LE PARCOURS 2027 EST-IL TAILLÉ POUR LE FRANÇAIS PAUL SEIXAS ?


TOUR DE FRANCE

23 Oct 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan

Paul Seixas n’a pas encore tout à fait rangé sa deuxième année professionnelle puisqu’il participera aux critériums de Singapour (8 novembre) et de Saitama (15 novembre), mais pour lui, tout le monde voit plus loin. Avec au centre des regards le Tour de France 2027. Quatrième (à 11 min 56 de Tadej Pogačar; à 2 min du 3e, le Mexicain Isaac del Toro), avec six étapes dans le top 5, le leader de l’équipe Decathlon CMA CGM, a, sur la Grande Boucle, vécu une première pleine de promesses qui lui a pourtant laissé un goût amer. Parce que le Lyonnais en veut toujours plus. Vite. Toujours plus vite.

Le Français n’a décidé ni de son avenir (son contrat avec Decathlon CMA CGM court jusqu’en 2027), ni de son programme qui, en 2027, sera marqué par des championnats du monde en France (le 29 août autour de Sallanches, par la côte de Domancy) et un ou deux grands Tours, mais dans le sillage du phénomène, la curiosité et l’attente ne se démentent pas. À la lumière de la démonstration effectuée lors du magistral succès sur le Tour de Lombardie, le 10 octobre, Christian Prudhomme, le directeur du Tour, observe : « Les spécialistes du cyclisme dans tous les journaux internationaux parlent de Seixas comme d’une super pointure. Quand on le voit sur le vélo, on ne se dit pas qu’il n’a que 20 ans. Il est le plus jeune vainqueur du Tour de Lombardie de l’histoire, et l’histoire a 120 ans. Mais il est également plus jeune qu’eddy Merckx quand il a gagné son premier Monument, qui avait aussi 20 ans, mais 275 jours, c’est extraordinaire. Avec Paul Seixas, on n’est jamais surpris et on est tout le temps surpris. C’est-à-dire que ce n’est pas un champion de demain. C’est d’ores et déjà un champion aujourd’hui. »

Paul Seixas a bouclé sa première saison professionnelle avec huit succès (le Tour de Lombardie, mais également la Flèche Wallonne, le Tour du Pays Basque, avec trois victoires d’étape, en étant également 2e de Liège-Bastogne-Liège et 2e des Strade Bianche, derrière l’intouchable Tadej Pogačar). Il a digéré le grand écart entre les attentes et les résultats. Christian Prudhomme retient : « Pour moi, il y a deux marches chez le jeune Paul Seixas, c’est l’ardèche, oùjemedis: “Waouh” (41 km d’échappée solitaire victorieuse en février) et le Tour de Lombardie. On ne va pas tirer des plans sur la comète, mais le Tour de Lombardie indique souvent ce qui va se passer l’année suivante. Regardez Thibaut Pinot, il gagne le Tour Lombardie en 2018 et signe son plus beau Tour en 2019. Même s’il y a plein d’autres jeunes, Lorenzo Finn (Italie, 19 ans), Jarno Widar (Belgique, 20 ans), Jacob Omrzel (Slovènie, 20 ans)… c’est excellent. »

Un rythme endiablé

Le tracé du Tour de France 2027 promet une grande ferveur et un rythme endiablé d’entrée en Grande-bretagne (d’Èdimbourg à Cardiff, en passant par Liverpool). Il s’attachera à surprendre pour inspirer les puncheurs, fouetter le spectacle. Doté d’un nombre conséquent de kilomètres de contre-la-montre individuel (71 km, le total le plus élevé depuis 2012), éprouvant (28 cols ; 30 en 2026) offrant un dénivelé positif conséquent (53 450 m ; 54 450 en 2026), il colle aux qualités de Paul Seixas. Mais peut également servir d’autres desseins : Remco Evenepoel, 2e en 2026, rêve de grimper une marche et d’offrir aux Belges le premier succès depuis Lucien Van Impe, en 1976. Et le diabolique Tadej Pogačar visera un sixième succès (record). Tombé en août lors d’un Tour d’espagne dont il était le solide leader, et grand absent de la fin de saison, le Slovène pourrait sur le Tour (et partout ailleurs) afficher une voracité démultipliée.

« On ne fait jamais un parcours pour un coureur ou contre un coureur », rappelle Christian Prudhomme, avant d’ajouter : « Donc il n’y a pas de terrain spécifique anti-pogacar. De toute façon, quel que soit le terrain, Tadej Pogacar est très fort. Dans les montées, bien évidemment, mais pas seulement. Vous mettez des pavés, il est devant. Vous durcissez, il est là. Vous faites un peu moins dur, vous mettez le Tourmalet à 50 km de l’arrivée, il attaque… On peut en revanche faire des parcours pour tel type de coureurs, cela a été vrai et c’est vrai pour les puncheurs, par exemple, la première semaine du Tour. Et on laisse quand même de la place pour les sprinteurs… »

Paul Seixas se pose au pied de ce Tour, sommet convoité qui ne laisse que peu de place. Mais le succès, qui n’a pas attendu pour frapper à sa porte, l’expose. « Maintenant qu’il est au sommet, le plus dur est d’y rester. J’ai eu le cas en Belgique, je pense qu’il l’aura aussi en France, c’est difficile de gérer la pression du pays, des médias, des fans… S’il a des questions, il peut venir me demander », avance Remco Evenepoel, splendide vainqueur du Chrono des nations, au sujet du prodige français qui va, sur la route, encore entendre parler de la dernière victoire française, signée par Bernard Hinault en 1985… Avec la carte du Tour de France en main, les coureurs, les directeurs sportifs et les entraîneurs vont commencer à sillonner le parcours. Pour se le mettre en bouche, en tête et dans les jambes. Pour, petit à petit, le dompter, déminer les pièges, élaborer des stratégies. Pour Paul Seixas et les autres, le Tour 2027 a débuté…

