Un Irlandais peut en cacher un autre


Sean Kelly, un Irlandais abonné au 
maillot vert dans le Tour de France.

Sean Kelly, un irlandese che ha indossato spesso (68 giorni,
4 sul podio finale di Parigi) la maglia verde al Tour de France.

Depuis les années 1970 et ses débuts chez Gribaldy, le Miroir témoigne une vive sympathie à l'égard de Sean Kelly. L'Irlandais fait partie du petit cercle des favoris de cœur. Il le doit à son caractère, à sa lucidité, à sa victoire dans Paris-Nice en 1982, sans que personne ne puisse imaginer qu'il l'avait gagnée cette année-là pour la première des sept fois, d'affilée.

Il fait la couverture du numéro d'août 1982, à la veille des championnats du monde qui doivent se dérouler en terre anglaise, à Goodwood, autour d'un circuit automobile inauguré, antan, par une victoire du jeune Stirling Moss sur une Cooper 500. Le magazine y voit une occasion en or de briller pour un Irlandais. Le titre de l'entretien est d'occasion (ou de seconde main): « Échangerai maillot vert usagé contre maillot arc-en-ciel flambant neuf ». Sean ne se cache pas; il affirme que « ce serait sublime ». Avec élégance, il ne cache pas non plus qu'il n'est pas le seul Irlandais à en rêver, qu'il y a aussi son copain Stephen Roche. Avec franchise, il répond à une question tout aussi franche, oui, la tournée des critériums lui permet de « gagner de l'argent », oui, c'est le meilleur moyen, non, « mercenaire, le mot est un peu fort », oui, les rumeurs de transfert dans une autre équipe sont bien fondées mais ce transfert consiste à « assurer son avenir » pour cinq ou six saisons. À l'âge de 32 ou 33 ans, faisant fi de la persévérance de quelque glorieux aîné, il compte arrêter. Il comptait mal; il s'offrira encore un Tour de Lombardie à 35 ans et un Milan-San Remo à 36 ans.


15 octobre 1983: au sprint, Sean Kelly (deuxième en partant de la gauche) bat Greg LeMond, 
Adrie van der Poel et Hennie Kuiper pour s'adjuger son premier Tour de Lombardie.

15 ottobre 1983: Sean Kelly (il secondo da sinistra) batte in volata Greg LeMond,
Adrie van der Poel e Hennie Kuiper, aggiudicandosi così il primo dei suoi tre Giri di Lombardia.

SEAN ET STEPHEN, EN VERT ET CONTRE TOUS

Dans l'incipit de sa biographie, Born to ride, le matin du championnat du monde de 1987 qui le couronnera en Autriche, Stephen Roche est au lit, sous la couette, dans sa chambre d'hôtel. Quand il entend le bruit de la pluie battante qui le réveille, il sourit. Il est sûr que dans l'autre lit, son coéquipier s'en réjouit tout autant. C'est Sean Kelly. Et son triplé de l'année 1987, sans autre équivalent que Merckx (puisque Pogačar n'était pas né), lui vaut cette place dans cette traversée de l'histoire de Miroir du cyclisme, même si la rédaction a davantage penché pour Sean que pour Stephen.

Rien sur sa victoire haut la main dans le Giro mais un reportage, sans doute prévu de longue date, dans le numéro de juin. Alors qu'il franchit les plus beaux cols des Dolomites, on lui ouvre la rubrique « Entraînez-vous avec », Roche donc, dans le Vexin, les bosses, avouant que « c'est drôle d'avoir à grimper en région parisienne ». La balade francilienne révèle un garçon de qualité qui apprécie justement cette rubrique parce qu'elle révèle la personnalité méconnue des coureurs.

Dans le numéro consacré au Tour, la plus grande place est dévolue à Jean-François Bernard, choisi par la rédaction pour « raconter mon tour » en exclusivité. Le Bourguignon a surtout cette jolie remarque après sa victoire au Ventoux qui lui procure le maillot jaune en prime: « Quand je serai vieux, on dira qu'un jour j'ai gagné là-haut. » Le numéro se clôt par une page du même tonneau. « Vous aussi, comme Jean-François Bernard, abonnez-vous au Miroir », une offre exceptionnelle de deux ans. En dehors de la couverture, a minima, la trace de Roche est minime. Il faut bien lire les lignes serrées d'une colonne pour saisir l'intensité et la munificence de l'effort dans l'étape de La Plagne où il parvient à ne concéder que quatre secondes au maillot jaune, Delgado, à préserver ainsi ses chances. Quand sa défaillance sur la ligne d'arrivée le contraint à recourir à un masque d'oxygène, l'histoire devient quand même « sublime » grâce à ce champion capable d'aller, non pas seulement au bout de lui- même, mais au-delà, et carrément « là où naît la mythologie du vélo ».


