Et merci pour tout !


Un regard pétillant, une mine malicieuse 
et une barbichette qui suggère l’esprit mousquetaire. 

Le 21 août dernier, Julian Alaphilippe annonçait à 34 ans sa fin de carrière avec effet immédiat. C’est le plus beau palmarès français de ce siècle, et surtout l’un des cyclistes tricolores les plus populaires de tous les temps, qui tire sa révérence.

2 Oct 2026 - Vélo Magazine
Par Gilles Comte.

Adossé à un talus aussi raide qu’un mur, obnubilé par nos pieds qui ne devaient pas dépasser une corde à fleur de chaussée, cherchant dans cet espace exigu à ne pas basculer du mauvais côté, nous patientions avec la vague intuition que quelque chose se passerait précisément là, sous nos yeux, dans l’extrême étroitesse de la côte de la Jaillère où trois coureurs n’auraient pas pu cohabiter ensemble sur une même ligne. Il y avait cependant de la place pour deux, et ces deux-là nous firent dresser les poils, par la beauté animale qui se dégageait de leur effort, et par la nature d’une collaboration dont on n’aurait osé rêver.

Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot ne faisaient déjà qu’un dans le coeur des gens, et ils se retrouvaient à faire bloc à travers une attaque dont nous étions donc les témoins directs et privilégiés. Les images télévisées ne pouvaient retranscrire que partiellement ce qu’il nous était donné d’apercevoir de nos propres yeux, la boursouflure des veines sursollicitées sous la peau bronzée des jambes, les bras secs comme des branches mortes, les traits à la hache figés par la rudesse de l’effort, tout indiquait la violence du moment.

ROUE LIBRE

Le tableau, dans son agressive beauté, nous sauta à la figure, et nous avons instantanément acquis la certitude qu’il imprégnerait à jamais notre cerveau. Sept ans plus tard, il nous restitue fidèlement cette scène du Tour de France dont il convient de rappeler l’épilogue : échappé depuis un bon moment déjà, Thomas De Gendt s’imposa à Saint-Étienne, mais les deux coureurs les plus aimés de France, le bras de l’un sur l’épaule de l’autre au moment de se laisser glisser en roue libre après la ligne, réussirent cet exploit d’arracher une trentaine de secondes aux favoris dans une bosse à puncheurs et de les préserver jusqu’à la fin, évitant par ailleurs un crève-coeur aux Français qui n’auraient pas su choisir entre les deux. C’était un peu le mariage de la carpe et du lapin entre deux coureurs au profil et au caractère si différents.

Ce jour-là, Julian Alaphilippe avait retrouvé un maillot jaune qu’il était allé chercher une première fois à Épernay avant de le perdre à la Planche des Belles Filles. La photo de l’accolade prise de dos, avec un mur de photographes devant eux, fut l’un des clichés du Tour. Egan Bernal serait en jaune à Paris, dans une édition à forte valeur émotionnelle ajou- tée à laquelle le Colombien n'avait pas contribué: on avait cru à la vic- toire possible de Pinot et pleuré à son abandon, on avait été subjugué par l'esprit de résistance d'Alaphilippe, en jaune jusqu'au matin de la 19e étape. Pendant trois semaines, << Loulou »> nous avait gratifiés de ses mimiques, dont l'une restée célèbre, au nez et à la barbe d'Emmanuel Macron dans la zone protocolaire du Tourmalet, tandis que Thibaut Pinot, vainqueur de l'étape, répondait avec le sérieux nécessaire au président de la République.

C'est plus fort que lui, le vainqueur cette année-là de Milan-San Remo cherche les interactions avec les au- tres, il veut instaurer une forme de connivence, embarquer les autres dans son monde. La pétillance de son regard fonctionne de concert avec sa barbichette qu'il a eu la bonne idée un jour de laisser pousser, comme un tout qui suggère la malice, un esprit mousquetaire. Un spécialiste des morphologies faciales (qu'on appelle physiognomoniste) dirait que son destin était une évidence.

