d’un sprint de plus de 300 mètres à Elche de la Sierra. J’avais envie de montrer ce que je valais dans les jambes, pas en comptant sur les autres.»
1. L’improbable poisson-pilote
« C'était assez chaotique et dur, donc quand on se sent un peu mieux que les autres, généralement on a un peu plus de clairvoyance, a d'abord analysé Tronchon. À 1 km, j'étais à l'avant de la boule mais c'était difficile de s'extraire. J'ai pu trouver Guillaume Martin-Guyonnet qui arrivait sur la droite. » Il est rare de retrouver le grimpeur normand à cet endroit mais les quatre derniers kilomètres difficiles ont brouillé les positions. « J'ai eu une ouverture pour le lancer, un rôle que je n'ai pas l'habitude d'avoir mais je suis assez fier » , a confirmé le poisson-pilote de circonstance.
2. Un kick lointain mais dans l’aspiration
« Une fois que Guillaume n'allait plus avoir d'énergie, je voulais lancer mon sprint, peu importe où ça allait être » , a déroulé Tronchon. À plus de 300 m de l'arrivée, il lance donc de très loin, en même temps qu'Alessandro Romele (XDS-Astana) qui va pourtant s'écraser (5e de l'étape).
3. Dans la trajectoire du duo
« Finalement, c'était un peu loin mais j'ai pu profiter de l'aspiration des deux coureurs qui étaient devant, donc tous les voyants étaient au vert » , a détaillé Tronchon. Devant lui, Mikel Azparren et Yevgeniy Fedorov avaient tenté de faire le coup du kilomètre. L'effort du Kazakhstanais pourrait servir à son coéquipier Romele mais Tronchon a sprinté plus intelligemment pour suivre la trajectoire du duo.
4. Sur l’ensemble, un effort de puncheur
« Pendant tout le sprint, bien sûr je ne regardais pas les datas mais j'attendais qu'on me remonte, je pensais que les autres sprinteurs comme ( Wout) Van Aert allaient me dépasser, a concédé Tronchon. Mais ça n'est jamais arrivé. Donc je pense que je suis pas mal sur les datas. ( Rires.) » Pour résister aussi longuement au sprint, il fallait des fibres musculaires mixtes. « On savait que c'était une bonne arrivée pour lui, c'était plus pour les puncheurs que les purs sprinteurs » , confirme Martin-Guyonnet.
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