PRÉAMBULE (par Bernard Chambaz)
«Eh, monsieur, un roman
est un miroir qui se promène
sur une grande route. »
- STENDHAL
Bernard Chambaz
Miroir du Cyclisme - L'histoire d'un magazine mythique
Par quelle jument vert jade commencer, par quelle bécane vert chartreuse, par quel maillot vert chicorée, par quel fragment de route blanche, par quelle étape sur le bord de la route nationale 703 à la sortie du Bugue, vers Périgueux, au tournant des années 1950 et 1960 ? Qu'importe ; je n'ai jamais réussi à identifier cette étape, comme si elle avait disparu dans les limbes de l'histoire; d'ailleurs, tellement ému de voir passer le peloton et le maillot jaune, je les avais à peine aperçus, stupéfait que ce soit déjà fini, qu'il faille persévérer avec ce beau souvenir et ce non moins beau regret, constatant que je n'avais plus qu'à remonter sur mon vélo cette après-midi même où le soleil trônait audessus des champs de tabac, et j'en avais nourri le sentiment confus qu'on pouvait considérer la vie à cette aune.
Ce mystère éclaire la joie de me retrouver aujourd'hui face à Miroir du cyclisme, dans lequel nous avons appris à lire et à aimer le vélo. Ou, plus exactement, dans lequel nous avons trouvé un relais du plaisir sans mesure que nous ressentions déjà sur un vélo. Je sais que cette sensation de bien-être remontait à mes 6 ans, à la seconde où j'avais éprouvé le sentiment de liberté parce que mon père avait lâché la selle.
Lire le Miroir, c'était à la fois éplucher les comptes rendus du présent, s'immerger dans les sources de la légende, d'un passé que nous n'avions pas connu mais qui continuait de briller de mille feux, auréolé par les noms de Leducq, « Dédé gueule d'amour et muscles d'acier », ou de Vietto, « le roi René » ; c'était aussi se projeter dans l'avenir, le jour où nous pourrions lire et encadrer une simple ligne où notre nom figurerait en bas de page, entre la dixième et la vingtième place dans les Boucles de la Seine, par exemple.
Il prenait la suite de Miroir-Sprint, « le vrai magazine des sportifs », qui nous faisait « revivre » les courses cyclistes. Il en devint le complément mensuel, pendant dix ans, avant que l'hebdomadaire ne disparaisse avec notre adolescence, la plage sous les pavés et les premiers pas sur la Lune. Longtemps, ma vie aura côtoyé des sommets à l'aide d'une paire de ciseaux et d'un petit pot de colle qui sentait bon, d'une spatule encore plus petite, pour une opération aussi méticuleuse que possible, qui consistait à découper dans le Miroir puis à coller sur un cahier à papier quadrillé l'incipit ou l'envoi d'un article, une photographie, le classement d'une course, le tout accompagné de légendes scrupuleusement rédigées au stylo-bille vert. Miroir, le mot ne tient pas du hasard. À mes yeux, il est bien celui qui se promène au bord de la route depuis Stendhal. Il l'est encore quand Emily Dickinson l'évoque, toujours avant l'invention du vélo - « la Route est pleine de petits Miroirs devant lesquels l'Herbe se pare ». Oui, ce miroir que tous les cyclistes connaissent, qui réfléchit les paysages et nous entraîne au-delà.
Avec le recul, on perçoit mieux l'élan à l'origine de cette aventure, la qualité de l'équipe de journalistes qui s'y sont engagés. Encore des noms qui ont bercé notre enfance et, les choses allant vite, la suite de notre vie et du XXe siècle. Des noms à la fois modestes et prestigieux, Vidal, Michéa, Besson, un pseudonyme pour Chany embarqué incognito. une pléiade de bons chroniqueurs et reporters, ou Pellos, un ancien membre de l'équipe suisse de hockey sur gazon aux Jeux olympiques, dont les dessins métamorphosaient les montagnes en sorcières ou en fées.
