Alaphilippe, l’incarnation du panache à la française


KENZO TRIBOUILLARD/AFP - Après avoir remporté le titre de champion du monde sur 
route en 2020, Julian Alaphilippe récidive, ici, en septembre 2021 entre Anvers et Louvain.

Le double champion du monde a décidé de mettre un terme à sa carrière, à 34 ans. Son style unique et ses grandes victoires resteront dans les mémoires.

« Les coureurs ont changé, 
le cyclisme a changé et je me sens en décalage avec la jeune génération, 
ça, c’est sûr. Après, j’aime encore ce que je fais, 
mais je suis très content d’avoir passé le plus gros 
de ma carrière ces dernières années » 
   - Julian Alaphilippe

22 Aug 2026 - Le Figaro
Thibaud Jouffrit

Sans le savoir ni le vouloir vraiment à cet instant, le public français a dit adieu à son champion de la plus belle des façons, le 26 juillet dernier, lorsque celui-ci a profité, seul, d’un bruyant bain de foule en montant la rue Lepic, puis devant la basilique du Sacré-coeur, à Montmartre. Près d’un mois après la dernière étape du Tour de France, Julian Alaphilippe a mis un terme à sa carrière professionnelle, l’annonce tombant par surprise jeudi soir. À 34 ans, le natif de Saint-Amand-Montrond referme une riche histoire dorée. Il laisse le souvenir d’un coureur autant apprécié pour son panache et son caractère que pour sa barbiche et son sourire charmeur.

Attaquant-né, celui qui a brillé en cyclo-cross durant sa jeunesse a représenté, lors de ses meilleures années dans le peloton mondial, un cyclisme audacieux, généreux, spectaculaire. Et il aura encore plus gagné que ses émérites contemporains en équipe de France, les Thibaut Pinot, Romain Bardet et Arnaud Démare. Milan-San Remo (2019), la Flèche wallonne (2018, 2019, 2021), les Strade Bianche (2019), la Classique de Saint-sébastien (2018)…

Avec ces seules lignes à son palmarès, « Alaf » aurait déjà parfaitement incarné l’idée qu’on se faisait de lui lorsqu’il s’est révélé, à savoir un «puncheur» capable de briller sur les Monuments et les classiques ardennaises. Mais il a décidé d’aller encore plus haut. Pour entrer dans la légende du sport français et devenir le plus grand cycliste du pays au XXIE siècle. Son attaque à 17 kilomètres de l’arrivée, sur le circuit automobile d’imola, dans son puissant style reconnaissable en danseuse, mâchoire serrée, lors des championnats du monde 2020, restera son Everest.

En succédant à Laurent Brochard (sacré en 1997) comme porteur du maillot arc-en-ciel, il avait même laissé sans voix sa compagne, Marion Rousse, trop émue pour continuer à commenter son exploit à l’antenne du service puses blic. Sous la grisaille italienne, les étoiles étaient décrochées. Le coeur des Français, lui, avait déjà été conquis depuis longtemps grâce à ses prouesses réalisées sur la Grande Boucle. De son maillot blanc à pois rouge magnifié par deux victoires d’étapes en 2018 (au Grand-Bornand et à Bagnères-de-Luchon) à l’épopée de l’année suivante, succès sur le Tour de France furent à la hauteur de sa popularité. Les trois semaines de juillet 2019 demeureront le symbole d’un coureur avare de calculs lorsque les jambes répondent. Impossible d’oublier ses 14 jours passés en jaune, son échappée vers Épernay, son entente avec Thibaut Pinot en direction de Saint-Étienne ou encore son exceptionnel contre-la-montre à Pau.

Cet été-là, alors numéro 1 mondial au classement UCI, Alaphilippe en a rêvé, mais n’a pas succédé à Bernard Hinault, terminant «seulement» 5e du classement général avec, en prime, le prix de la combativité. Mais il est resté fidèle à lui-même, à l’image d’un autre héros battu en 2011, son sélectionneur Thomas Voeckler. Aucun regret à avoir. D’autant que le meilleur arrivait ensuite. Un titre de champion du monde ne lui suffisait pas, donc il remettait le couvert à Louvain en 2021. Encore une attaque décisive à… 17 kilomètres de la ligne. Les signes du destin… Il devenait le septième cycliste de l’histoire, mais le premier Français, à conserver son titre. De la fougue, un tempérament offensif, une science tactique de la course et donc, surtout, un palmarès XXL.

À sa richissime collection, il ne manque que Liège-bastogne-liège, le Tour des Flandres et le Tour de Lombardie, trois Monuments qui lui ont échappé d’un cheveu. Le vainqueur de six étapes sur le Tour avec le sponsor Quick-Step a porté le maillot jaune durant 18 jours au total (dont 3 en 2020 et 1 en 2021) et a aussi levé les bras sur le Giro et la Vuelta. Parfois en échappée, souvent en solitaire, et toujours avec la manière. Les années passant, «Alaf» n’a jamais perdu sa niaque. Même s’il sentait le vent tourner face aux ogres du peloton - Tadej Pogačar et Mathieu van der Poel - devenus imbattables au fil des saisons sur les routes européennes.

