LE MAILLOT ARC-EN-CIEL


Stan Ockers étend son beau maillot 
de champion du monde acquis en 1955

Stan Ockers stende la sua splendida maglia
di campione del mondo conquistata nel 1955

Le lecteur n'attend pas longtemps. Il a droit à son maillot arc-en-ciel dès la fin de l'été qui est la fin de la saison. Mais si on le regarde avec attention, le maillot arc-en-ciel est un abus de langage car il ne compte que cinq des sept couleurs qui représentent les anneaux olympiques. Ceci dit, la couverture du numéro 6 le clame haut et fort: « 1960 se devait de s'offrir un champion tel que Van Looy. » Sur un circuit automobile, il a devancé au sprint Darrigade, qui lui a donc laissé son beau maillot. Cette victoire est l'occasion de saluer son « merveilleux panache » et de le mettre à pied d'égalité avec Anquetil, « deux champions d'exception », la dernière marche avant la souveraineté accordée par les hommes du Miroir à Coppi voire à Bobet.

Pour ma génération, celle qui a commencé à lire le Miroir quand nous avions 10 ans, les vainqueurs précédents n'étaient pas des inconnus. La même mécanique a logiquement joué pour les générations suivantes. J'y vois la preuve que notre connaissance ou notre sentiment du vélo repose sur des images originelles initiatrices, dont le réservoir inépuisable se trouve dans les articles ou les photos des courses d'un jour comme des courses à étapes, les grandes surtout, mais aussi les petites.

Ils avaient des noms à consonance flamande comme Stan Ockers, une seule fois, en 1955, l'année après Bobet, mais ces souvenirs sont forcément de deuxième main, si on peut dire ; ils viennent de la plume des journalistes qui les ont recyclés avec verve, ils appartiennent à l'histoire. D'ailleurs, plus qu'à son maillot arc-en-ciel conquis dans la banlieue de Rome, je suis sûr que j'ai été sensible à sa mort, un an plus tard, à la suite d'une chute sur le vélodrome d'Anvers. Les champions étaient des mortels, donc, si on veut, des héros. L'autre ancêtre flamand se nommait Rick Van Steenbergen, qui avait l'âge de ma mère et l'avait gagné trois fois, lui, le championnat du monde, et qui inscrira à son palmarès plus de mille courses. Il sera le premier à m'en imposer par sa longévité en continuant sa carrière, sur piste, mais quand même il faut consentir à tourner encore comme un écureuil dans sa cage, jusqu'à 43 ans.


En janvier 1965, Miroir du cyclisme articule son numéro autour de « la vie fabuleuse de 
l'homme d'Anvers », Rik Van Steenbergen, trois fois champion du monde en 1949, 1956 et 1957.

Nel gennaio 1965, Miroir du cyclisme dedica il numero alla «favolosa vita dell’uomo 
di Anversa», Rik Van Steenbergen, tre volte campione del mondo: nel 1949, 1956 e 1957.

Mon premier championnat du monde date de l'année précédente et peut-être le résultat est-il pour quelque chose dans la naissance de Miroir du cyclisme. Déjà deux fois troisième comme le seront Poulidor et Guimard, favori du petit groupe d'échappés, Darrigade approchait de la banderole d'arrivée Tandis que Georges Briquet sifflotait dans le gros poste de radio, l'incertitude suffocante du résultat m'avait poussé à sortir dans le jardin pour jouer et, quand j'étais (vite) revenu pour apprendre le dénouement, j'en avais éprouvé une joie pure inoubliable. C'était à Zandvoort, par une chaude après- midi, au bord de la mer du Nord.

Darrigade a encore droit à un dossier du Miroir en 1964. Au-delà de toutes ses victoires, il revient sur le terrible accident survenu sur la piste en ciment rose du Parc des Princes à l'arrivée du Tour 1958, et j'étais déjà assez grand pour me le rappeler parfaitement. Il avait heurté de plein fouet l'intendant du parc; il s'en était tiré avec une fracture du crâne et un bandage impressionnant qui fit le tour de la pla- nète vélo. Deux semaines plus tard, un entrefilet dans la presse signalait le décès de l'intendant.