POIRIER RENVERSANT 

Julian Alaphilippe, Thibaut Pinot : deux conceptions de la popularité. Le premier la recherchait, le second la fuyait. L'un aime les gens, l'autre est l'homme des amitiés restreintes et durables. Au caractère introverti du Thibaut s'oppose l'exubérance de Julian. En 2018, on l'a vu faire le poirier sur le toit de la voiture Quick Step garée en bas des Champs-Élysées, une manière renversante de faire apprécier son maillot à pois de meilleur grimpeur acquis puis consolidé par une victoire au Grand-Bornand et à Bagnères-de-Luchon. Il paraît que l'intrépide montait déjà les escaliers sur les mains quand il est arrivé dans l'équipe belge, dans une forme de bizutage qu'il s'autoinfligeait par goût du show et une vo- cation réfrénée d'amuseur public. Après tout, il n'y avait aucune raison que l'enfant hyperactif qu'il a été s'as- sagisse avec un sport dont le principe même repose sur la liberté d'action et l'absence de frontières. Il lui faut de l'espace, il lui faut du monde, il lui faut une page blanche où tout reste à écrire. Dans les catégories jeunes, il aurait pu fréquenter assidûment le vélodrome local de Saint-Amand-Montrond. Il a essayé, il a détesté. Il a dit qu'il s'était senti « comme un poisson rouge dans un bocal », et qu'il ne tom- berait plus jamais dans les filets d'une discipline qui tourne en rond, aussi bien dans son architecture qu'au plan stratégique. Il ne fallait pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles il s'est senti attiré par le cyclo-cross, aux circonvolutions autrement plus amusantes, suite logique au fond à ses premières expériences sur deux- roues avec un BMX (sans frein) bricolé par ses soins, et responsable d'une liste de blessures longues comme le bras (qu'il s'est d'ailleurs cassé deux fois!) Quinze points de suture sur un genou, quarante-cinq autres sur un quadriceps sont autant de distinctions à la gloire de sa vaillance, le tribut à payer pour faire le spectacle.

C'est donc le goût du risque, le sens du show qui, de fil en aiguille, l'ont mené à sa première licence à l'Entente Cycliste Montmarault-Montluçon. Il n'y a pas eu de père cycliste, ni de frère, tout juste un oncle du côté de sa mère qu'il a à peine connu. Il est arrivé que Jacques, le papa de Julian, se rende sur une course où Franck, son roues avec un BMX (sans frein) bricolé par ses soins, et responsable d'une liste de blessures longues comme le bras (qu'il s'est d'ailleurs cassé deux fois!) Quinze points de suture sur un genou, quarante-cinq autres sur un quadriceps sont autant de distinctions à la gloire de sa vaillance, le tribut à payer pour faire le spectacle.

C'est donc le goût du risque, le sens du show qui, de fil en aiguille, l'ont mené à sa première licence à l'Entente Cycliste Montmarault-Montluçon. Il n'y a pas eu de père cycliste, ni de frère, tout juste un oncle du côté de sa mère qu'il a à peine connu. Il est arrivé que Jacques, le papa de Julian, se rende sur une course où Franck, son neveu, courait, mais c'était plus pour tromper l'ennui dominical que pour assouvir une vague passion. Sans plus de conviction, le fiston s'engouffrait dans la voiture, ignorant encore que Franck deviendrait si important dans sa vie, comme entraîneur et confident. Loulou s'est construit en dehors des codes habituels, une version provinciale du Titi parisien, débrouillard et déluré. On l'imagine avec déjà ce même regard vif et pétillant, et la décontraction joyeuse de ceux qui font de la modestie de leur condition un champ des possibles immense. C'est un trait de caractère qui ne le quittera pas. Son père a déboursé vingt euros chez Emmaüs pour son premier vélo, « un Motobécane dix fois trop grand ». Devenu un coureur en vue, il continuait à emmener ses pneus au bout de l'usure à l'entraînement, en dépit du fait qu'il pouvait en recevoir autant qu'il voulait de l'équipementier de sa formation! Adolescent, en plein accord avec son tempérament de Gavroche, il préféra l'apprentissage à l'école, dans les odeurs huileuses d'un atelier de cycles de Montluçon. Il aimait l'arrière-fond de la boutique où il pouvait satisfaire son goût pour le bricolage, mais ce qu'il appréciait par-dessus tout, c'était le contact avec les clients qu'il guidait dans leur choix. Des années plus tard, statut de champion acquis, il n'a jamais manqué de passer du temps avec les mécaniciens de son équipe, au cul du camion-atelier, à la lumière d'un projecteur dans le jour déclinant.