« Les coureurs ont changé, le cyclisme a changé et je me sens en décalage avec la jeune génération, ça, c’est sûr. Après, j’aime encore ce que je fais, mais je suis très content d’avoir passé le plus gros de ma carrière ces dernières années. Si j’étais un coureur qui passait professionnel aujourd’hui, je pense que je n’aurais pas pris autant de plaisir», confiait au Figaro celui qui se tournait sans doute déjà vers la retraite, à l’occasion de la 7e étape du dernier Tour de France, vers Bordeaux.

«J’ai toujours derrière la tête l’idée qu’un bon résultat reste possible et je donnerais tout pour ça. C’est mon caractère qui est comme ça et, si je n’avais plus cette flamme-là, j’arrêterais», avouait le Français, constatant une tension devenue « palpable au sein du peloton ». « La professionnalisation du métier, la nutrition, l’entraînement, tout est devenu poussé à l’extrême. Le niveau est tellement relevé qu’il n’y a plus beaucoup de place pour savourer les moments un peu plus relax dans la course. Je ne dis pas qu’avant c’était relax, attention, mais tout est devenu tellement strict… C’est du millimétré, et moi, peut-être que je suis davantage au centimètre qu’au millimètre. »

Sous la tunique de l’équipe suisse Tudor, endossée après plusieurs mésaventures et lourdes chutes en 2022 et 2023, le double champion du monde a bouclé la Grande Boucle par deux éditions difficiles (56e en 2025, 123e en 2026). La confirmation que son heure de gloire était passée. Le cyclisme actuel n’est plus le sien, bien que celui-ci l’ait vu s’offrir une dernière victoire de prestige, il y a moins d’un an, sur le Grand Prix cycliste du Québec. La dernière image, familière, d’un Julian Alaphilippe serrant le poing, les yeux vers le ciel. Son départ du peloton va laisser un grand vide. Il marque la fin d’une époque et, principalement, celle d’une génération dorée du vélo français, adorée pour son élégance et son romantisme. 

***

KENZO TRIBOUILLARD/AFP - Dopo aver conquistato il mondiale su strada nel 2020, 
Julian Alaphilippe si ripete, qui, nel settembre 2021 da Anversa a Lovanio (Leuven).

Alaphilippe, l’incarnazione del panache alla francese

Il due volte campione del mondo ha deciso di porre fine alla sua carriera, all’età di 34 anni. Il suo stile unico e le sue grandi vittorie rimarranno nella memoria.

«I corridori sono cambiati,
il ciclismo è cambiato e mi sento fuori sincrono con la giovane generazione,
questo è certo. Detto questo, amo ancora quello che faccio,
ma sono molto contento di aver vissuto il momento più importante
della mia carriera negli ultimi anni»
   - Julian Alaphilippe

22 agosto 2026 - Le Figaro
Thibaud Jouffrit

Senza rendersene conto né volerlo davvero in quel momento, il pubblico francese ha salutato il proprio campione nel modo più bello possibile, lo scorso 26 luglio, quando questi si è goduto, da solo, un fragoroso bagno di folla risalendo rue Lepic e poi davanti alla basilica del Sacro Cuore, a Montmartre. A quasi un mese dall’ultima tappa del Tour de France, Julian Alaphilippe ha posto fine alla sua carriera da professionista, con un annuncio a sorpresa giovedì sera. A 34 anni, il nativo di Saint-Amand-Montrond chiude una ricca e gloriosa carriera. Lascia il ricordo di un corridore apprezzato tanto per il suo brio e il suo carattere quanto per il suo pizzetto e il suo sorriso affascinante.

Attaccante nato, che in gioventù aveva brillato nel ciclocross, ha rappresentato, nei suoi anni d’oro, un ciclismo audace, generoso, spettacolare. E ha ottenuto ancora più successi dei suoi illustri contemporanei nella nazionale francese, come Thibaut Pinot, Romain Bardet e Arnaud Démare. Milano-Sanremo (2019), tre Freccia Vallone (2018, 2019, 2021), la Strade Bianche (2019), la Clásica San Sebastián (2018)…

Con queste sole voci nel suo palmarès, «Alaf» avrebbe già incarnato alla perfezione l’immagine che ci si era fatti di lui quando si è rivelato, ovvero quella di un «puncheur» capace di brillare nelle nelle classiche delle Ardenne e nelle Monumento. Ha però deciso di puntare ancora più in alto. Per entrare nella leggenda dello sport francese e diventare il più grande corridore del Paese nel XXI secolo. Il suo attacco a -17 chilometri dal traguardo, sul circuito automobilistico di Imola, nel suo potente e inconfondibile stile in piedi sui pedali, con la mascella serrata, durante i campionati del mondo del 2020, rimarrà il suo Everest.

