LE PREMIER NUMÉRO
La une du premier Miroir du cyclisme:
de gauche à droite Louison Bobet, Jacques Anquetil et Henry Anglade
La copertina del primo numero del Miroir du cyclisme:
da sinistra a destra Louison Bobet, Jacques Anquetil e Henry Anglade
Par définition, il a une saveur particulière. Qu'y voyons-nous entre les lignes ? Des encarts publicitaires, nombreux, plus ou moins larges: cycles, roues libres, freins (Mafac), patins à raclette (« le seul qui essuie la jante avant de freiner »). porte-bidons, colle pour réparer les chambres à air, boyaux, chaîne et éclairage, pneus, dérailleur (Simplex), pédalier (Stronglight Supercompétition qui équipe notamment le champion du monde en titre), tiges de selle et moyeux Campagnolo, tubes extra-légers Vitus, chaussures (les Roule-Toujours qui « donneront satisfaction » parce qu'elles sont fabriquées par Mercier), slips (Coquille qui assure « la sécurité dans l'effort »), chicorée (Leroux qui parraine une équipe dont Anquetil et Stablinski sont les têtes de gondole), un livre (Les Secrets du Sorcier de la route de Francis Pélissier, qui vient de mourir), le vin doux naturel Rapha qui présente ses deux équipes de coureurs sous l'égide de Raphaël Géminiani, et en pleine page, la dernière, en couleur, le quinquina Dubonnet, la boisson que chacun pouvait découvrir dans les tunnels du métro parisien, « Dubo, Dubon, Dubonnet ».
Il n'y a pas que le matériel dans la vie d'un cycliste. Nous voyons aussi des cartes postales, papier glacé, noir et blanc, 10 cartes pour 350 francs; une liste de coureurs par ordre alphabétique, depuis Adriaenssens jusqu'à Walkowiak en passant par Coppi, la plupart français, tous en activité; une photo plein cadre d'un Géminiani hilare, « le rescapé », celui qui est revenu du critérium africain; une belle photo d'un peloton qui s'étire dans un village au pied d'un col qu'on jurerait pyrénéen, sur une route humide et sous un ciel gris, n'importe, la magie est là ; une réclame pour un poste de télévision, ce qui était un peu, à terme, se tirer une balle dans le pied.
La présentation de la saison 1960 est confiée à Robert Chapatte, un ancien coureur devenu journaliste, à la radio, assurant quelques piges dans la presse écrite, mais de courte durée au Miroir. Il dresse un constat et présente des vœux. Dans les « 10 questions précises aux 5 vedettes du cyclisme français », la dixième est la plus originale et, rétrospectivement, la plus surprenante, mais elle révèle une réelle inquiétude tous azimuts, signe que ce sport est à la croisée des chemins: « Croyez-vous à l'avenir du cyclisme ? » De façon pragmatique, Anglade déplore l'attitude des pouvoirs publics qui tendent à exiler les épreuves sportives vers les circuits automobiles; Darrigade, optimiste et clairvoyant, considère que « la vie du cyclisme est assurée pour longtemps »; Bobet, au contraire, est « sceptique devant l'optimisme général » et il entrevoit une solution dans l'ouverture aux pays d'Europe de l'Est pour le « sauver ». Quant aux directeurs sportifs des équipes, la rédaction leur demande des « tuyaux » comme si on était sur un champ de courses du PMU ; il est vrai qu'à cette époque les coureurs étaient des « cracks ». Sur les quatre consultés, un seul donne un nom qui marquera l'histoire, pour le meilleur et pour le pire, le plus joyeux et le plus triste: Simpson, le cœur torpillé par la chaleur humide et les amphétamines sur les pentes du Ventoux... La valeur sûre, « l'atout », comme si cette fois on était dans une partie de belote, c'est Van Looy. Darrigade lui-même, dont la photo dans son maillot neuf arc-en-ciel trône au cœur du numéro, l'intronise. Avec l'aide de ses correspondants étrangers, le Miroir passe en revue les trois grands pays cyclistes d'alors: Belgique, Italie, Espagne, chacune un atout et un tuyau. Franchement, on ne pouvait jouer qu'un seul atout (Van Looy) et deux tuyaux étaient absolument percés. Enfin, ce premier numéro propose un gotha de cent coureurs, une initiative reprise à Miroir-Sprint et qui vise à fidéliser le lectorat. On peut imaginer le comité de rédaction réuni autour d'une table rue des Pyramides, la fumée, les cendriers, les feuilles de papier, les débats sur quelques noms à intégrer, donc d'autres à écarter. Cent peut paraître beaucoup, mais la liste des recalés reste assez impressionnante pour ceux qui ont connu, quand bien même nous étions des enfants, cette époque : Dotto, Forestier, Impanis, Rostollan, Walkowiak. Si les recalés le sont pour manque de performance la saison passée, ce gotha aimerait être un aiguillon pour celle à venir. S'agissant d'avenir, il accorde une mention spéciale à trois coureurs non professionnels; au premier rang. Gustav-Adolf Schur, double champion du monde amateur les deux années précédentes (c'est précisé) et déjà député à la Chambre du peuple à Berlin (ce n'est pas précisé). Un trombinoscope et un état civil ferment le ban. À la lettre C, un encart fait une place à part à « Coppi Fausto », placé tout en haut du panthéon, « le plus grand coureur cycliste de tous les temps ». sans même considérer ni sa mort ni le mythe. Enfin, avec le calendrier des courses, mois par mois, les effectifs, équipe par équipe, c'est-à-dire « marque » par « marque », et même le palmarès de l'année écoulée, la saison est lancée.
