Grimper jusqu’au sprint
Jasper Philipsen, vainqueur hier à Voiron, et Mads Pedersen,
toujours en vert après la 17e étape,
vont se livrer un duel pour le classement par points jusqu’à Paris.
Très, voire trop combatif hier, Mads Pedersen a réalisé une mauvaise opération dans la protection de son maillot vert. Vainqueur à Voiron, Jasper Philipsen le talonne désormais de sept unités, la lutte va se jouer en partie en montagne et jusqu’à Paris.
“Mads a plus de chances que moi de remporter le maillot vert P'HIL'IPSEN, JASPER DEUXIÈME DU CLASSEMENT PAR POINTS
23 Jul 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX et ÉLOI THOUAULT
VOIRON (ISÈRE) – L’attitude de chien fou de Mads Pedersen dans la quête du maillot vert alimente un spectacle permanent depuis le début de ce Tour de France, car le Danois veut être récompensé meilleur sprinteur sans l’être, au panache. Son obsession pour les sprints intermédiaires lui a toutefois joué un mauvais tour, hier.
« C’était vraiment une journée de merde, qui m’a coûté beaucoup de points, a rouspété le leader de Lidl-Trek. Je suis vraiment déçu. » À la bagarre en première partie de course pour se débarrasser des coureurs plus rapides comme Jasper Philipsen, le maillot vert a fini par exploser, comme le Belge, et une échappée a filé. Un scénario idéal en théorie, car son principal adversaire ne lui aurait rien repris de ses 31 points d’avance.
« Peut-être que l’on aurait pu laisser partir le groupe » , a concédé Pedersen à l’arrivée. Sauf qu’il a relancé dès qu’il a pu – « on était focalisés sur le sprint intermédiaire », a défendu son manager adjoint Andy Schleck –, et a remis Philipsen en jeu pour la victoire finale. Résultat, le Danois a pris 25 points et le Belge 9 unités à 27 km de l’arrivée, puis Pedersen insista mais se brûla les ailes, huitième (10 points) et cloué par Philipsen (50 points, vainqueur) au sprint à Voiron. « Avec l’énergie perdue à l’avant, ce n’est pas un secret, c’est difficile de finir », a analysé Schleck. « Je ne sais pas ce que l’on aurait pu faire différemment, s’est expliqué Pe
dersen. L’échappée initiale aurait peut-être été reprise et cela serait arrivé aussi au sprint… » Les Lidl-Trek peuvent toujours relativiser en disant que le paletot est sauvé pour les trois prochains jours, avec des sprints intermédiaires sur des étapes pour grimpeurs. « Mads a plus de chances que moi de remporter le maillot vert » , pense Philipsen. « Je suis assez confiant » , maintient Schleck. Mais sur un circuit quasi inédit, dimanche, où le scénario est assez imprévisible, « cette bataille va durer jusqu’à Paris » , pressent Pedersen.
Alors qu’il s’estimait lésé par ce parcours avec la plupart des sprints intermédiaires situés au début des étapes, c’est-à-dire avant de pouvoir éliminer les autres sprinteurs, Pedersen ne peut se plaindre des trois journées à venir. Respectivement placés au km 129, km 89 et km 66, les trois prochains sprints intermédiaires semblent hors d’atteinte pour Philipsen. « Je ne pourrai pas prendre de points dans la montagne, souffle le Belge. Je ne peux qu’espérer que Mads n’en prenne pas non plus. Malheureusement, je vois à quel point il grimpe bien… Il peut survivre à des ascensions de première catégorie. »
Le Danois devra en passer une, aujourd’hui, puis encore une montée de deuxième catégorie et une autre de troisième catégorie, pour prendre 25 points. Ce sera difficile, mais sûrement moins que demain, où le Noyer (7,2 km à 8,5 %) risque de lui être fatal, tout comme samedi avec la Croix de fer (hors catégorie) d’emblée.
Une troisième semaine à leur portée
Là où beaucoup de sprinteurs comptent déjà les jours, eux semblent plutôt apprécier quand le Tour commence à peser dans les jambes. À Barcelone, Mads Pedersen l’assurait : il n’a « pas peur de cette troisième semaine » . Et à voir le Danois encore à l’attaque hier, après avoir déjà beaucoup donné depuis le départ, difficile d’imaginer qu’il ait tout laissé en route. Il est en mesure d’aller au bout.
Philipsen, lui, n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Le Belge a plutôt l’habitude de laisser parler les jambes, souvent au moment où on l’attend le moins. Longtemps frustré sur ce Tour, à courir après cette victoire qui lui échappait, il a enfin débloqué son compteur à Voiron. « On voyait déjà ces derniers jours, notamment lors des sprints intermédiaires, qu’il allait de mieux en mieux. Il reprenait de plus en plus confiance » , observait Philip Roodhooft, le manager d’Alpecin-Premier Tech. Une petite musique qui rappelle 2022, quand Philipsen avait aussi dû patienter avant de trouver l’ouverture à Carcassonne, lors de la 15e étape, après avoir tourné autour pendant deux semaines.
Les Lidl-Trek et les Alpecin-Premier Tech ne trinqueront certainement pas au champagne avant l’arrivée finale. 25 points seront encore à prendre pour le premier au sprint intermédiaire à Paris, dimanche, mais il faudra trouver le bon compromis pour ne pas se griller avec 50 points promis ensuite au vainqueur sur les Champs-Élysées, dont le profil est incertain avec un dernier passage au sommet de la butte Montmartre à 10 km de la ligne. « On n’a pas vraiment de référence, souligne Schleck. Wout ( Van Aert) a gagné l’an dernier, mais dans des circonstances différentes, sous l’orage, et on a vu Remco (Evenepoel) s’imposer aux JO… Donc je doute que ça soit un sprint massif, mais un sprint en petit comité convient parfaitement à Mads (sourire). » Philipsen brouille les pistes : « Paris c’est une grosse opportunité pour notre équipe, pas seulement pour moi mais aussi pour Mathieu (van der Poel), c’est un parcours de classicman. » Et le Belge en est un, tout comme Pedersen
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