Le premier éditorial figure à côté de l'ours qui donne les coordonnées du journal : 10, rue des Pyramides, Paris 1er, téléphone RIC(helieu) 55-69 (lignes groupées). Signé par le directeur de la rédaction, il a pour titre « Une saison en enfer ? » et dévoile un regard à la fois admiratif et critique. Le premier paragraphe s'appuie à la fois sur le succès de Miroir du football et sur la demande des lecteurs de disposer d'un équivalent pour le vélo. L'idée germait-elle déjà dès 1957 et la première victoire d'Anquetil dans le Tour de France, depuis les épopées européennes du Stade de Reims et la troisième place de l'équipe de France en Coupe du monde ? Je ne sais pas, mais il existait à n'en pas douter un public, un lectorat, à éclairer, à distraire, à captiver. D'emblée, on redécouvre un magazine passionnant, passionné, audacieux, disruptif pour prendre un mot qui n'était pas encore à la mode. Son ambition est de tracer un chemin, entre les courses et leur assise économique et financière, soutenu par l'aspiration à ce que le cyclisme « devienne véritablement universel », une prémonition, en priorité pour les pays de l'est de l'Europe.
L'aventure éditoriale durera trente-cinq années. Ce seront 474 numéros, sans compter les numéros spéciaux, entre une trentaine et une quarantaine de pages chacun, beaucoup de papier pour le bonheur des amoureux de la petite reine. Ce sera aussi la nécessité d'une adaptation constante, à la rivalité de la télévision, à ce qu'il faut bien appeler les lois du marché et à l'évolution des mentalités. Publié par les éditions J, dépositaires du Jeune Combattant Magazine et de l'élan de la Résistance, proche des éditions Vaillant, du Parti communiste, d'une galaxie qui rayonna longtemps, le Miroir s'achèvera après la chute du Mur et l'effondrement de l'Union Soviétique.
Pour l'aborder, j'ai vite vu se dégager avec une espèce d'évidence quatre périodes d'environ une décennie : les années Anquetil, les années Merckx, les années Hinault et une quatrième période, sans vrai patron malgré le règne d'Indurain, qui correspond à la fois au déclin du magazine et à celui d'une certaine idée du cyclisme. Les historiens sont bien placés pour savoir que les contours des époques ne sont jamais nets, qu'elles se recouvrent comme les tuiles d'un toit, que le Moyen Âge et la Renaissance se che- vauchent, que Merckx était déjà là avant qu'Anquetil ne s'en aille et qu'Hinault n'a pas attendu le début des années 1980 pour se manifester. S'il y a dans ce choix une certaine facilité, il eût été dommage de s'en priver.
En commençant par un chapitre consacré à Coppi, un autre à Bobet, autrement dit en commençant par deux crépuscules - je n'y peux rien, ce sont le calendrier et les circonstances qui me les dictent -, je sais que je fais planer ce double crépuscule sur les origines de Miroir du cyclisme et sur l'aube des années 1960, qui sont aussi le cœur vivant des « Vingt Glorieuses ». Je sais aussi, j'aime toujours le rappeler, que « les crépuscules sont une grâce que la nature nous fait, c'est une lumière [...] qu'elle nous donne pardessus ce qui nous est dû ». Il faut croire Fontenelle, astronome et poète, juché entre le Grand Siècle et le Siècle des lumières, autrefois fameux par ses Entretiens sur la pluralité des mondes, écuyer qui inspira par sa longévité des grands coureurs comme Raphaël Géminiani et des petits coureurs non moins valeureux comme Robert Marchand; lui, Fontenelle, arrêta de pédaler un mois avant ses 100 ans. Et quand ses amis lui demandaient vers la fin « ça va ? », il répondait « Ça s'en va ».
Ce beau-livre couvre donc grosso modo le dernier tiers du siècle dernier. Comme le mot « beau-livre >> l'indique, il vaut d'abord par son iconographie. Le texte fait ce qu'il peut pour rester dans les rondins. Le vélo nous oblige. Il sait, comme la boxe, ce qu'il doit à la légende. Il sait aussi que le nom d'un simple équipier qui n'a jamais gagné une grande course suffit à provoquer une étincelle. Une envie folle nous prendrait de nous plonger dans chaque page de chaque numéro. Malgré tout, j'aurai essayé de revenir à la source, à cette fontaine de jouvence, quand bien même ce retour montre de manière inexorable et par litote qu'un peu de temps a passé. Par force, la plupart des coureurs de notre enfance ont dis paru. Par chance, il nous reste le bonheur de ces moments entre copains où nous nous racontons des histoires de vélo, souvent les mêmes, et souvent drôles, sans oublier de les enjoliver, des histoires qui sont les nôtres et qui empruntent parfois les mêmes routes que les champions, un divertissement souverain qui nous permet de continuer à rêver.
« Ceux qui font du vélo
savent que dans la vie rien
n'est jamais plat. »
- René FALLET
***
«Ehi, signore, un romanzo
è uno specchio che vagabonda
lungo una grande strada.»
