Il ose, mais il dose
Wemby engagé sur tous les fronts
À l’image de lundi, où il a été amené à répondre à une question sur les prochaines élections de mi-mandat aux États-Unis, Victor Wembanyama assume de plus en plus ses opinions politiques et sociétales, mais il reste lucide sur les limites de sa parole et le prix qu'elle pourrait lui coûter.
Il a appelé à « s’éloigner des extrêmes » lors des législatives françaises de 2024
Un des rares joueurs de NBA à s’indigner des meurtres d’ICE à Minneapolis
30 Sep 2026 - L'Équipe
MAXIME AUBIN
SAN ANTONIO (USA) – Victor Wembanyama n’échappe pas à l’actualité politique. À peine revenu à San Antonio pour préparer sa quatrième saison avec les Spurs que l’intérieur de 22 ans, déjà star parmi les stars en NBA, a été interrogé sur les élections de mimandat états-uniennes, lundi matin, lors du media day de rentrée de son équipe.
Comme toujours, il a pris le temps de la réflexion avant de répondre, assumant ses opinions tout en faisant preuve d’une grande prudence sur un sujet délicat à aborder pour un étranger vivant aux États-Unis. « Je pense que j’ai beaucoup de chance de pouvoir vivre ici en tant qu’athlète. je pense que c’est un pays où la vie du citoyen moyen est difficile », a-t-il estimé, conscient que le résultat des élections de midterms prévues le 3 novembre, qui décideront qui contrôlera le Congrès américain pour les deux dernières années du mandat du président, Donald Trump, pourrait l’affecter.
« Je ne savais pas qu’il y avait cette échéance cette année. Ça va sûrement m’impacter. Mais malheureusement, je ne pourrai pas l’impacter directement de mon côté, car je ne suis pas américain. Je vais me concentrer plutôt sur mon pays. »
Dans son pays natal, justement, Victor Wembanyama se sent plus libre d’aborder des sujets brûlants. En juin 2024, alors qu’il préparait les Jeux Olympiques avec l’équipe de France, le Francilien avait été interrogé sur les élections législatives anticipées, conséquence de la dissolution de l’Assemblée nationale. Sa réponse avait été claire: « C’est important de s’éloigner des extrêmes. Je pense que ce n’est pas du tout la direction à prendre pour un pays comme le nôtre. »
Cet été, à la veille d’affronter la Slovénie à Paris en qualifications pour la prochaine Coupe du monde avec les Bleus, il a de nouveau revendiqué sa liberté de parole. Il répondait cette fois à une question sur l’élection présidentielle française prévue au printemps 2027. « Je ne me suis pas penché sur le cas de la présidentielle. Je n’ai pas peur de dire mon avis, pas peur de déplaire. Il y a des valeurs qui me guident. Je n’appelle pas ça prendre position, j’appelle juste ça donner mon avis, je ne soutiens personne en particulier politiquement. Il y a des choses problématiques, et quand je les vois, ça ne me dérange pas du tout d’en parler. » Un « Wemby » engagé, en somme, mais pas encarté.
Et quand l’actualité devient insoutenable, le géant de 2,24 m ne peut tout simplement pas se taire. Comme le 28 janvier dernier, peu après la mort d’un deuxième citoyen états-unien abattu à Minneapolis par des agents de l’ICE, la police de l’immigration US, dont les méthodes brutales dans la traque des sans-papiers avaient provoqué de vastes manifestations dans la ville du Minnesota. « Le service communication des Spurs a essayé de me conseiller (sur la réponse à donner), mais je ne vais pas m’asseoir ici et sortir un discours politiquement correct » , avait courageusement lancé Victor Wembanyama au micro de la salle d’entraînement des Spurs à San Antonio. Il était alors l’une des rares stars de la NBA à oser prendre la parole sur le sujet. « Tous les jours, je me réveille, je regarde l’actualité, et je suis horrifié. Je trouve ça fou que certaines personnes puissent donner l’impression, ou laisser entendre, que le meurtre de civils puisse être acceptable. »
Là encore, il avait conclu en expliquant pourquoi il ne pouvait pas s’étendre davantage sur le sujet, dans un pays où l’administration actuelle a fait de la chasse aux immigrés l’une de ses priorités. « Ça demande du courage, mais ça peut aussi avoir un prix. Chacun doit décider du prix qu’il est prêt à payer. Je suis conscient que dire tout ce que j’ai en tête aurait un coût trop élevé pour moi aujourd’hui. Donc je préfère ne pas entrer dans trop de détails. »
Même quand on l’interrogeait en avril dernier sur son empreinte carbone, le meilleur défenseur de la saison dernière en NBA ne s’est pas débiné, lucide sur le fait d’évoluer dans l’un des Championnats les plus polluants au monde, où chaque équipe parcourt des dizaines de milliers de kilomètres en avion chaque saison.
« Je m’en soucie énormément et j’ai une certaine culpabilité à polluer autant en tant que personne qui prend l’avion quand même pour 41 déplacements par saison (sur 82 matches de saison régulière en tout). J’espère, ce n’est pas que j’espère, je veux avoir un impact et je veux contrecarrer cette empreinte carbone négative que j’ai grâce à l’impact que je peux avoir, que ce soit financièrement, socialement. »
À l’écouter, on en oublierait presque son âge : seulement 22 ans, et toute une carrière de basketteur à construire dans un pays étranger, où chaque mot peut être retenu contre lui. Bien que toujours prudentes, ses prises de position sont déjà courageuses, prémices d’un engagement qui ne demande qu’à s’affirmer, en paroles et surtout en actes.
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