Premier accroc pour les Bleus de Zidane
Reuters/Catherine Steenkeste - Michael Olise a
ouvert le score pour les Bleus d’un superbe coup franc.
3 Oct 2026 - Le Figaro
Baptiste Desprez, envoyé spécial au Stade de France
Pour leur retour au Stade de France, les Bleus n’ont pas réussi à dominer l’Italie (1-1), vendredi.
Des sourires, une ovation, un tour d’honneur… mais pas de victoire et une vraie déception. C’est un condensé de la soirée vécue par l’équipe de France vendredi soir pour son troisième match de Ligue des nations. Attendu comme un héros pour son grand retour dans son jardin, Zinédine Zidane n’a pas réussi à décrocher une nouvelle victoire, freiné par de valeureux Italiens (1-1). Ses Bleus ont manqué d’imagination, de précision et d’inspiration. Rien de scandaleux et confirmation que le chantier reste conséquent dans cette nouvelle ère.
■ Zidane fêté en légende
En décidant d’opérer à six changements entre lundi et vendredi, avec le retour attendu d’upamecano, Rabiot, Cherki, Dembélé ou encore Olise, «ZZ» a clairement affiché ses ambitions de maîtrise, de jeu et de spectacle dans un Stade de France acquis à sa cause. Pour sa grande réapparition dans une enceinte qui lui colle à la peau, le nouveau patron des Bleus a été fêté en légende qu’il est, remportant aisément la victoire à l’applaudimètre face à ses joueurs lors de l’annonce des équipes. À chaque apparition sur les écrans géants, la «Zizoumania» a embrasé Saint-denis, signe d’un amour éternel et d’une attente colossale. Heureusement que le champion du monde 1998 était là pour réchauffer un peu l’ambiance parce que sur le terrain, ses Bleus n’ont finalement pas montré grandchose pendant quarante-cinq minutes.
■ Des Bleus poussifs et peu inspirés
On les avait quittés emballants et rafraîchissant à Bruxelles contre les Diables Rouges (0-1), pour les retrouver poussifs, peu inspirés et parfaitement gênés par le bloc italien, venu en France pour ne pas prendre la marée. Et finalement, sans un arrêt magnifique de Maignan devant Kean (9e) et une frappe de Frattesi détournée in extremis par Jacquet (39e), l’équipe de France aurait même pu être menée dans son jardin. Symboles d’un premier acte fermé, sans saveur et bien terne pour un retour tant attendu par 80000 spectateurs restés sur leur faim. À 54 ans, «ZZ» peut faire l’équipe, indiquer un cap et donner ses consignes, mais pour ce qui est du terrain, ce n’est plus de son ressort.
■ Olise, un but d’artiste
Le message a sans doute été compris par la bande d’ousmane Dembélé, promu capitaine en l’absence de Kylian Mbappé, avec un deuxième acte un peu plus emballant. Pas difficile à réaliser, vous l’aurez compris. En deux minutes, avec Doué et Dembélé une première fois (48e), puis Olise (50e), les Bleus sont tombés sur un immense Donnarumma, lui aussi content de revenir dans la capitale et de se rappeler au bon souvenir de certains de ses anciens coéquipiers. Sauf qu’à ce jeu-là, il ne faut pas trop chercher Olise. Sur un coup franc somptueux glissé sous la barre, le Munichois a fait chavirer le Stade de France (1-0, 55e), inscrivant son deuxième but de la semaine, et confirmant ses talents d’artiste délicieux. Sur son banc, Zidane explose et se tourne vers son banc, soulagé et rageur. La liesse est totale. Le Stade de France aux anges.