ALAPHILIPPE, C'ÉTAIT UNE VERSION 
PROVINCIALE DU TITI PARISIEN,
DÉBROUILLARD ET DÉLURÉ

« IL FAUT AIMER LA BRÛLURE», 
AVAIT-IL LACHÉ UN JOUR, 
UN PEU ÉNIGMATIQUE

Il se souvenait parfois de sa période d'apprenti et du beau matériel qu'il n'avait pas les moyens de s'offrir (à part peut-être des roues d'occasion qu'il achetait avec des primes de courses...), et a toujours fait preuve du plus grand respect pour la méca- nique et ceux qui en ont la charge. « Je ne suis pas du genre à balancer mon vélo en cas de problème méca- nique!», aimait-il à rappeler sans que personne ne l'en crût capable.

De retour de blessure à un genou en juniors (un mal récurrent lié à un problème de cartilage appelé syndrome rotulien), on le vit rouler à la lueur des phares de son père, après ses heures de travail chez le vélociste de Montluçon. Ne cherchez pas plus loin la grinta dont nous avons eu un spectaculaire échantillon lors de l'étape de Saint-Étienne, dans la côte de la Jaillère, en 2019. Julian affirme volontiers qu'il a toujours été habitué « à se démerder tout seul » et qu'il a bouffé du chien enragé pour arriver là où il est. « Il faut aimer la brûlure », avait-il énigmatiquement lâché un jour, même si on avait aussi tot fait le lien avec l'acide lactique qui engorge les muscles.

LE FILS DE JO

Aimer la brûlure, trois mots qui pour raient peut-être le définir à vie. Jacques avait déjà la cinquantaine quand Julian est né, et seule la musique semblait leur apporter un langage commun, le premier animant des bals musettes (sous le sobriquet de Jo), et le second ayant trouvé avec la batterie un excellent défouloir. Au départ, avant que le vélo n'occupe l'essentiel de son temps, l'excentrique garçon s'imaginait volontiers sur scène, à faire bouger la foule au rythme de ses baguettes.

Bien entendu, il ne fréquenta pas longtemps l'école de musique à cause du solfège... À propos de musi- que, lors d'un déjeuner pris au siège de Vélo magazine et de L'Équipe, il fit cet inattendu parallèle entre la batterie et le vélo, avec cette remarque pleine de bon sens et de sensi bilité sur le fait qu'il se sentait habité de la même manière par un tempo, dans la jambe qui tombe et remonte en appui sur une pédale ou qui frappe la surface sonore d'un instrument. De vieux relents artistiques en somme. Un jour, Jo» revint à la maison avec un camping-car hors d'âge, avec lequel la famille partirait s'installer chaque année au camping de l'Étang de Goule, distant d'une cinquantaine de kilomètres, suffisamment loin pour se donner l'illusion de vraies vacances. C'est Julian qui prit le volant en 2016, pour conduire ses parents à Vesoul à l'occasion du Championnat de France, une des rares courses qu'il disputait sur le sol national cette année-là. Dix heures de route aller-retour, une fatigue qu'il aurait pu s'épargner, mais une manière élégante et discrète de dire merci pour tout. Chez les Alaphillippe, on ne disait pas « je t'aime », mais il y avait des façons de le faire savoir. Père à son tour, il veille aujourd'hui à construire avec le petit Nino, 5 ans, une relation où le canal des senti- ments est limpide, sans ces réticen- ces embarrassées dans lesquelles il vécut malgré la certitude d'être aimé. Julian papa poule, il ne pouvait guère en être autrement.

