La chute d'Ocaña


Le 12 juillet 1971, sous un orage démentiel, 
le maillot jaune Luis Ocaña est à terre. 
Son Tour de France achève.

Il 12 luglio 1971, sotto un temporale pazzesco,
il detentore della maglia gialla Luis Ocaña cade a terra.
Il suo Tour de France giunge al termine.

Bernard Chambaz
Miroir du Cyclisme - L'histoire d'un magazine

La plupart des hommes ont oublié que ça s'était passé le 12 juillet 1971. Mais beaucoup n'ont pas oublié où ils étaient, ni ce qu'ils faisaient ce jour-là, autour de 15 heures, au I moment de la chute de Luis Ocaña. À l'écoute du vieux poste de radio de la grande salle à manger, l'oreille collée à leur transistor au bord d'un ruisseau, face à l'autoradio dans le tohubohu de la circulation devant la gare Victoria, c'était toujours le même drame, le même thrène, la même déconvenue.

L'éditorial signé Delamarre invoque « le Tour inachevé » comme une symphonie et s'adosse à la citation poétique la plus célèbre et passe-partout, mais en l'occurrence tout à fait à sa place: « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » D'une certaine façon, le Tour s'est arrêté ce jour-là, suspendu à cette chute qui n'était pourtant pas vertigineuse comme les chutes de Rivière et de Van Est. Et pourtant, cette chute ne se réduit pas à cette minute autour de 15 heures où elle advient, mais aux journées qui l'ont précédée et qui lui confèrent son aura. Dans l'éditorial, une autre citation, plus originale, attribuée à Talleyrand, se rapporte à la réaction de Merckx, à son refus de porter le maillot jaune au soir de l'étape du col de Menté et de l'abandon d'Ocaña : « Méfiez-vous du premier mouvement, c'est le bon. » Il est vrai qu'Ocaña lui avait enlevé « son habit de lumière » le jeudi au terme de sa chevauchée solitaire dans la fameuse étape d'Orcières, immédiatement propice à l'évocation de la légende - Coppi, Koblet, Merckx lui-même qui faisait déjà partie de la légende -, et c'était là une singularité. Ocaña ravi et, pour une fois, modeste avait laissé Merckx admiratif : « Il nous a matés comme un torero. »


Eddy Merckx absent, Luis Ocaña n'a pas d'adversaire 
à sa mesure lors du Tour 1973. 
Seuls Fuente (à gauche) et Poulidor font illusion. 

In assenza di Eddy Merckx, Luis Ocaña non ha avversari
alla sua altezza durante il Tour del 1973.
Solo Fuente (a sinistra) e Poulidor danno l’illusione di poterlo sfidare.

Après des pages de réclame pour la Mobylette 40 et l'odeur agréable de la crème spéciale massage Saint-Bernard qui ne chauffe pas, le lecteur du Miroir peut admirer une splendide photographie noir et blanc d'Ocaña sur le ruban d'asphalte devant la montagne, cadrée par l'antenne de la moto qui le suit; puis suivre les aléas de la journée de repos, le vendredi : croiser « le roi nu », redevenu « le Brabançon »; apprendre par Henri Besson qu'Eddy sifflote (qui rime plus ou moins avec « complote »). Le lendemain, ce sera donc son attaque à corps perdu dès le départ dans la descente, qui surprendra tout le monde et agacera tellement Aimar, avec ses boyaux gonflés à une pression différente à l'arrière et à l'avant, enregistré à plus de 130 km/h, jamais tombé - non seulement il ne faut pas avoir peur mais c'est un don. Bientôt, le théâtre se déplace dans les Pyrénées. « Orage et désespoir », le lecteur a droit à une présentation clinique du col de Menté, le sommet à 1 346 mètres d'altitude seulement, mais ils sont suffisants pour servir de décor à un violent orage de grêle, aux coulées de boue sur la route, à un dérapage plus qu'à une chute, le maillot jaune à terre, percuté par Zoetemelk. « sans connaissance puis hurlant de douleur », puis par Agostinho « qui ne pouvait pas l'éviter », comme si Zoetemelk l'avait pu, transporté en ambulance puis en hélicoptère vers l'hôpital, << nous vous présentons les documents dont certains sont exclusifs ». Le lecteur peut encore admirer deux photographies exceptionnelles de la route sous l'orage, et se plonger dans le compte rendu un peu plus détaillé des glissades et du sentiment de Merckx. « Je n'ai pas gagné le Tour aujourd'hui, je l'ai perdu », ajoutant, au bord des larmes, qu'il aurait préféré terminer deuxième après avoir livré bataille, grandi par la grandeur de son geste. Et ce numéro très spécial de juillet-août se termine par une dernière photo anodine, accompagnée d'une légende maison sympathique : « À l'année prochaine dans le Tour - a dit Ocaña à l'un de nos photographes, Henri Besson », ces quelques mots soufflés à sa sortie de l'hôpital. 

Pour le reste, Ocaña tombera encore l'année suivante dans la descente du col du Soulor en tentant de rattraper Merckx. Toutefois, il triomphera sur le Tour 1973, en l'absence de Merckx, bien qu'il fût renversé par un chien dans la deuxième étape. Plus ombrageux que solaire, il avait nommé son chien Merckx et lui signifiait plus souvent qu'à son tour qu'il était son maître. Ensuite, ce sera une longue dégringolade faite de désillusions, pendant quatre ans. la dernière année à nouveau émaillée de chutes et de souffrances tenaces, d'accidents de voiture en série. Rien ne lui sera épargné sur aucun plan. Il meurt en même temps que le Miroir disparaît, en se tirant une balle dans la tête. 


