Des routes qui ont passé le test
Montréal n’a pas à rougir de son parcours, malgré sa mauvaise réputation
22 Sep 2026 - Le Journal de Montréal
MYLÈNE RICHARD - Avec la collaboration de Benoît Rioux
Le cycliste italien s’étant plaint de la qualité des rues de Montréal, dimanche, n’a pas trouvé beaucoup d’appuis auprès des autres athlètes participant aux Championnats du monde sur route.
Après avoir pris le deuxième rang au contre-la-montre élite derrière le Belge Remco Evenepoel, l’Italien Filippo Ganna n’avait pas mâché ses mots en affirmant que « ce n’était pas digne des Championnats du monde ».
« Honnêtement, la route était plutôt cahoteuse en début de course, mais c’est la même pour tout le monde, a notamment réagi son jeune compatriote italien Nicolas Milesi, qui a pour sa part remporté la médaille d’argent au contre-lamontre U23 masculin, hier. J’ai préféré la partie sur l’autoroute [Bonaventure] pour y aller à pleine puissance. »
La Néerlandaise Nienke Vinke, qui a terminé deuxième au contre-la-montre chez les femmes U23, n’a pas semblé trouver la chaussée plus mal en point qu’ailleurs.
« Il y avait quelques petits nids-depoule, mais on a eu une journée permettant de reconnaître le parcours samedi, on savait donc où ils se trouvaient, a-t-elle dit. On pouvait planifier de les éviter. Ce n’était pas si mauvais. Nous étions préparées pour ça. »
En faisant la chasse aux nids-de-poule, Le Journal n’a constaté que quelques imperfections sur le parcours, lundi.
PIÈTRE BULLETIN
Le directeur technique de l’événement, Pascal Choquette, ne s’en faisait pas trop avec les commentaires de Ganna, tout en reconnaissant que Montréal n’a pas la meilleure des réputations.
« On fait beaucoup du “patchage”, a-t-il reconnu. On répare de façon temporaire et redonne ça aux prochains politiciens.
On a accepté de se contenter d’avoir 30 % dans notre bulletin pendant plusieurs années. Et là, on demande d’avoir une note de 95 %. »
« On a demandé de rehausser la qualité sur nos tracés et il y a eu une volonté de le faire, a ajouté Choquette, en entrevue au Journal, hier.
Mais il y avait beaucoup de rattrapage à faire malheureusement. »
UN LEGS POUR LA POPULATION
Plusieurs rues et routes ont été mises à niveau, notamment en Montérégie, où les participants aux courses en ligne pédaleront samedi et dimanche.
« On a refait l’asphalte de la voie maritime depuis Sainte-Catherine. On n’avait pas besoin d’aller jusque-là, mais c’est un legs pour l’ensemble des usagers », a rappelé Choquette.
L’architecte des tracés des Mondiaux de Montréal devait aussi jongler avec les fermetures de rues dans plusieurs arrondissements et municipalités ainsi que celle du pont Samuel-De Champlain et d’une autoroute.
Tout en voulant minimiser les impacts sur la population et les commerçants, Choquette devait également répondre aux critères de l’Union cycliste internationale, plaire aux sportifs et présenter les cartes postales de la métropole québécoise. On pense au fleuve Saint-Laurent, au circuit Gilles-Villeneuve, à la Biosphère, à Habitat 67, au Vieux-Montréal, au mont Royal, etc.
« Oui, il y a un enjeu pour le citoyen et sa mobilité, mais on met de l’argent dans la banque, on ne fait pas que nuire »,
a-t-il noté, évoquant les 150 millions $ prévus en retombées économiques.
TANT PIS POUR LES GARAGISTES
Un gros casse-tête dans lequel il faut assurer la sécurité de tous, en collaboration avec Urgences-Santé, les policiers et les pompiers.
« On doit aussi permettre les dépassements [en course] dans les rues assez larges, sans briser des axes estouest comme Sherbrooke. C’est pour ça que Berri était parfait en passant sous Sherbrooke », a-t-il indiqué.
Choquette assure que rien n’a été laissé au hasard et c’est pourquoi il fait face à la musique.
« Je vais assumer, parce que j’ai fait réparer beaucoup de nids-de-poule. Peut-être que les garagistes ne seront pas contents parce qu’ils auront moins de suspensions à réparer ou de pneus à changer », a-t-il conclu, avec humour.
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Quelques nids-de-poule... et des virages serrés
Le parcours n’est certainement pas parfait, mais c’est plutôt la norme dans les courses cyclistes ayant lieu dans les rues d’une grande ville comme Montréal.
22 Sep 2026 - Le Journal de Montréal
BENOÎT RIOUX
À vrai dire, Le Journal a plutôt été agréablement surpris au moment d’aller à la chasse aux nids-de-poule, hier, dans le cadre des Championnats du monde de cyclisme sur route. On a déjà vu bien pire dans la métropole…
Certes, on a recensé quelques fissures de même qu’un nid-de-poule de cinq pouces de diamètre dans les 500 derniers mètres du parcours, sur l’avenue du Parc, mais rien pour ennuyer la majorité des coureurs. Ils ont surtout été nombreux à rappeler que la route « est la même pour tout le monde ». Il suffit d’éviter les pièges.
