GRIEZMANN Lune de miel à Orlando
Arrivé cet été à Orlando City, l’ancien Madrilène a déjà redonné des couleurs à son nouveau club et vit pleinement son rêve américain. Reportage en Floride, où la « Griezmania » ne fait que commencer.
“Pour nous, il est la combinaison parfaite entre la notoriété de Kaka et l’impact sportif de Nani"
CRÉATION DE L’IRON BO BROWN, À L’ORIGINE DE LA LION FIRM, LE PRINCIPAL GROUPE DE SUPPORTERS
12 Oct 2026 - L'Équipe
MAXIME AUBIN
ORLANDO (USA) – Après notre entretien réalisé au centre d’entraînement d’Orlando City SC, située au sud de la ville, Ricardo Moreira, le directeur sportif du club floridien, est très fier de nous montrer son récent cadeau surprise pour Antoine Griezmann. Une chaise pliable violette, façon fauteuil de réalisateur de cinéma, sur laquelle est imprimé « GRIZI 7 » en lettres dorées. « Il est toujours le premier à arriver ici. Il vient dès 6 heures du matin pour regarder le lever du soleil, boire son maté, et sentir la pelouse et le ballon, les pieds nus. C’est ça, Antoine: un immense professionnel et passionné de football », résume ce dirigeant brésilien au sourire charmeur, qui a réussi à arracher la signature du champion du monde 2018 et meilleur buteur de l’histoire de l’Atlético de Madrid (212) en mars.
Demandez à n’importe qui à l’intérieur du club floridien, et il vous répondra la même chose: Antoine Griezmann (35 ans) a transformé l’équipe depuis son arrivée à la fin du mois de juin, en cours de saison MLS. Sur le terrain, l’international français aux 137 sélections a déjà compilé 9 buts et 5 passes décisives en 12 matches, permettant à sa nouvelle équipe de remonter de la 13e à la 7e place du classement dans la Conférence Est, soit la dernière directement qualificative pour les play-offs qui débuteront à la mi-novembre.
« On dirait qu’il n’a connu aucune période d’adaptation. Dès le premier jour, il était là à rigoler, à faire le con. Il ne nous a jamais fait sentir que c’était une star », commente Joran Gerbet, 25 ans, autre joueur français d’Orlando, passé par l’université américaine et le centre de formation d’Auxerre. Impression confirmée lors de l’entraînement du matin, avec un « Grizou » souvent hilare et taquin avec ses nouveaux coéquipiers. « J’ai eu du mal à croire que j’allais jouer avec lui au début, poursuit Gerbet, mais ça s’est fait naturellement, d’autant qu’on essaie de développer un jeu qui lui ressemble, en relançant de derrière avec la possession. »
Un voyage surprise à Madrid qui change tout
Griezmann ne l’a jamais caché, il a toujours été un grand amoureux de la culture américaine et répète depuis des années vouloir un jour évoluer en MLS. Orlando City SC a été le premier à montrer un intérêt concret en l’inscrivant sur sa discovery list, un drôle de mécanisme en MLS qui permet à un club d’entrer en négociations exclusives avec un joueur, à condition de l’avoir mis en premier sur une liste communiquée à la Ligue, qui peut aller jusqu’à cinq noms. « Si un autre club est intéressé, il doit alors directement négocier avec nous », explique Moreira, qui assure que la Ligue peut tout de même intervenir si un joueur voulait aller dans une autre équipe et que Griezmann n’a donc pas été contraint de signer à Orlando.
Après de premières discussions avec son entourage, puis un appel vidéo avec lui, Moreira a pris la décision de se rendre à Madrid à l’improviste en janvier, pour essayer de le voir en personne et arracher sa signature: « On a joué un match amical un samedi, je suis rentré à Orlando, et je suis directement allé à l’aéroport sans prévenir personne. Antoine ne le savait pas, son agent non plus. J’ai atterri à Madrid, et j’ai eu la chance qu’il m’invite chez lui pour un café. Ça s’est vite transformé en plusieurs heures de discussion les yeux dans les yeux, puis un déjeuner et la rencontre des membres de sa famille. Ça a très bien collé entre nous, et je me suis rendu compte qu’il avait déjà fait ses devoirs: il avait déjà étudié le club et même les joueurs. »
Le projet américain de Griezmann est aussi familial. Sa femme et leurs quatre enfants sont venus deux mois plus tard pour découvrir les lieux, vite convaincus par cette ville ensoleillée et à taille humaine, de quelque 330000 habitants. « C’était la partie la plus facile du boulot. Il y a les parcs Disney, Universal, et des infrastructures formidables pour une famille qui veut découvrir la culture américaine » , estime Moreira. La signature officielle du joueur suivra le 24 mars, avant un retour en Espagne pour finir sa saison avec l’Atlético de Madrid.
