La pépinière Caja Rural


La présentation de l’équipe Caja Rural-Seguros RGA, 
au matin du départ de la 9e étape, le 12 juillet.

Trente-sept ans après sa dernière apparition sur le Tour de France, la formation espagnole a retrouvé la Grande Boucle. Retour sur l’histoire d’une petite équipe qui façonne, depuis des années, de nombreux coureurs professionnels.

«Depuis notre retour au haut niveau en 2010, 
notre philosophie a toujours été très claire : 
développer des coureurs, travailler énormément avec la formation»
   - ARITZ BAGÜES, DIRECTEUR SPORTIF 
     DE CAJA RURAL-SEGUROS RGA

23 Jul 2026 - L'Équipe
ELOI THOUAULT

VOIRON (ISÈRE) – Ce matin-là, au village départ de la 12e étape, sur le circuit de Nevers Magny-Cours, quelques dizaines de mètres suffisaient à mesurer l’écart entre les d e u x mo n d e s d u p e l o t o n . D’un côté, le bus d’UAE EmiratesXRG, éternel point de ralliement depuis le Grand Départ à Barcelone : une foule compacte, des enfants qui espéraient un salut du Slovène Tadej Pogacar et, pour quelques Mexicains, l’espoir d’attraper un selfie avec Isaac del Toro.

À quelques pas, le décor changeait brutalement. Devant le car vert de Caja Rural-Seguros RGA, trois curieux à peine. Un homme faisait défiler les cartes des coureurs entre ses doigts avant de lever les yeux, un peu embarrassé : « Vous pouvez me dire qui est le leader ? » Difficile de lui en vouloir. Trente-sept ans après sa dernière apparition sur le Tour, la formation espagnole est presque inconnue. Le billet pour la Grande Boucle s’est joué entre le mérite et quelques circonstances favorables. Les dix-huit équipes World Tour qualifiées d’office, tout comme les trois meilleures Pro Team (Tudor, Pinarello Q36.5 et Cofidis), il restait deux invitations. Caja Rural a profité de la disparition d’Arkéa-B&B Hotels et de la fusion entre Intermarché et Lotto pour se glisser dans la brèche, au côté de TotalEnergies. « On s’est retrouvés dans une position idéale » , rembobine le directeur sportif José Miguel Fernández, en poste depuis 2015. À ses yeux, l’invitation récompensait aussi une belle saison, avec « une Vuelta réussie grâce à la 13e place au général du grimpeur Abel Balderstone » . Pour Joel Nicolau, actuellement 139edu général du Tour, l’annonce a surtout provoqué une vague d’émotions. « Ça a été une très grande joie. Et... il y a même eu quelques larmes » sourit-il.

L’histoire entre Caja Rural et le Tour s’était refermée en 1989. Une victoire d’étape de Mathieu Hermans, une cinquième place au général de Marino Lejarreta, puis plus rien. La banque agricole ne voulait plus investir à l’échelon professionnel. La formation espagnole est alors retournée bûcher chez les jeunes en amateurs avant de revenir en 2010, au troisième échelon mondial. Sans changer de couleur. Le vert, le blanc et cet épi de blé au milieu du maillot sont, eux, toujours restés là. Un clin d’oeil aux racines navarraises de l’équipe et à la banque coopérative agricole qui lui donne son nom.

Depuis seize ans, la formation espagnole a donc pris le temps de bêcher son bout de terre. Sans faire de bruit, elle s’est taillé une réputation de pépinière, où les jeunes grandissent avant d’aller fleurir ailleurs. Rien d’étonnant, finalement, que Joel Nicolau, pur produit de la maison, ait choisi un seul mot ce matin-là pour définir son équipe : « Progression ».

Des garçons comme Michal Kwiatkowski, Pello Bilbao, Hugh Carthy, Alex Aranburu ou encore Thomas Silva ont tous fait leurs classes sous le maillot vert et blanc avant d’aller voir plus haut. Plus de 150 coureurs sont passés professionnels grâce à cette filière. « Depuis notre retour au haut niveau en 2010, notre philosophie a toujours été très claire : développer des coureurs, travailler énormément avec la formation, résume le directeur sportif Aritz Bagües. Notre équipe amateur existe depuis le début des années 1990 et elle a toujours été au coeur de notre manière de travailler. » « Je pense aussi que le fait d’avoir formé de nombreux coureurs professionnels ces vingt dernières années a compté pour l’invitation au Tour », ajoute Jose Miguel Fernandez.

Un budget qui a doublé en trois ans

Seul Français de la bande, même s’il n’a pas été retenu pour le Tour, Ellande Larronde a lui aussi goûté à cette philosophie. En fin de saison dernière, alors que son passage chez les Espoirs touchait à sa fin, le Basque s’est vu conseiller de patienter encore un peu. « Asier Bacaicoa ( responsable des ressources humaines) m’a conseillé directement de rester une année de plus pour continuer à grandir et obtenir ensuite de meilleures opportunités » , raconte-t-il.

Et le Tour a aussi servi de coup de boost à la maison verte. Habituée aux invitations sur la Vuelta, Caja Rural a dû sortir le bleu de chauffe pour se mettre au niveau de la Grande Boucle. Un nouveau bus « plus confortable, avec une douche » , sourit Nicolau, est arrivé. Le staff a gonflé jusqu’à 22 personnes, « du jamais vu » selon Unai Esparza, le responsable presse. Une croissance à l’image du budget, passé entre 2,5 et 3 millions d’euros il y a trois ans à 6 millions aujourd’hui.

Alors, quand Joel Nicolau repense à son quotidien d’il y a encore deux saisons, un petit sourire se dessine. « Je me souviens qu’à l’époque, on disputait des courses classées en 2.2 et notamment beaucoup au Portugal, comme le Grand Prix Beiras et Serra da Estrela, raconte-t-il, quelques minutes avant de rejoindre la ligne de départ. Aujourd’hui, elles ont quasiment toutes disparu de notre calendrier. Avec la progression de l’équipe, on a désormais la possibilité de participer à des courses beaucoup plus importantes. » À force de cultiver son jardin, la petite équipe navarraise a fini par voir pousser de beaux fruits.

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