Un peu plus près des étoiles


Alexander Kristoff et Christophe Laporte ont pu porter leur maillot 
étoilé toute une année tandis que Peter Sagan et Tadej Pogacar, 
champions du monde la même saison, ont dû le délaisser pour l’arc-en-ciel.

Les Championnats d’Europe Élite, qui débutent ce week-end à Ljubljana en Slovénie, s’imposent peu à peu comme un rendez-vous qui compte. Même si, dix ans après leur création, la course au maillot étoilé demeure moins prisée que les Mondiaux, comme l’incarne l’absence de Paul Seixas.

"J’avais été champion de Norvège, mais champion d’Europe, c’était une étape au-dessus. 
Ce sentiment de pouvoir porter le maillot toute une saison est vraiment magnifique"    
   - ALEXANDER KRISTOFF, CHAMPION D'EUROPE EN 2017

"Les Championnats d’Europe vont continuer à prendre de l’importance"
   - CHRISTOPHE LAPORTE, SACRÉ EN 2023

3 Oct 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS

LJUBLJANA (SLN) – Dans un sport qui vénère autant ses racines, où le prestige auréolant chaque course se mesure d’abord à son ancienneté, les Championnats d’Europe Élite ont encore la taille d’un arbrisseau dans la riche forêt que compose le calendrier cycliste. Son jeune âge le place à l’ombre du Tour de France, sorti de terre en 1903, ce grand chêne autour duquel s’organise la canopée, ou des Championnats du monde, qui font rayonner l’arcen-ciel depuis quatre-vingt-neuf ans. Alors quand la graine du Vieux Continent a été plantée en 2016 – les Europe étaient jusqu’ici, et depuis leur création en 1995, réservés aux jeunes catégories –, il a d’abord attiré des regards circonspects malgré son appellation clinquante qui, sur d’autres terrains, suscite partout l’intérêt.

« Les premières années, ça faisait un peu bizarre », reconnaît Christophe Laporte, seul Français à avoir été sacré en 2023, au col du VAM (Pays-Bas). « De mémoire, on s’en foutait un petit peu parce que c’était encore une course de plus dans un calendrier bien fourni, poursuit Arnaud Démare, deux fois 2e en cinq participations, en 2019 et en 2022. J’y ai toujours personnellement accordé de l’importance, mais c’est vrai que de l’avis général, ce n’était pas trop le cas. Puis au fur et à mesure, quand tu as des beaux noms qui viennent, et qui viennent gagner, cela a pris de l’envergure. » étoile, voilà dix ans, quand Peter Sagan a décroché sa première édition, à Plumelec, devant Julian Alaphilippe. Problème : le Slovaque, champion du monde en titre, conservera le maillot arc-en-ciel un mois plus tard au Qatar. Il n’a donc jamais couru avec le maillot étoilé, la tenue irisée primant logiquement. Son successeur, Alexander Kristoff, l’a donc porté le premier, un an plus tard. « C’était spécial d’être le premier, j’étais fier, se souvient l’ancien sprinteur de 39 ans, qui avait étrenné son maillot à domicile, sur l’Artic Race, quatre jours après son sacre à Hernig (Danemark). Dans le public, tout le monde a compris très vite de quel maillot il s’agissait, ses couleurs bleu et blanc le rendent facilement identifiables. J’avais déjà été champion de Norvège, mais être champion d’Europe, c’était une étape audessus. Ce sentiment de pouvoir le porter toute une saison est vraiment magnifique. »

Sept des dix premières éditions ont eu un air 
de Championnat du monde des grosses cuisses

« C’est très rare dans une carrière de pouvoir porter un maillot distinctif, et c’est aussi l’une de mes plus belles victoires, raconte Laporte, lauréat par ailleurs d’une éta pe s ur le To ur de Fra nce (2022) puis de Gand-Wevelgem et d’À Travers la Flandre (2023). Je n’ai pas vraiment de classement, mais si je dois faire un top 3, le titre européen sera certainement dedans. »

« C’est difficile à classer, reconnaît aussi Kristoff. Je pense que mes succès au Tour des Flandres et à Milan-San Remo sont plus importants, car ce sont des Monuments. C’est spécial, aussi, d’avoir porté le maillot jaune et gagné aux Champs-Élysées. Mais je considère que la récompense du titre européen est plus grande et plus cool. Car tu portes le maillot toute une année, ce que j’ai adoré, puis des liserés jusqu’à la fin de ta carrière. Ce ne sont pas les Mondiaux, mais ce n’est pas si loin, car la majorité des meilleurs coureurs sont européens. Donc avoir sur mon maillot cette preuve que j’ai été champion d’Europe montre que je fais partie des plus grands coureurs de l’histoire. »

Sept des dix premières éditions (2017 à 2019, puis 2021 à 2024) ont eu un air de Championnat du monde des grosses cuisses, avec des tracés particulièrement plats. « C’est assez vrai, abonde Matteo Trentin, sacré en 2018 à Glasgow. Cela favorisait toujours les coureurs de Classiques, même si l’édition de Trente (en 2021, remportée par Sonny Colbrelli devant Remco Evenepoel) était un parfait mix pour les grimpeurs et les classicmen. L’an passé, c’était pour les grimpeurs, tout comme cette année. Une bonne chose serait d’avoir une complémentarité avec les Mondiaux. Si ceux-là sont très durs, les Europe se doivent d’être accessibles à d’autres types de coureurs. Sinon, le risque d’avoir le même champion du monde et d’Europe est assez élevé. » Ce qui s’est produit la saison passée avec le double sacre de Tadej Pogacar, à Kigali puis Guilherand-Granges. « Au moins, ça n’arrivera pas cette fois-ci puisque Brandon McNulty (le nouveau champion du monde) est américain », sourit Trentin. Mais le cas de figure est désormais probable chez les femmes, la grande favorite d’aujourd’hui, Demi Vollering, ayant été couronnée à Montréal. « C’est dommage parce que ça aurait donné encore plus de valeur à ce maillot de voir Pogacar le porter, regrette Laporte. Ce sont des petits détails, mais je pense que les Championnats d’Europe vont continuer à prendre de l’importance. »

Preuve qu’ils occupent encore une place secondaire, la Grande-Bretagne de Tom Pidcock, l’Irlande de Ben Healy et la Norvège de Tobias Johannessen ne seront pas représentées sur la course en ligne, demain, une semaine après avoir été du voyage au Canada. Paul Seixas, lui, a fait l’impasse pour se préparer au mieux en vue du Tour de Lombardie, le 10 octobre. « Les coureurs font des Mondiaux un objectif en se disant “allez, on va aux Europe dans la foulée, mais selon la forme”, analyse Démare. L’objectif principal, dans un intervalle d’une semaine, ce sont les Mondiaux. Puis la décompression arrive. C’est là qu’il serait intéressant de pouvoir jongler d’une année sur l’autre, de faire un profil différent si c’est très dur aux Mondiaux. On peut alors fixer un objectif à part entière. Moi, quand j’allais aux Europe, je n’y allais pas sur la forme. Cette année, je pense que c’est ça qui pose un problème pour certaines sélections. »

« Dans le vélo, tout est relié à l’histoire, songe Kristoff. Les Championnats d’Europe vont s’y ancrer année après année. Ils vont devenir de plus en plus importants. C’est déjà un grand rendez-vous. Mais il ne sera jamais plus grand que les Mondiaux. »

Commenti

Post popolari in questo blog

'SONO LORO I MIEI CARCERIERI SEI ANNI FA RAPIRONO ANCHE ME'

I 100 cattivi del calcio

Elite 24: Rucker Park legends