Elena Colas, 16 ans, rêve de redorer le blason de la gym française
Elena Colas (lundi, lors des qualifications) disputera les finales du concours par équipe, du concours général, des barres asymétriques et de la poutre lors des championnats du monde à Rotterdam.
Quadruple médaillée d’europe cet été, l’adolescente ambitionne désormais de conquérir le monde. Et de briller aux Jeux olympiques 2028.
« Elena a un véritable tempérament de championne,
capable de répondre présent dans les moments importants
avec une vraie force de caractère qui impressionne dans l’équipe »
- Christophe Lambert directeur de la
performance au sein de la fédération
21 Oct 2026 - Le Figaro
Cédric Callier
Le 28 juillet 2024, dans le magnifique écrin de l’accor Arena, l’équipe de France féminine de gymnastique avait vécu un cauchemar lors des Jeux de Paris. Aucune place en finale olympique, un psychodrame en interne, une tête de gondole - Mélanie De Jesus Dos Santos - au plus mal sur le plan mental… Le fond paraissait atteint. Et les capacités de rebond demeuraient incertaines. Finalement, il aura suffi d’attendre deux ans pour que l’espoir revienne, et que la lumière se rallume. Grâce en est rendue à une adolescente de 16 ans, Elena Colas, qui, dès sa première grande compétition internationale en senior, a frappé fort…
Très fort, même, avec ses quatre médailles lors des championnats d’europe organisés mi-août à Zagreb, dont une en or sur la poutre, assortie d’une 3e place du concours général - le premier podium français à ce niveau depuis le titre de Mélanie De Jesus Dos Santos en 2019 -, sans oublier l’argent décroché au sol - qui venait confirmer son succès en Coupe du monde sur cet agrès en avril à Osijek, déjà en Croatie. Deux mois plus tard, la Française porte un regard empli de fierté sur cette formidable réussite inaugurale. «J’étais très contente d’avoir montré de belles choses», confie-t-elle, de sa petite voix trahissant son âge, mais contrastant avec la maturité et l’assurance qu’elle dégage. « Je ne m’attendais vraiment pas à repartir avec autant de médailles et à faire ces résultats-là. C’est grâce au travail que j’effectue chaque jour, et ça fait du bien d’avoir un tel retour positif pour me confirmer que je suis sur la bonne voie. J’ai abordé les finales de manière très sereine. J’ai raté ma qualification pour celle où on m’attendait peut-être le plus, aux barres, donc je me suis dit que je n’avais rien à perdre : je pouvais seulement gagner de l’expérience et du travail. J’y suis donc allée, juste pour me faire plaisir. »
Une approche gagnante, donc, pour le plus grand plaisir de Christophe Lambert, le directeur de la performance au sein de la fédération. « Au-delà des résultats d’elena, c’est aussi la manière qui impressionne. Sa compétition n’a pas toujours été facile. Elle a su rester concentrée, gérer les moments difficiles et se remobiliser. Tout le monde a ainsi pu constater ce que nous avions identifié avec le staff : Elena a un véritable tempérament de championne, capable de répondre présent dans les moments importants avec une vraie force de caractère qui impressionne dans l’équipe. »
Une équipe de France que la Tourangelle aurait pu quitter en raison d’un profond différend entre ses entraîneurs depuis son plus jeune âge, Marc et Gina Chirilcenco, et la fédération. Mais Elena Colas a décidé de rester au sein de son club d’avoine-Beaumont, donc de ne pas suivre les Chirilcenco, en partance pour le Qatar avec certaines de ses jeunes partenaires. Un choix fort de la part de cette gymnaste décidée à faire briller les couleurs de la France, en étant dirigée désormais par sa mère, Carole Boin, salariée du club d’avoine-Beaumont depuis des années. Un épisode qu’elle a pris le temps de digérer : « Cela a été dur à encaisser, de quitter mes entraîneurs de toujours, mais j’ai fait mes choix et eux, ils ont fait les leurs. S’ils l’ont fait, c’est qu’ils avaient vraiment une opportunité en or. Moi aussi, je sais que j’en avais une, mais j’ai préféré rester sur mes positions. Je n’avais pas envie de partir loin de ma famille, parce que j’ai un très bon équilibre là où je suis. Partir aurait été une sorte d’échec. Et je n’étais pas en adéquation avec ce que le Qatar représente, avec ses valeurs. Aujourd’hui, je suis très contente de l’avoir fait, quand je vois mes résultats récents. »
Ainsi, après sa réussite aux championnats d’europe, et malgré une petite blessure à un pied qui a perturbé sa préparation, la gymnaste a brillé devant le public français de l’accor Arena à l’occasion d’une étape de Coupe du monde fin septembre où elle a décroché l’or aux barres asymétriques. Comme un préambule à ses premiers championnats du monde, où elle s’est qualifiée, lundi, à Rotterdam, pour les finales du concours général (ce vendredi), des barres asymétriques (samedi) et de la poutre (dimanche). Sans oublier la compétition par équipes, dont la finale aura lieu ce mercredi. Des Mondiaux que la Française voulait aborder « sereinement. Je sais que, désormais, je suis plus attendue, mais je ne veux pas me mettre une pression inutile. Décrocher une médaille, ce serait la réalisation d’un rêve, mais je suis encore jeune et, même si je n’aime pas me projeter trop loin dans l’avenir, je me dis que ce ne seront sans doute pas mes seuls championnats du monde. »
Une manière de prendre du recul pour cette élève de première qui a dû quitter le lycée pour poursuivre une scolarité à distance. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un regard sur la crise et le mouvement des lycéens. « Sur l’état des établissements, les horaires, je suis d’accord avec eux, confie-t-elle dans les colonnes de L’équipe. J’en discute avec mon frère, parce que lui est à la fac, où c’est un peu la même chose. Mais de là à brûler des choses… Ça m’énerve, parce que la plupart des gens qui cassent ne sont pas des élèves mais des gens qui en profitent pour faire du mal. Il y a aussi un peu d’incompréhension parce que certaines choses pourraient changer, mais on n’est pas à plaindre non plus. » Une preuve de maturité qui pourrait l’emmener haut, très haut, même alors que se profilent en 2028 les Jeux olympiques de Los Angeles. Mais avant cela, il y a Rotterdam, et le monde à conquérir.
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