Dans l’ombre de Pogačar, le Mexicain del Toro grandit
PAPON BERNARD/PRESSE SPORTS
Isaac Del Toro lors de la 4e étape du Tour de France, mardi,
disputée sous des températures caniculaires, entre Carcassonne et Foix.
Le despote du peloton a laissé s’échapper son maillot jaune à Foix. Mais son équipe veille, notamment son flamboyant équipier. Portrait.
« Vous ne pouvez même pas imaginer ce que ça signifie pour moi,
pour mon pays, tout le travail qu’il m’a fallu pour arriver jusque-là.
Je n’arrive pas à croire ce que je viens de faire, c’est juste dingue.
Je vais m’en souvenir jusqu’à la fin de ma vie »
- Isaac del Toro Vainqueur, dimanche, de la 2e étape
8 Jul 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan Envoyé spécial à Foix
Dans la longue file d’attente de la boulangerie des Angles, avenue de Balcere, les conversations s’accrochent, ce mardi, sur le Tour passé trop vite et sur « l’incendie hors norme » comme le titrait L’indépendant au sujet d’une menace qui ne montrait pas de signes de faiblesse. Le Tour file. Vite. Souffre de la chaleur (35 °C au départ de Carcassonne, 40°C et même un peu plus durant l’étape vers Foix). Des conditions éprouvantes auxquelles se mesure Isaac Del Toro, un débutant très attendu (comme Paul Seixas).
Invité à s’exprimer sur ce qu’il souhaitait à son jeune équipier à l’occasion de sa première Grande Boucle, Tadej Pogačar a lâché : « Qu’il gagne le Tour de France… » Une pirouette emballée dans un sourire. Mais surtout un signal que ce coureur lumineux est appelé à marquer l’épreuve. Demain et pourquoi pas plus vite que prévu. Del Toro, entre timidité et diplomatie, confie : « Je suis là pour découvrir. Je suis là pour apprendre. C’est un rêve depuis que je suis tout petit d’être sur le Tour et je le fais avec la meilleure équipe du monde. Je suis là pour aider Tadej Pogačar, c’est difficile à croire. C’est un véritable privilège. » Del Toro a, lors de certaines de ses victoires symboliques, à Bormio sur le Tour d’italie 2025 ou au col de Solaison, lors de son récent succès sur le Tour Auvergne-rhône-alpes, signé son passage sur la ligne d’une révérence empruntée à l’insatiable Slovène. Un modèle, une source d’inspiration pour celui qui, dans quelques mois ou années devrait être en charge d’écrire la suite.
Isaac del Toro, le seul Mexicain du peloton du Tour, longiligne (1,80 m, 64 kg), port altier, a, avec la complicité de Tadej Pogačar, remporté la 2e étape à Barcelone, dimanche. «Il écrit l’histoire », s’est réjoui le quotidien El Universal. Avec de l’audace, à l’image de ce dernier virage attaqué comme un bolide par l’extérieur, en frôlant les barrières dans la côte de Montjuïc. Pour se propulser avec sang-froid vers un succès retentissant. Devant son leader, tenant le périscope et les rênes, tour de contrôle altruiste (le premier doublé sur le Tour de la formation UAE qui compte 41 victoires sur la Grande Boucle).
Del Toro (22 ans, 7 mois et 8 jours) devient le plus jeune vainqueur d’étape sur le Tour depuis l’espagnol Carlos Rodríguez à Morzine en 2023 (22 ans, 5 mois et 13 jours). «Vous ne pouvez même pas imaginer ce que ça signifie pour moi, pour mon pays, tout le travail qu’il m’a fallu pour arriver jusque-là. Je n’arrive pas à croire ce que je viens de faire, c’est juste dingue. Je vais m’en souvenir jusqu’à la fin de ma vie » ,aassuré le coureur qui offre un grand écart à son pays. Le Mexique ne comptait que deux victoires d’étapes sur le Tour de France, signées par Raúl Alcalá (en 1989 à Spa et en 1990 dans un contrela-montre à Épinal) sous les couleurs de l’équipe néerlandaise PDM.
Vainqueur du Tour de l’avenir (le Tour de France des moins de 23 ans) en 2023, comme Felice Gimondi (1964), Joop Zoetemelk (1969), Greg Lemond (1982), Miguel Indurain (1986), Laurent Fignon (1988), Egan Bernal (2017) ou… Tadej Pogačar (2018), Isaac del Toro avait tout d’une bonne graine. De nombreuses équipes lui ont fait la cour. Le Mexicain s’est laissé séduire par l’équipe du numéro 1 mondial, UAE Team Emirates. Et il a rapidement montré l’étendue de son talent de coureur complet. Des prédispositions qui ont vite fait l’unanimité. Au sein de la prestigieuse équipe, comme à l’extérieur.
