Il fallait sauver le soldat Yates
Adam Yates (à droite) a vécu une journée calvaire,
épaulé jusqu’au bout par son coéquipier Tim Wellens (à gauche).
Soutenu par Tim Wellens, le coureur britannique, malade et mis à l’isolement, a eu du mal à rentrer dans les délais.
23 Jul 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
VOIRON (ISÈRE) – Fendant la foule encore nombreuse devant le car de la formation UAE Emirates-XRG, Tim Wellens a escorté jusqu’au bout un Adam Yates livide, le maillot ouvert jusqu’au nombril et suintant des traces blanches de la transpiration. Le Britannique flottait dans un état second depuis un moment, depuis que son corps l’avait lâché à 67 kilomètres de l’arrivée. Malade ces deux derniers jours, pris de maux de ventre et de vomissement, Yates a alors chancelé et roulé si peu vite qu’il aurait pu en tomber. « Il nous a dit : “Je vais prendre le groupe derrière pour essayer d’économiser un peu plus d’énergie” », expliquait Mauro Gianetti, manager général de l’équipe.
Malgré son début d’étape à l’avant, le staff semblait s’attendre à cette extinction subite des feux. « Hier ( mardi), il n’était pas très bien avant le chrono, et après l’effort il a vomi, poursuivait Gianetti. Quand il est rentré à l’hôtel, cela allait mieux. Ce matin ( hier) aussi, il avait pris un petit-déjeuner. Mais, finalement, il l’a payé. »
Simone Pedrazzini a passé la fin de journée derrière le coureur de 33 ans, mis à l’isolement et qui avait dîné la veille dans sa chambre. « Jamais il ne m’a dit qu’il voulait s’arrêter mais qu’il était vide, relatait le directeur sportif. Je lui ai dit: “On continue, on essaie et si ça ne va pas, pas de problème, on arrête.” »
Un des précieux lieutenants de Pogacar
Le médecin du Tour, celui d’Uno-X Mobility également, est venu aux nouvelles pendant l’étape mais c’est plutôt au côté de son équipier belge qu’il a retrouvé du réconfort, sa formation ayant décidé de sacrifier Wellens, véritable bête à rouler, avec la voiture de Peddrazini en soutien. « On a fait les calculs car tout seul, il n’y arrivait pas, estime le directeur sportif suisse.
Et je crois qu’il ne serait pas rentré dans les délais. Tim avait l’habitude (de ce travail) avec Caleb Ewan chez Lotto. Il sait ce qu’il faut faire quand un coureur est en difficulté et il l’a bien aidé pour entrer tranquillement dans les délais. » Tout de même plus de vingt-six minutes après le vainqueur Jasper Philipsen mais en effet treize minutes avant le couperet qui aurait coûté cher à l’équipe émirienne tant cet animateur, réputé pour son humour dans les rangs d’UAE, est un des précieux lieutenants de Tadej Pogacar depuis 2023.
Pourtant, le vainqueur du Tour de Suisse 2024 n’est pas impérial depuis le Grand Départ à Barcelone, pour ne pas dire discret. Échappé vers le Plateau de Solaison, il n’avait été capable que d’un seul court relais quand Pogacar l’avait repris avec les autres favoris. À cinq jours de rejoindre Paris et d’y fêter un cinquième Tour de France avec « Pogi », les dirigeants ont opté pour un sauvetage de leur soldat britannique, au cas où.
« Tadej n’avait pas besoin de Tim à l’avant, selon Gianetti. Et on a considéré que c’était important d’avoir quelqu’un pour aider Adam car c’est déprimant de se retrouver tout seul pendant 45 kilomètres, c’est dur dans la tête. » Avec un pari, qu’il se rétablisse rapidement, selon Pogacar: « Peutêtre pas dès demain (jeudi) mais pour les étapes reines de vendredi et samedi. Hier (mardi), il était vraiment dans un mauvais état. S’il avait dû courir une étape normale plutôt qu’un contre-la-montre, il ne l’aurait sûrement pas terminée. » Hier, il est encore allé au bout.
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