Une certitude: le numéro 1 donne envie d'arriver vite au mois suivant pour ouvrir le numéro 2 et suivre la saison. Le lecteur y découvrira « la merveilleuse histoire de Paris-Roubaix ». Les deux mots, « merveilleux » et « histoire », disent déjà tout. Tout ce qui peut nous attacher au vélo.
Deux photos publiées en pleine page dans le premier numéro du Miroir:
un Raphaël Géminiani tout sourire et un peloton qui s'étire sur la route du Tour de France
Due foto pubblicate a tutta pagina nel primo numero del Miroir: un Raphaël Géminiani
tutto sorridente e un gruppo di corridori che si snoda lungo il percorso del Tour de France
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IL PRIMO NUMÉRO
Bernard Chambaz
Miroir du Cyclisme - L'histoire d'un magazine mythique
Per definizione, ha un sapore particolare. Che cosa si intravede tra le righe? Numerosi inserti pubblicitari, più o meno grandi: biciclette, ruote libere, freni (Mafac), pattini da raclette («l’unico che asciuga il cerchio prima di frenare»), portaborracce, mastice per riparare le camere d’aria, tubolari, catena e fari, pneumatici, deragliatore (Simplex), guarnitura (Stronglight Supercompétition, montata in particolare dal campione del mondo in carica), reggisella e mozzi Campagnolo, tubi ultraleggeri Vitus, scarpe (le Roule-Toujours che «daranno soddisfazione» perché sono prodotte da Mercier), pantaloncini (Coquille, che garantiscono «sicurezza durante lo sforzo»), cicoria (Leroux, che sponsorizza una squadra di cui Jacque Anquetil e Jean Stablinski sono i volti di punta), un libro (I segreti dello stregone della strada di Francis Pélissier, deceduto il 22 febbraio 1959), l'aperitivo Rapha (*) schiera le sue due formidabili corazzate di corridori sotto l'egida di Raphaël Géminiani, il mitico "Grand Fusil". E a tutta pagina, in quarta di copertina, trionfa a colori la china Dubonnet, il corroborante che tutti hanno imparato a scoprire nei tunnel del metrò parigino, cadenzato dal celeberrimo ritornello "Dubo, Dubon, Dubonnet"».
Nella vita di un corridore non c’è solo l’attrezzatura. Vediamo anche cartoline, su carta patinata, in bianco e nero, 10 cartoline a 350 franchi francesi; un elenco di corridori in ordine alfabetico, da Adriaenssens a Walkowiak passando per Coppi, per lo più francesi, tutti in attività; una foto a tutta pagina di un Géminiani ridente, «il sopravvissuto», colui che è tornato dal criterium africano (in Alto Volta, l'attuale Burkina Faso, ndr); una bella foto di un gruppo che si snoda in un villaggio ai piedi di un passo che si direbbe pirenaico, su una strada umida e sotto un cielo grigio, ma non importa, la magia c’è; una pubblicità per un televisore, il che, a lungo andare, si rivelò un po’ un autogol.