« C’est souvent comme ça dans une épreuve de contre-la-montre, a commenté le cycliste canadien Jonas Walton, plutôt souriant après sa course disputée lundi. C’était un peu plus ardu dans certaines sections, il y avait un heureux mélange de belle chaussée et quelques nids-de-poule ici et là, mais nous sommes habitués. »
DES ZONES À ÉVITER
Un secteur moins invitant pour les vélos est le Vieux-Montréal. De la peinture orange a même été utilisée, à différents endroits, pour avertir les cyclistes d’éviter certaines zones. Heureusement, les athlètes de niveau élite n’auront pas à repasser par là pour les courses en ligne, samedi et dimanche.
Au-delà de l’état du pavé, les virages serrés ont davantage donné du fil à retordre aux participants au contre-la-montre.
« Ça ressemblait un peu à une course de cyclo-cross, c’était très technique avec beaucoup de virages serrés, a notamment reconnu la Néerlandaise Nienke Vinke, qui a terminé deuxième de l’épreuve chez les femmes U23. Il fallait accélérer à nouveau pour retrouver sa vitesse. »
Sa comparaison avec le cyclo-cross, a-t-elle précisé, n’était pas une critique envers l’état du parcours. Vinke parlait plutôt des qualités techniques nécessaires pour bien faire.
UN FAUX PLAT
Si le sprint final impose d’éviter quelques craques, c’est surtout le fait que la course propose un faux plat, soit une légère montée, tout juste avant l’arrivée qui a de quoi faire souffrir.
« Les 500 derniers mètres semblent beaucoup plus longs que ça », a d’ailleurs reconnu Walton, en cherchant encore son souffle.
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PHOTO MYLÈNE RICHARD
Pascal Choquette, directeur technique des Championnats du monde de cyclisme sur route de Montréal, hier, avant le départ de la Chinoise Qing Zhao, lors du contre-lamontre individuel U23 féminin.
De coureur aux Mondiaux de 1998 à chef d’orchestre des parcours en 2026
22 Sep 2026 - Le Journal de Montréal
MYLÈNE RICHARD
MYLÈNE RICHARD
Vingt-huit ans après avoir participé aux Mondiaux de cyclisme sur route, Pascal Choquette est aujourd’hui le chef d’orchestre des parcours utilisés lors des Championnats de Montréal.
Le Québécois avait alors connu une compétition « correcte », selon ses souvenirs. C’était en 1998, en Hollande. Lyne Bessette était là. Geneviève Jeanson avait grimpé sur le podium (chez les juniors), contrairement à Lance Armstrong.
Choquette, lui, avait notamment terminé 57e au contre-la-montre chez les moins de 23 ans.
« J’ai eu la chance de me faire chanter bonne fête sur la rampe de départ dans un stade de soccer », s’est rappelé celui qui célébrera ses 48 ans pendant l’événement montréalais lors duquel il est sur le terrain de 6 h à 21 h.
Choquette a couru un peu chez les professionnels avant de devenir entraîneur, directeur sportif et de directeur technique. Il a travaillé pour Cyclisme Canada lors de quatre Mondiaux.
Avec la Fédération québécoise des sports cyclistes depuis 16 ans, Choquette est le directeur technique route et piste. Il est aussi le directeur technique des Grands Prix de Québec et de Montréal. Pas étonnant qu’il occupe le même poste lors des actuels Championnats du monde.
FAIRE DÉCOUVRIR SON COIN DE PAYS
Depuis quatre ans, il prépare les parcours que les athlètes empruntent cette semaine, tant dans la métropole québécoise qu’en Montérégie.
« Je suis originaire de Saint-Hyacinthe, alors je me suis régulièrement entraîné et préparé pour les Mondiaux de 1998 à Chambly, Mont-Saint-Hilaire et SaintJean-Baptiste », a raconté Choquette au Journal.
Il a aussi voulu faire un clin d’oeil aux cyclistes canadiens en incluant le circuit Gilles-Villeneuve dans les tracés, un endroit de prédiction pour l’entraînement.
UNE PAGE D’HISTOIRE
C’est aussi grâce à lui que Montréal a écrit une page d’histoire en ayant le même parcours pour le contre-la-montre masculin et celui féminin.
« Les 39,2 km s’approchaient de la distance minimum chez les hommes et de la distance maximum chez les femmes », a dit celui qui est bien épaulé par Daniel Tétreault et Mario Blain, heureux que les résultats « logiques de dimanche aient validé que le parcours convenait ».
BONNE INFLUENCE
De la fierté, Choquette en a également retiré lorsqu’il a vu une maman demander dimanche à son fils et son conjoint si ça existait des cours de vélo.
« Entendre cette phrase m’a fait chaud au coeur. Le jeune va faire du vélo parce qu’il a vu une course internationale », a-t-il espéré.
Un peu à l’image du petit Pascal, qui à 11 ans, avait assisté aux Grands Prix des Amériques à Montréal. Il avait vu en action le Français Laurent Bezault, aujourd’hui un collaborateur avec l’Union cycliste internationale.
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