"Il Professore" Fignon


Hinault absent du Tour 1983, 
un autre Français attire la lumière : Laurent Fignon.

Con Hinault assente dal Tour del 1983,
un altro francese si mette in luce: Laurent Fignon.

Berrnard Chambaz
Miroir du Cyclisme - L'histoire d'un magazine mythique

Au surnom d'« intello » dont l'a affublé la presse française, je préfère le surnom admiratif que lui ont donné nos cousins italiens, il professore. Fignon était un lecteur, et même s'il a dit à son professeur de français que, franchement, Rabelais et et Ronsard, ça le « gonfle », il a lu entre autres livres, tout Balzac, Jack London, L'Amant de Duras. 

Il y a quelque chose de fulgurant dans son ascension qui à la fois échappe et apparaît au Miroir. Au printemps 1983, on ne l'a pas vraiment vu venir et il émerge à peine de la catégorie des « nouveaux durs » conjecturée par le magazine en mal de nouveautés ; qu'on en juge, les autres noms sont notamment Gomez, Van Hanegraaf, Vanderaerden, Bontempi. S'il n'a pas son portrait dans l'article, il figure sur la couverture, en annonce, et en bas de page, coiffé de son bandana jaune et noir appelé à devenir célèbre. Le numéro suivant confirme la tendance. Le projecteur est mis sur son coéquipier, Madiot, qui joue une autre carte, « je suis un paysan », qui ne voit - ou n'avoue - comme rival à venir que LeMond. Et pourtant, c'est bien Fignon qui impressionne comme équipier dans la Vuelta gagnée par Hinault. Mais, en juin, la couverture offre en prédelle le trio - ou la trinité - Madiot, Jules, LeMond. La question qui hante les esprits a pour nom « l'après-Hinault » depuis qu'il a annoncé sa retraite à la fin de la saison 1986. Bien que ce soit dans trois ans, le Landerneau cycliste s'agite. Hinault, en tout cas, c'est LeMond qu'il adoube.

Le forfait du blaireau est la chance du futur professore. Un titre de rêve le propulse tout en haut du Miroir : « Mon premier Tour en jaune ». Un éditorial collectif se vante de ses trois derniers titres : Le Tour est une aventure - Allez les jeunes - Tout peut arriver. Il salue la victoire d'un garçon qui n'a pas 23 ans. Puis il titre, de façon sibylline, que « le plus beau c'est le prochain », sans imaginer que c'est le même, Fignon, qui gagnera encore en 1984. Car, si on prédit qu'il roule « vers la gloire », une nuance circonspecte précise qu'il n'était pas là « par hasard ».


Tour de France 1984 : Pascal Jules mène le train devant 
Greg LeMond et son équipier Laurent Fignon, en jaune.

Tour de France 1984: Pascal Jules a tirare davanti a Greg LeMond 
e al proprio compagno di squadra Laurent Fignon, in maglia gialla.

UNE DISCRÈTE PRISE DE POUVOIR

En décembre, sur la couverture, Fignon a l'allure d'un adolescent. En page intérieure, il confie, « en exclusivité » bien sûr, « l'album de ma vie » ; il pose au milieu de ses peluches et de ses livres de la collection « Bibliothèque verte » ; il plane entre la reproduction d'un bon bulletin scolaire de sixième et les bandes dessinées de Tarzan qui suffisent à lui coller ce surnom d'intello; par un autre hasard, il coexiste avec une énième réclame pour les cigarettes Gitanes. En janvier, Hinault et Fignon partagent l'affiche et la télévision gagne des points. Vidal se sert alors d'une citation de Jean-Luc Godard pour indiquer que les sports sont très mal filmés à la télévision, sauf justement certaines courses cyclistes. En juillet, le maillot jaune de Fignon traduit « la prise du pouvoir »; en octobre, Hinault en couverture demeure « la force majeure », comme s'il fallait maintenir un équilibre, préserver des susceptibilités. En tout cas, il ne faut pas injurier l'avenir et, de ce point de vue-là, une fois encore, c'était bien vu.

Un aimable « banco » accompagne la grande aventure de son invraisemblable Giro, les péripéties interrompues avant les choses sérieuses (« à suivre », mais quand et où ?, de facto dans le numéro suivant dominé par l'actualité du Tour de France), de sorte que le « récit » de Fignon perd sacrément de sa puissance, ramené à un simple témoignage du chassé-croisé avec Moser, sans donner l'attention nécessaire à ce qu'il avait ressenti quand les choses furent grandioses et à son ressentiment quand elles devinrent basses, la grande étape de montagne amputée du Stelvio au prétexte de la neige alors que la route était parfaitement sèche, puis l'hélicoptère du contre-la-montre devant Fignon et sa bécane traditionnelle pour le freiner, derrière Moser et son engin spatial pour le pousser.