Isaac del Toro a quitté Mexico à l’adolescence pour vivre son rêve, puis il a rejoint AR Monex, une équipe à San Marin, pépinière pour les jeunes coureurs mexicains. «J’étais loin de la famille et des amis mais j’étais bien accompagné. Et ça m’a permis de rester concentré, loin des distractions », résumait-il à L’AFP en 2024 après des débuts professionnels réussis (une victoire d’étape dès sa première course, le Tour Down Under en Australie et une 3e place au classement général final devant le Britannique Oscar Onley et Julian Alaphilippe). À l’aise en VTT, comme en cyclo-cross, écoles idéales pour maîtriser l’art du pilotage, Isaac Del Toro a craint de devoir faire une croix sur ses ambitions après une fracture du fémur en 2022, avant de donner une impulsion formidable à sa carrière dès son retour dans le peloton.
Avec la faculté rare de briller au plus haut niveau, sans passer par la case découverte. Il a ainsi marqué le Tour d’italie en 2025, avec une victoire d’étape et 11 jours avec le maillot rose de leader, avant de céder la veille du défilé à Rome, renversé dans le redouté col du Finestre par le Britannique expérimenté Simon Yates. Une déception vite digérée en multipliant les succès en fin de saison, en gagnant à peu près à chaque fois qu’il se posait sur une ligne de départ (7 victoires en Italie, en septembre et octobre) pour boucler une saison folle (16 succès). Del Toro sait gagner (avec notamment en 2026 des succès sur Tirreno-Adriatico et le Tour des Émirats arabes unis). Il aime cela, toute ressemblance avec un personnage existant n’étant pas totalement fortuite.
Pogačar et del Toro (premier Mexicain aligné sur le Tour de France depuis Miguel Arroyo en 1997), têtes d’affiche d’une équipe aux moyens financiers illimités, à la puissance sur la route sans égale. De quoi offrir une liberté d’action frappée d’insolence qui frise parfois l’inconscience mais qui est souvent couronnée de succès. Del Toro semble taillé pour résister à l’exigence d’une Grande Boucle qui devra composer avec des températures folles et sait que la troisième semaine, dans les Alpes, s’annonce redoutable. Porté par des supporteurs enthousiastes depuis le départ de Barcelone («C’est vraiment exceptionnel, ils me donnent l’impression de courir chez moi. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est spécial de voir tous ces drapeaux. Je suis vraiment un privilégié »), le Mexicain pourrait-il, au fil des épisodes, s’émanciper, être plus qu’un plan B ? Pour l’instant, dévoué, il s’apprête à composer avec son leader une redoutable double lame.
Le Tour a, dans sa longue histoire, vu passer des cohabitations conflictuelles au sein desquelles le leader et son lieutenant ne forment pas forcément un tandem prêt à résister à toutes les tempêtes, avec des lieutenants prêts à avaler les consignes de travers pour déployer leurs ailes et ne pas rester coincés dans un rôle étroit. Greg Lemond a vécu cela dans l’ombre de Bernard Hinault (1985), Jan Ullrich derrière Bjarne Riis (1996) ou Chris Froome frustré en 2012 de devoir laisser le devant de la scène à Bradley Wiggins. Le Tour 2026 ne fait que débuter. Il marquera probablement un tournant dans la carrière d’Isaac del Toro et de Tadej Pogačar…
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Pedersen au sprint, Traeen en jaune
8 Jul 2026 - Le Figaro
G. F.
La prise de pouvoir n’aura pas duré longtemps. Vingt-quatre heures après s’être emparé du maillot jaune aux Angles, Tadej Pogacar a remis sa tunique. Mardi soir, le Norvégien Torstein Traeen a pris la tête du classement général en terminant huitième d’une étape entre Carcassonne et Foix (182 km) qui a enfin souri à une échappée. Le Scandinave de 30 ans, dont le CV se limitait jusque-là à une victoire au Tour de Suisse en 2024, devient le troisième Norvégien à se parer de jaune après Thor Hushovd (2004, 2006 et 2011), son manager actuel, et son ancien coéquipier Alexander Kristoff. L’autre grand gagnant du jour se nomme Mads Perdersen (Lidl-trek). Le Danois a signé sa troisième victoire d’étape dans la Grande Boucle en surclassant au sprint ses neuf compagnons d’échappée, avec 12’59’’ d’avance sur le groupe de Pogacar et tous les autres favoris. Le Slovène a mis cette fois ses coéquipiers au repos en s’arrangeant même pour abandonner ses deux maillots, le jaune et le vert. Débarrassé du protocole de remise des maillots distinctifs, le quadruple vainqueur du Tour pourra ainsi retrouver sa chambre d’hôtel plus rapidement. Ce ne sera pas un luxe après cette journée passée sous une température frôlant les 40 °C.
Classement 4e étape :
1. Pedersen (Dan/ LTK) les 181,9 km en 4 h 10’45 ;
2. Simmons (E-U/LTK) à 0’’ ;
3. García (Esp/ MOV) 0’’ ;
4. Frigo (ITA/NSN) 0’’ ; 5. Debruyne (BEL/APC) 0’’…
Classement général :
1. Traeen (Nor/ UXM) 13 h 02’46 ; 2. Quinn (E-U/EFE) à 28’’ ;
3. Vacek (CZE/LTK) 3’50 ;
4. Pogačar (SLO/UAD) 7’53 ; 5. Vingegaard (DAN/TVL) 7’53.
5e étape, ce mercredi (14 h 15) : Lannemezan-Pau (158,3 km).
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