Tour de France 1987, 18e étape. Vainqueur du contre-la-montre 
menant au sommet du mont Ventoux. Jean-François Bernard est 
l'un des grands animateurs de l'édition ramportée par Stephen Roche. 

Tour de France 1987, 18ª tappa. Vincitore della cronometro
che portava alla vetta del Mont Ventoux. Jean-François Bernard è
uno dei protagonisti nell'edizione vinta da Stephen Roche.

Cette année-là, le maillot à pois est échu au « petit jardinier » colombien, Lucho Herrera, 57 kg, car le poids et l'acclimatation à l'altitude sont de bons alliés. Je n'ai pas vu que le Miroir se soit extasié sur le maillot à pois, inventé douze ans auparavant, et je suis de ceux qui pensent qu'il a un peu atteint à la souveraineté de la montagne. J'aime Degas et ses casaques de jockey, j'aime le beau paletot de Vietto, le roi René, il me suffit de voir Hinault en maillot à pois sur la couverture du numéro d'août 1986 pour que se dissipe toute la magie des cols hors catégorie.

Dans le numéro de septembre, le nouveau champion du monde doit partager la couverture avec le champion du monde amateur français, Vivien. En page intérieure, on le voit à Dublin, sur un bus à impériale, saluant la foule venue l'acclamer comme personne avant lui, à part Billy Whelan, le jeune joueur de Manchester United mort dans l'accident d'avion de Munich. Sa gentillesse naturelle est confirmée par son mécano, qui deviendra son directeur sportif après les aventures du Giro: apprenant la grave maladie de son grand-père, Stephen lui donne son maillot rose pour qu'il le lui envoie par la poste. Le numéro de fin d'année semble enfin prendre conscience de ce qu'il a réalisé. Il lui offre de dire « ses quatre vérités » et quand il revient sur le Paris-Nice que lui a fait perdre Kelly, il assure que lui en vouloir ne l'avait pas « effleuré » et on le croit. Maurice Vidal s'amuse avec « l'affaire des Irlandais », ils sont deux, Kelly et Roche, il y a même Joyce et les gens de Dublin. S'il lève son verre aux deux hommes, il fait pour une fois la part belle à Roche, au détail de son triplé, à la somme de ses trois chefs-d'œuvre, au garçon « cool » qui inspire l'amitié pour cette seule repartie. Quand on lui avait demandé un jour de course, comment s'était passée sa journée, il avait répondu : « À vélo. »


Stephen Roche au départ du prologue du Tour de France 1987 puis à l'arrivée finale, 
béret aux couleurs de l'Irlande vissé sur la tête et maillot jaune sur le dos.

Stephen Roche alla partenza del cronoprologo del Tour de France 1987 e poi all'arrivo finale,
con il berretto dai colori dell'Irlanda ben calcato in testa e la maglia gialla addosso.

***

Un irlandese ne cela un altro

Fin dagli anni ’70 e dai suoi esordi con de Gribaldy, Le Miroir nutre una viva simpatia per Sean Kelly. L’irlandese fa parte della ristretta cerchia dei beniamini del cuore. Lo deve al suo carattere, alla sua lucidità, alla sua vittoria alla Parigi-Nizza del 1982, quando nessuno poteva immaginare che quella sarebbe stata la sua prima di sette vittorie consecutive.

È sulla copertina del numero di agosto 1982, alla vigilia dei campionati del mondo che si sarebbero svolti in terra inglese, a Goodwood, su un circuito automobilistico inaugurato, un tempo, da una vittoria del giovane Stirling Moss su una Cooper 500. La rivista vi vede un’occasione d’oro per un irlandese di mettersi in luce. Il titolo dell’intervista è di occasione (o di seconda mano): «Scambierei la mia maglia verde usata con una maglia arcobaleno nuova di zecca». Sean non ne fa mistero; afferma che «sarebbe fantastico». Con eleganza, non nasconde nemmeno che non è l’unico irlandese a sognarla, che c’è anche il suo amico Stephen Roche. Con franchezza, risponde a una domanda altrettanto schietta: sì, la tournée dei criterium gli permette di «guadagnare soldi», sì, è il modo migliore; no, «mercenario, è una parola è un po’ forte»; sì, le voci di un trasferimento in un’altra squadra sono fondate, ma questo trasferimento consiste nel «garantirsi il futuro» per cinque o sei stagioni. All’età di 32 o 33 anni, ignorando la tenacia di qualche glorioso predecessore, pensava di ritirarsi. Aveva fatto male i conti: si sarebbe concesso ancora un Giro di Lombardia a 35 anni e una Milano-Sanremo a 36.