■ Premier accroc sous « ZZ »
À ce moment, la route semblait dégagée pour des Bleus dans un temps fort et des Italiens en souffrance… Mais tout a été mis à mal avec une erreur de Rabiot et de Da Cunha, qui offrent un but sur un plateau à Bastoni pour l’égalisation (1-1, 68e). Un vrai coup de froid au Stade de France. Il n’en a pas fallu plus pour que la rencontre ne se tende, en dépit d’occasions franches avec des tentatives de Rabiot (70e), Camavinga (84e, 90+1) ou Kean (81e), stoppés par les excellents Donnarumma et Maignan. Sans compter l’expulsion d’upamecano (85e) pour un deuxième carton jaune, malgré un match monstrueux. Finalement, c’est un nul logique qu’ont décroché Français et Italiens (1-1). Un premier faux pas pour Zidane sélectionneur. Lundi, il faudra bien terminer le travail contre la Belgique. Avant de retrouver la Nazionale dans un peu plus d’un mois à Milan.
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Fabien Barthez, l’adjoint pas comme les autres
3 Oct 2026 - Le Figaro
B. D.
B. D.
Impossible pour lui de masquer son émotion. À chaque apparition, le même rituel. La bonhomie en bandoulière. Depuis le retour de Zinédine Zidane à la tête des Bleus, Fabien Barthez affiche un grand sourire quand il débarque sur la pelouse avec ses gardiens de but Mike Maignan, Guillaume Restes et Jean Butez pour préparer l’avant-match. Izmit, Bruxelles, Saintdenis… Que ce soit un accueil par des sifflets du public local ou l’acclamation des supporteurs français, le divin chauve ne déroge pas à ses habitudes. Les yeux pétillent, le regard enfantin se dévoile et le plaisir semble immense. Symbole d’une plénitude totale au moment de renouer son histoire avec l’équipe de France (87 sélections entre 1994 et 2006).Fabien Barthez (à droite), avec Mike Maignan, le gardien de l’équipe de France, le 28 septembre à Bruxelles, avant le match face à la Belgique.
À 55 ans, l’enfant de Lavelanet n’a pas changé d’un iota. Si les traits sont plus tirés, le visage émacié, signes du temps qui passe, l’homme n’a rien perdu de son verbe. Taquin, espiègle et gros chambreur, il ne compte pas changer malgré le poids de la pression que représente le début de cette nouvelle ère des Bleus sous Zinédine Zidane. À Clairefontaine, il est le premier à chatouiller Mike Maignan, à titiller les attaquants ou à motiver ses gardiens dans les exercices de fin de séance pour éviter aux Dembélé, Olise ou Doué de leur faire des misères.
« Il est très naturel et met un peu d’ambiance dans l’équipe, même s’il sait être très sérieux aussi », observe Manu Koné, qui l’a connu au même poste au Téfécé où Barthez a toujours ses attaches et apprécie de se rendre au Stadium assister aux matchs… de Guillaume Restes, convoqué en tant que numéro 2 par «ZZ». Ce dernier ne cache d’ailleurs pas l’honneur de partager ces moments avec le champion du monde 1998. Signe de l’aura intacte du gardien légendaire qu’a été Fabien Barthez durant ses douze ans en sélection. «C’est une fierté d’être coaché par lui, il a marqué l’histoire de ce poste », abonde Restes, qui l’a côtoyé à ses 14 ans quand Toulouse était en Ligue 2 et que Barthez passait voir les jeunes du centre de formation.
Dans sa manière de travailler, Barthez alterne entre la légèreté et la précision. Soucieux des fameux détails. Lors des séances, il insiste beaucoup sur le placement des pieds de ses gardiens, leur rapidité à se coucher au sol, la qualité du jeu au pied, la lecture du jeu, l’envergure face aux buteurs ou encore la connexion qu’ils ont avec leur défense. Son profil contraste avec celui de Franck Raviot, plus fermé et austère, qui a repris ses missions à la Direction technique nationale après avoir officié seize années comme entraîneur des gardiens de l’équipe de France A (deux avec Laurent Blanc, quatorze avec Didier Deschamps). «Fabien n’a pas la technique d’un Raviot, mais il compense avec d’autres qualités et son aura de champion du monde fascine les portiers actuels », avance un proche d’un international.
