Vollering a mis tout le monde d’accord
Un groupe soudé porte en triomphe sa leader, Demi Vollering,
championne d'Europe, et Puck Pieterse (à droite), médaillée d'argent, hier.
VOLLERING DE TOUTES LES DIMENSIONS
L’époque où les guerres d’ego pouvaient saborder les plans néerlandais est révolue sous le règne de Demi Vollering, sacrée championne d’Europe devant sa coéquipière Puck Pieterse, qui, comme aux Mondiaux, a d’abord pris soin de la mettre sur orbite.
«Je voulais le faire pour les filles,
qu’on fasse une course parfaite ensemble.
J’ai une équipe qui travaille si bien que réussir
était pour moi une obligation»
- DEMI VOLLERING
4 Oct 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
SENCUR (SLOVÉNIE) - La meilleure sprinteuse du monde était encore la première sur la ligne d’arrivée, hier, mais en attendant de l’autre côté, cette fois, pour regarder une autre lever les bas. Lorena Wiebes est venue en Slovénie sans aucune ambition personnelle et avec la consigne de se sacrifier sur les 90 premiers kilomètres pour favoriser les desseins de la leader unique des Pays-Bas.
Un doublé que Vollering doit à son talent,
irrésistible cette saison
Après un boulot bien fait, elle a mis le clignotant pour regarder le final en simple téléspectatrice, sur le téléphone tendu par un assistant. « J’avais prévu de regarder le dernier tour », sourit la maillot vert du dernier Tour de France. Et elle n’a pas été déçue du spectacle.
Car au second passage dans Mozjanca (2,1 km à 10,2 %), Puck Pieterse a broyé ce qu’il restait du peloton pour propulser Demi Vollering seule en tête de course, à 15,6 km du but.La vedette de FDJ United-Suez n’a ensuite jamais été revue, bien sûr, pour devenir la seconde femme à remporter un deuxième titre européen - après Wiebes, première à venir la congratuler - et la première à conserver son titre.
Plus historique encore, Vollering, qui avait étrenné son maillot de championne du monde la veille à l’entraînement, est la première à cumuler les titres mondial et européen la même année. Un doublé qu’elle doit à son talent, irrésistible cette saison, mais aussi à cette union sacrée rarement observée au sein de l’équipe des Pays-Bas. Si le clan oranje a l’habitude de ne laisser que des miettes (dix titres européens raflés sur onze distribués, six aux Mondiaux sur la même période), il a aussi caviardé certaines occasions en or, comme lors des JO de Tokyo, où Annemiek van Vleuten, Anna van der Breggen et Marianne Vos n’avaient jamais pu s’entendre. Demi Vollering, 29 ans, était déjà là.
Mais une nouvelle génération désormais l’accompagne, disposée à travailler sans arrière-pensée pour l’indiscutable numéro 1 mondiale. Leurs adversaires, parfois, espèrent secrètement profiter d’une querelle interne. Mais pas samedi, comme le raconte la médaillée de bronze Marlen Reusser: « Je n’y ai jamais pensé, sourit la Suissesse. On a pu voir aux Mondiaux qu’elles ont réussi à rester soudées. Et c’était la même équipe, avec l’ajout de Lorena ( Wiebes) qui est toujours heureuse de rouler pour son équipe. J’ai vu le grand sourire du coach néerlandais sur le podium. Je pense qu’il y a une bonne raison pour cela. Quand on voit la force de cette équipe, le travail de Pieterse qui parvient ensuite à faire 2e. Je dis chapeau!
Après la cérémonie, Laurens Ten Dam était brandi comme un trophée par les huit Néerlandaises, récompense de son travail d’architecte qui a doublement payé en l’espace d’une semaine. L’ancien coureur de Rabobank, 45 ans, assure n’avoir rien inventé depuis qu’il est aux commandes d e l a s é l e c t i o n , v o i l à d e u x ans. Pas de barbecue pour souder le groupe: « Je leur téléphone beaucoup et je m’applique à être vraiment honnête avec elles: ''si tu viens, ce sera pour rouler en tête de peloton''. »
Puck Pieterse, 2e de LiègeBastogne-Liège en avril derrière Vollering, a ainsi découvert un tout nouveau rôle ces deux dernières semaines. En toute connaissance de cause. « C’était la toute première fois que je travaillais pour quelqu’un, raconte la rouquine de Fenix-Premier Tech. Et j’ai énormément appris, c’était beaucoup de plaisir. Durant la course, je suis allée voir Demi : ''C’est si cool de voir l’équipe rouler ainsi de la première à la huitième place, sans personne à l’arrière du peloton''. Tout le monde a un plan, et si l’on exécute bien, on sait qu’on obtiendra des bons résultats. »
Tout ça au profit de Vollering, mais en sachant « qu’elle rendra la pareille à Lorena dans le futur », dit Ten Dam, regard tourné vers les Mondiaux d’Abu Dhabi 2028. « Vollering pouvait perdre pied dans une équipe nationale où il pouvait y avoir des soucis de cohésion, analyse Paul Brousse, le sélectionneur tricolore. Mais par rapport à ce qu’elle fait dans l’année, elle impose son leadership, il n’y a plus de questions à se poser, c’est tout pour elle sur des parcours difficiles. »
« Je voulais le faire pour les filles, qu’on fasse une course parfaite ensemble», raconte Vollering. «J’ai une équipe qui travaille si bien que réussir était pour moi une obligation. » Hier soir, chez les Néerlandaises, on n’avait pas trop de doute sur qui allait payer la note dans ce burger de Ljubljana que leur a recommandé un gars du coin, Tadej Pogacar, à qui Vollering ressemble de plus en plus par ses manières, d’ailleurs, de ne rien partager.
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Berthet, 7e et déçue : « Je ne pouvais pas accélerer »
4 Oct 2026 - L'Équipe
Y. H. à Sencur.
Y. H. à Sencur.
À l’ombre, hier, il commençait à faire frisquet sur la ligne d’arrivée où ont été jugés les Championnats d’Europe mais plus qu’une veste, Juliette Berthet, 7e, aurait préféré enfiler une médaille : « Je suis déçue, je voulais faire mieux et j’y ai cru car dans la première montée, je me suis accroché, j’étais avec les sept et au final, les six coureuses avec moi se jouent la médaille. Je n’ai pas réussi à concrétiser au deuxième tour, j’étais moins bien. En bas (de la côte de Mozjanca), j’ai eu du mal à m’accrocher, il m’a manqué deux minutes explosives. Ensuite, j’étais toute seule tout le long. Je les voyais, je n’étais pas loin mais je ne pouvais pas accélérer. »
La Française, protégée chez les Bleues, sortait d’un Mondial pourtant solide (5e) et son sélectionneur Paul Brousse « pensait vraiment jouer devant, même si on savait que ce serait dur avec Demi (Vollering). Juliette bascule à dix secondes du groupe qui va jouer la médaille et c’est le plus décevant (elle termine à 54 secondes de la troisième place). Le podium, une fois de plus, n’est pas loin, il manque ce petit truc ».
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