Le plan Akliouche


Maghnes Akliouche entouré de plusieurs Lillois lors du 
match nul du PSG sur la pelouse du LOSC (2-2), le 28 août.

Depuis son arrivée au PSG cet été, l’ancien Monégasque a déjà été utilisé dans trois positions différentes. Où peut-il s’installer ? Ses formateurs livrent des pistes.

L’aile droite, poste quasi naturel Dos au but, sa limite La polyvalence, son arme

4 Sep 2026 - L'Équipe
RÉGIS DUPONT

Maghnes Akliouche est la recrue la plus exposée par le PSG. Titularisé trois fois en quatre rencontres officielles, comme faux numéro 9 en Supercoupe d’Europe (2-1 contre Aston Villa) et lors du Trophée des champions (0-1 face à Lens), puis comme ailier droit en Ligue 1 à Rennes (2-2) et à Lille (2-2), où il a glissé vers une position plus axiale lors des quinze minutes précédant son remplacement par Dro Fernandez.

Le milieu offensif a déjà visité trois postes dans son nouveau club. Sans délivrer de passe décisive ni marquer mais en montrant malgré tout des choses. Assez pour obtenir ce jugement de Luis Enrique. « Maghnes est né pour jouer dans une équipe comme la nôtre », a assuré hier l’entraîneur parisien.

À Monaco, on sait depuis Jérôme Rothen, gaucher évoluant à gauche, et Bernardo Silva, gaucher exilé à droite dix ans plus tard, que les ailiers ne sont pas nécessairement des joueurs rapides ou puissants. Maghnes Akliouche a été formé en Principauté, où il s’est épanoui dans le rôle du faux ailier rentrant sur son pied fort, le gauche, pour provoquer ou trouver la passe. Cette position, il l’occupait déjà à Torcy à 12 ans, quand il est arrivé de Villemomble pour se confronter au meilleur niveau en Île-de-France. « Son intelligence lui permet d’être polyvalent, rappelle Éric Laclef, son entraîneur d’alors. Pour évoluer dans l’axe j’avais Anis Hadj Moussa ( aujourd’hui au Feyenoord Rotterdam), qui était lui exclusivement gaucher. Alors Maghnes alternait à droite, dans l’axe, à gauche, devant selon les besoins. Mais même arrière gauche, il aurait accepté et s’en serait sorti tellement il est intelligent techniquement et tactiquement. »

Avec l’équipe de France Espoirs, Gérald Baticle l’a aussi placé souvent dans ce rôle, celui qui était le sien à l’ASM sous Adi Hütter et sous Sébastien Pocognoli: « Quand Rayan (Cherki) était là, Maghnes jouait plutôt à droite et Rayan dans l’axe, mais ils avaient la liberté de “switcher” et il jouait en fait deuxième 10 derrière l’attaquant. Il laissait le couloir à notre latéral en situation offensive. Et à Paris il a un bon client (Hakimi) pour déborder à droite quand il libère le couloir. » Depuis qu’il est pro comme lors de sa formation, Akliouche s’exprime essentiellement dans ce rôle de faux ailier qui défend dans le couloir mais le déserte régulièrement en phase de possession. C’est devenu son habitat naturel.

Maghnes Akliouche a commencé sa nouvelle vie en faux numéro 9, la position généralement occupée par Ousmane Dembélé et que Ferran Torres pourrait aussi convoiter. « Mais le jeu dos au but, ce n’est pas sa qualité principale», estime Éric Laclef. «Ce n’est pas là où il rayonne, il a trop peu d’espaces pour alimenter les autres. »

« Faux neuf, c’était un peu un choix par défaut je pense», ajoute Stéphane Nado, qui l’a dirigé en équipe réserve à l’ASM. «Je ne suis pas certain que cette position, dos au jeu, ça lui corresponde. Mais le jeu de Luis Enrique laisse beaucoup de liberté et Maghnes a cette polyvalence. Cette capacité, quelle que soit la zone du terrain, à faire le bon choix. À Paris, Luis Enrique préfère avoir 4 ou 5 joueurs à 10-15 buts, il a sa place à prendre dans cette catégorie. »

« Pour moi, il a été sensationnel. Il a joué comme je l’ai vu jouer avec Monaco » , a assuré Luis Enrique après la première apparition officielle du gaucher. Mais depuis qu’ Ousmane Dembélé et Ferran Torres sont disponibles, il ne l’a plus aligné en pointe. Comme s’il avait déjà tout vu de ce qu’il désirait valider.

« Paris est en rodage, c’est assez confus, fouillis, je trouve qu’ils sont un peu les uns sur les autres pour le moment, rappelle Frédéric Barilaro, son formateur à Monaco.

Pour bien jouer ensemble il faut passer du temps ensemble. » Ce jeudi, après l’entraînement, Maghnes Akliouche l’a dit autrement : « Je me sens de mieux en mieux, le coach me demande d’avoir cette mobilité, de m’adapter à différents rôles. » « Je connais son potentiel immense, résume Baticle. Après, il arrive dans un grand club, dans une équipe où il y a beaucoup de confiance, de mécanismes bien ancrés. Ça demande de la concentration de sa part, des efforts. C’est une telle mécanique réglée que ça prend un peu de temps (…) Je ne suis pas surpris par son utilisation à différents postes, ça fait un peu partie de la méthode Luis Enrique: quand les joueurs retrouvent “leur” poste, ils savent mieux ce qui se passe autour d’eux. Quand tu te retrouves en 8 après avoir joué en 9 ou en 7, tu comprends mieux les mouvements des autres. Ça va le rendre plus fort. »

Akliouche aurait donc été exfiltré de sa zone préférentielle pour mieux appréhender son nouveau monde ? Peut-être bien. En attendant, sa polyvalence peut être son meilleur atout. « Maghnes peut jouer avec tout le monde», continue Barilaro. «Je l’ai bien aimé à l’intérieur mais je pense qu’il (Luis Enrique) va surtout l’utiliser sur un côté. Sur la fin avec moi à Monaco, il aimait bien jouer à l’intérieur, toucher plus de ballons, comme tous les joueurs. Des garçons comme lui, plus ils touchent le ballon, plus ils sont performants. »

« Luis Enrique aime cette polyvalence», ajoute Stéphane Nado. «Je ne suis pas convaincu qu’il peut jouer au milieu, où il y a une concurrence tellement forte (Vitinha, Ruiz, Joao Neves et Zaïre-Emery sont déjà quatre pour trois places). Et puis les postes, à Paris, ça ne veut pas dire grand-chose. Ça permute continuellement, avec le ballon. »

Gérald Baticle, lui, resitue le débat en évoquant un autre élément recruté par Paris avec un profil hybride, entre ailier et milieu: « Ça me fait penser à l’arrivée de Désiré. On était bien plus inquiet pour lui à l’époque que pour Maghnes aujourd’hui. Maghnes peut entrer à deux postes devant et deux postes au milieu, c’est bien quand même! Je suis impatient de le voir évoluer parce que, malgré tout le bien que je pense de lui, il faut travailler pour s’imposer dans la meilleure équipe européenne. » Ce que le PSG n’était pas encore lorsque Désiré Doué a signé dans la capitale à tout juste 19 ans, il y a deux saisons.

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