Pique comme le frelon


Per Strand Hagenes a placé hier son contre 
décisif à 1,2 km de l’arrivée pour s’offrir Paris-Tours.

Grâce à un contre bien senti dans le final, Per Strand Hagenes a remporté hier le plus grand succès de sa jeune carrière, sur Paris-Tours. Pur classicman, le Norvégien incarne l’avenir prometteur de Visma-Lease a bike sur ce terrain.

12 Oct 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

TOURS – Ses yeux ressemblent à ceux d’un husky mais à y regarder de plus près, il brûle dans ses pupilles un esprit espiègle, la flamme rouge qui cristallise toutes ses chances de succès dans le final d’une Classique. Après les talus et les chemins de vigne, hier, c’est à l’approche de l’arche du dernier kilomètre, à 1,2 km de l’arrivée précisément, dans les rues de Tours, que Per Strand Hagenes (Visma-Lease a bike) a placé le contre décisif derrière Toms Skujins (Lidl-Trek).

« Courir de cette façon est vraiment amusant, savourait le Norvégien de 23 ans après ce coup du kilomètre réussi sur Paris-Tours. Je n’ai pas le meilleur sprint donc je ne peux gagner que comme ça. Je crois que c’est sympa pour les spectateurs qui ne savent pas ce qui va se passer sur ce genre de course. J’ai gagné de façon similaire à Anvers cette année. » Survivant des secteurs pavés et empierrés de l’Antwerp Port Epic, en mai, Hagenes avait déjà piégé les favoris pour conquérir son quatrième succès chez les pros.

Le genre de coup d’éclat invisible pour le grand public mais qui l’avait érigé en talent à suivre, son coéquipier Christophe Laporte soulignant hier que « dans le peloton, tout le monde connaît ses qualités » . Présent aussi dans le groupe de la gagne formé à 9 km de l’arrivée sur une attaque de Paul Lapeira (Decathlon-CMA CGM) dans la dernière difficulté du jour (la côte de Rochecorbon),

Laporte savait donc pouvoir s’appuyer dans le final sur ce coureur expérimenté malgré son jeune âge. « On n’avait pas besoin de se parler, on savait ce qu’on devait faire, Per devait couvrir les attaques et moi attendre pour le sprint »

Sa médaille de bronze en forme de feuille morte autour du cou, Laporte voulait retenir la réussite de son équipe tout en pointant ironiquement le « compte qui ne va pas dans le bon sens » le concernant, vainqueur en 2024, 2e l’an dernier et 3e hier derrière Jasper Stuyven. Sa saison n’est pas terminée car le Tour de Hollande lui permettra peut-être de finir en beauté, mardi, et le coureur de 33 ans sait au moins qu’une armada est en train de se reconstruire pour les Classiques chez les Frelons après les départs de Dylan van Baarle, Tiesj Benoot et Tim van Dijke l’an dernier. Laporte et Wout Van Aert (32 ans) ne sont pas encore sur le déclin et un coureur comme Matthew Brennan (21 ans) assure déjà le leadership sur certaines courses, le champion du monde espoirs Ashlin Barry (19 ans) pousse dans l’équipe développement et Hagenes est déjà là.

Enfant, Hagenes était plutôt porté sur la natation et le ski

« Per est devenu une star maintenant, a souligné Jonas Abrahamsen (Uno X-Mobility), 5e à Tours. Il est tellement fort. Je le connais un peu car il est aussi norvégien et avait été champion chez les jeunes il y a quelques années. » Champion de Norvège juniors en 2021, Hagenes avait remporté le maillot arcen-ciel la même année en solitaire devant Romain Grégoire à Louvain (Belgique). Ce n’est d’ailleurs qu’à partir de cette saison que le natif de Sandnes (au sud-ouest de la Norvège) s’est consacré entièrement au cyclisme.

Plutôt porté sur la natation et le ski durant l’enfance, Hagenes s’était mis au vélo à 12 ans pour imiter son voisin et parce que son père regardait des courses à la télévision. « Il adorait le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, retrace celui qui a aussi gagné ParisTours chez les espoirs en 2023. Il était allé les voir quand j’avais environ 14 ans et il est revenu à la maison en disant: “Putain c’est un truc de fou!” Et je me suis dit que je voulais vraiment y participer chez les pros, donc ce sont vraiment mes courses de rêve. »

Depuis sa première année chez les pros en 2024 – après deux saisons dans l’équipe développement de Visma –, Hagenes a déjà couru six Monuments flandriens et traversé une campagne printanière intéressante cette année, 17e du Ronde et 2e du GP E3 à Harelbeke où son groupe de contre avait échoué après être revenu à seulement trois secondes de Mathieu van der Poel… à la flamme rouge. « La deuxième place est un bon résultat et on peut se dire que c’est impressionnant d’avoir presque réussi à le rattraper, s’était alors satisfait le Norvégien. Je ne suis pas un top coureur et ce n’est pas tous les jours qu’on tente ce genre de choses, il faut un peu de chance, de bonnes jambes… Donc je crois que je peux être fier de la façon dont j’ai couru. »

Ce flegme pouvait sonner comme un manque d’ambition mais traduit surtout sa capacité à prendre de la distance sur l’enjeu pour tenter un coup de poker dans le dernier kilomètre. Décroché à plusieurs reprises dans les bosses de Touraine, hier, il a gardé confiance en son tempo pour revenir à chaque fois, profitant mêmedela roue de Grégoire pour recoller à environ 30 km de la ligne. « Je pense que c’est la plus belle victoire de ma carrière jusqu’ici, c’est une course magnifique » , soulignait Hagenes, prêt à savourer pendant ses vacances avec un retour imminent en Norvège où il entend rendre visite à ses amis encore étudiants. Lui a validé son année de coureur.

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