Voilà, c'est la fin. L'homme à la barbichette laisse derrière lui le plus beau palmarès français de ce siècle (champion du monde 2020 et 2021, Milan-San Remo 2019, Strade Bianche 2019, Flèche Wallonne 2018, 2019 et 2021, Clasica San Sebastian 2018, Grand Prix de Québec 2025, huit éta- pes dans les Grands Tours, 45 succès au total), mais son empreinte va bien au-delà d'un bilan comptable. Avec pudeur, il n'a livré que des bribes de son passé, puisqu'un personnage pu- blic de son envergure ne pouvait y échapper, mais il n'eut pas besoin d'en dire beaucoup pour que chacun s'at- tache au coureur, comme si son vécu transpirait de sa manière d'être. À Julian Alaphilippe de la côte de la Jaillère, au fils de Jo qui n'a jamais oublié d'où il venait, à l'artiste qui a fait le poirier pour célébrer son maillot à pois, on ne peut que dire merci.

Le 7 avril dernier, à l'arrivée des Strade Blanche, 
une épreuve qu'il avait remportée en 2018.


***

Amour et respect

2 Oct 2026 - Vélo Magazine
Par Gilles Comte.

Gagner ne rend pas forcément populaire, chez nous peut-être plus qu’ailleurs puisque les Français ne cachent pas leur sympathie pour les « perdants magnifiques », au point d’ailleurs que l’un des sites sportifs les plus connus dans l’hexagone n’est autre que la « FFL » (Fédération Française de la Lose), dont on est les premiers à apprécier l’humour décalé. Dans les années 1950, on regardait Louison Bobet et son élégance aristocratique avec déférence, mais on lui préférait Jean Robic, et ses allures d’oiseau tombé du nid. Robic, c’était pour tout le monde « Tête de cuir », rapport à ses innombrables gamelles et à son casque à boudin dont il fut en quelque sorte un précurseur. Bobet (3 Tour de France, un Championnat du monde, Paris-roubaix, Milan-San Remo, le Tour des Flandres, le Tour de Lombardie…) avait la gloire, mais pas le capital sympathie dont jouissait le vaillant mais poissard Biquet (l’autre surnom de Robic).

Après Louison Bobet vint Jacques Anquetil, coureur magnétique avec ses airs princiers et la grâce qu’il dégageait contre la montre, le premier à avoir gagné cinq Tour de France. Le Normand avait certes ses inconditionnels, mais ce n’était pas lui que les gens aimaient, c’était Raymond Poulidor, le cul-terreux Poupou qui ne jouait pas les aristos. Sa chance, disait-il, était de ne pas avoir porté le maillot jaune ne serait-ce qu’une journée, en dépit de huit podiums sur le Tour de France : « loser » jusqu’à un certain point, il savait d’où lui venait l’amour du public. Bernard Hinault, plus grand champion cycliste français de tous les temps, imposait le respect, mais était-il davantage aimé qu’alain Prost, l’autre incarnation de « la France qui gagne » des années 1980 ? Laurent Jalabert et Richard Virenque occupèrent un temps la scène, l’un exclusivement tourné vers la victoire, l’autre attiré par les prouesses inutiles : à quel nom a-t-on accolé le suffixe « mania » ? Plus récemment, les fragilités de Thibaut Pinot, son incapacité à cacher ses émotions lui ont valu une popularité démesurée dont le Franc-comtois ne voulait même pas. Julian Alaphilippe est un cas à part dans cette galerie : le double champion du monde avait le « killer instinct », la culture absolue de la gagne, le caractère du méchant sur un vélo, à travers lesquels il s’est bâti le plus beau palmarès français du XXIE siècle, mais il eut droit à l’amour débordant et irrationnel, voire compassionnel, que la France réserve d’ordinaire à ses « perdants magnifiques ». Il est Bobet et Robic à la fois, son orgueil de champion adouci par la précarité de son statut. Loulou n’a jamais eu ce côté nombriliste qui est un peu la marque de fabrique des coureurs d’exception, ce fut du donnant-donnant avec le public qui, aujourd’hui, le regarde partir avec nostalgie.


Une dernière apparition sur le Tour de France, à Evian-les-Bains 
au départ du chrono, et dans l'étape du Markstein (à gauche).

***

Uno sguardo vivace, un’espressione maliziosa
e un pizzetto che evoca lo spirito dei moschettieri.

E grazie di tutto!

Lo scorso 21 agosto (2026, ndr), Julian Alaphilippe ha annunciato, all’età di 34 anni e con effetto immediato, il suo ritiro dalle competizioni. A congedarsi è il palmarès francese più prestigioso di questo secolo e, soprattutto, uno dei corridori francesi più popolari di tutti i tempi.

