DANS LA LÉGENDE
Le Maillot Jaune Tadej Pogačar au duel
avec Mathieu van der Poel, hier à Paris.
Tadej Pogačar a remporté son cinquième Tour et noué un pacte royal avec Mathieu van der Poel dans l’étape des Champs-Élysées, que le Néerlandais a remportée au prix d’un effort phénoménal.
À trois dans le top 10, le bilan en trompe-l’oeil du cyclisme français
27 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Quel frisson de retrouver cette foule magnifique de la rue Lepic, de réentendre sa clameur monter dans les rues de Paris, de renouer avec ce rendez-vous de Montmartre, qui n’existe que depuis l’an passé, mais auquel on s’est très vite habitués et dont on ne voudra plus jamais être privés, au bout d’un Tour de France qui, comme chaque année, nous a malaxés et transformés en petites choses fragiles, vite gagnées par la chair de poule et la montée des larmes.
Il fallait bien une dernière cacahuète, voire deux ou trois, pour conclure ce Tour de France de fous furieux, bouclé à une vitesse record (43,227 km/h de moyenne), et, comme souvent désormais, les cadors s’en sont chargés. Mads Pedersen dans le premier passage, Tadej Pogačar dans le deuxième avec trois autres champions du monde bientôt dans son sillage, Pedersen, Remco Evenepoel et Mathieu van der Poel, puis le Néerlandais dans le dernier, qui pose le caramel des caramels, décisif, avec le Maillot Jaune dans sa roue, deux copains qui dévalent les artères parisiennes à tombeau ouvert, les deux plus beaux coureurs du monde, la meute à leurs trousses avec dix kilomètres à parcourir, quatre de plus que l’an passé, une magnifique idée pour maintenir le suspense.
Pogacar n’avait aucune chance de gagner et pourtant il a roulé, roulé, parce que c’est ce qu’il préfère, engagé dans une collaboration royale avec Van der Poel, un des rares coureurs qu’il estime parce qu’il sait qu’il peut lui faire mal. Les deux adorent se mettre des peignées en tête à tête, entre coureurs de leur rang, entre champions, et ils allaient donc tout entreprendre pour laisser le reste du monde derrière, pour faire triompher leur caste. Le Néerlandais a accéléré très loin de la ligne pour avoir une chance de résister au retour des sprinteurs, il a torturé ses cuissots comme jamais pour y parvenir, son équipier Jasper Philipsen a contrôlé autant que possible la horde derrière et l’a désigné vainqueur sur la ligne.
Pogacar, l’art de normaliser l’extraordinaire
Il ne pouvait y avoir plus belle conclusion, prolongée par cette image de Van der Poel qui, une fois relevé du bitume sur lequel il s’était effondré de douleurs, est allé saluer, remercier son compère, qui lui rendit son affection d’une tape amicale sur les fesses. L’immense classe jusqu’au bout et cette dernière journée a permis d’offrir un peu du suspense que la bataille du général n’a jamais fourni.
Pogacar a donc remporté son cinquième Tour de France, une performance historique, rare, dans la légende aux côtés de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain, sans que cela ne suscite la moindre surprise, tant le Slovène n’a jamais tremblé dans la Grande Boucle depuis trois ans. Face à une telle hégémonie, l’émotion s’étiole forcément au fil des ans et il ne reste qu’une domination implacable, froide, empreinte d’une certaine lassitude, mais elle n’est pas pour autant à minimiser, à banaliser, même si c’est ce que le Slovène fait à longueur de saison, normaliser l’extraordinaire. Il est tellement au sommet de son art qu’il régente toute la course, décide quand il gagne, fait monter sur le podium final son équipier Isaac Del Toro pour encadrer Evenepoel, aide Van der Poel à triompher.
Un roi absolu, dont Paul Seixas a pu goûter le venin, sans que cela le paralyse. Le Lyonnais a terminé 4e de son premier Tour, à 19 ans, et il n’est pas l’heure de faire la fine bouche alors que la France n’a pas eu un tel potentiel depuis quarante ans. Ceux qui lui reprochent de ne pas avoir attaqué, d’avoir manqué de flamboyance, ont vraiment pris le Tour pour un jeu vidéo, où il suffirait d’appuyer sur une manette pour décoller.
