LA FIN DU BAL
UN SACRÉ COEUR
Julian Alaphilippe a officialisé hier la fin de sa carrière. À 34 ans, ce puncheur irrésistible s’en va avec le plus beau palmarès français du siècle, mais surtout en ayant laissé une empreinte en chacun de nous, le souvenir d’un frisson et d’une folie perpétuelle.
22 Aug 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Au moment de quitter la piste de danse qu’il avait si souvent enflammée dans la dernière décennie, il n’était pas étonnant que Julian Alaphilippe choisisse d’évoquer les « émotions » et les « rêves » qu’il avait eu la chance de conquérir au fil de sa carrière, tant il aura été le jukebox qui rythma nos après-midi, un distributeur infatigable de frissons. « Loulou » a donc officialisé hier en fin de journée l’annonce de sa retraite, à 34 ans, et tous ceux qui ont assisté à ses exploits ont senti leur coeur se rétrécir, le léger étranglement qui accompagne le départ des très grands.
La dernière marque de son intelligence, de sa vista, de cet oeil espiègle et chirurgical aura donc été de ne pas jouer les prolongations, de ne pas s’obstiner dans un monde agonisant, au bout d’un Tour de France qui l’aura laissé désenchanté, en grande difficulté pour exister (125e) , mais aussi en décalage avec les canons modernes dans lesquels il ne trouvait plus d’amusement. Le désenchantement n’a jamais été un compagnon d’Alaphilippe, et c’était bien le signe qu’il s’agissait de la fin, car on l’avait toujours vu virevolter dans tous les sens, sur le vélo et en dehors, un Marsupilami sautillant, une fée, avec une épée magique plutôt qu’une baguette.
L’un des plus grands sportifs français du siècle
Il aura été une extraversion, dans la recherche du contact permanent, d’une forme de joie, de bonheur, toujours à nous inviter à profiter de la vie, quand Thibaut Pinot avait un charme plus introspectif et Romain Bardet un « cérébralisme » séduisant. Les trois n’avaient rien à voir l’un avec l’autre, mais le dernier départ, celui d’Alaphilippe donc, clôt un chapitre majeur du cyclisme français. Ils ont été la charpente d’une génération épatante et se rejoignaient tout de même sur une certaine idée du cyclisme, offensive, agressive et mue par un refus du renoncement.
Alaphilippe aura été le plus grand des trois, sans discussion possible, il est d’ailleurs un des plus grands sportifs français du siècle, rien qu’avec ses deux titres de champion du monde (2020, 2021), auxquels on peut ajouter les Strade Bianche (2019), Milan-San Remo (2019), trois Flèches Wallonnes (2018, 2019, 2021), Maillot Jaune du Tour pendant dix-huit jours et vainqueur de six étapes, maillot blanc à pois rouges de meilleur grimpeur… Les palmarès ne disent rien de l’empreinte, bien sûr, et la retraite du Montluçonnais est aussi une page qui se tourne pour le cyclisme de manière générale, car il a été un précurseur, notamment avec Peter Sagan, fers de lance d’une renaissance des manières d’antan, qui dictaient de courir de façon débridée, sans calcul, et ce n’est pas un hasard si Mathieu van der Poel a salué son départ hier soir en rappelant qu’il avait été une inspiration.
Excavateur d’émotions
Alaphilippe a ouvert la voie à la version plus aboutie de ce cyclisme-là, à laquelle nous assistons aujourd’hui et que pratique Tadej Pogacar, qui est plus parfaite mais aussi moins enivrante, car c’est dans les grains de sable et l’imperfection que se niche la poésie. Le Français aura incarné cela, il aura embrassé ce romantisme, avec ses excès, dans l’enchaînement de hauts et de bas qui dessinaient une courbe sinusoïdale prononcée, irrésistible un jour, cafouilleux un autre, et Liège-Bastogne-Liège restera à ce titre un de ses grands rendezvous manqués, surtout en 2020 où la victoire lui tendait les bras.
Il est incongru qu’il ne soit pas au palmarès de la Doyenne, d’autant que c’est là qu’il était entré d’une certaine manière dans sa carrière, avec sa 2e place derrière Alejandro Valverde en 2015 pour sa découverte du Monument ardennais. Alaphilippe a été un puncheur intraitable, qui à son sommet ne rendait jamais ce qu’il avait gagné, pas un mètre, et cette philosophie dessinait l’arc de sa vie, dont l’horizon s’était longtemps résumé à la géométrie orthogonale de sa barre HLM à Saint-Amand-Montrond (Cher) ou au cambouis de l’atelier de réparation de mobylettes où il aurait dû être condamné à serrer des boulons.