2 ottobre 2026 - Vélo Magazine
di Gilles Comte.

Appoggiati a un pendio ripido come un muro, ossessionati dai nostri piedi che non dovevano superare una corda a filo della carreggiata, cercando in quello spazio angusto di non sbilanciarci dalla parte sbagliata, aspettavamo con la vaga intuizione che qualcosa sarebbe accaduto proprio lì, sotto i nostri occhi, nell’estrema strettezza della salita della Jaillère, dove tre corridori non avrebbero potuto stare insieme sulla stessa linea. C’era però spazio per due, e quei due ci fecero venire la pelle d’oca, per la bellezza animalesca che emanava dal loro sforzo e per la natura di una collaborazione che non avremmo osato nemmeno sognare.

Julian Alaphilippe e Thibaut Pinot erano già un tutt’uno nel cuore della gente, e si ritrovavano a fare fronte comune in un attacco di cui eravamo quindi testimoni diretti e privilegiati. Le immagini televisive riuscivano a trasmettere solo in parte ciò che potevamo scorgere con i nostri occhi: le vene gonfie e sovraccariche sotto la pelle abbronzata delle gambe, le braccia sottili come rami secchi, i lineamenti scolpiti come da un'ascia e irrigiditi dalla durezza dello sforzo; tutto indicava la violenza di quel momento.

A RUOTA LIBERA

Quella scena, nella sua aggressiva bellezza, ci balzò agli occhi, e acquisimmo immediatamente la certezza che sarebbe rimasta impressa per sempre nella nostra mente. Sette anni dopo, ci ripropone fedelmente quella scena del Tour de France di cui è opportuno ricordare l’epilogo: in fuga già da un bel po’, Thomas De Gendt si impose a Saint-Étienne, ma i due corridori più amati di Francia, con un braccio dell’uno sulla spalla dell’altro nel momento in cui si lasciavano scivolare in folle dopo il traguardo, erano riusciti nell’impresa di strappare una trentina di secondi ai favoriti su una salita da puncheur e di mantenerli fino alla fine, evitando inoltre una delusione straziante ai francesi, che tra i due non avrebbero saputo scegliere. Erano un po’ il giorno e la notte: due corridori dal profilo e dal carattere così diversi.

Quel giorno, Julian Alaphilippe si era ripreso la maglia gialla che aveva conquistato una prima volta a Épernay prima di perderla sulla Planche des Belles Filles. L'istantanea dell’abbraccio ripreso di spalle, con una folla di fotografi davanti a loro, è stata uno degli scatti più memorabili in quel Tour. La maglia gialla a Parigi l'avrebbe poi indossata Egan Bernal, in un’edizione dal forte valore emotivo a cui il colombiano non aveva contribuito: si era creduto in una possibile vittoria di Pinot e si era pianto il suo ritiro, si era rimasti affascinati dallo spirito di resistenza di Alaphilippe, in maglia gialla fino alla mattina della 19ª tappa. Per tre settimane, «Loulou» ci aveva deliziato con le sue smorfie, una delle quali è rimasta famosa, sotto il naso di Emmanuel Macron nell’area protocollare del Tourmalet, mentre Thibaut Pinot, vincitore della tappa, rispondeva con la necessaria serietà al presidente della Repubblica.

Non può farci niente: il vincitore di quella edizione della Milano-Sanremo cerca l’interazione con gli altri, vuole instaurare una sorta di complicità, coinvolgerli nel suo mondo. La vivacità del suo sguardo si sposa perfettamente con il pizzetto che un giorno ha avuto la buona idea di lasciarsi crescere, come un insieme che suggerisce malizia, uno spirito da moschettiere. Uno specialista delle morfologie facciali (che si chiama fisiognomista) direbbe che il suo destino era scritto.

