À bonne école
Adrien Boichis, suivi par Luca Martin et
Mathis Azzaro, jeudi à Val di Sole (Italie).
Adrien Boichis, Luca Martin et Mathis Azzaro ont survolé l’été de Coupe du monde et visent chacun le titre mondial. Issus d’une formation tricolore efficace, ils représentent l’avenir doré du cross-country français.
"On est là aussi pour construire la suite"
- YVAN CLOLUS, SÉLECTIONNEUR
DE L’ÉQUIPE DE FRANCE
L'Équipe
BENOÎT FURIC
Le cross-country français masculin vient de traverser un été sur coussin d’air. Sept manches de Coupe du monde disputées depuis début mai : cinq victoires françaises en format olympique et l’équivalent en short-track. Adrien Boichis, Luca Martin et Mathis Azzaro en sont les fers de lance, issus d’une même génération, respectivement 23, 24 et 26 ans et tous s’observant beaucoup depuis leurs jeunes années communes dans le sud-est de la France.
« J’étais dans le même club que Mathis (à Venelles, Bouches-du Rhône) quand j’avais peut-être 12 ou 13 ans, témoigne Boichis. Et je crois que ma première course avec Luca remonte à mes 8 ou 9 ans, en cross-country. Donc c’est vraiment spécial de penser que nous avons par exemple terminé premier, deuxième et troisième d’une Coupe du monde ( La Thuile, début juillet) et que nous concourons tous au plus haut niveau de ce sport. »
Le premier vient de décrocher le titre mondial de short-track jeudi, pour sa première saison en Élite. Les deux autres – Martin est leader de la Coupe du monde et a été médaillé de bronze jeudi – visent comme Boichis le titre mondial cet après-midi pour faire renouer l’école française masculine avec les derniers sacres de Jordan Sarrou (2020) et Julien Absalon (cinq titres entre 2004 et 2014). Le sympathique et atypique américain Bjorn Riley, même génération (24 ans), 3e au général de la Coupe du monde, admire l’éducation sportive qui mène à cette densité : « J’ai l’impression qu’ils ont bénéficié de nombreux mentors qui leur ont montré leur potentiel et leur avenir, et qu’ils ont reçu le soutien nécessaire pendant des années. Quand on court en Europe, la concentration d’athlètes de haut niveau est bien plus élevée. Il y a beaucoup plus de tactique et d’agressivité, ce que j’apprécie beaucoup. Je pense que pouvoir élaborer des stratégies dès le plus jeune âge peut être un atout. »
La densité masculine puise sa source « notamment au travers du TFJV (Trophée de France des jeunes vététistes, une série d’épreuves privilégiant la polyvalence), pointe Maxime Marotte, 4e des Jeux de Rio en 2016 et désormais patron de l’équipe Origine, où évolue Azzaro. Ils sont bons partout, techniquement, physiquement, ils savent sprinter. Il n’y a pas de grosses lacunes, ce qu’on peut par contre voir chez d’autres. » Adrien Boichis se rappelle, lui, de ces « bonnes courses dès notre plus jeune âge » , et notamment les
Coupes de France, où « quand on a moins de 17 ans, il peut y avoir au minimum 200 et jusqu’à 300 personnes au départ. C’est même la galère parce qu’il y a trop de monde sur la piste. Et ça se ressent ensuite au plus haut niveau, cela pousse vraiment chaque enfant à se surpasser et à progresser. Dix ans plus tard, ça les rend vraiment bons. »
« Contrairement à il y a dix ou quinze ans, où ils étaient surtout dans des teams français, les Français sont beaucoup internationalisés, dans des projets où on apprend différentes méthodes », ajoute Marotte. « Si vous les mettiez les trois dans la même équipe, ils auraient peut-être un support un peu dilué, où ils feraient peut-être des compromis. » Ce qui va se dérouler sur le circuit de Val di Sole aujourd’hui sera surtout l’acte d’ouverture d’une trame collective qui peut se prolonger durant presque une décennie. « On est là aussi pour construire la suite. Ils vont en vivre un paquet de Jeux ou de Championnats d’Europe et du monde ensemble » , projette le sélectionneur national Yvan Clolus. Mais les vérités des Coupes du monde ne sont pas celles d’une course d’un jour, d’un Mondial, tant s’en faut.
Le Sud-Africain Alan Hatherly (30 ans) l’illustre parfaitement, double champion du monde en revenant à Crans-Montana l’année passée. « Il faut garder la tête froide. Il y a des mecs qui ont fait des impasses », tempère le sélectionneur. Et même si, « vu la saison des Français, ça meparaît cohérent de jouer le titre mondial » (Marotte), « Pidcock est opérationnel à chaque fois qu’il revient » (voir encadré), pointe Clolus. L’école ne fait pas tout, le contrôle continu a ses limites et il faut aussi réussir ses examens.
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Van der Poel et Pidcock s’invitent
30 Aug 2026 - L'Équipe
B. F.
Comme en 2023 à Glasgow (Écosse) et l’an passé à Crans-Montana (Suisse), Mathieu van der Poel va se frotter à la quête du seul titre mondial qui lui manque encore, celui de crosscountry. En Suisse, le Néerlandais avait buté sur la réalité annoncée de ses limites dans la discipline. « C’est un sport avec des qualités qui sont transférables sur certains points, mais le pédalage VTT, ce n’est quand même pas pareil. La technique, à un moment, il faut l’avoir » , glisse Maxime Marotte, manager de l’équipe Origine. L’année dernière, Thomas Pidcock avait préféré la Vuelta. Le champion du monde 2023, même s’il s’est dit fatigué après son Tour de France, est de retour, avec cette folle capacité à remonter ses adversaires. Pour van der Poel, il en va différemment. « Je pense qu’il a compris que toutes les dernières fois, il n’avait pas assez préparé son truc, juge Marotte. Qu’il fallait en faire plus s’il voulait un jour être champion du monde. »
« Il a encore des choses à combler, mais il met en place des choses pour aller au bout d’un de ses derniers rêves » , ajoute Yvan Clolus, le sélectionneur de l’équipe de France. Cette saison, van der Poel s’est adjoint les conseils de l’Italien Mateo Berta pour travailler son choix de ligne et ses descentes, où il péchait clairement en étant trop crispé. « Bien sûr, certains concurrents tenteront de le mettre en difficulté en descente, juge Gerben de Knegt, le sélectionneur des Pays-Bas, dans la presse néerlandaise. Mais il peut compenser ces une à deux secondes perdues par sa force physique. » Mais Val di Sole et son circuit (trop ?) technique peuvent être surtout le marchepied vers les Gets (Haute-Savoie), qui accueilleront les Mondiaux en 2027 et dont le circuit est davantage taillé pour ses qualités.
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