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Les points forts d’une édition athlétique et esthétique

23 Oct 2026 - Le Figaro
J.-J. E.

■ Un triptyque épique en Grande-Bretagne

La capitale écossaise Édimbourg s’inscrira comme le 27e Grand Départ de l’étranger (le troisième de Grandebretagne après Londres 2007 et le Yorkshire en 2014). Et le point de départ le plus septentrional d’une longue histoire. Avec pour la première fois sur la carte l’écosse et le pays de Galles. « Toujours pour aller chercher partout de nouveaux fans du Tour de France », souligne Christian Prudhomme. La 1re étape Édimbourg-carlisle devrait sourire aux sprinteurs. La 2e, vallonnée, partira de « Keswick, une petite bourgade du nordouest de l’angleterre de 5 000 habitants, point de départ de toutes les randonnées du parc national de Lake District, le plus grand parc national anglais, qui est au Patrimoine mondial de l’unesco, avec des lieux absolument merveilleux qui ont servi d’ailleurs au tournage de Star Wars (Le Réveil de la force). Et arrivera à Liverpool, où les Beatles ne sont pas au courant, mais leurs statues porteront quatre écharpes aux couleurs des maillots du Tour. Et la 3e étape, c’est Liège-bastogne-liège en pays minier, au pays de Galles, avec 3 000 m de dénivelé positif pour arriver à Cardiff », détaille Christian Prudhomme.

■ Le retour de la Normandie

La fête (à Caen, Bayeux et Vire) avait, en 2025, été totale. Conquis, le Tour avait promis de revenir. Cherbourg (4e étape) et Pontorson (5e étape, vers Plumelec) sont au programme : « On est sur le chemin inverse de Guillaume le Conquérant, dont on va fêter le millénaire. Il a fait Normandie-royaumeuni. On va faire le contraire », glisse le patron de la Grande Boucle.

■ Angers pour un anniversaire

Angers retrouvera la carte du Tour pour la première fois depuis 2016, en conclusion de la 6e étape partie de Vannes. L’occasion de fêter un anniversaire. En 1967, le Tour lançait le premier prologue de l’histoire à Angers. Un chrono remporté par l’espagnol José Maria Errandonea, devant le grand favori Raymond Poulidor (à 6 s) et le Néerlandais Jan Janssen (à 10 s).

■ Les contre-la-montre individuels en version XXL

38 km (Blois-chambord, 7e étape), 33 km (Toulouse-toulouse, 16e étape). 71 km de contre-la-montre individuel au total, il faut remonter à 2012 pour en trouver davantage. Le premier « le chrono des châteaux » sera complètement plat. Ensuite, Toulouse accueillera pour la première fois un chrono. Un aller-retour sur la Garonne, plat. À l’exception de la côte de Pech-david (800 m à 12 %, avec 20 % au pied) découverte en 2025 et qui avait assuré le spectacle.

■ Les Alpes, un concentré de difficultés et un clin d’oeil

Dix des 28 cols au programme cet été se dresseront dans les Alpes. Le Tour s’applique toujours à accompagner les grandes organisations sportives en France (Coupe du monde de rugby 2023, JO de Paris 2024…). En 2027, la Grande Boucle fera étape à Sallanches (arrivée de la 10e étape), avec deux passages dans la redoutée côte de Domancy, qui avait accompagné le sacre mondial de Bernard Hinault, en 1980, et sera le théâtre de la course en ligne des championnats du monde 2027 (5 700 m de dénivelé positif). Sans oublier les épreuves sur piste de ces Mondiaux avec le départ de la 21e et dernière étape de Saint-quentinen-yvelines.

■ Six étapes de montagne

Deux étapes de montagne dans les Alpes, deux dans les Pyrénées, une dans le Jura et, « ce qui n’était pas imaginable, une dans les Cévennes (Montpelliermende, 14e étape), avec 4 300 m de dénivelé, des pentes très raides, dans un décor de western », plante le directeur du Tour.

■ Le Tourmalet pour l’étape reine et des merveilles dans les Pyrénées

La 18e étape, qui ira de Pau à Saintlary-soulan (plus de 5 000 m de dénivelé) escaladera le Soulor, le Tourmalet (dont la légende s’affiche en majesté sur un mur entier au café Sola de La Haye, aux Pays-bas), la Hourquette d’ancizan, avant le col du Portet (toit du Tour, 2 215 m). Le lendemain, entre Hasparren et Laruns (160 km), se succéderont les côtes basques de Burdincurutcheta et Bagargui, qui retrouvent le Tour, quasiment sur le parcours de l’étape Bayonne-pau 1987. « On a coupé ce qui est plat », s’amuse l’ancien journaliste.

■ Montmartre, solide au poste

Contrairement à certaines rumeurs, il n’y a pas de changement par rapport à l’an passé (trois passages dans la côte de la butte avant l’arrivée sur les Champsélysées). Wout Van Aert et Mathieu Van der Poel ont été les lauréats d’une dernière étape ayant, en 2025 et 2026, suscité un fol engouement populaire. Christian Prudhomme confie : «Je ne peux que dire deux fois merci. Merci aux Jeux olympiques, sans lesquels on ne l’aurait jamais fait, et merci au préfet de police, celui qui a permis qu’on passe par Montmartre et celui qui nous autorise à y rester. » Un directeur du Tour qui espère que, cette fois, les temps ne seront pas gelés : « Il peut toujours pleuvoir au dernier moment, y avoir un truc spécifique. Mais, évidemment qu’on n’a pas envie de faire 20 étapes plus un grand prix… »

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