Alaphilippe a toujours tout bousculé et il a été pour chacun de nous un excavateur d’émotions, il a réveillé, notamment à Imola pour son premier sacre arc-en-ciel en 2020, des sentiments enfouis, oubliés ou ignorés, c’est selon, le vertige d’un triomphe immense, d’un titre mondial qu’on s’était presque refusé à imaginer tant c’était devenu une rareté dans le patrimoine national. Il a laissé une empreinte en chacun de nous, le souvenir d’un frisson, d’un hurlement, de larmes, carchacun deses chefs-d’oeuvre épousait les lignes de sa beauté sauvage.
Une âme bohémienne, vagabonde et insaisissable
Chacun retiendra ce qu’il voudra, ce démarrage animal dans la cima Gallisterna, dans le Mondial italien, les arabesques de son déhanché, le petit regard en arrière pour être bien certain qu’il était en train d’assassiner tout le monde et puis ce travelling de cinéma, un plan à la James Bond, sur la crête des collines romagnoles, seul au monde, filant vers son destin.
Ou l’absolu de Louvain, l’année suivante en Belgique, où sa démonstration aboutit à la prosternation du peuple du cyclisme, défait chez lui, réduit à applaudir la supériorité du Français. Pour notre part, on retiendra un petitdéjeuner au Tour de Catalogne, en 2014, dans ses balbutiements professionnels, où il n’en revenait pas de tous les moyens qui étaient mis à sa disposition, de l’attention qu’on lui portait, lui qui avait grandi avec rien. Il ne s’est jamais départi de son humilité, ni de sa convivialité, double champion du monde ou pas, car Alaphilippe est un artiste, un créatif qui avait trouvé avec Thomas Voeckler une alchimie pour dominer le monde, une âme bohémienne, vagabonde et insaisissable , un ast re en révo l ut i on permanente, qui se fiche des contingences, et c’est avant tout pour cela qu’on l’a tant aimé.
Il a provoqué en chacun de nous des tremblements de terre intimes et ce sont ces secousses qui se répliquent au moment où il s’en va, où toute une génération de jeunes fans de cyclisme peut désormais dépunaiser les posters qui décoraient leurs chambres d’adolescents, au moment où Alaphilippe éteint les lumières de sa salle de bal et nous laisse orphelins de son enchantement.
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Julian Alaphilippe salue Paul Seixas à l’arrivée
de la 5e étape du Tour de l’Algarve, le 22 février.
Le grand frère
Sa retraite sportive marque la fin d’une ère au cours de laquelle le double champion du monde a été une inspiration, puis un relais pour la jeune génération.
«Je ne me considère pas comme l’exemple à suivre.
Je suis quelqu’un de super normal»
- JULIAN ALAPHILIPPE
«Au Rwanda et à Zurich, il n’était pas en concurrence avec les autres.
Comme dans la vie de tous les jours, il était dans le partage»
- THOMAS VO'EC'KLER, SÉLECTIONNEUR
DE L’ÉQUIPE DE FRANCE
22 Aug 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
Les mômes n’en étaient pas encore à lui donner du « frérot » à tout va, on sentait bien qu’ils naviguaient entre le respect dû à son statut, son palmarès, et l’idée d’aller se frotter à son magnétisme. Si, à 34 ans, Julian Alaphilippe a composé ces derniers mois avec un déclin physique naturel, il ne s’est pas engoncé dans un comportement soupe au lait et acariâtre, en rejet de la nouvelle générat i o n . A u c o n t r a i re , i l s’ e s t positionné dans un rôle de grand frère chez Tudor et au-delà puisque les coureurs tricolores ont profité de ses conseils.