Le championnat du monde 1962 se déroula à Salò, ville de triste mémoire, dernier refuge de Mussolini et de sa république fasciste éphémère. En italien et en petites capitales. « CAMPIONATI MONDIALI DI CICLISMO », le Miroir pouvait nous procurer l'impression flatteuse de comprendre la langue italienne. L'article de Barran se présente comme un « reportage ». Dès la deuxième moitié du premier paragraphe, à défaut d'évoquer les Chemises noires, il cite Virgile à propos du paysage du lac et, pour faire bonne mesure, un « enfant du pays qui inventa le violon ». Il rend hommage à Stablinski, pas seulement le fidèle équipier d'Anquetil mais un coureur au « finish exceptionnel », doté d'un sens aigu de la course. Rappelant son palmarès depuis 1960, et aussi son âge, 30 ans, il présume l'orée d'une deuxième carrière. Quant à la course, elle est limpide, une arrivée en solitaire après s'être détaché à vingt kilomètres de l'arrivée d'un groupe de quatre échappés, augmentant sans cesse son avance. Barran vante aussi la discipline et la stratégie de l'équipe française, en contrepoint de la déroute italienne sur ses terres et de la défaite belge, son « éparpillement » coupable de l'échec du rêve de Van Looy de gagner le titre trois années de suite. Les noms des coureurs, Groussard, Cazala, Anglade, Ignolin préféré à Gainche, font défiler la petite musique de ces années-là. Sur une simple colonne, un « portrait », signé RD, à savoir Robert Descamps, l'encyclopédiste du Miroir à qui nous devons donc toutes ces rubriques et toutes ces listes à la fois géniales et inutiles, le Diderot de la bicyclette, commente la photographie du podium. Il voit l'homme revêtu du maillot arc-en-ciel mais inchangé, tel qu'en lui-même, « simple et calme », comme « dans la vie courante ». Il rappelle son âge, son palmarès, le nom des quatre coureurs français qui l'ont précédé sur la plus haute marche du podium, son gabarit « moyen », ses origines, l'homme du Nord, les ancêtres polonais sans le dire, sinon la vraie orthographe de son nom, Stablewski, il ne se refuse pas un mot du vocabulaire anglais, le « punch », et il termine sur l'affabilité et la modestie qui lui valent « l'admiration » de ses pairs.

La suite est moins réjouissante. En 1964, la désunion dans l'équipe de France s'exerce au détriment de Poulidor. En 1966, rebelote, cette fois au détriment d'Anquetil. Devant les stands du circuit du Nürburgring, Rudi Altig est sur la plus haute marche. La seconde marche, à sa droite, est vide. Anquetil est absent ; le Miroir relève mais n'approfondit pas cette étrangeté. Anquetil boude, furieux, parce qu'Aimar a ramené Altig sur son porte-bagages et l'a privé du titre que, pour une fois, il convoitait et qui s'offrait à lui. Sur la troisième marche, Poulidor n'en croit pas ses yeux. Ils tiennent tous les deux un bouquet à la main, ils regardent si Anquetil ne va pas finir par venir chercher le sien, Poulidor se gratte (furtivement) les couilles de la main gauche et, quand Altig lui tend la main, il passe le bouquet dans la main gauche et lui tend la droite. Dans un autre registre comique, les six premiers sont disqualifiés par l'UCI parce qu'ils ont refusé de satisfaire au contrôle antidopage, avant d'être graciés pour éviter les vagues.

Dans ce numéro, le lecteur découvre avec quelque surprise les « Sept titres pour "Tante Yvonne" », une rarissime allusion au général de Gaulle. Il était sans suite l'heure de saluer la championne belge Yvonne Reynders, qui n'en a d'ailleurs compté que six, quatre sur route, deux sur piste. Mais rien n'est trop beau pour la bonne volonté. 


Champion du monde en 1966, l'Allemand Rudi Altig étrenne son maillot 
arc-en-ciel aux côtés de Tom Simpson, Jacques Anquetil et Eddy Merckx.

Campione del mondo nel 1966, il tedesco Rudi Altig sfoggia per la prima volta la 
sua maglia arcobaleno al fianco di Tom Simpson, Jacques Anquetil ed Eddy Merckx.