SEAN E STEPHEN, IN VERDE E CONTRO TUTTI

Nell’incipit della sua biografia, Born to Ride, la mattina del campionato del mondo del 1987 che lo avrebbe incoronato (a Villach, ndr) in Austria, Stephen Roche è a letto, sotto le coperte, nella sua stanza d’albergo. Quando sente il rumore della pioggia battente che lo sveglia, sorride. È sicuro che nell’altro letto il suo compagno di squadra ne sia altrettanto felice. Si tratta di Sean Kelly. E la sua tripletta del 1987, che non ha eguali se non Merckx (visto che Pogačar non era ancora nato), gli vale questo posto in questa rassegna storica di Miroir du cyclisme, anche se la redazione ha privilegiato Sean rispetto a Stephen.

Nulla sulla sua schiacciante vittoria al Giro, ma un servizio, programmato da tempo, nel numero di giugno. Mentre affronta i più bei passi delle Dolomiti, gli viene dedicata la rubrica «Allenatevi con», Roche quindi, nel Vexin, tra le salite, ammettendo che «è divertente dover scalare nella regione parigina». L'intervista-pedalata nell’Île-de-France rivela un ragazzo di qualità che apprezza proprio questa rubrica perché mette in luce la personalità poco conosciuta dei corridori.

Nel numero dedicato al Tour, lo spazio maggiore è riservato a Jean-François Bernard, scelto dalla redazione per «raccontare il mio Tour» in esclusiva. Il corridore della Borgogna fa soprattutto questa bella osservazione dopo la sua vittoria sul Ventoux, che in più gli vale la maglia gialla: «Quando sarò vecchio, si dirà che un giorno ho vinto lassù». Il numero si chiude con una pagina dello stesso tenore. «Anche voi, come Jean-François Bernard, abbonatevi al Miroir», un’offerta eccezionale di due anni. A parte la copertina, a dir poco, la traccia di Roche è minima. Bisogna leggere attentamente le fitte righe di una colonna per coglierne l’intensità e la generosità dello sforzo nella tappa di La Plagne, dove riesce a concedere solo quattro secondi alla maglia gialla, Delgado, preservando così le proprie possibilità. Quando il suo cedimento sul traguardo lo costringe a ricorrere a una maschera di ossigeno, la storia diventa comunque «sublime» grazie a questo campione capace di spingersi non solo al limite di se stesso, ma oltre, e addirittura «là dove nasce la mitologia del ciclismo».

Quell'anno, la maglia a pois è andata al jardinerito colombiano, Lucho Herrera, 57 kg, poiché il peso e l'acclimatazione all'altitudine sono ottimi alleati. Non mi sembra che Le Miroir si sia entusiasmato per la maglia a pois, ideata dodici anni prima, e io sono tra coloro che pensano che essa abbia in qualche modo intaccato la supremazia della montagna. Amo Degas e le sue casacche da fantino, amo il bel cappotto di Vietto, il re René; mi basta vedere Hinault con la maglia a pois sulla copertina del numero di agosto 1986 perché svanisca tutta la magia dei passi hors catègorie.

Nel numero di settembre, il nuovo campione del mondo deve condividere la copertina con il neoiridato dilettante francese, Vivien. All’interno, lo si vede a Dublino, su un autobus a due piani, mentre saluta la folla accorsa ad acclamarlo come nessuno prima di lui, a parte Billy Whelan, il giovane calciatore del Manchester United morto nell’incidente aereo di Monaco (1958, ndr). La sua naturale gentilezza è confermata dal suo meccanico (Patrick Valcke, ndr), che ne diventerà il direttore sportivo dopo le avventure al Giro: venuto a sapere della grave malattia del nonno, Stephen gli regala la sua maglia rosa affinché gliela spedisca per posta. Il numero di fine anno sembra finalmente rendersi conto di ciò che (Roche) ha realizzato. Gli offre l’occasione di dire «quattro verità» e quando torna sulla Parigi-Nizza che Kelly gli ha fatto perdere, assicura che non gli è «nemmeno passato per la mente» di serbargli rancore, e gli si crede. Maurice Vidal si diverte con «la faccenda degli irlandesi»: sono in due, Kelly e Roche, ci sono persino Joyce e la gente di Dublino. Se brinda ai due uomini, per una volta dà il posto d’onore a Roche, ai dettagli della sua tripletta, alla somma dei suoi tre capolavori, al ragazzo «cool» che ispira amicizia solo per questa battuta. Quando un giorno, durante una gara, gli era stato chiesto come fosse andata la giornata, aveva risposto: «In bicicletta».

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