Mads Pedersen, la belle prise de Foix


STEPHANIE LECOCQ/REUTERSPar cette canicule (38-42 °C), 
la traversée du pays cathare et la confrontation avec 
des reliefs ariégeois ont ouvert des perspectives variées.

Dans la 4e étape, entre Carcassonne et Foix (181,9 km), victoire du Danois (Lidl-trek), au terme de la première échappée au long cours. Le Norvégien Torstein Traeen (Uno-x) récupère le jaune.

O’épopée de Luillet est devenue un exercice de résistance en intensité sélective ultra concentrée.

8 Jul 2026 - L'Humanité
Foix (Ariège), envoyé spécial. JEAN-EMMANUEL DUCOIN

ACTE I, SCÈNE 1.

Toujours enfant de quelqu’un en écrivant sans relâche notre marche dans l’illimité, le grand sablier du Tour se rappela à nous, égrenant cette fascinante distorsion du temps qui dicte le tempo de ce monde en réduction et exige démesure des hommes qui l’honorent. Entre Carcassonne et Foix (181,9 km), pour une étape de transition et le franchissement de quatre cols de très moyenne altitude sous un cagnard affolant, nous prîmes conscience que le profil du jour, malgré tout, affichait ses 2 700 mètres de dénivelé positif – et que le col de Montségur, à 35 kilomètres du but, pourrait provoquer quelques brisures inattendues. Par cette canicule galopante (38-42 °C), la traversée du pays cathare puis la confrontation avec les plus accessibles des reliefs ariégeois ouvraient des perspectives variées. Les nouvelles « sanitaires » et « sportives » du peloton, après seulement quatre jours, continuaient d’ailleurs de nous interpeller. Rendez-vous compte : mardi matin, le 21e au classement général (Egan Bernal) pointait déjà à plus de 4 minutes. Passé la trentième place, au-delà des 10 minutes. Et les coureurs pointant après la cinquantième position affichaient plus de 20 minutes de débit. Sans parler des 40 derniers, tous à plus 50 minutes. Autant une étrangeté qu’une dinguerie, ce qui témoignait que nos Forçats avaient laissé pas mal de leurs ressources physiques et mentales. L’épopée de Juillet fut jadis une épreuve d’endurance de l’extrême, elle est devenue un exercice de résistance en intensité sélective ultra concentrée.

ACTE I, SCÈNE 2.

On nous accordera un pas de côté, puisque l’actualité du jour se déroula d’abord dans les rues de Carcassonne, peu avant le départ, place du Général-de-gaulle. En milieu de matinée, nous assistâmes en effet à une autre course de vélo, fictive mais ô combien symbolique : son parcours se limitait à 2 kilomètres, mais il fut négocié avec les organisateurs. À l’initiative de ce rassemblement, l’union audoise de la CGT entendait signifier sa protestation contre la décision de Christophe Barthès, l’odieux maire RN de la ville, qui envisage de déloger l’organisation syndicale de la bourse du travail, qu’elle occupe depuis 1938. « On s’inscrit dans cet événement sportif et populaire pour mettre en lumière notre combat », expliqua Sophie Trochet, secrétaire générale de l’union départementale CGT, soutenue par une intersyndicale locale (CFDT, FO, FSU, Solidaires, CFTC, Unsa). La route du Tour comme on l’aime, quand elle nous installe dans les pas de l’histoire.

ACTE II, SCÈNE 1.

Puis le grand barnum s’élança, et la baston traditionnelle enflamma les plaines de l’aube. Après 20 bornes, 34 courageux prirent la poudre (parmi lesquels Traeen, Pedersen, Simmons, Steinhauser, Vauquelin, Stuyven, Vacek, Philipsen, Matthews, Girmay, Frigo, Grégoire, Costiou, etc.). Fuyards adoubés. Signalons que des cinq formations non représentées en tête figuraient évidemment les UAE de Pogacar, les Visma de Vingegaard et les Decathlon CMA CGM de Seixas. Les travailleurs de l’ombre restèrent au service de leurs leaders, notamment de notre P’tit Paul, qui, depuis quatre jours, tient son rang sans trop faire de bruit. Sa prestation, lundi sur les hauteurs des Angles, ne passa pas inaperçue. À portée de vue des Pogacar ou Vingegaard. « Dans la montée, j’étais plutôt bien et il m’en a manqué un tout petit peu pour accrocher les meilleurs », se satisfaisait le Français. « Quatrième, c’est déjà bien. J’étais content de cette journée, c’était un bel effort, je me sens bien », avoua le gamin, heureux d’avoir terminé dans la même seconde que Vingegaard et Carapaz, mais grignotant deux secondes à la pédale à Lipowitz, Evenepoel, Del Toro et Ayuso. Son entourage parlait d’une « entrée dans le Tour » gérée « presque à la perfection, malgré quelques petits faits de course ». Comme le dit lui-même Paul Seixas : « Vivement la haute montagne ! »

ACTE II, SCÈNE 2.

Les scrutateurs regardèrent la cavalcade enfiévrée de chaleur, bercés d’ancestrales ondes de choc. Les deux sprinteurs évadés de la troupe, Girmay et Philipsen, se relevèrent à la suite du sprint intermédiaire. Et, pour notre plus grand bonheur, le scénario d’une échappée fleuve triomphale se dessina, le peloton jouant les paresseux, à plus de 12 minutes – les UAE passaient leur tour, enfin! Dix coursiers rallièrent donc Foix pour un jour de gloire, duquel sorti vainqueur le diabolique Danois Mads Pedersen (Lidl-trek), sa troisième victoire d’étape sur le Tour. L’un des autres éclaireurs de l’éternel, le Norvégien Torstein Traeen (Uno-x), récupérait pour sa part le paletot jaune. Avouons-le : le vertige de la nature particulière du spectacle qui s’était déroulé sous nos yeux, d’une candeur rafraîchissante, expliquait comme l’énoncé de toutes les vicissitudes de notre psyché.

ÉPILOGUE.

En quittant Foix, bourgade traversée par l’ariège qui résiste à la vitesse du monde, en se rappelant avec une force tranquille que tout ne se mesure pas à l’agitation, au rendement, aux classements ou aux modes passagères et que l’avenir ne se construit pas contre la mémoire, le chronicoeur n’emporta pas seulement des images. Mais aussi une question, obstinée et récurrente pour tous les enfants du Tour : et si le véritable progrès consistait moins à courir toujours plus vite qu’à préserver la beauté du chemin parcouru. Ce même chemin que nous écrivons sans relâche dans notre marche vers l’illimité, telle une manière d’habiter notre passion.

4e étape : Carcassonne–foix (181,9 km)
1. Mads Pedersen (DEN/LTK) en 4 h 10’45’’ (moyenne : 43,5 km/h)
2. Quinn Simmons (USA/LTK) à 0’ 0’’
3. Raul Garcia (ESP/MOV) à 0’ 0’’

Classement général
1. Torstein Traeen (NOR/UXM) en 13 h 02’ 46’’
2. Sean Quinn (USA/EFE) à 28’’
3. Mathias Vacek (CZE/LTK) à 3’ 50’’
4. Tadej Pogacar (SLO/UAD) à 7’ 53’’

Maillot à pois (grimpeur) Alex Baudin (FRA/EFE)
Maillot vert (points)
Mads Pedersen (DEN/LTK)
Maillot blanc (jeune) Mathias Vacek (CZE/LTK)

Aujourd’hui
5e étape : Lannemezan–pau (158,3 km, plat)

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