La presentazione della stagione 1960 è affidata a Robert Chapatte, un ex corridore diventato giornalista radiofonico, che svolgeva qualche incarico occasionale per la stampa scritta, ma per lui di breve durata presso il Miroir. Chapatte traccia un bilancio e formula degli auguri. Nelle «10 domande precise alle 5 stelle del ciclismo francese», la decima è la più originale e, col senno di poi, la più sorprendente, ma rivela una reale preoccupazione su tutti i fronti, segno che questo sport si trova a un bivio: «Credete nel futuro del ciclismo?». In modo pragmatico, (Henry) Anglade deplora l’atteggiamento delle autorità pubbliche che tendono a relegare le gare sportive sui circuiti automobilistici; (André) Darrigade, ottimista e lungimirante, ritiene che «il futuro del ciclismo sia assicurato per molto tempo»; (Louison) Bobet, al contrario, è «scettico di fronte all’ottimismo generale» e intravede una soluzione nell’apertura ai Paesi dell’Europa orientale per «salvarlo». Quanto ai direttori sportivi delle squadre, la redazione chiede loro «dritte» e «soffiate» come se ci si trovasse su un ippodromo del PMU (il Pari Mutuel Urbain, l'ente delle scommesse ippiche francesi, ndr); è pur vero che a quell'epoca i corridori erano dei veri «campioni». Dei quattro consultati, soltanto uno fa un nome che segnerà la storia, nel bene e nel male, nel modo più gioioso e in quello più tragico: (Tom) Simpson, con il cuore stroncato dal caldo umido e dalle amfetamine sulle pendenze del Ventoux... «La carta più forte, "l'asso" — come se questa volta ci si trovasse in una partita a belote (il gioco di carte nazionale francese per eccellenza, ndr) — è Van Looy». Lo stesso Darrigade, la cui foto nella nuova maglia arcobaleno troneggia al centro del numero, lo incorona. Con l'aiuto dei suoi corrispondenti esteri, il Miroir passa in rassegna i tre grandi Paesi ciclistici di allora: Belgio, Italia e Spagna, ciascuno con la propria carta migliore e la propria dritta. A dire il vero, si poteva giocare solo una carta vincente (Van Looy) e due delle dritte erano del tutto sbagliate. Infine, il primo numero propone un'antologia dei cento corridori più forti, un'iniziativa ereditata dal Miroir-Sprint e che punta a fidelizzare i lettori. Si può quasi immaginare il comitato di redazione riunito attorno a un tavolo in rue des Pyramides: il fumo, i posacenere, i fogli di carta, le discussioni su quali nomi inserire e, di conseguenza, quali altri scartare. Cento può sembrare un numero elevato, ma la lista degli esclusi resta impressionante per chi ha vissuto quell'epoca, anche se allora eravamo solo bambini: Dotto, Forestier, Impanis, Rostollan, Walkowiak. Se gli esclusi pagano la mancanza di risultati nella passata stagione, questa élite vorrebbe fungere da stimolo per quella a venire. E proprio guardando al futuro, la rivista riserva una menzione speciale a tre corridori non professionisti; in prima fila c'è Gustav-Adolf Schur, due volte campione del mondo dilettanti nei due anni precedenti (come specificato) e già deputato alla Camera del popolo a Berlino (questo non viene specificato). Una galleria di volti e le schede anagrafiche completano la sezione. Alla lettera C, un riquadro riserva un posto d'onore a "Coppi Fausto", collocato in cima al pantheon come "il più grande corridore di tutti i tempi", senza nemmeno citare né la sua morte né il mito. Infine, con il calendario delle gare, mese per mese, le formazioni, squadra per squadra, ovvero «marca» per «marca», e persino l’albo d’oro dell’anno trascorso, la stagione ha inizio.
Una cosa è certa: il numero 1 fa venire voglia di arrivare presto al mese successivo per sfogliare il numero 2 e seguire la stagione. Il lettore vi scoprirà «la meravigliosa storia della Parigi-Roubaix». Le due parole, «meravigliosa» e «storia», dicono già tutto. Tutto ciò che può farci appassionare al ciclismo.
(*) Rapha: nel testo originale c'è un'ambiguità storica e linguistica. La dicitura "vin doux naturel" è la categoria tecnica francese in cui rientrano storicamente le basi utilizzate per produrre il famosissimo Saint-Raphaël (un aperitivo a base di mosto di vino fortificato con alcool, erbe aromatiche e idromele/quinquina). In più, il brand creò proprio un sotto-marchio parallelo chiamato semplicemente Rapha per aggirare le leggi francesi che vietavano la pubblicità degli alcolici forti.
Inoltre, applicando rigorosamente il registro giornalistico e ciclistico d'epoca, i termini cambiano radicalmente. In Italia, negli anni '50 e '60, le squadre si chiamavano "squadre di marca" (perché abbinate a uno sponsor extra-sportivo) o "corazzate".
Il Dubonnet, come il Saint-Raphaël, è un vino fortificato aromatizzato con erbe e, appunto, corteccia di china (che dà il tipico gusto amarognolo). In Italia lo conosciamo perché è lo stesso principio del Barolo Chinato o dell'aroma del Cinzano e del Campari.
La quinquina è la pianta della china (la Cinchona), la corteccia da cui si estrae il chinino. Nel gergo dei bar e del giornalismo dell'epoca, il Dubonnet non veniva mai chiamato così: era, molto più semplicemente, un aperitivo alla china o un vino chinato.



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