- STENDHAL
PREAMBOLO
Bernard Chambaz,
Miroir du Cyclisme - La storia di una rivista leggendaria
Da quale cavalla verde-giada iniziare, da quale bici verde-certosa, da quale maglia verde-cicoria (1), da quale frammento di strada bianca, da quale sosta ai bordi della strada statale 703 all'uscita di Le Bugue, verso Périgueux, a cavallo tra gli anni '50 e '60? Non importa; non sono mai riuscito a identificare quella sosta, come se fosse svanita nei meandri della storia; d'altronde, così emozionato nel veder passare il gruppo e la maglia gialla, li avevo appena intravisti, sbigottito dal fatto che fosse già tutto finito, che bisognasse farsi bastare quel bel ricordo e quel non meno bel rimpianto, rendendomi conto che non mi restava altro che rimontare in sella alla mia bici quel pomeriggio stesso, mentre il sole dominava dall'alto i campi di tabacco; e ne avevo tratto la confusa sensazione che si potesse giudicare la vita proprio da quel metro di misurazione.
Quel mistero illumina la gioia di ritrovarmi oggi davanti al Miroir du cyclisme, la rivista nella quale abbiamo imparato a leggere; e ad amare la bicicletta. O, più esattamente, nella quale abbiamo trovato un punto di riferimento per lo smisurato piacere che già provavamo in sella a una bicicletta. So che quella sensazione di benessere risaliva a quando avevo 6 anni, all’istante in cui avevo provato quella sensazione di libertà perché mio padre aveva lasciato la sella.
Leggere il Miroir significava al tempo stesso spulciare le cronache del presente e immergersi nelle sorgenti della leggenda, in un passato che non avevamo vissuto ma che continuava a brillare di mille fuochi, ammantato dei nomi di Leducq, «Dédé faccia d'angelo e muscoli d'acciaio», o di Vietto, «il re René»; significava anche proiettarsi nel futuro, nel giorno in cui avremmo potuto leggere e incorniciare una semplice riga dove il nostro nome sarebbe figurato in fondo alla pagina, tra il decimo e il ventesimo posto nelle Boucles de la Seine (2), per esempio.
Era il successore di Miroir-Sprint, «la vera rivista degli sportivi», che ci faceva «rivivere» le corse ciclistiche. Ne divenne il supplemento mensile, per dieci anni, prima che il settimanale scomparisse insieme con la nostra adolescenza, alla sabbia sotto i sampietrini (3) e ai primi passi sulla Luna. Per molto tempo la mia vita ha sfiorato le vette con l'aiuto di un paio di forbici e di un vasetto di colla profumata, con una spatolina ancora più piccola, per un'operazione quanto più meticolosa possibile che consisteva nel ritagliare dal Miroir, per poi incollarli su un quaderno a quadretti, l'incipit o la chiusa di un articolo, una fotografia, l'ordine d'arrivo di una corsa, il tutto accompagnato da didascalie scrupolosamente redatte con la penna a sfera verde. Miroir, la parola non è un caso. Ai miei occhi, è proprio lo specchio che viaggia lungo la strada fin dai tempi di Stendhal. Lo è ancora quando Emily Dickinson lo evoca, sempre prima dell'invenzione della bicicletta: «la Strada è piena di piccoli Specchi davanti ai quali l'Erba si fa bella». Sì, questo specchio che tutti i ciclisti conoscono, che riflette i paesaggi e ci trascina al di là.
Con il senno di poi, si percepisce meglio lo slancio all’origine di questa avventura, la qualità della squadra di giornalisti che vi si è impegnata. Ancora nomi che hanno accompagnato la nostra infanzia e, dato che le cose vanno veloci, il resto della nostra vita e del XX secolo. Nomi al tempo stesso modesti e prestigiosi: Vidal, Michéa, Besson, uno pseudonimo per Chany, salito a bordo in incognito; una schiera di bravi cronisti e reporter, o Pellos, un ex membro della squadra svizzera di hockey su prato alle Olimpiadi, i cui disegni trasformavano le montagne in streghe o in fate.