Sa victoire au championnat de France à Plouay puis celle sur le Tour qu'il domine de la tête et des épaules, laissant Hinault à plus de dix minutes, sont pleines de promesses. Le Miroir le voit bien parti pour un troisième Tour d'affilée comme Bobet et, tant qu'à faire, pour le championnat du monde comme Bobet et Hinault. Une blessure au tendon d'Achille, le bien nommé, l'arrête dans son élan. Il ne s'en remettra jamais vraiment, du moins jusqu'en 1989. Cinq ans, c'est un lustre et c'est long. Invoquer le phénix qui renaît de ses cendres n'a rien d'excessif pour un magazine sportif. Sa superbe victoire du Giro le récompense au-delà de toute espérance. Mais, bizarrement, cet exploit ne s'accompagne pas d'une couverture ni même d'un reportage, comme si le Miroir s'essoufflait. Une simple page, colorée en rose, signale qu'il a gagné Milan-San Remo et le Giro avec un guidon ITM sinon grâce au guidon. Quant au Tour, on le verra, ce sera une histoire de huit secondes.

Toute la suite est vraiment triste et s'inscrit dans une certaine tristesse qui voile imperceptiblement le magazine. Son déclin prend la forme d'une lente dégringolade ponctuée par quelques éclats qui tenaient autant à sa classe qu'à son orgueil. Dans un ultime entretien avec le Miroir, Fignon déclare de but en blanc : « Il est temps que je tire l'échelle. » À 33 ans, la longévité n'est pas son truc. Hinault avait donné l'exemple. Avec un mélange de lucidité et de fatalisme, il ajoute en peu de mots qui suffisent : « Je le regrette mais c'est ainsi - je vieillis c'est tout. » Sa reconversion va tant bien que mal et puis sa maladie l'emporte à 50 ans.

***


Fignon s'impose au sommet de La Plagne et asseoit 
définitivement sa domination sur le Tour 1984.

Fignon si impone sulla vetta di La Plagne e 
consolida definitivamente il suo dominio sul Tour del 1984.

"Il Professore" Fignon

Berrnard Chabaz
Miroir du Cyclisme - L'histoire d'un magazine mythique

All'appellativo di «intellettuale» affibbiatogli dalla stampa francese, preferisco l'ammirato soprannome che gli hanno dato i nostri cugini italiani: «il Professore». Fignon era un lettore, e anche se disse al suo insegnante di francese che, francamente, Rabelais e Ronsard lo «infastidivano», lesse, tra gli altri libri, tutta l’opera di Balzac, Jack London e L’amante di Duras.

C’è qualcosa di fulmineo nella sua ascesa che sfugge e allo stesso tempo appare sul Miroir. Nella primavera del 1983 davvero non lo si era visto arrivare ed emergeva a malapena dalla categoria dei «nuovi duri» ipotizzata dalla rivista alla ricerca di novità; a riprova di ciò, gli altri nomi sono in particolare Gomez, Van Hanegraaf, Vanderaerden, Bontempi. Sebbene non compaia la sua foto nell’articolo, figura in copertina, come anteprima, e in calce alla pagina, con indosso la sua bandana gialla e nera destinata a diventare famosa. Il numero successivo conferma la tendenza. I riflettori sono puntati sul suo compagno di squadra, (Marc) Madiot, che gioca un’altra carta, «sono un contadino», e che vede – o ammette – come unico rivale futuro solo (Greg) LeMond. Eppure, è proprio Fignon a impressionare come gregario nella Vuelta vinta da (Bernard) Hinault. Ma, a giugno, la copertina presenta in primo piano il trio – o la trinità – Madiot, (Pascal) Jules, LeMond. La domanda che tormenta gli animi si chiama «il dopo-Hinault» da quando questi ha annunciato il ritiro alla fine della stagione 1986. Sebbene manchino ancora tre anni, il mondo del ciclismo di Landerneau è già in fermento. Hinault, in ogni caso, è LeMond che nomina come proprio erede.

Il ritiro del «Tasso» è un'occasione d'oro per il futuro Professore. Un titolo da sogno lo proietta in prima pagina sul Miroir: «Il mio primo Tour in maglia gialla». Un editoriale collettivo esalta i suoi ultimi tre titoli: "Il Tour è un'avventura" – "Forza ragazzi" – "Tutto può succedere". Saluta la vittoria di un ragazzo che non ha ancora 23 anni. In modo sibillino poi titola che «il più bello è il prossimo», senza immaginare che sarà proprio lo stesso Fignon a vincere ancora nel 1984. Perché, se si prevede che stia pedalando «verso la gloria», una cauta sfumatura precisa che non era lì «per caso».