UNA VERTICALE DA BRIVIDI

Julian Alaphilippe, Thibaut Pinot: due concezioni della popolarità. Il primo la cercava, il secondo la fuggiva. Uno ama la gente, l’altro è l’uomo delle amicizie ristrette e durature. Al carattere introverso di Thibaut si contrappone l’esuberanza di Julian. Nel 2018 lo abbiamo visto fare la verticale sul tetto dell’auto della Quick Step parcheggiata ai piedi degli Champs-Élysées, un modo sbalorditivo per mettere in mostra la sua maglia a pois di miglior scalatore, conquistata e poi consolidata con una vittoria al Grand-Bornand e a Bagnères-de-Luchon. Si dice che l’intrepido corridore salisse già le scale sulle mani quando è arrivato nella squadra belga, in una sorta di nonnismo che si infliggeva per gusto dello spettacolo e per una repressa vocazione da intrattenitore. Dopotutto, non c’era alcun motivo per cui il bambino iperattivo che era si calmasse con uno sport il cui principio stesso si basa sulla libertà d’azione e sull’assenza di confini. Ha bisogno di spazio, di gente, di una pagina bianca tutta da scrivere. Nelle categorie giovanili, avrebbe potuto frequentare il velodromo locale di Saint-Amand-Montrond. Ci ha provato, l’ha detestato. Ha detto di essersi sentito «come un pesce rosso in un acquario» e che non sarebbe mai più caduto nelle reti di una disciplina che gira in tondo, sia nella sua struttura sia a livello strategico. Non c’era bisogno di cercare altrove le ragioni per cui si è sentito attratto dal ciclocross, con le sue curve ben più divertenti, logica conseguenza, in fondo, delle sue prime esperienze su due ruote con una BMX (senza freni) che si era costruito da solo e responsabile di una lista di infortuni lunga quanto un braccio (che tra l’altro si è rotto due volte!). Quindici punti di sutura su un ginocchio, altri quarantacinque su un quadricipite sono altrettanti segni che ne testimoniano il coraggio, il prezzo da pagare per mettere in scena lo spettacolo.

Sono stati quindi il gusto del rischio e il senso dello show che, un po’ alla volta, lo hanno portato alla sua prima licenza presso l’Entente Cycliste Montmarault-Montluçon. Non ha avuto né un padre né un fratello corridori, solo uno zio materno che ha conosciuto a malapena. È capitato che Jacques, il papà di Julian, si recasse a una gara dove Franck, in sella a una BMX (senza freni) che si era costruito da solo, era responsabile di una lista di infortuni lunga quanto un braccio (che tra l’altro si è rotto due volte!). Quindici punti di sutura su un ginocchio, altri quarantacinque su un quadricipite sono altrettanti riconoscimenti a gloria del suo coraggio, il tributo da pagare per mettere in scena lo spettacolo.

Sono stati quindi il gusto del rischio e il senso dello spettacolo che, un po’ alla volta, lo hanno portato alla sua prima licenza presso l’Entente Cycliste Montmarault-Montluçon. Non ha avuto né un padre né un fratello ciclista, solo uno zio da parte di madre che ha conosciuto a malapena. È capitato che Jacques, il papà di Julian, si recasse a una gara in cui correva suo nipote Franck, ma era più per scacciare la noia della domenica che per assecondare una vaga passione. Senza troppa convinzione, il figlio si infilava in macchina, ignaro ancora che (suo cugino) Franck sarebbe diventato così importante nella sua vita, come preparatore e confidente. Loulou si è costruito al di fuori dei canoni abituali, una versione provinciale del Titi parigino, intraprendente e scaltro. Lo si immagina già con quello stesso sguardo vivace e scintillante, e con la gioiosa spensieratezza di chi fa della modestia della propria condizione un immenso territorio di possibilità. È un tratto caratteriale che non lo abbandonerà mai. Suo padre sborsò venti euro da Emmaüs per la sua prima bicicletta, «una Motobécane dieci volte troppo grande». Diventato un corridore di spicco, continuava a consumare le gomme fino all’estremo durante gli allenamenti, nonostante potesse riceverne quante ne volesse dal fornitore della sua squadra! Da adolescente, in piena sintonia con il suo temperamento da Gavroche (*), preferì alla scuola l’apprendistato, tra gli odori oleosi di un’officina di biciclette a Montluçon. Amava il retro del negozio, dove poteva soddisfare la propria passione per il fai-da-te, ma ciò che apprezzava sopra ogni cosa era il contatto con i clienti, che guidava nella scelta. Anni dopo, ormai campione affermato, non mancava mai di trascorrere del tempo con i meccanici della sua squadra, in fondo al furgone-officina, alla luce di un proiettore mentre il giorno volgeva al termine.