Succedendo a Laurent Brochard (incoronato nel 1997) come detentore (francese, ndr) della maglia iridata, aveva lasciato senza parole persino la sua compagna, Marion Rousse, troppo commossa per continuare in onda sul canale Puses Blic a commentarne l'impresa. Sotto il cielo grigio d’Italia, le stelle erano state conquistate. Il cuore dei francesi, invece, era già stato conquistato da tempo grazie alle sue prodezze compiute al Tour de France. Dalla maglia a pois, esaltata da due vittorie di tappa nel 2018 (al Grand-Bornand e a Bagnères-de-Luchon), all’epopea dell’anno successivo, i successi al Tour de France sono stati all’altezza della sua popolarità. Le tre settimane del luglio 2019 rimarranno il simbolo di un corridore che non badava ai calcoli quando le gambe rispondevano. Impossibile dimenticare i suoi 14 giorni in maglia gialla, la sua fuga verso Épernay, l’intesa con Thibaut Pinot in direzione di Saint-Étienne o ancora la sua eccezionale cronometro a Pau.

Quell’estate, quando era numero 1 al mondo nella classifica UCI, Alaphilippe ci aveva sperato, ma non è riuscito a succedere a Bernard Hinault (ultimo vincitore francese del Tour maschile, ndr), chiudendo “solo” al 5° posto nella classifica generale e aggiudicandosi, come bonus, il premio alla combattività; ma è rimasto fedele a se stesso, proprio come un altro idolo sconfitto nel 2011, il suo Ct in nazionale Thomas Voeckler. Nessun rimpianto. Tanto più che il meglio doveva ancora venire. Un titolo mondiale non gli bastava, quindi ci ha riprovato a Lovanio nel 2021. Ancora un attacco decisivo a… -17 chilometri dal traguardo. Segni del destino… È diventato il settimo della storia, e primo francese, a confermarsi campione del mondo. Grinta, spirito offensivo, senso tattico della gara e, soprattutto, un palmarès da record.

Alla sua ricchissima collezione mancano solo la Liegi-Bastogne-Liegi, il Giro delle Fiandre e il Giro di Lombardia, tre Monumenti che gli sono sfuggiti per un soffio. Il vincitore di sei tappe al Tour con la squadra Quick-Step ha indossato la maglia gialla per un totale di 18 giorni (di cui 3 nel 2020 e uno nel 2021) e ha alzato le braccia al cielo anche al Giro e alla Vuelta. A volte in fuga, spesso in solitaria, e sempre con stile. Con il passare degli anni, «Alaf» non ha mai perso la sua grinta. Anche se sentiva che il vento stava cambiando di fronte ai giganti del gruppo – Tadej Pogačar e Mathieu van der Poel – diventati imbattibili nel corso delle stagioni sulle strade europee.

«I corridori sono cambiati, il ciclismo è cambiato e mi sento fuori sincrono con la giovane generazione, questo è certo. Detto questo, amo ancora quello che faccio, ma sono molto contento di aver vissuto il periodo più intenso della mia carriera negli ultimi anni. Se fossi un corridore che diventasse professionista oggi, penso che non mi sarei divertito così tanto», ha confidato a Le Figaro in occasione della settima tappa dell’ultimo Tour de France, verso Bordeaux, mentre senza dubbio stava già pensando al ritiro.

«Ho sempre in mente l’idea che un buon risultato sia ancora possibile e darei tutto per ottenerlo. Sono fatto così e, se non avessi più questa passione, smetterei», aveva ammesso il francese, constatando una tensione ormai «palpabile all’interno del gruppo». «La professionalizzazione di questo mestiere, l’alimentazione, l’allenamento, tutto è stato portato all’estremo. Il livello è talmente alto che non c’è più molto spazio per godersi i momenti un po’ più rilassati durante la gara. Non sto dicendo che prima fosse tutto rilassato, attenzione, ma ora è diventato tutto così rigido… È tutto calcolato al millimetro, e io, forse, sono più da centimetro che da millimetro».

Con la maglia del team svizzero Tudor, indossata dopo diverse disavventure e gravi cadute nel 2022 e nel 2023, il due volte campione del mondo ha concluso due per lui difficoltosi Tour de France (56° nel 2025, 123° nel 2026). La conferma che il suo momento di gloria era ormai passato. Il ciclismo di oggi non è più quello di un tempo, anche se meno di un anno fa gli ha regalato un’ultima vittoria di prestigio: al Gran Premio ciclistico del Québec. L’ultima immagine, ormai familiare, di un Julian Alaphilippe che stringe il pugno, con lo sguardo rivolto al cielo. La sua uscita dal gruppo lascerà un grande vuoto. Segna la fine di un’epoca e, soprattutto, quella di una generazione d’oro del ciclismo francese, adorata per la sua eleganza e il suo romanticismo.

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