Fignon avait pourtant signé une victoire éclatante à Superbagnères, 
entre autres. Ce Tour 1989 lui semblait promis....

Eppure, tra le altre, Fignon aveva ottenuto una strepitosa 
vittoria a Superbagnères. Il Tour del 1989 sembrava ormai suo...

UNA DISCRETA PRESA DI POTERE

A dicembre, in copertina, Fignon ha l’aspetto di un adolescente. Nelle pagine interne, confida, ovviamente «in esclusiva», «l’album della mia vita»; posa in mezzo ai suoi peluche e ai suoi libri della collana "Bibliothèque verte"; si trova tra la riproduzione di una bella pagella di prima media e i fumetti di Tarzan, sufficienti a fargli appioppare il soprannome di «secchione»; per un’altra coincidenza, compare accanto all’ennesima pubblicità delle sigarette Gitanes. A gennaio, Hinault e Fignon condividono la copertina e la televisione guadagna punti. Vidal ricorre quindi a una citazione di Jean-Luc Godard per sottolineare che gli sport sono ripresi molto male in televisione, tranne proprio alcune gare ciclistiche. A luglio, la maglia gialla di Fignon incarna «la presa del potere»; a ottobre, Hinault in copertina rimane «la forza maggiore», come se fosse necessario mantenere un equilibrio, preservare le suscettibilità. In ogni caso, non bisogna offendere il futuro e, da questo punto di vista, ancora una volta, è stata una scelta azzeccata.

Un cordiale «banco» accompagna la grande avventura del suo incredibile Giro, le peripezie interrotte prima che le cose si facessero serie («continua», ma quando e dove?, di fatto nel numero successivo dominato dall’attualità del Tour de France), cosicché il «racconto» di Fignon perde moltissimo della sua forza, ridotto a una semplice testimonianza del botta e risposta con (Francesco) Moser, senza prestare la necessaria attenzione a ciò che aveva provato quando le cose erano grandiose e al suo risentimento quando divennero meschine, la grande tappa di montagna privata dello Stelvio con il pretesto della neve, mentre la strada era perfettamente asciutta, poi l’elicottero nella cronometro davanti a Fignon e alla sua bici tradizionale per frenarlo, dietro a Moser e al suo velivolo spaziale per spingerlo.

La sua vittoria al campionato di Francia a Plouay e poi quella al Tour, che domina con grande superiorità lasciando Hinault a oltre dieci minuti di distanza, sono piene di promesse. Il Miroir lo vede ben avviato verso un terzo Tour consecutivo come (Louison) Bobet e, già che ci siamo, verso il campionato del mondo come lo stesso Bobet e Hinault. Un infortunio a un tendine d’Achille, nome davvero appropriato, lo ferma nella sua corsa. Non se ne riprenderà mai veramente, almeno fino al 1989. Cinque anni sono un periodo lungo, molto lungo. Richiamare la fenice che rinasce dalle proprie ceneri non è affatto esagerato per una rivista sportiva. La sua splendida vittoria al Giro lo ricompensa oltre ogni aspettativa. Ma, stranamente, questa impresa non è accompagnata da una copertina né tantomeno da un servizio, come se il Miroir stesse perdendo slancio. Una semplice pagina, colorata di rosa, segnala che ha vinto la Milano-Sanremo e il Giro con un manubrio ITM, se non proprio grazie al manubrio. Quanto al Tour, come vedremo, sarà una storia di otto secondi.

Tutto ciò che segue è davvero triste e si inserisce in una certa malinconia che avvolge impercettibilmente la rivista. Il suo declino assume la forma di una lenta caduta, punteggiata da qualche sprazzo di grandezza che derivava tanto dalla sua classe quanto dal suo orgoglio. In un’ultima intervista con il Miroir, Fignon dichiara senza mezzi termini: «È ora che io tiri su la scala». A 33 anni, la longevità non fa per lui. Hinault ne aveva dato l’esempio. Con un misto di lucidità e fatalismo, aggiunge con poche parole che bastano: «Me ne dispiace, ma è così: sto invecchiando, tutto qui». La sua riconversione professionale procede a singhiozzo e poi la malattia ha la meglio su di lui a 50 anni.


Tout la détresse de Fignon sur le podium du 
Tour de France 1989. perdu pour huit petites secondes.

Tutta l'angoscia di Fignon sul podio del
Tour de France del 1989. Perso per soli otto secondi.

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