ALAPHILIPPE ERA UNA VERSIONE
PROVINCIALE DEL TITI PARIGINO,
INTRAPRENDENTE E FURBETTO

«BISOGNA AMARE IL DOLORE»,
AVEVA DETTO UN GIORNO,
UN PO’ ENIGMATICO»

A volte ricordava il suo periodo da apprendista e il bei materiali che non poteva permettersi (a parte forse delle ruote di seconda mano che comprava con i premi delle gare...), e ha sempre dimostrato il massimo rispetto per la meccanica e per chi se ne occupa. «Non sono il tipo che abbandona la bici in caso di problemi meccanici!», amava ripetere, anche se nessuno lo riteneva capace di farlo.

Al rientro da un infortunio a un ginocchio subìto da junior (un disturbo ricorrente legato a un problema alla cartilagine chiamato sindrome rotulea), lo si vedeva pedalare alla luce dei fari di suo padre, dopo le ore di lavoro trascorse dal rivenditore di biciclette di Montluçon. Non cercate altrove la grinta di cui abbiamo avuto uno spettacolare assaggio durante la tappa di Saint-Étienne, sulla salita della Jaillère, nel 2019. Julian non nasconde di essere sempre stato abituato «a sfangarsela da solo» e di aver mangiato vagonate di polvere per arrivare dove si trova oggi. «Bisogna farsi piacere il bruciore», aveva buttato lì enigmaticamente un giorno, anche se il collegamento con l'acido lattico che ingolfa i muscoli era fin troppo immediato».

IL FIGLIO DI JO

Amare il bruciore, tre parole che forse potrebbero definirlo per tutta la vita. Jacques aveva già superato i cinquant’anni quando nacque Julian, e solo la musica sembrava offrire loro un linguaggio comune: il primo animava i balli musette (con il soprannome di Jo), mentre il secondo aveva trovato nella batteria un ottimo sfogo. All’inizio, prima che la bicicletta occupasse la maggior parte del suo tempo, l’eccentrico ragazzo si immaginava volentieri sul palco, a far ballare la folla al ritmo delle sue bacchette.

Naturalmente, non frequentò a lungo la scuola di musica a causa dello studio della teoria musicale... A proposito di musica, durante un pranzo presso la sede di «Vélo magazine» e de «L’Équipe», fece questo inaspettato parallelo tra la batteria e la bicicletta, con quell’osservazione piena di buon senso e sensibilità sul fatto che si sentiva pervaso allo stesso modo da un ritmo, nella gamba che scende e risale appoggiandosi su un pedale o che colpisce la superficie sonora di uno strumento. Vecchi retaggi artistici, insomma. Un giorno, Jo tornò a casa con un camper ormai vecchio, con il quale la famiglia sarebbe partita ogni anno per stabilirsi al campeggio dell’Étang de Goule, distante una cinquantina di chilometri, abbastanza lontano da dare l’illusione di vere vacanze. Nel 2016 fu Julian a mettersi al volante per accompagnare i suoi genitori a Vesoul in occasione del Campionato di Francia, una delle poche gare che disputò in patria quell’anno. Dieci ore di viaggio andata e ritorno, una fatica che avrebbe potuto risparmiarsi, ma un modo elegante e discreto per dire grazie di tutto. In famiglia Alaphillippe non si diceva «ti voglio bene», ma c’erano modi per farlo capire. Diventato a sua volta padre, oggi si impegna a costruire con il piccolo Nino, di 5 anni, un rapporto in cui il canale dei sentimenti sia limpido, senza quelle esitazioni imbarazzanti che lui stesso ha vissuto nonostante la certezza di essere amato. Julian, papà protettivo: non poteva essere altrimenti.

