Gianni Infantino plus très loin du hors-jeu
NHAC NGUYEN/AFP
Le président de la Fifa, lors de la finale du
championnat asiatique ASEAN, à Hanoï, le 26 août.
Chaque jour, de nouvelles voix s’élèvent pour réclamer la démission du président de la Fifa, qui coûte que coûte s’accroche à des branches de moins en moins robustes.
Certains plaident pour une organisation dotée d’une
transparence accrue et d’un contrôle indépendant.
2 Sep 2026 - L'Humanité
ÉRIC SERRES
L’étau se resserre chaque jour un peu plus autour du président de la Fédération internationale de football (Fifa), Gianni Infantino. Depuis que ce dernier a lancé, début août, ce qu’il pensait être l’idée du siècle en annonçant vouloir créer une société (la Fifa Forward Enterprise) à l’aide d’investisseurs privés pour gérer les activités commerciales de l’instance et les Coupes du monde, la fronde ne cesse de s’amplifier au sein de la planète ronde. Le Suisse, qui s’imaginait bien briguer un 3e mandat à la tête de l’organisation internationale, le 18 mars 2027, lors du 77e congrès réunissant les États membres à Rabat (Maroc), voit ses soutiens peu à peu s’éloigner. Ce qui, lors des deux précédentes élections, avait été une simple formalité, faute de concurrents, semble dorénavant ressembler à un véritable parcours du combattant pour l’homme fort du football mondial…ainsi, selon plusieurs sources, le président de la confédération d’amérique du Nord, d’amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), Victor Montagliani, pourrait être un candidat sérieux pour défier le calife en mars prochain. Et pour cause! Outre les réprobations au sein même de la direction de la Fifa, d’autres voix se sont élevées ailleurs.
Dernière en date, la Fédération italienne de football (FIGC) a annoncé retirer son soutien à la réélection du président actuel, rejoignant ainsi de nombreux autres pays (Suède, Écosse, Angleterre, Hongrie, Danemark, Nouvelle-zélande, etc.) mais aussi les confédérations européenne (L’UEFA), nord-américaine et asiatique (L’AFC). Même si la Nazionale n’a pas participé aux trois dernières Coupe du Monde, elle n’en demeure pas moins un poids lourd mondial auréolé de quatre titres. Dans un communiqué, la Fédération italienne a assuré être en « pleine convergence » avec L’UEFA. Son président, Giovanni Malago, a expliqué : «Nous continuerons à travailler aux côtés de L’UEFA et des autres fédérations européennes pour promouvoir une vision du football fondée sur le mérite, la solidarité, la durabilité et la place centrale des supporteurs. » Supporteurs qui, à travers une coalition internationale, ont lancé en août une pétition afin d’exiger la démission d’infantino. Ils lui reprochent un mode de gouvernance basé sur le clientélisme, le culte de la personnalité et une gestion financière des compétitions qui réserve ces dernières aux seuls fortunés.
Mais là ne s’arrête pas le raz de marée frondeur. La Fédération néerlandaise (KNVB) appelle à la tenue d’un sommet international à Amsterdam, sans Gianni Infantino, pour discuter d’une réforme profonde de la gouvernance de la Fifa. Dans un communiqué, la KNVB affirme que l’instance mondiale a besoin d’un nouveau leadership à partir de 2027, tout en soulignant qu’un changement de président ne suffira pas. La KNVB plaide pour une organisation «forte et crédible», dotée d’une gouvernance renforcée, d’une transparence accrue et d’un contrôle indépendant. Par ailleurs, elle souhaite que les droits humains, la durabilité et la lutte contre le racisme et les discriminations deviennent des éléments centraux des décisions de la Fifa.
LES JOUEURS S’EN MÊLENT
Aux fédérations, confédérations et supporteurs s’ajoute désormais la voix d’anciens grands joueurs. Autour d’emmanuel Petit ou Mikaël Silvestre, tous plaident pour une réforme de la Fifa. Bixente Lizarazu, Juan Sebastian Veron, Robert Pirès, Didier Drogba, Claudio Pizarro, Lucy Bronze, Emmanuel Adebayor et tant d’autres appellent à un changement de gouvernance. « Trop c’est trop ! » clament-ils en choeur. Quant à la Fédération française de football, avec à sa tête Philippe Diallo – qui s’est assez tardivement positionné contre le projet d’entrée d’investisseurs privés –, elle réunira son comité exécutif le 10 septembre pour adopter une position définitive. Enfin, même Joshua Kushner, principal investisseur du projet de privatisation de la Coupe du monde et proche de Donald Trump, vient de lâcher l’affaire.
Le bateau amiral a donc des voies d’eau, mais son capitaine peut encore compter sur quelques affidés pour écoper. Ainsi la Confédération africaine de football (CAF) et une partie de la Confédération sudaméricaine (Conmebol) maintiennent leur soutien. Certaines anciennes gloires du foot sud-américaines ont elles aussi rejoint sur X le camp des légalistes : Javier Zanetti, Esteban Cambiasso et un certain Javier Pastore. Voilà de quoi faire se retourner dans sa tombe Diego Armando Maradona. Argentin comme les trois cités plus haut, il s’est, de son vivant, toujours opposé aux dirigeants du football mondial.
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