Il primo editoriale figura accanto al colophon che riporta i recapiti del giornale: 10, rue des Pyramides, Parigi 1°, telefono RIC(helieu) 55-69 (linee raggruppate). Firmato dal direttore di redazione, ha per titolo «Una stagione all’inferno?» e rivela uno sguardo al tempo stesso ammirato e critico. Il primo paragrafo fa riferimento sia al successo di Miroir du football sia alla richiesta dei lettori di avere un equivalente per il ciclismo. L'idea stava già prendendo forma nel 1957, con la prima vittoria di (Jacques) Anquetil al Tour de France, dopo il terzo posto della nazionale francese ai Mondiali e le epiche imprese europee (in Coppa dei Campioni, ndr) dello Stade de Reims? Non lo so, ma esisteva un pubblico, un bacino di lettori, da informare, intrattenere e affascinare. Fin da subito ci si trova davanti a una rivista appassionante, appassionata, audace, "di rottura" – o disruptiva, per usare un termine oggi fin troppo di moda nel marketing ma allora non ancora in voga. La sua ambizione è quella di tracciare un percorso che colleghi le corse ciclistiche alle loro basi economiche e finanziarie, sostenuta dall'aspirazione a far sì che il ciclismo «diventi veramente universale»: una premonizione rivolta, in primo luogo, ai Paesi dell'Europa orientale.
L’avventura editoriale durerà trentacinque anni. Saranno 474 numeri, senza contare gli speciali, tra i trenta e i quaranta pagine ciascuno: tanta carta per la gioia degli amanti della «reginetta» (****). Sarà anche la necessità di un continuo adattarsi alla concorrenza da parte della televisione, a quelle che bisogna pur chiamare le leggi di mercato e all’evoluzione delle mentalità. Pubblicato dalle Edizioni J, depositarie della rivista Jeune Combattant e dello slancio della Resistenza, vicine alle Edizioni Vaillant, al Partito Comunista e a una galassia che a lungo ha esercitato la propria influenza, il Miroir cesserà le pubblicazioni dopo la caduta del Muro di Berlino e il crollo dell’Unione Sovietica.
Per affrontare l’argomento, mi sono subito reso conto, con una sorta di ovvietà, che si potevano distinguere quattro periodi di circa un decennio ciascuno: gli anni di Anquetil, quelli di Merckx, quelli di Hinault e un quarto periodo, privo di un vero protagonista nonostante l'interregno di Indurain, che corrisponde sia al declino della rivista sia a quello di una certa concezione del ciclismo. Gli storici sanno bene che i contorni delle epoche non sono mai netti, che si sovrappongono come le tegole di un tetto, che il Medioevo e il Rinascimento si sovrappongono, che Merckx era già presente prima che Anquetil se ne andasse e che Hinault non ha aspettato l’inizio degli anni ’80 per farsi notare. Se in questa scelta c’è una certa facilità, sarebbe stato un peccato non approfittarne.
Iniziando con un capitolo dedicato a Coppi e uno a Bobet, vale a dire iniziando con due tramonti– non posso farci nulla, sono il calendario e le circostanze a dettarmeli –, so bene di far aleggiare questo duplice crepuscolo sulle origini del Miroir du cyclisme e sull'alba degli anni '60, che costituiscono anche il cuore pulsante dei "Gloriosi Venti" – quel ventennio d'oro che per il ciclismo e per la società francese rappresentò l'apice del boom economico. So anche, e amo sempre ricordarlo, che «i crepuscoli sono una grazia che la natura ci concede, sono una luce [...] che ci dona oltre il dovuto». Bisogna credere a Fontenelle, astronomo e poeta tra il Grand Siècle e l'Illuminismo, un tempo celebre per i suoi Discorsi sulla pluralità dei mondi; una guida spirituale che con la sua straordinaria longevità ha ispirato grandi come Raphaël Géminiani e piccoli corridori non meno valorosi come Robert Marchand. Lui, Fontenelle, smise di "pedalare" (*****) un mese prima di compiere cent'anni. E quando gli amici, verso la fine, gli chiedevano «come va?», lui rispondeva: «Se ne va».
Questo «bel libro» copre quindi, grosso modo, l’ultimo terzo del secolo scorso. Come indica l'espressione «bel libro», il suo valore risiede innanzi tutto nell’iconografia. Il testo fa del suo meglio per rimanere nei limiti. La bicicletta ci obbliga a farlo. Sa bene quanto, come la boxe, deve alla leggenda. So anche che il nome di un semplice gregario che non ha mai vinto una grande corsa basti a far scoccare la scintilla. Ci verrebbe una voglia matta di immergerci in ogni pagina di ogni numero. Nonostante tutto, ho cercato di risalire alla fonte, a quella fonte di giovinezza, anche se questo ritorno dimostra in modo inesorabile e per litote che è passato un po’ di tempo. Inevitabilmente, la maggior parte dei corridori della nostra infanzia è scomparsa. Per fortuna, ci resta la gioia di quei momenti tra amici in cui ci raccontiamo storie di ciclismo, spesso le stesse e divertenti, senza dimenticare di abbellirle, storie che sono nostre e che a volte percorrono le stesse strade dei campioni, un divertimento senza pari che ci permette di continuare a sognare.
