La NBA, Morey et le tweet qui a fâché Pékin
Sept ans avant la controverse entre la Chine et Kylian Mbappé, la ligue nord-américaine de basket avait été confrontée à une situation semblable. En octobre 2019, un court message du manager général des Houston Rockets avait créé un conflit avec le gouvernement en place.
“Il est inconcevable d’avoir des échanges et des coopérations avec
des Chinois sans connaître ni comprendre l’opinion publique chinoise"
- GENG SHUANG, PORTE- PAROLE DU MINISTÈRE
CHINOIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
28 Oct 2026 L'Équipe
VICTOR LENGRONNE
Le tollé provoqué en Chine par les propos de Kylian Mbappé, qui a qualifié en plaisantant dans une vidéo Mao Zedong de « dictateur » , et le boycott qui s’est ensuivi ne sont pas sans rappeler une controverse survenue il y a plus de sept ans et qui a ébranlé la NBA.
Le 4 octobre 2019, le manager général des Houston Rockets, Daryl Morey, dégainait un tweet. « Battons-nous pour la liberté. Debout aux côtés de Hong Kong », écrivait le dirigeant en soutien aux manifestants pro-démocratie de ce territoire chinois semiautonome, en pleine lutte avec les forces de l’ordre.
La machine s’est alors emballée. Car la Chine et la ligue nordaméricaine avaient noué un lien solide, notamment dans les années 1980 sous l’impulsion de l’ancien commissioner David Stern, qui avait installé le basket sur CCTV, la télévision centrale de Chine. Les neuf saisons à Houston du pivot Yao Ming (2,29 m), devenu une icône, ont fait de la franchise l’une des plus suivies dans le pays.
S’il a eu beau supprimer son tweet, Morey a été emporté dans un tourbillon : il a été désavoué par le propriétaire de la franchise, Tilman Fertitta, estimant qu’il « ne s’exprimait pas au nom des Houston Rockets », et a bien évidemment fini par rétropédaler.
« Je n’avais pas l’intention d’offenser les fans des Rockets ni mes amis en Chine. J’ai simplement exprimé une pensée, basée sur une interprétation d’une situation compliquée. J’ai eu beaucoup d’occasions depuis ce tweet d’entendre d’autres points de vue », a écrit sur Twitter le dirigeant, dédouanant les Rockets et la NBA.
Mais rien n’y a fait, la Chine n’était pas prête à faire amende honorable. La Fédération de basket chinoise, présidée par Yao Ming, a très vite annoncé « suspendre ses échanges et coopérations ( avec les Rockets) », le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Geng Shuang jugeait lui « inconcevable d’avoir des échanges et des coopérations avec des Chinois sans connaître ni comprendre l’opinion publique chinoise ».
Les maillots et produits dérivés de Houston ont aussi été enlevés des enseignes. Morey pouvait uniquement compter sur le soutien d’Adam Silver. Marchant sur des oeufs, le patron de la NBA ne voulait pas présenter d’excuses – « Nous ne nous excusons pas pour le fait que Daryl fasse usage de sa liberté d’expression » –, tout en regrettant cette polémique.
En pleine tournée de pré-saison des Lakers en Chine, LeBron James et ses coéquipiers ont vu leur programme sur place chamboulé. CCTV a annoncé qu’elle ne diffuserait plus leurs deux matches d’exhibition contre les Brooklyn Nets lors d’une journée au cours de laquelle plusieurs entreprises chinoises ont coupé leur lien, de façon temporaire ou définitive, avec la ligue, notamment le géant de l’Internet Tencent, plus du tout enclin à retransmettre les rencontres de Rockets.
La NBA a souffert économiquement. « L’ampleur du manque à gagner sera dans les centaines de millions de dollars, probablement moins de 400 millions », disait Silver en février 2020. Les relations se sont réchauffées depuis, la NBA a fait son retour sur CCTV en 2022. Il y a deux ans, Silver se montrait confiant quant à un retour dans le pays. « Nous avons connu un incident qui a beaucoup fait parler avant la pandémie, et le gouvernement chinois nous a mis sur la touche quelque temps. Nous l’avons accepté. Tous les membres de notre ligue ont le droit de s’exprimer sur des questions politiques. »
Cinq ans plus tard, en octobre 2025, les Brooklyn Nets et les Phoenix Suns se faisaient face en match de pré-saison à Macao. La fin de la crise.
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Ces autres sportifs tombés en disgrâce en Chine
28 Oct 2026 - L'Équipe
V. L.
D’autres sportifs ont été en désaccord avec le régime chinois. En 2019, Mesut Özil a condamné la politique sécuritaire au Xinjiang (nord-ouest de la Chine) engagée après des attentats meurtriers et qui a touché plusieurs minorités musulmanes, dont les Ouïghours. « Des Corans sont brûlés… des mosquées détruites… les écoles islamiques interdites… des intellectuels religieux tués les uns après les autres… Des frères envoyés par la force dans des camps » , écrit l’Allemand sur Twitter et Instagram. Pékin a rejeté ces accusations, évoquant des « centres de formation professionnelle » . Arsenal a pris ses distances avec les « opinions personnelles » de son joueur et la Chine a déclaré qu’il était « trompé par de fausses informations ». CCTV a déprogrammé la diffusion d’un Arsenal-Manchester City et Özil a été enlevé des versions chinoises du jeu vidéo Pro Evolution Soccer
Deux ans plus tard, Enes Kanter Freedom, alors joueur des Boston Celtics, affichait son soutien au peuple tibétain, en pleine lutte pour son autodétermination. « Monsieur le dictateur brutal Xi Jinping et le gouvernement chinois. Le Tibet appartient aux Tibétains ! Je soutiens mes frères et soeurs tibétains, et je soutiens leurs appels à la liberté », a écrit le basketteur turc sur ses réseaux sociaux. Le ministère chinois des Affaires étrangères a estimé que ses « allégations ridicules » sur le Tibet « ne méritaient même pas d’être réfutées » . Des rencontres des Celtics avaient été retirées des plateformes de streaming chinoises.
Autre exemple sur un registre différent, Antoine Griezmann, qui était lié avec Huawei, avait rompu son partenariat avec l’enseigne chinoise de téléphones en 2020. « Suite aux forts soupçons selon lesquels l’entreprise Huawei aurait contribué au développement d’une “alerte Ouïghour” grâce à un logiciel de reconnaissance faciale, j’annonce que je mets un terme immédiat à mon partenariat me liant à cette société », justifiait le champion du monde 2018. La Chine, via une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, s’était refusée à tout commentaire.

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