Gamins, tous ou presque ont fantasmé « Alaph », et personne n’a oublié ce Tour de Suisse, l’an passé, quand Kévin Vauquelin, devant la caméra de Charles-Antoine Nora de la chaîne L’Équipe lui déclarait sa flamme: « Tu sais que tu étais monidole? » Onrepense aussi à cet échange avec Ewen Costiou, alors chez Arkéa, aussi heureux d’avoir brillé sur la 16e étape de son premier Giro en 2024 que d’avoir partagé un bout de la route avec le double champion du monde : « Une étape interminable, 5500 mde dénivelé, une journée folle avec un dernier mur. Mais avec Julian, on avait pu pas mal discuter, des échanges sympas, alors que nous n’étions pas dans la même équipe. J’avais des jambes de feu et il avait roulé pour moi. » Alaphilippe était carbo ce jour-là, il aurait pu enterrer le jeune coureur breton (21 ans lors du Tour d’Italie 2024), il lui a glissé un relais de mammouth pour aller jouer la gagne (9e, au final) « alors qu’il n’était pas obligé de faire ça. Un grand champion ».
Et un grand frère? «Un peu, mais je ne joue rien du tout, c'est naturel, estimait l'intéressé avant le Tour. J'ai ce côté où j'aime les gens, le partage, peut-être trop parfois. J'ai appris à me protéger un peu, mais tous ces jeunes qui gagnent, qui sont forts, j'aime échanger avec eux. Cela me fait plaisir qu'une de mes victoires les ait inspirés, qu'un de mes conseils les ait aidés. Et à côté de ça, je ne me considère pas comme l'exemple à suivre. Je suis quelqu'un de super normal, content de me sentir utile. »>«<llest très famille, cela se retrouve au final dans l'équipe, appréciait l'hiver dernier, son coéquipier Mathys Rondel. Quand il est avec nous, à table, on sait qu'on va passer un bon moment. Il y avait une identité avant, mais son arrivée a apporté autre chose. »
À écouter Stefan Küng (32 ans), même génération que le Français, le vainqueur des Strade Bianche en 2019 n'a pas séduit seulement les moins de 25 ans : « On a couru l'un contre l'autre, on se connaît depuis des années. Tu sens qu'il aime le vélo, c'est un jeu pour lui. C'est très très important dans un cyclisme défini par des stratégies et des datas. À la base, on a commencé parce que c'est un sport et, lui, rappelle ça. Je suis moins fou, mais j'aime bien quand il y a des personnalités comme lui (rires). >>
Lors du stage hivernal, en décembre, Fabian Cancellara, le patron de Tudor, expliquait ne pas l'avoir recruté pour joeur les animateurs de colo, mais le dirigeant suisse ne pouvait nier que son comportement, ses petites blagues, ses attentions de tous les instants, parfois une simple main sur l'épaule, ont participé à détendre tout le monde: « C'est Loulou. On a grandi avec lui, pas seulement le coureur, mais aussi la personne. C'est chouette d'entendre les jeunes parler en bien de lui, mais c'est aussi parce qu'il s'occupe bien d'eux. Je sais qu'en stage (de l'équipe de France, aux Mondiaux de Kigali), il avait échangé avec Paul Seixas. Il donne le maximum pour les autres, comme avec Michael (Storer) lors de Paris-Nice en 2025 (victoire à Auron). Il était aussi fier que si c'était lui qui avait gagné. Il n'a pas d'ego, cela reflète sa personnalité. »
"Au Rwanda et à Zurich,
il n'était pas en concurrence avec les autres.
Comme dans la vie de tous les jours,
il était dans le partage
- THOMAS VOECKLER, SÉLECTIONNEUR
DE L'ÉQUIPE DE FRANCE
Sélectionneur de l'équipe de France, Thomas Voeckler a été aux premières loges quand son leader a tout raflé (titre mondial à Imola en 2020 et à Louvain en 2021), puis quand il a basculé vers un autre rôle, sans constater le moindre changement: << Au Rwanda et à Zurich, il n'était pas en concurrence avec les autres. Comme dans la vie de tous les jours, il était dans le partage. Je ne citerai pas de noms, mais j'ai connu des anciens qui ne donnaient pas un coup de paluche, au contraire. Mais lui a un fond tellement bon... Il prend plaisir, il ne pense pas une seconde que les jeunes vont faire mieux que lui. »
Sa dernière saison, sans succès, n’a pas érodé son aura, et dans la grande lessiveuse de juillet, qu’il connaissait par coeur (6 victoires d’étapes, 18 fois maillot jaune), il a tenté de jouer un rôle de guide qu’il n’a pas rencontré à ses débuts : « Je n’ai pas spécialement eu de mentor, c’est aussi peut-être pour ça que je prends encore plus à coeur ce rôle. Il y a peut-être eu un manque, même si j’ai été entouré de grands coureurs et de champions, des coéquipiers qui ont été proches, mais pas un qui m’a pris sous son aile. »
Un regard critique sur l’évolution du cyclisme
Ces derniers mois, « Loulou » avait ses chouchous – « Vauquelin est plus fort que moi dans le chrono, dans les courses d’une semaine. J’aime aussi le style d’Ewen (Costiou), il ne se prend pas la tête, il me fait penser à moi. Je m’entends aussi très bien avec Paul Magnier » –, ce qui ne lui interdit pas d’être « surpris parfois par certains jeunes, leurs certitudes. Ce qui me faisait rêver quand j’avais leur âge, c’était de gagner. Eux, c’est d’avoir de bons chiffres, de bons tests, de signer un bon contrat ». Et l’ancien de Quick Step pose aussi un regard critique sur « l’évolution du cyclisme, la direction que le métier prend. Je sens des signaux ( de lassitude). Quand je vois certains jeunes qui se plient à tout ce qu’il faut faire pour gagner, je medis que je ne suis plus à la page ».