Bastion démocrate dans un État largement républicain, Orlando accueille une population très diversifiée dont beaucoup de Latino-américains et de Portoricains. La ville est aussi tristement célèbre pour l’attentat du Pulse, ce club gay où un homme armé avait massacré 50 personnes en juin 2016. Dans le quartier d’art de Milk District, entre un café de matcha et un restaurant vietnamien, une grande fresque à l’effigie d’Antoine Griezmann a été peinte à la bombe sur un mur, accompagnée de la mention « Welcome to Orlando » .
En interrogeant les passants, très peu savent pourtant identifier le footballeur français. « On n’est clairement pas une ville de sport, raconte Aaron Anderson, jeune homme de 23 ans d’origine argentine, rencontré devant la fresque. On n’a que l’équipe NBA du Magic, que les gens supportent seulement quand ils gagnent, et le foot universitaire avec UCF. L’arrivée de Griezmann? Moi, je suis content, mais tout le monde s’en fout ici, même s’ils te diront l’inverse. » Le lendemain, c’est jour de match à l’Inter & Co Stadium, jolie enceinte de 25000 places sortie de terre en 2017, soit seulement deux après le premier match d’Orlando City SC en MLS (2015), club lancé originellement en USL en 2010, la Deuxième Division américaine.
À l’angle du stade, sur West Central Boulevard, une trentaine de membres de l’Iron Lion Firm, le principal groupe de supporters du club, s’adonne au traditionnel tailgate (*) deux heures avant la rencontre. Certains de leurs tee-shirts présentent un Antoine Griezmann habillé en Napoléon et chevauchant un lion, animal emblème du club. Pour son premier match, un tifo de 18 mètres de haut avait été déployé en tribunes, où on le voyait soulever la Coupe du monde, dans une scène inspirée de La Liberté guidant le peuple, le tableau d’Eugène Delacroix.
« Tous les fans de football connaissent Griezmann, c’est une énorme star!, apprécie Bo Brown, à l’origine de la création de l’Iron Lion Firm en 2011. Pour nous, il est la combinaison parfaite entre la notoriété de Kaka et l’impact sportif de Nani. Le premier a vendu tous les billets et les maillots quand il a signé ici en 2014, même s’il a été décevant sur le terrain, et le deuxième, même s’il était légèrement moins connu, nous a permis d’atteindre un niveau jamais atteint entre 2019 et 2021. »
Sur le terrain, face à l’équipe de Columbus, l’attaquant français ne met que seize minutes à enchaîner une passe décisive et un but sur coup franc direct. En tribunes, son père Alain et son frère Théo applaudissent. La famille Griezmann a fait le déplacement de Mâcon jusqu’à la Floride pour la première fois, heureuse de découvrir ce nouvel environnement dans lequel Antoine semble déjà très épanoui. « Ça fait beaucoup de kilomètres, mais c’était son rêve américain, donc on ne peut qu’être heureux pour lui, confie Alain, pas du tout surpris par l’impact immédiat de son fils à Orlando, sur et en dehors du terrain. Qui n’aime pas Antoine? Dans tous les clubs qu’il a faits, comme en équipe de France, il a toujours eu une aura que n’ont pas les autres. Je le vois continuer à jouer facilement pendant encore trois à quatre ans. » « Mon coeur n’est pas prêt pour qu’il s’arrête, complète Théo, qui travaille dans l’univers de l’e-sport et des cartes à collectionner avec son aîné de six ans. Le voir quitter l’Atlético était déjà très dur, alors on espère le voir continuer à jouer le plus longtemps possible. »
Vainqueurs 3-2 au terme du match, Griezmann et son équipe ont une nouvelle fois attiré plus de 19000 spectateurs au stade, soit trois à quatre mille de plus qu’en première partie de saison, avant son arrivée. Un membre du club explique que les maillots à son nom s’arrachent également, comme on a pu le constater lors de notre visite à la boutique, même si aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué. Ricardo Moreira, lui, se dit confiant sur le fait que son nouveau joueur restera jusqu’à la fin de son contrat, jusqu’en 2028. Soit assez de temps pour entrer dans le coeur des habitants d’Orlando.
(*) Un moment convivial et festif qui réunit lessupporters, avant ou après un match, surle parking d’un stade aux États-Unis où l’on partage de la nourriture et des boissons.
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