***

LA MAGLIA ARCOBALENO

Il lettore non dovrà aspettare a lungo. Potrà ammirare la maglia arcobaleno già sul finire dell’estate, che segna anche il termine della stagione ciclistica. Ma se la si guarda con attenzione, "maglia arcobaleno" è un'espressione impropria, poiché conta solo cinque dei sette colori dell'arcobaleno, i cinque che rappresentano i cinque cerchi olimpici. Detto questo, la copertina del numero 6 lo proclama forte e chiaro: «Il 1960 doveva regalarsi un campione come (Rik) Van Looy.» Sul circuito automobilistico (del Sachsenring, ndr), ha preceduto in volata (André) Darrigade, che gli ha così lasciato la sua splendida maglia. Quella vittoria è l'occasione per rendere omaggio al suo «meraviglioso brio» e metterlo sullo stesso piano di (Jacques) Anquetil, «due campioni d'eccezione», l'ultimo gradino prima della sovranità concessa dal Miroir a (Fausto) Coppi o persino a (Louison) Bobet.

Per la mia generazione, quella che ha iniziato a leggere il Miroir quando avevamo dieci anni, i precedenti vincitori non erano degli sconosciuti. Lo stesso meccanismo ha funzionato anche per le generazioni successive. Vi vedo la prova che la nostra conoscenza o i nostri sentimenti per il ciclismo si fondano su immagini originarie e formative, il cui inesauribile serbatoio si trova negli articoli o nelle foto delle classiche di un giorno come delle gare a tappe, soprattutto i grandi Giri, ma anche quelli minori.

Avevano nomi dal suono fiammingo come Stan Ockers, solo una volta, nel 1955, l’anno dopo Bobet, ma sono ricordi inevitabilmente di seconda mano, per così dire; provengono dalla penna di giornalisti che li hanno riproposti con brio, appartengono alla storia. Del resto, più che alla sua maglia iridata conquistata nella periferia di Roma (a Frascati, ndr), sono sicuro di aver provato commozione per la sua morte, avvenuta l'anno dopo, in seguito alla caduta al velodromo di Anversa. I campioni sono mortali, quindi, se vogliamo, degli "eroi". L’altro antenato fiammingo si chiamava Rick Van Steenbergen, che aveva l’età di mia madre e aveva vinto, lui sì, tre volte il campionato del mondo, e che avrebbe scritto nel suo palmarès oltre mille gare. Sarà lui il primo a impressionarmi per longevità, continuando la carriera su pista, ma bisogna comunque ammettere che ha continuato a ruotare come un criceto nella gabbia fino all’età di 43 anni.

Il mio primo mondiale risale all’anno precedente e forse il risultato ha avuto un ruolo nella nascita di Miroir du cyclisme. Già due volte terzo, come lo saranno poi (Raymond) Poulidor e (Cyrille) Guimard, favorito del piccolo gruppo di fuggitivi, Darrigade si avvicinava allo striscione d’arrivo. Mentre Georges Briquet fischiettava nella grossa radio, l’incertezza soffocante sul risultato mi aveva spinto a uscire in giardino a giocare e, quando ero (velocemente) tornato per conoscere l’esito, ne avevo provato una gioia pura e indimenticabile. Era a Zandvoort, in un caldo pomeriggio, in riva al Mare del Nord.

A Darrigade fu dedicato un altro articolo sul Miroir nel 1964. Al di là di tutte le sue vittorie, tornò a parlare del terribile incidente avvenuto sulla pista di cemento rosa del Parc des Princes all’arrivo del Tour del 1958, e io ero già abbastanza grande per ricordarmene perfettamente. Aveva investito in pieno il custode dell'impianto; lui se l’era cavata con una frattura al cranio e una impressionante fasciatura che fece il giro del mondo del ciclismo. Due settimane dopo, un breve trafiletto sulla stampa segnalava la morte del custode.

