JOUEZ JEUNESSE!
Avec Rudy Gobert en seul trentenaire, les Français de NBA n’ont jamais été aussi jeunes. Derrière la prolongation record de Victor Wembanyama, une majorité d’entre eux doit solidifier sa place dans la Ligue en vue de décrocher un nouveau contrat.
21 Oct 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK (avec A. P.)
Les douze coups de minuit ont retenti près de la Maison-Blanche sans la bonne nouvelle espérée par Bilal Coulibaly. L’ailier de Washington et sa franchise avaient jusqu’à lundi pour se mettre d’accord sur une prolongation de contrat après trois saisons en NBA. Mais l’affaire a été renvoyée à l’été prochain pour le vice-champion olympique de Paris (2,03 m, 22 ans), qui n’imitera pas son pote Victor Wembanyama. Début juillet, l’intérieur des Spurs est entré dans une autre stratosphère avec un bail de cinq ans et 252 M$ (224 M€). Le plus gros contrat jamais signé par un Français.
Orphelin de Guerschon Yabusele (30 ans, reparti en Europe) et Nicolas Batum (37 ans, retraité), Rudy Gobert (34 ans), qui va entamer sa cinquième saison dans le Minnesota, est le doyen d’une escouade de 17 Français à l’attaque de la saison NBA avec une jeunesse inédite : 22,5 ans d’âge moyen! « Il ne reste plus que Rudy chez les anciens, et derrière, c’est la génération Wembanyama. La Ligue évolue toujours plus vite, chaque année quelque chose peut venir effacer ce que tu as construit. Pour Bilal Coulibaly, c’est un manque de chance : le numéro 1 de la draft AJ Dybantsa atterrit là-bas et change les choses » , explique Kévin Séraphin, ancien pivot en NBA et consultant pour le diffuseur Prime Video.
Vite faire ses preuves
Embauché par la super-team de Philadelphie, Rayan Rupert est le seul Français sous contrat précaire (two-way), mais le petit frère d’Iliana n’est pas le seul à devoir assurer son avenir à long terme aux États-Unis. « J’ai compris qu’une carrière NBA pouvait être très courte. Cet été, le point de bascule, c’était de voir certains gars draftés au premier tour être poussés hors de la NBA, ou échangés avant la fin de leur contrat rookie » , racontait Noah Penda lors de la journée médias d’Orlando. Symbole de ce tourbillon, Zaccharie Risacher a été envoyé par Atlanta à Dallas, deux ans seulement après être devenu numéro 1 de la draft 2024.
« La patience des équipes se réduit. Il faut avoir montré des choses au bout des deux premières années pour être renouvelé. Cela va très vite. Avant, on allait quasiment tout le temps au bout du premier contrat ( 4 ans). Un rookie à 4 ou 5 millions de dollars la saison n’a plus le luxe qu’on prenne le temps de le développer. Désormais, il faut arriver plus prêt ou plus tard en NBA », pose Olivier Mazet, l’agent de Mohamed Diawara, sacré avec New York en juin dernier.
« Pour moi, il n’y a pas de question de “trop jeune ou pas”. Mais à l’image de Frank Ntilikina quand il était à New York ou de Zaccharie Risacher, certains ont besoin de plus de temps pour se développer et les équipes, après un an, regardent ce que fait le voisin et disent “lui, il marche déjà” » , appuie Séraphin.
Une année charnière pour Risacher et Sarr
Si Alexandre Sarr (Washington) ou Maxime Raynaud (Sacramento) ont vite gagné une place dans leur franchise, la chute de temps de jeu de Risacher à Atlanta l’an passé a montré que tout peut tourner très vite. « J’ai essayé de ne pas penser à ce qu’il se disait autour de moi. Mais quand j’ai été échangé, j’ai pu parler aux dirigeants et au coach de Dallas, voir qu’ils étaient contents de m’avoir. C’est important de voir que je fais partie de leur équipe, qu’ils veulent me voir réussir » , posait l’ancien joueur de Bourg au media day des Mavericks.
Tête d’affiche française de la draft 2024, Risacher pourra prolonger l’été prochain – comme Alexandre Sarr à Washington – si tout se passe bien avec Dallas. Derrière Raynaud, la cuvée 2025 devrait, elle, avoir sa chance de briller, à l’image de Joan Beringer, pressenti pour être la doublure de Gobert à Minnesota. Le chemin est tracé. Depuis 2016, seuls Gobert et Victor Wembanyama ont réussi à prolonger leur contrat rookie dès la fin de leur troisième saison NBA.