«Chi va in bicicletta
sa che nella vita nulla
è mai in piano.»
- René FALLET
NOTE:
(1)
"Jument vert jade" (Cavalla verde-giada): È un colto tributo colto al famoso romanzo di Marcel Aymé (La Jument verte, 1933), ma nel gergo dell'epoca si riferiva alle leggendarie biciclette verdi della Bianchi (il celebre "celeste Bianchi" che i francesi chiamavano, appunto, verde-giada) portate al trionfo da Fausto Coppi, il Campionissimo che dominò tra gli anni '40 e '50 e che la stampa francese mitizzava.
"Bécane vert chartreuse" (Bici verde-certosa): La "bécane" è proprio la bicicletta da corsa nel gergo dei corridori. Il verde chartreuse evoca i mitici telai verde-oro della squadra francese Urago o le tonalità smeraldo della St. Raphael-Geminiani, i "bolidi" che sfrecciavano sulle strade francesi.
"Maillot vert chicorée" (Maglia verde-cicoria): inequivocabile riferimento alla Mercier-BP, la leggendaria squadra di Raymond Poulidor ("l'eterno secondo", amatissimo dai francesi), la cui maglia era di un caratteristico colore viola e verde-cicoria (spesso associato al celebre marchio di caffè e cicoria Leroux, storico sponsor nel ciclismo).
(2)
Circuit des Boucles de la Seine: è stata una celebre corsa ciclistica francese su strada. Nata nel 1945 e disputata fino al 1973 nella regione parigina (l'Île-de-France), era una classica del ciclismo professionistico d'oltralpe. Il nome deriva dai meandri e dalle curve ("le anse", in francese boucles) che il fiume Senna disegna lungo il proprio percorso.
(3)
«Sabbia sotto i sampietrini». L'autore evoca il celebre slogan del Maggio francese del 1968 - «Sous les pavés, la plage !», spesso tradotto in italiano con «Sotto i sampietrini c'è la spiaggia!» - per marcare la fine di un'epoca e la traumatica transizione dall'adolescenza all'età adulta, unendo la propria evoluzione personale a quella della Francia degli anni '60.
Il legame si articola su tre livelli.
1. La fine dell'adolescenza e dei sogni. L'autore elenca tre elementi che svaniscono contemporaneamente: la rivista Miroir-Sprint (l'infanzia legata al ciclismo), «la sabbia sotto il pavé» (l'idealismo politico giovanile del 1968) e «i primi passi sulla Luna» (il 1969, l'inizio dell'èra tecnologica e moderna). La fine di quel settimanale coincide con il momento in cui l'autore smette di essere un ragazzino che ne incollava i ritagli sui quaderni e si affaccia alla realtà del mondo adulto.
2. La metafora stradale del ciclismo (i pavés). C'è un doppio senso formidabile. Per un ragazzino appassionato di ciclismo, il pavé è la pietra delle grandi classiche del Nord, come la leggendaria Parigi-Roubaix (chiamata l'«Inferno del Nord»). Nel 1968, quelle stesse pietre stradali cambiano significato: a Parigi vengono sradicate dagli studenti per fare le barricate contro la polizia. La strada, che prima era solo il teatro delle imprese ciclistiche, diventa improvvisamente lo scenario della rivoluzione sociale.
3. La disillusione storica. Lo slogan originale era un grido di speranza e libertà: significava che sotto l'asfalto e la rigidità della società borghese c'era la sabbia delle spiagge, cioè la fantasia, il mare, la libertà/liberazione. Asserendo che lo slogan scompare insieme con la sua adolescenza, l'autore esprime la malinconia per un'utopia che è durata pochissimo ed è fallita, lasciando il posto al disincanto degli anni '70.
(4)
Reginetta: nel ciclismo e nel giornalismo sportivo francese, « la petite reine », la reginetta, è il soprannome affettuoso e poetico per eccellenza per indicare la bicicletta. Dire in francese « la reine de la petite reine » significa, per esempio, parlare della corsa regina tra tutte le gare ciclistiche.