Très proche de Barthez, qu’il a rencontré quand il avait 14 ans, avec une amitié nouée depuis quarante ans et leur rencontre dans l’ariège, Élie Baup (71 ans) abonde : «Fabien amène sa confiance, sa décontraction et désamorce toute tension ou pression dans les jours et les heures précédant le match. Il connaît par coeur cet environnement, il l’a vécu. Je vois déjà sa touche dans les matchs qu’a réalisés Mike Maignan. Avec Zizou, ils sont dans le plaisir, insistent sur la beauté que représente la sélection. Mais, attention, ce n’est pas que de la déconne et les vacances, il y a du travail, de l’analyse et la volonté de ne négliger aucun détail. Ce genre de discours apporte de la fraîcheur, libère les joueurs et donne du plaisir. »
L’ancien entraîneur de Toulouse, Saint-étienne, Bordeaux, Nantes et Marseille (1994-2013) insiste sur ce point. « On entend parfois trop d’entraîneurs qui en rajoutent des tonnes, alourdissent un climat déjà tendu. Il ne faut pas mettre le football au-dessus de tout. Cela reste un jeu, avec une pression incroyable, mais ce plaisir du jeu, il faut le ressentir et profiter d’être là. Fabien sait faire ça, car il l’a vécu.»
Du côté de la Fédération française de football (FFF), et même au sein du microcosme des gardiens de but, beaucoup ont été surpris de voir le champion d’europe 1993 avec L’OM suivre Zinédine Zidane dans cette aventure. Il avait notamment été conseiller technique dans le staff de Laurent Blanc entre 2010 et 2012. Sans diplôme - il doit les passer prochainement -, précédé d’une réputation de travailleur parfois discutée dans le milieu, d’un côté tête en l’air et peu méticuleux, Barthez n’est pas revenu en équipe de France pour faire le G.O. de son ami et sélectionneur.
« Derrière la déconne, son pantalon retroussé, ses blagues et son sourire, Fabien ne fait pas n’importe quoi, ce n’est pas le carnaval », décrypte Élie Baup, qui profite encore de sorties en VTT avec lui et de discussions à rallonge autour d’un café sur le football et les contours d’un poste sans cesse en mutation. «Il est hyperpointu, avec une manière d’approcher le travail sur la partie humaine sans se faire bouffer par la data, l’intelligence artificielle ou tous les autres éléments robotiques. Mais, par-dessus tout, Fabien a envie de transmettre aux plus jeunes, c’est prégnant chez lui. Il me l’a toujours dit, avec ce désir d’accompagner, de tendre les bras .»
En interne, depuis le début de la séquence internationale avec quatre matchs de Ligue des nations au programme en deux semaines (Turquie, Belgique, Italie et à nouveau la Belgique), Fabien Barthez se dit scotché par la nouvelle génération. En termes d’état d’esprit, de préparation, de minutie dans le travail. Entre les séances, il n’hésite pas à échanger avec Mike Maignan et les autres portiers, déplaçant les discussions sur le plan personnel. Les fauves se reniflent. Les automatismes se créent. Bien loin de la taquinerie ou des punchlines entendues sur les terrains de Clairefontaine et qui font sourire les autres membres du staff. Le style Barthez.
« Il dégage une forme d’intelligence animale », souffle une source proche de la sélection. Son rôle ne se cantonne pas qu’aux gardiens, il alterne aussi la gestion des coups de pied arrêtés avec l’adjoint David Bettoni. Chacun prend ses marques. Nouvelle ère oblige. Le charme opère et la suite des événements en dira plus sur l’apport réel du nouveau
technicien. «Zizou et lui représentent France98, comme ont pu le faire Lolo Blanc et Dédé (Deschamps). Rappelezvous le vent de fraîcheur, les sourires, la liesse dans les rues, sourit Baup. Dans une société morose, apporter déjà cela serait une réussite.» ■
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