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« Être drafté jeune, c’est à double tranchant »
À un an de la Coupe du monde, Frédéric Fauthoux scrutera le temps de jeu des jeunes Français en NBA. Pour le sélectionneur des Bleus, la concurrence au sein des franchises est forte et s’y imposer est difficile.
"Beaucoup de Français jouent et ont d’énormes responsabilités en Euroligue.
Le temps de jeu, c’est forcément quelque chose qui comptera dans
une sélection où on n’aura que cinq semaines de préparation"
- FRÉDÉRIC FAUTHOUX, SÉLECTIONNEUR DES BLEUS
21 Oct 2026 - L'Équipe
S. Sa
« Que vous inspire le rajeunissement du contingent de Français en NBA?
Onest tous heureux queles joueurs soient draftés, c’est unevraie reconnaissance dela formation française avec unejeune génération sélectionnée pour son potentiel. L’étape suivante, c’est dejouer et deprendre des responsabilités dans sa franchise. Cen’est pas le cas pour tous. Je vais d’abord regarder combien ont du temps de jeu cette saison, observer commentils sont utilisés.
Est-il plus difficile de s’imposer en NBA aujourd’hui?
Laconcurrence est énorme. Beaucoup jouent leur carrière sur leurs deux premières saisons NBA, et ce n’est pas simple demontrer des choses tout de suite. Cesont degros challenges très vite pour des joueurs qui nesont pas tous encore arrivés àmaturité. Être drafté jeune, c’est àdouble tranchant. Ils sont choisis, les Américains aussi, sur ungros potentiel technique, physique et mental. Mais après, tu joues et il faut prouver sur le parquet avec tes armesdumoment. S’ils arrivent àpasser ce cap et àrester enNBA après 24 ou25ans, c’est très bon, car leur basket est unpeuplus enplace.
En vue de la Coupe du monde, leur temps de jeu en NBAsera-t-il un critère crucial?
Complètement. Beaucoup de Français jouent et ont d’énormes responsabilités enEuroligue. Letempsdejeu, c’est forcément quelque chose qui comptera dans unesélection oùonn’aura quecinq semaines depréparation.
La France compte six pivots en NBA (Wembanyama, Sarr, Diabaté, Raynaud, Gobert, Beringer). Les intérieurs sont-ils devenus nos meilleurs porte-drapeaux?
Il faut croire, quand on le dit comme ça (sourire). On a une chance énorme d’ avoir ce potentiel, des joueurs degrande taille, élancés, athlétiques, qui traversent vite le terrain. La NBA estuneligue oùça bouge vite, ça prend des shoots rapides. Nosintérieurs ont le profil pour s’exprimer, onles retrouve là-bas, et c’est pour ça qu’on neles apasenfenêtres internationales ( il rit).
Par opposition, Nolan Traoré est le seul pur meneur français en NBA…
C’est conjoncturel. Onpeutenformer, peut-être qu’on n’a pas assez misen avant les caractéristiques qui sont importantes pour ce poste-là enNBA. Ils cherchent des joueurs avec unpremier pas très rapide et attendent quel’adresse autir prenne le relais. On a des postes 2 et 3 (arrières et ailiers) enNBA,maispeude meneurs. Après, certains pourraient y être. Sylvain Francisco par exemple, au Zaccharie Risacher est passé d’Atlanta à Dallas, deux ans après avoir été choisi en numéro 1 de la draft NBA. Est-ce le bon terrain pour rebondir?
La pré-saison s’est bien passée pour lui, c’est encourageant. Il faut qu’il retrouve dutempsdejeuet dela confiance. Il est bien entouré avec unvrai meneur de jeu (Kyrie Irving, de retour de blessure). Sur sa première saison avec Atlanta, il avait très bien joué en compagnie de Trae Young, mais sur la deuxième saison, Young n’était plus là (échangé en décembre), c’était plus difficile. Il tirera son épingle du jeu. Cet été, il afait unebelle fenêtre internationale (juillet), il y avait les jambes et l’envie, il manquait juste del’adresse après son faible temps de jeu. »

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