D’ailleurs, qui a attaqué Pogacar dans cette édition? Evenepoel, samedi à l’Alpe d’Huez, quand on lui a laissé des libertés, mais qui d’autre ? Seixas a fait ce qu’il a pu, il a pris ses responsabilités avec ses équipiers à certains moments, mais, comme les autres, il a été étranglé par la puissance de Pogacar et c’était pour lui un sacré baptême. Il a été le fer de lance d’un cyclisme français au bilan en trompe-l’oeil, sans victoires d’étape pour la première fois depuis 1999 mais avec trois représentants dans le top 10, avec Lenny Martinez (5e) et Jordan Jegat (10e).
Le Tour de France a écrit une nouvelle page de son histoire avec la cinquième victoire de Pogacar, mais il a aussi donné l’impression de souffrir, en proie à deux pressions différentes, l’une interne, l’autre externe. La première, inhérente à ce cyclisme qui continue de se professionnaliser, se «scientifiser», se développer, si bien qu’il rogne la nature universelle de la Grande Boucle, cette ouverture à tous, les grands coureurs comme les plus petits, qui étaient tous capables de venir y chercher quelque chose mais qui le peuvent de moins en moins. La seconde, appliquée par les dérèglements du monde qui l’entoure et qu’il traverse chaque jour, comme on a pu le voir avec la canicule ou les incendies.
On peut continuer à faire entrer les choses au chausse-pied, au cas par cas, mais le cyclisme, et le sport en général, ne pourra s’épargner une réflexion pour les décennies à venir, à la recherche d’un modèle viable, pour affronter ce nouvel ordre des choses auquel il ne peut être insensible tant il est en osmose avec la nature. Le Tour de France a toujours traversé les vicissitudes, il est un joyau éternel, à protéger pour que comme au Haag ou sur les Champs-Élysées, il continue à nous distribuer ses chauds baisers.
***
La maglia gialla Tadej Pogacar nel duello
con Mathieu van der Poel, ieri a Parigi.
NELLA LEGENDA
Tadej Pogačar ha conquistato il suo quinto Tour e stretto un patto regale con Mathieu van der Poel nella tappa degli Champs-Élysées, che il neerlandese ha vinto grazie a uno sforzo fenomenale.
Tre corridori nella top 10: il bilancio ingannevole del ciclismo francese
27 luglio 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
Che emozione ritrovare quella magnifica folla in rue Lepic, risentirne il clamore risuonare per le strade di Parigi, ritrovare quell’appuntamento a Montmartre, che esiste solo dall’anno scorso, ma al quale ci siamo abituati molto in fretta e di cui non vorremo mai più fare a meno, al termine di un Tour de France che, come ogni anno, ci ha messo a dura prova e trasformato in esseri fragili, presto sopraffatti dalla pelle d’oca e dalle lacrime.
Ci voleva pur sempre un ultimo colpo di scena, o magari due o tre, per concludere questo Tour de France da pazzi scatenati, completato a una velocità-record (43,227 km/h di media) e, come ormai spesso accade, ci hanno pensato i grandi nomi. Mads Pedersen nel primo passaggio, Tadej Pogačar nel secondo con altri tre campioni del mondo subito alle sue spalle, Pedersen, Remco Evenepoel e Mathieu Van der Poel, poi il neerlandese nell’ultimo, nel quale ha messo a segno la mossa decisiva, con la maglia gialla alla sua ruota, due amici che sfrecciano a tutta velocità per le arterie parigine, i due corridori più belli al mondo, il gruppo alle loro calcagna con ancora dieci chilometri da percorrere, quattro in più rispetto l’anno scorso, un’idea magnifica per mantenere la suspense.
Pogačar non aveva (quasi, ndr) alcuna possibilità di vincere eppure ha pedalato, pedalato, perché è ciò che preferisce, impegnato in una collaborazione regale con van der Poel, uno dei pochi corridori che stima perché sa che può metterlo in difficoltà. Entrambi adorano darsi battaglia testa a testa, tra corridori del loro calibro, tra campioni, e quindi avrebbero fatto di tutto per lasciarsi il resto del mondo alle spalle, per far trionfare la loro casta. Il neerlandese ha accelerato molto lontano dal traguardo per avere una possibilità di resistere al ritorno degli sprinter, ha torturato le sue gambe come mai prima d’ora per riuscirci, il suo compagno di squadra Jasper Philipsen ha controllato il più possibile l’orda alle loro spalle e lo ha designato vincitore sul traguardo.
