A l’Alpe d’Huez, Pogačar explose le record d’ascension


Photo Loïc Venance. AFP - Le Slovène Tadej Pogačar
lors de la 19e étape, entre Gap et l’Alpe d’Huez, vendredi.

Devant des centaines de milliers de gens, le Slovène a été encore une fois le plus fort mercredi. Le Français Seixas a eu du mal et perd du temps pour le podium.

25 Jul 2026 - Libération
Quentin Girard

Une fusée. Quand Pogačar s’envole, il décolle plus vite qu’Ariane 6 pour se retrouver dans la stratosphère. Il est dans une autre galaxie que ses adversaires, réduits à une poussière d’astéroïdes. On le pensait peutêtre diminué par le virus qui touche certains de ses coéquipiers d’UAE Emirates-XRG. On imaginait que le Slovène laisserait l’échappée gagner devant. Que nenni. Il n’avait jamais franchi en premier les 21 lacets. Il le voulait et avec la manière. En 35 minutes 26, il est allé 1 minute et 24 secondes plus vite que feu Marco Pantani en 1995. Le pirate s’est fait voler son trésor.

Miracle. Depuis le début du Tour, les coureurs ont été traqués par la canicule, mais le véritable soleil qui les brûle toujours plus est parmi eux. Vendredi, à 12 kilomètres de l’arrivée, dans les premiers virages de l’ultime col, en maillot jaune et dossard noir, Tadej Pogacar a faussé compagnie aux autres cadors. Personne n’a essayé de le suivre à travers la foule immense, en délire, où les coursiers étaient obligés de passer en file indienne.

Malgré ses 3 minutes 30 de retard, il a repris les hommes qui s’étaient échappés, ne leur laissant aucune chance et lâchant dans les derniers hecSur tomètres Lenny Martinez (Bahrain-Victorious) et Richard Carapaz (EF Education-Easy Post). Les deux grimpeurs pouvaient s’en vouloir. Avec Sepp Kuss (Visma-Lease a Bike), ils étaient les plus forts des 42 fuyards qui avaient réussi à prendre du champ et de la vingtaine de survivants qui étaient arrivés en bas de l’Alpe d’Huez. Se retrouvant rapidement tous les trois ensemble, ils ont joué au chat et à la souris, ne coopérant pas, s’attaquant trop souvent, grimpant de manière trop irrégulière. Lenny Martinez, maître dans l’art de la filouterie, se tapait la cuisse de déception en passant la ligne. «C’est indescriptible ce sentiment d’être sur le vélo, de fendre la foule qui crie, s’enthousiasmait Pogačar après l’arrivée. Je m’étais préparé à me battre avec certains fans, mais ils ont été très polis.» C’est un miracle. 600 000 personnes selon les autorités ont applaudi des coureurs qui pouvaient parfois à peine pédaler et devaient faire avec les jets d’eau et de fumigènes.

Sur le parcours, le contraste était assez fascinant entre la douceur et la beauté, presque le silence du col de Noyer et la violence logorhéenne de l’Alpe d’Huez. Dans la première partie de l’étape la plus courte de l’année, 127,9 kilomètres entre Gap dans les Hautes-Alpes et la célèbre station de ski de l’Isère, le peloton est passé par certains des paysages les plus envoûtants de France. Les chemins de contrebandiers serpentaient dans la montagne, se perdaient dans les forêts de pins et offraient à la dérobée des vues plongeantes et spectaculaires sur les pics de plus de 2 000 mètres encadrant la vallée.

Drôle d’ambiance. Puis, après le lac du Sautet et son barrage aux eaux turquoise, il fallait cravacher dans le parc national des Ecrins pour franchir un dernier col, Ornon, avant de filer dans l’Alpe d’Huez. Entre une présence des gendarmes très importants, notamment dans le virage 7 des Hollandais, le soleil qui tapait fort et l’excitation générale virant parfois à l’hystérie masculine, il s’en dégageait, plusieurs heures à l’avance, une drôle d’ambiance. Moins festive que lors d’autres étapes, comme dans les Vosges. Plus tendue. Brutale.

A l’image peut-être de la montée elle-même, classée hors catégorie, 13,8 kilomètres à 8,1 % où les premiers virages coupent les jambes comme des ciseaux. Ils ont fait particulièrement mal aujourd’hui à Juan Ayuso (Lidl-Trek) ou Tom Pidcock (Pinarello-Q36.5) mais un peu aussi à Paul Seixas (Decathlon CMACGM). Dans sa lutte pour le podium, le Français perd quatre secondes sur Isaac del Toro (UAE Emirates XRG). Le jeune prodige reste quatrième du classement général. «C’était l’une des journées les plus dures de ma vie sur un vélo. J’ai limité la casse», tentait-il de se réconforter sur la ligne. Ce samedi, pour l’avant-dernière étape, l’une des plus dures de l’histoire du Tour, entre Bourg d’Oisans et à nouveau l’Alpe d’Huez, le peloton devra affronter 5450 mètres de dénivelé positif et peut-être des orages. Une horreur.

Q. G. (sur le Tour)

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Libé.fr

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