Ecco, è finita. L’uomo con il pizzetto si lascia alle spalle il più bel palmarès francese di questo secolo (campione del mondo nel 2020 e nel 2021, Milano-Sanremo 2019, Strade Bianche 2019, Freccia Vallone 2018, 2019 e 2021, Clásica di San Sebastián 2018, Gran Premio di Québec 2025, otto tappe nei grandi Giri, 45 successi in totale), ma la sua impronta va ben oltre un semplice bilancio numerico. Con discrezione, ha rivelato solo qualche frammento del suo passato, poiché un personaggio pubblico del suo calibro non poteva evitarlo, ma non ha avuto bisogno di dire molto perché tutti si affezionassero al corridore, come se la sua esperienza trasudasse dal suo modo di essere. Da Julian Alaphilippe della Côte de la Jaillère, al figlio di Jo che non ha mai dimenticato da dove veniva, all’artista che ha fatto la verticale per festeggiare la sua maglia a pois, non possiamo che dire grazie.

Lo scorso 7 aprile, all’arrivo della Strade Blanche,
una gara che aveva vinto nel 2018.


(*) Gavroche: è un personaggio immaginario del romanzo I miserabili di Victor Hugo. È un monello di strada, molto giovane, furbo e smaliziato, perfettamente a suo agio nei bassifondi parigini che ha eletto a sua dimora.
***

Amore e rispetto

2 ottobre 2026 - Vélo Magazine
di Gilles Comte.

Vincere non rende necessariamente popolari, da noi forse più che altrove, dato che i francesi non nascondono la loro simpatia per i «magnifici perdenti», al punto che uno dei siti sportivi più noti in Francia non è altro che la «FFL» (Fédération Française de la Lose), di cui siamo i primi ad apprezzare l’umorismo anticonformista. Negli anni ’50 si guardava con deferenza a Louison Bobet e alla sua eleganza aristocratica, ma si preferiva Jean Robic, con il suo portamento da uccellino caduto dal nido. Robic era conosciuto da tutti come “Testa di cuoio”, per via delle sue innumerevoli cadute e del suo casco imbottito, di cui fu in un certo senso un precursore. Bobet (3 Tour de France, un mondiale, Parigi-Roubaix, Milano-Sanremo, il Giro delle Fiandre, il Giro di Lombardia…) aveva la gloria, ma non la simpatia di cui godeva il valoroso ma rozzo Biquet (l’altro soprannome di Robic).

Dopo Louison Bobet venne Jacques Anquetil, corridore magnetico con i suoi modi principeschi e la grazia che emanava nelle prove a cronometro, il primo ad aver vinto cinque Tour de France. Il normanno aveva i suoi fan sfegatati, ma non era lui che la gente amava, bensì Raymond Poulidor, il «contadino» Poupou che non si comportava da aristocratico. La sua fortuna, diceva, era quella di non aver indossato la maglia gialla nemmeno per un giorno, nonostante otto podi al Tour de France: «perdente» fino a un certo punto, sapeva da dove gli provenisse l’amore del pubblico. Bernard Hinault, il più grande campione di ciclismo francese di tutti i tempi, incuteva rispetto, ma era forse più amato di Alain Prost, l’altra incarnazione della «Francia vincente» degli anni ’80? Laurent Jalabert e Richard Virenque hanno occupato per un certo periodo la scena, l’uno esclusivamente orientato alla vittoria, l’altro attratto da imprese inutili: a quale nome è stato attribuito il suffisso «mania»? Più recentemente, le debolezze di Thibaut Pinot e la sua incapacità di nascondere le proprie emozioni gli hanno valso una popolarità smisurata che il ciclista della Franca Contea non desiderava proprio. 

Julian Alaphilippe è un caso a sé stante in questa galleria: il due volte campione del mondo possedeva il “killer instinct”, la cultura assoluta della vittoria, il carattere da «cattivo» in sella alla bicicletta, grazie ai quali si è costruito il più bel palmarès francese del XXI secolo, ma ha avuto diritto all’amore traboccante e irrazionale, persino compassionevole, che la Francia riserva di solito ai suoi «magnifici perdenti». È Bobet e Robic allo stesso tempo, il suo orgoglio da campione addolcito dalla precarietà del suo status. Loulou non ha mai avuto quel lato egocentrico che è un po’ il marchio di fabbrica dei corridori d’eccezione; è stato un dare e avere con il pubblico che, oggi, lo guarda andare via con nostalgia.


Un’ultima apparizione al Tour de France, a Evian-les-Bains
alla partenza della cronometro e nella tappa del Markstein (a sinistra).

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