I campionati del mondo del 1962 si svolsero a Salò, città di triste memoria, ultimo rifugio di (Benito) Mussolini e della sua effimera Repubblica fascista. In italiano e in maiuscolo: «CAMPIONATI MONDIALI DI CICLISMO», il Miroir riusciva a darci la lusinghiera impressione di comprendere la lingua italiana. L'articolo di (Robert) Barran si presenta come un «reportage». Già dalla seconda metà del primo paragrafo, pur senza menzionare le Camicie Nere, cita Virgilio a proposito del paesaggio del lago e, per buona misura, un «figlio del luogo che ha inventato il violino». Rende omaggio a (Jean) Stablinski, non solo il fedele gregario di (Jacques) Anquetil, ma anche un corridore dal «finale straordinario», dotato di un acuto senso della gara. Ricordandone il palmarès dal 1960, e anche l'età, 30 anni, ne ipotizza l’inizio di una seconda carriera. Quanto alla gara, è limpida: un arrivo in solitaria dopo aver staccato a meno venti chilometri dal traguardo un drappello di quattro compagni di fuga, aumentando in continuazione il proprio vantaggio. Barran elogia anche la disciplina e la strategia della squadra francese, in contrapposizione alla disfatta casalinga italiana e alla sconfitta dei belgi, il cui «disordine» è stato responsabile del fallimento del sogno di Van Looy di conquistare il titolo per tre anni consecutivi. I nomi dei corridori – Groussard, Cazala, Anglade, Ignolin, preferito a Gainche – fanno rivivere l’atmosfera di quegli anni. In una semplice colonna, un «ritratto», firmato RD, ovvero Robert Descamps, l’enciclopedista del Miroir a cui dobbiamo quindi tutte quelle rubriche e tutte quelle liste al tempo stesso geniali e inutili, il Diderot del ciclismo, commenta la didascalia del podio. Si vede l’uomo che indossa la maglia arcobaleno, ma immutato, così com’è, «semplice e sereno», proprio come «nella vita di tutti i giorni». Ne ricorda età, palmarès, i quattro corridori francesi che lo hanno preceduto più alto gradino del podio, la corporatura «media», le origini, l’uomo del Nord, gli antenati polacchi senza dirlo, se non per la vera ortografia del suo nome, Stablewski; non si nega una parola del vocabolario inglese, il «punch», e conclude parlando dell’affabilità e della modestia che gli valgono «l’ammirazione» dei suoi colleghi.

Il seguito è meno lieto. Nel 1964, la discordia nella nazionale francese va a discapito di (Raymond) Poulidor. Nel 1966, la storia si ripete, questa volta ai danni di Anquetil. Davanti ai box del circuito del Nürburgring, Rudi Altig è sul gradino più alto. Il secondo, alla sua destra, è vuoto. Anquetil è assente; il Miroir rileva questa stranezza ma non la approfondisce. Anquetil tiene il broncio, furibondo, perché Aimar ha portato Altig sul portapacchi della propria auto e lo ha privato del titolo che desiderava ardentemente e che, per una volta, gli si offriva a piene mani. Sul terzo gradino, Poulidor non crede ai propri occhi. Entrambi tengono in mano un mazzo di fiori, guardano se Anquetil non finisca per venire a prendere il suo, Poulidor con la mano sinistra si gratta (di nascosto) i genitali  e, quando Altig gli tende la mano, passa il mazzo nella mano sinistra e gli porge la destra. Su un altro piano comico, i primi sei saranno squalificati dalla UCI perché si sono rifiutati di sottoporsi al controllo antidoping, salvo poi, per evitare polemiche, essere graziati .

In quel numero, il lettore scopre con una certa sorpresa l'articolo «Sette titoli per "Zia Yvonne"», un rarissimo accenno al generale de Gaulle [il cui soprannome della moglie era proprio "Zia Yvonne", ndr]. In realtà, era semplicemente il momento di celebrare la campionessa belga Yvonne Reynders (*), che per la cronaca di titoli ne ha vinti sei: quattro su strada e due su pista. Ma si sa, niente è troppo bello per la buona volontà.

(*) "Zia Yvonne" (Tante Yvonne in francese) era il popolare soprannome dato dai francesi e dai media a Yvonne de Gaulle, moglie del generale e presidente Charles de Gaulle.
Il soprannome nacque da un mix di affetto, ironia e satira per descriverne la personalità pubblica.
Lo stile tradizionale e dimesso: a differenza delle moderne Première Dame, Yvonne era una donna estremamente discreta, pudica e profondamente cattolica. Si vestiva in modo molto classico e portava una pettinatura austera (uno chignon). I giornali satirici dell'epoca la dipingevano come la classica "zia di provincia" un po' all'antica.
La vicinanza ai cittadini: nonostante fosse la moglie dell'uomo più potente di Francia, conduceva una vita sobria, faceva la spesa da sola ed era vista dal popolo come una figura familiare. Di lì l'appellativo familiare di "Zia". Il termine divenne così celebre in Francia da entrare nel linguaggio comune per identificare la figura della moglie del Presidente.

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