À sa façon, son coéquipier Mathys Rondel a absorbé comme une éponge, et le 11e du dernier Giro avait bien remarqué le côté « oldschool de Julian par rapport au cyclisme actuel » . Mais il estimait qu’il n’y a « pas mieux que lui dans la façon de vivre dans le groupe. Les conseils sur la nutrition par exemple ,ce n’est pas lui qui va nous apporter ça. Sur le reste, l’essentiel, on vit bien quand il est là ». Désormais, il faudra apprendre à vivre sans le double champion du monde.
À 34 ans, JULIAN ALAPHILIPPE a officialisé hier sa décision de mettre un terme à sa carrière, marquée par son tempérament offensif et, notamment, par deux titres mondiaux en 2020 et 2021.
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LA FESTA È FINITA
Un cuore sacro
Julian Alaphilippe ha ufficializzato ieri la fine della sua carriera.
A 34 anni, questo irresistibile puncheur se ne va con il più bel palmarès francese del secolo, ma soprattutto lasciando un segno in ognuno di noi, il ricordo di un brivido e di una follia perpetui.
22 agosto 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Nel momento di lasciare la pista da ballo che aveva così spesso infiammato nell’ultimo decennio, non c’era da stupirsi che Julian Alaphilippe scegliesse di evocare le «emozioni» e i «sogni» che aveva avuto la fortuna di conquistare nel corso della sua carriera, tanto era stato il jukebox che ha scandito i nostri pomeriggi, un instancabile dispensatore di brividi. «Loulou» ha poi ufficializzato ieri in tarda serata l’annuncio del suo ritiro, a 34 anni, e tutti coloro che hanno assistito alle sue imprese hanno sentito il cuore stringersi, quel leggero nodo alla gola che accompagna l’addio dei grandi campioni.
L'ultima dimostrazione della sua intelligenza, della sua lungimiranza, di quello sguardo malizioso e chirurgico è stata quindi quella di non cercare di prolungare l'agonia, di non ostinarsi in un mondo moribondo, al termine di un Tour de France che lo ha lasciato disilluso, in grande difficoltà (125°), ma anche in contrasto con i canoni moderni in cui non trovava più divertimento. Il disincanto non è mai stato un compagno di viaggio di Alaphilippe, ed era proprio questo il segno che si trattava della fine, perché lo avevamo sempre visto volteggiare in tutte le direzioni, in sella e fuori, un Marsupilami (*) saltellante, una fata, con una spada magica piuttosto che una bacchetta.
Uno dei più grandi
sportivi francesi del secolo
È stato un personaggio estroverso, sempre alla ricerca del contatto, di una forma di gioia, di felicità, sempre pronto a invitarci a goderci la vita, mentre Thibaut Pinot aveva un fascino più introspettivo e Romain Bardet un «cerebralismo» seducente. I tre non avevano niente in comune tra loro, ma l’ultimo ritiro, quello di Alaphilippe appunto, chiude un capitolo importante del ciclismo francese. Sono stati la spina dorsale di una generazione straordinaria e si accomunavano comunque in una certa idea di ciclismo: offensivo, aggressivo e animato dal rifiuto di arrendersi.