Deux ans après sa terrible chute, l'Espagnol 
inscrit son nom au palmarès du Tour de France.

Due anni dopo la sua terribile caduta, lo spagnolo
scrive il proprio nome nell’albo d’oro del Tour de France.

***

La caduta di Ocaña

La maggior parte delle persone ha dimenticato che ciò accadde il 12 luglio 1971. Ma molte non hanno dimenticato dove si trovavano, né cosa stavano facendo quel giorno, verso le 15, nel momento in cui Luis Ocaña cadde. Ascoltando la vecchia radio nella grande sala da pranzo, con l’orecchio incollato al transistor in riva a un ruscello, di fronte all’autoradio nel trambusto del traffico davanti alla stazione Victoria, era sempre lo stesso dramma, lo stesso lamento, la stessa delusione.

L’editoriale firmato da (Gilles) Delamarre evoca «il Tour incompiuto» come una sinfonia e si appoggia alla citazione poetica più famosa e onnipresente, ma in questo caso assolutamente azzeccata: «Basta che manchi un solo essere e tutto è spopolato. » In un certo senso, il Tour si è fermato quel giorno, sospeso a quella caduta che tuttavia non era vertiginosa come quelle di (Roger) Rivière (il 10 luglio 1960, 14ª tappa, in discesa dal col du Perjuret, ndr) e (Wim) van Est (il 17 luglio 1951, 13ª tappa, in maglia gialla in discesa dal Col d'Aubisque, ndr). Eppure, quella caduta non si riduce al minuto intorno alle 15 in cui è avvenuta, ma ai giorni che l’hanno preceduta e che le conferiscono la sua aura. Nell’editoriale, un’altra citazione, più originale, attribuita a Talleyrand, si riferisce alla reazione di Merckx, al suo rifiuto di indossare la maglia gialla la sera della tappa del Col de Menté e al ritiro di Ocaña: «Diffidate del primo movimento, è quello giusto». È vero che Ocaña gli aveva strappato la «maglia della luce» giovedì, al termine della sua cavalcata in solitaria nella famosa tappa di Orcières, che evocava immediatamente la leggenda – Coppi, Koblet, lo stesso Merckx che faceva già parte della leggenda – e quella era stata una situazione davvero singolare. Ocaña, raggiante e, per una volta, modesto, aveva lasciato Merckx ammirato: «Ci ha matati come un torero».

Dopo alcune pagine di pubblicità per la Mobylette 40 e il gradevole profumo della crema speciale da massaggio Saint-Bernard che non scalda, il lettore del Miroir può ammirare una splendida fotografia in bianco e nero di Ocaña sul nastro d’asfalto davanti alla montagna, inquadrata dall’antenna della moto che lo segue; per poi seguire gli avventure della giornata di riposo, il venerdì: incrociare «il re nudo», tornato a essere «il Brabantino»; apprendere da Henri Besson che Eddy fischietta (che fa più o meno rima con «complotta»). Il giorno dopo, sarà quindi il suo attacco a testa bassa fin dalla partenza in discesa a sorprendere tutti e a infastidire tantissimo Aimar, con i suoi tubolari gonfiati a una pressione diversa tra anteriore e posteriore, registrato a oltre 130 km/h, mai caduto – non solo non bisogna avere paura, ma è un dono. Presto, l’azione si sposta sui Pirenei. «Tempesta e disperazione»: il lettore assiste a una descrizione clinica del Col de Menté, la vetta a soli 1.346 metri di altitudine, ma sufficienti a fare da sfondo a una violenta grandinata, alle colate di fango sulla strada, a una sbandata più che a una caduta, con la maglia gialla a terra, investita da (Joop) Zoetemelk. «Svenuto e poi urlante di dolore», poi da Agostinho «che non poteva evitarlo», come se Zoetemelk avesse potuto, trasportato in ambulanza e poi in elicottero all’ospedale, «vi presentiamo i documenti, alcuni dei quali in esclusiva». Il lettore può ancora ammirare due fotografie eccezionali della strada sotto il temporale e immergersi nel resoconto un po’ più dettagliato delle scivolate e delle sensazioni di Merckx. «Oggi non ho vinto il Tour, l’ho perso», aggiungendo, con le lacrime agli occhi, che avrebbe preferito arrivare secondo dopo aver combattuto una battaglia, esaltato dalla grandezza del suo gesto. E questo numero molto speciale di luglio-agosto si conclude con un’ultima foto apparentemente banale, accompagnata da una simpatica didascalia redazionale: «All’anno prossimo al Tour – ha detto Ocaña a uno dei nostri fotografi, Henri Besson», queste poche parole sussurrate all’uscita dall’ospedale.

Per il resto, Ocaña cadde nuovamente l’anno successivo nella discesa dal Col du Soulor mentre cercava di raggiungere Merckx. Tuttavia, trionfò al Tour del 1973, in assenza di Merckx, nonostante fosse stato travolto da un cane nella seconda tappa. Più cupo che solare, aveva chiamato il suo cane Merckx e gli ribadiva più spesso del dovuto chi era il padrone. In seguito, ci sarà una lunga caduta fatta di disillusioni, durata quattro anni; l’ultimo anno, ancora una volta costellato di cadute e sofferenze persistenti, di incidenti stradali a ripetizione. Nulla gli sarà risparmiato, sotto nessun aspetto. Muore proprio mentre Le Miroir cessa le pubblicazioni, sparandosi un colpo alla testa.

Commenti

Post popolari in questo blog

'SONO LORO I MIEI CARCERIERI SEI ANNI FA RAPIRONO ANCHE ME'

I 100 cattivi del calcio

L'origine de Maghnes Akliouche : Histoire et Racines