I francesi chiamano la bicicletta « la petite reine » anche per un preciso contrasto storico con la carrozza a cavalli, che all'epoca era considerata la vera "regina" dei trasporti.
Quando la moderna bicicletta (la bicyclette con le ruote uguali e la catena) si diffuse in Francia negli ultimi decenni dell'Ottocento, divenne rapidamente il mezzo di trasporto più amato, democratico e diffuso. Rispetto alle maestose, ingombranti e aristocratiche carrozze, la bicicletta era più piccola, agile e leggera, ma dominava comunque il cuore del popolo e le strade delle città. Di lì nacque il paragone: se la carrozza era la regina anziana dei trasporti, la bicicletta era la nuova, giovane e scattante reginetta che le stava rubando il trono.
Ci sono due versioni storiche principali sulla nascita di questa espressione a fine Ottocento.
La tesi più celebre riguarda la regina Guglielmina d'Olanda: nel 1892, la giovanissima regina Guglielmina dei Paesi Bassi (allora dodicenne e sotto reggenza) fece un viaggio a Parigi. La ragazzina amava moltissimo andare in bicicletta, un mezzo che all'epoca era una novità tecnologica assoluta, considerata stravagante e audace. La stampa francese rimase affascinata da quella sovrana che sfrecciava sui pedali e iniziò a chiamare la bicicletta "il mezzo della reginetta". Di lì, per estensione, il veicolo stesso divenne «la reginetta».
Un'altra teoria, puramente commerciale, riguarda la regina dei trasporti urbani. E fa risalire l'espressione al fatto che la bicicletta divenne rapidamente il mezzo di trasporto più popolare, agile e amato dai francesi, "regnando" sovrana sulle strade delle città prima del boom delle automobili.
(5)
"Gloriosi Venti": gioco di parole storico e culturale basato su un concetto fondamentale della storia francese contemporanea, adattato in questo caso al contesto specifico della rivista e del ciclismo.
In Francia, lo straordinario periodo di boom economico, pace e benessere sociale andato dal Secondo dopoguerra fino alla prima crisi petrolifera (1945-1973) viene chiamato storicamente « Les Trente Glorieuses » (i Trent'anni Gloriosi). È l'equivalente transalpino del nostro "Miracolo economico" o "Boom economico" italiano.
L'autore qui modifica la formula storica tagliando dieci anni per isolare un'epoca precisa. Riferito alle testate Miroir-Sprint o Miroir du cyclisme, indica il ventennio (tra gli anni '50 e '70) in cui il giornalismo sportivo cartaceo e il ciclismo "eroico" hanno vissuto il loro massimo splendore culturale, prima che la modernità e la televisione cambiassero per sempre le regole del gioco.
Infine, in alcuni saggi economici francesi si usa l'espressione « Vingt Glorieuses » per indicare nello specifico il ventennio 1970-1990 o 1960-1980, caratterizzato da profonde trasformazioni sociali (come l'emancipazione delle donne o la modernizzazione dei costumi.
(6)
Fontenelle: Bernard le Bovier de Fontenelle (Rouen, 11 febbraio 1657 – Parigi, 9 gennaio 1757) è stato un letterato, scrittore e aforista francese.
Qui l’autore compie un’operazione letteraria colta e ironica che gioca sulla figura del filosofo e scrittore, celebre nella storia della cultura per la sua straordinaria longevità, essendo morto a ben cento anni meno un mese.
La precisazione si articola su due punti fondamentali.
1. Il "pedalare" figurato: nel Settecento la bicicletta non era ancora stata inventata. L'autore usa il verbo "pedalare" come metafora esistenziale del cammino e della fatica della vita. Presenta invece Fontenelle come una "guida spirituale" o un precursore ideale di atleti longevi come Raphaël Géminiani o il mitico Robert Marchand (il ciclista francese realmente arrivato a pedalare oltre i cento anni).
2. La citazione finale («Ça s'en va»). La risposta «Se ne va» non si riferisce a una bicicletta, ma a quella che Fontenelle pronunciò sul letto di morte a Parigi, poco prima di spirare, rispondendo al medico o agli amici che gli chiedevano come si sentisse. Con questa arguta battuta, il filosofo descriveva la percezione esatta della propria vita che stava scivolando via, ricollegandosi perfettamente al tema del duplice "crepuscolo" che apre il paragrafo.

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