Alaphilippe è stato il più grande dei tre; è del resto uno dei più grandi sportivi francesi del secolo, già solo per i suoi due titoli mondiali (2020, 2021), ai quali si aggiungono la Strade Bianche (2019), la Milano-Sanremo (2019), tre Frecce Vallone (2018, 2019, 2021), la Maglia Gialla del Tour per diciotto giorni e sei vittorie di tappa, la maglia a pois di miglior scalatore… Il palmarès non rende certo l’idea dell’impronta che ha lasciato, naturalmente, e il ritiro del corridore di Montluçon segna anche una svolta per il ciclismo in generale, poiché è stato un precursore, in particolare insieme con Peter Sagan, punta di diamante di una rinascita degli stili di un tempo, che imponevano di correre in modo sfrenato, senza calcoli, e non è un caso che Mathieu van der Poel abbia salutato il suo addio ieri sera ricordando che per lui era stato una fonte di ispirazione.
Cercatore di emozioni
Alaphilippe ha aperto la strada alla versione più matura di quel ciclismo, a cui assistiamo oggi e che pratica Tadej Pogačar, una versione più perfetta ma anche meno inebriante, perché è proprio nei granelli di sabbia e nell’imperfezione che si annida la poesia. Il francese ne è stato l’incarnazione, ha abbracciato questo romanticismo, con i suoi eccessi, nell’alternanza di alti e bassi che disegnavano una curva sinusoidale pronunciata, un giorno irresistibile, confusa un altro, e la Liegi-Bastogne-Liegi rimarrà per questo motivo uno dei suoi grandi appuntamenti mancati, soprattutto nel 2020, quando la vittoria gli tendeva le braccia.
È incongruo che non figuri nell’albo d’oro della «Doyenne», tanto più che è proprio là che, in un certo senso, aveva dato il via alla sua carriera, con il secondo posto dietro ad Alejandro Valverde nel 2015, alla sua prima esperienza con la Monumento delle Ardenne. Alaphilippe è stato un puncheur inflessibile, che al culmine della sua carriera non cedeva mai ciò che aveva conquistato, nemmeno un metro, e questa filosofia ha delineato l’arco della sua vita, il cui orizzonte si era a lungo ridotto alla geometria ortogonale del suo condominio popolare a Saint-Amand-Montrond (Cher) o al grasso dell’officina di riparazione di ciclomotori dove avrebbe dovuto essere condannato a stringere bulloni.
Alaphilippe ha sempre stravolto ogni schema ed è stato per ciascuno di noi una fonte inesauribile di emozioni; ha risvegliato, in particolare a Imola in occasione della sua prima conquista della maglia iridata nel 2020, sentimenti sepolti, dimenticati o ignorati, a seconda dei casi, l’ebbrezza di un trionfo immenso, di un titolo mondiale che ci eravamo quasi rifiutati di immaginare, tanto era diventato una rarità nel patrimonio nazionale. Ha lasciato un’impronta in ciascuno di noi, il ricordo di un brivido, di un urlo, di lacrime, perché ciascuno dei suoi capolavori rispecchiava le linee della sua bellezza selvaggia.
Un’anima bohémienne, vagabonda e sfuggente
Ognuno ricorderà ciò che vorrà: quella partenza animalesca sulla cima Gallisterna, ai Mondiali italiani; le arabesche del suo ancheggiare; quel piccolo sguardo alle spalle per assicurarsi di stare davvero sbaragliando tutti; e poi quella carrellata da film, un’inquadratura alla James Bond, sulla cresta delle colline romagnole, solo al mondo, che sfreccia verso il suo destino.
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Oppure la vittoria schiacciante di Leuven, l’anno successivo in Belgio, dove la sua prestazione portò il popolo del ciclismo a prostrarsi, sconfitto in casa propria e costretto ad applaudire la superiorità del francese. Da parte nostra, ricorderemo una colazione al Giro di Catalogna, nel 2014, agli albori della sua carriera professionistica, quando non riusciva a credere a tutte le risorse messe a sua disposizione, all’attenzione che gli veniva riservata, lui che era cresciuto senza nulla. Non ha mai perso la sua umiltà, né la sua cordialità, bicampione del mondo o no, perché Alaphilippe è un artista, un creativo che aveva trovato con Thomas Voeckler un’alchimia per dominare il mondo, un’anima bohémienne, vagabonda e sfuggente, un astro in continua evoluzione, che se ne infischia delle contingenze, ed è soprattutto per questo che lo abbiamo amato così tanto.