Pogačar, l’arte di rendere normale lo straordinario
Non poteva esserci conclusione più bella, prolungata da quell’immagine di van der Poel che, una volta rialzatosi dall’asfalto su cui era crollato per la fatica, è andato a salutare e ringraziare il suo compagno, il quale ne ha ricambiato l'affetto con una amichevole pacca sul sedere. Grande classe fino alla fine e quest’ultima giornata ha regalato un po’ di quella suspense che la battaglia per la classifica generale non ha mai offerto.
Pogačar ha quindi conquistato il suo quinto Tour de France, un risultato storico e straordinario, che lo colloca nella leggenda al fianco di Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault e Miguel Indurain, senza che ciò susciti la minima sorpresa, dato che lo sloveno non ha mai vacillato nella Grande Boucle negli ultimi tre anni. Di fronte a una tale egemonia, l’emozione inevitabilmente si affievolisce col passare degli anni e rimane solo un dominio implacabile, freddo, improntato a una certa stanchezza, ma che non va per questo minimizzato o banalizzato, anche se è proprio ciò che lo sloveno fa per tutta la stagione: normalizzare lo straordinario. È talmente al culmine della sua arte che domina l’intera gara, decide quando vincere, fa salire sul podio finale il suo compagno di squadra Isaac del Toro per affiancare Evenepoel, aiuta van der Poel a trionfare.
Un re assoluto, di cui Paul Seixas ha potuto assaggiare il veleno, senza che ciò lo paralizzasse. Il lionesese ha concluso al 4° posto il suo primo Tour, a 19 anni, e non è il momento di fare gli schizzinosi visto che la Francia non ha un potenziale simile da quarant’anni. Chi lo critica per non aver attaccato, per aver mancato di spettacolarità, ha davvero scambiato il Tour per un videogioco, nel quale basterebbe premere un pulsante per decollare.
Del resto, chi ha attaccato Pogačar in questa edizione? Evenepoel, sabato all’Alpe d’Huez, quando gli è stata concessa una certa libertà, ma chi altro? Seixas ha fatto quel che ha potuto, si è assunto le proprie responsabilità insieme con i compagni di squadra in alcuni momenti, ma, come gli altri, è stato soffocato dalla potenza di Pogačar e per lui è stato un battesimo di fuoco. È stato la punta di diamante di un ciclismo francese dal bilancio ingannevole, senza vittorie di tappa per la prima volta dal 1999 ma con tre rappresentanti nella top 10, tra cui Lenny Martinez (5°) e Jordan Jegat (10°).
Il Tour de France ha scritto una nuova pagina della propria storia con la quinta vittoria di Pogačar, ma ha anche dato l’impressione di soffrire, in preda a due pressioni diverse, una interna e l’altra esterna. La prima, inerente a questo ciclismo che continua a professionalizzarsi, a «scientificizzarsi», a svilupparsi, al punto da intaccare la natura universale del grande giro, quella sua apertura a tutti, dai grandi corridori ai più modesti, che un tempo erano tutti in grado di venirvi a cercare qualcosa ma che ora possono farlo sempre meno. La seconda, determinata dagli squilibri del mondo che lo circonda e che attraversa ogni giorno, come si è potuto vedere con l’ondata di caldo o gli incendi.
Si può continuare a far passare le cose a forza, caso per caso, ma il ciclismo, e lo sport in generale, non potrà evitare una riflessione per i decenni a venire, alla ricerca di un modello sostenibile, per affrontare questo nuovo ordine delle cose al quale non può rimanere insensibile, tanto è in sintonia con la natura. Il Tour de France ha sempre attraversato vicissitudini, è un gioiello eterno, da proteggere affinché, come all’Aia o sugli Champs-Élysées, continui a regalarci i suoi calorosi baci.
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