Ha provocato in ciascuno di noi dei terremoti interiori e sono proprio queste scosse a ripetersi nel momento in cui se ne va, quando un’intera generazione di giovani appassionati di ciclismo può ormai staccare i poster che decoravano le loro camere da adolescenti, nel momento in cui Alaphilippe spegne le luci della sua sala da ballo e ci lascia orfani del suo incanto.
(*) Marsupilami: è un personaggio immaginario ideato da André Franquin nel 1952. Il nome è un composto aplologico delle parole marsupiale, Pilou-Pilou (nome francese del personaggio Eugenio il gip, molto amato da Franquin) e amì, ovvero amico in francese: anche per quest'ultima parola il nome in lingua originale viene pronunciato Marsupilamì con l'ultima vocale accentata, mentre nella serie animata trasmessa in Italia il nome veniva pronunciato Marsupilàmi.
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Julian Alaphilippe saluta Paul Seixas all’arrivo
della quinta tappa del Giro dell’Algarve, il 22 febbraio.
Il fratello maggiore
Il suo ritiro segna la fine di un’era in cui il due volte campione del mondo è stato fonte di ispirazione e poi un punto di riferimento per le nuove generazioni.
«Non mi considero un modello da seguire.
Sono una persona normalissima»
- JULIAN ALAPHILIPPE
22 agosto 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
I ragazzi non erano ancora arrivati al punto di chiamarlo a più non posso «fratellino», si percepiva però chiaramente che oscillavano tra il rispetto dovuto al suo status e ai suoi successi e il desiderio di lasciarsi conquistare dal suo carisma. Sebbene, a 34 anni, Julian Alaphilippe abbia dovuto fare i conti negli ultimi mesi con un naturale declino fisico, non si è lasciato andare a comportamenti irascibili e scontrosi, in segno di rifiuto della nuova generazione. Al contrario, ha assunto il ruolo di fratello maggiore alla Tudor e non solo, dato che i corridori francesi hanno tratto beneficio dai suoi consigli.
Da ragazzini, quasi tutti hanno fantasticato su «Alaph», e nessuno ha dimenticato quel Giro di Svizzera, l’anno scorso, quando Kévin Vauquelin, davanti alla telecamera di Charles-Antoine Nora di canale L’Équipe TV, gli dichiarava il proprio affetto: «Sai che eri il mio idolo? » Ci torna in mente anche quello scambio con Ewen Costiou, allora alla Arkéa, felice tanto di aver brillato nella 16ª tappa del suo primo Giro nel 2024 quanto di aver condiviso un tratto di strada con il due volte campione del mondo: «Una tappa interminabile, 5.500 m di dislivello, una giornata pazzesca con un’ultima salita micidiale. Ma con Julian avevamo potuto chiacchierare un bel po’, scambi simpatici, anche se non eravamo nella stessa squadra. Avevo le gambe in fiamme e lui ha pedalato anche per me». Alaphilippe era in gran forma quel giorno, avrebbe potuto annientare il giovane corridore bretone (21 anni al Giro d’Italia 2024), invece gli ha regalato un rilancio pazzesco per permettergli di giocarsi la vittoria (9° alla fine) «anche se non era obbligato a farlo. Un grande campione».
E un fratello maggiore? «Un po’, ma non faccio nulla di speciale, è una cosa naturale», affermava l’interessato prima del Tour. «Ho questo lato che mi porta a voler bene alle persone, a condividere, a volte forse pure troppo. Ho imparato a proteggermi un po’, ma mi piace scambiare opinioni con tutti questi giovani che vincono, che sono forti. Mi fa piacere che una delle mie vittorie li abbia ispirati, che uno dei miei consigli li abbia aiutati. E a parte questo, non mi considero un modello da seguire. Sono una persona normalissima, felice di sentirmi utile.» «È molto legato alla famiglia, e questo si riflette alla fine anche nella squadra», ha osservato lo scorso inverno il suo compagno di squadra Mathys Rondel. «Quando è con noi a tavola, sappiamo che passeremo un bel momento. C’era già una certa identità prima, ma il suo arrivo ha portato qualcosa di nuovo».
A sentire Stefan Küng (32 anni), della stessa generazione del francese, il vincitore della Strade Bianche del 2019 non ha conquistato solo i giovani sotto i 25 anni: «Abbiamo gareggiato l’uno contro l’altro, ci conosciamo da anni. Si percepisce che adora la bici, per lui è un gioco. È molto, molto importante in un ciclismo definito da tatticismi e dati. All’inizio abbiamo cominciato perché è uno sport, e lui ce lo ricorda. Io sono meno pazzo, ma mi piace quando ci sono personalità come la sua (ride)».
Durante il ritiro invernale, a dicembre, Fabian Cancellara, il capo della Tudor, spiegava di non averlo ingaggiato per fare l'animatore da campo estivo, ma il patron svizzero non poteva negare che il suo comportamento, le sue battutine, le sue continue attenzioni, a volte una semplice mano sulla spalla, avessero contribuito a mettere tutti a proprio agio: «È Loulou. Siamo cresciuti con lui, non solo come corridori, ma anche come persone. È bello sentire i giovani parlare bene di lui, ma è anche perché si prende cura di loro. So che durante il ritiro (della nazionale francese, in vista dei Mondiali di Kigali), aveva scambiato qualche parola con Paul Seixas. Dà il massimo per gli altri, come con Michael (Storer) alla Parigi-Nizza del 2025 (vittoria ad Auron). Ne era orgoglioso come se fosse stato lui a vincere. Non ha ego, e questo ne riflette la personalità».
«In Ruanda e a Zurigo,
non era in competizione con gli altri.
Come nella vita di tutti i giorni,
era tutto incentrato sulla condivisione»
- THOMAS VOECKLER, SELEZIONATORE
DELLA NAZIONALE FRANCESE
In qualità di selezionatore della nazionale francese, Thomas Voeckler ha assistito in prima fila quando il suo capitano ha vinto tutto (mondiale a Imola nel 2020 e a Lovanio nel 2021), e poi quando (Alaphilippe) è passato a un altro ruolo, senza notarne il minimo cambiamento: «In Ruanda e a Zurigo non era in competizione con gli altri. Come nella vita di tutti i giorni, era pronto a condividere. Non farò nomi, ma ho conosciuto ex corridori che non davano una mano, anzi. Ma lui ha un cuore così grande... Si diverte, non pensa nemmeno per un secondo che i giovani possano fare meglio di lui».
La sua ultima stagione, senza successi, non ne ha intaccato l'aura, e nella grande festa di luglio, che conosce a memoria (6 vittorie di tappa, 18 volte maglia gialla), ha cercato di assumere un ruolo di guida che non aveva trovato ai suoi esordi: «Non ho avuto un mentore in particolare, forse è anche per questo che mi sta ancora più a cuore questo ruolo. Forse c’è stata una mancanza, anche se sono stato circondato da grandi corridori e campioni, da compagni di squadra che mi sono stati vicini, ma nessuno mi ha preso sotto la propria ala».
Uno sguardo critico sull’evoluzione del ciclismo
Negli ultimi mesi, «Loulou» aveva i suoi beniamini: «Vauquelin è più forte di me nelle prove a cronometro e nelle gare di una settimana. Mi piace anche lo stile di Ewen (Costiou), non si prende troppo sul serio, mi ricorda me stesso. Mi trovo molto bene anche con Paul Magnier» –, il che non gli impedisce di essere «a volte sorpreso da certi giovani, dalle loro certezze. Quello che mi faceva sognare quando avevo la loro età era vincere. Per loro, invece, è ottenere buoni risultati, superare bene i test, firmare un buon contratto». E l’ex corridore della Quick Step lancia anche uno sguardo critico sull’«evoluzione del ciclismo, la direzione che questo mestiere sta prendendo. Percepisco dei segnali (di stanchezza). Quando vedo certi giovani che si piegano a tutto ciò che occorre fare per vincere, mi dico che io non sono più al passo con i tempi».
A modo suo, il suo compagno di squadra Mathys Rondel ha assorbito tutto come una spugna, e l’undicesimo classificato all'ultimo Tour aveva ben notato il lato «old school di Julian rispetto al ciclismo attuale». Ma riteneva che non ci fosse «nessuno migliore di lui nel modo di vivere all’interno del gruppo. I consigli sull’alimentazione, per esempio, non è certo lui a darceli. Per il resto, l’essenziale, si sta bene quando c’è lui». D’ora in poi, bisognerà imparare a vivere senza il due volte campione del mondo.
A 34 anni, JULIAN ALAPHILIPPE ha ufficializzato ieri la decisione di chiudere la carriera, caratterizzata dal suo correre all'attacco e, in particolare, da due mondiali nel 2020 e nel 2021.
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