Mas amasse
Enric Mas a su attaquer au moment idéal hier pour
conforter un peu plus son maillot rouge de leader.
Le Maillot Rouge a grappillé près d’une trentaine de secondes, hier, parti en solitaire au moment opportun. Fort dans les jambes et dans la tête, le Majorquin n’a pas encore gagné la Vuelta mais il impressionne.
«J’espère que cette version d’Enric vous a plu,
il n’a pas toujours ces jambes, alors profitons-en»
- ENRIC MAS, HIER
«Les différences restent mineures entre les rivaux,
bien que ce soit important pour la dynamique de reprendre du temps»
- JOAQUIN JOSÉ ROJAS, L’UN DES DS DE MOVISTAR
4 Sep 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL PIERRE MENJOT
CALAR ALTO (ESP) – Sans doute est-ce l’habitude de tout prendre avec du recul, lui qui a souvent eu les oreilles qui sifflent à force d’entendre les critiques du public et des médias espagnols, déçus que leur grand talent ne concrétise jamais les espoirs placés en lui. Enric Mas a répondu sans aucune joie ni esprit de revanche, hier, à l’issue d’une journée qui marque pourtant un sérieux tournant dans cette Vuelta.
Bien sûr, l’Espagnol de Movistar n’a pas encore course gagnée, désormais leader avec 1’45’’ d’avance sur Primoz Roglic et 2’6’’ sur Felix Gall, ses deux derniers rivaux au général, mais il aurait pu profiter de son joli coup pour envoyer quelques messages, tant il a été parfait, « en attaquant au moment idéal » comme l’avouait Felix Gall, et son équipe avec. N’était-ce pas le moment de « faire fermer des bouches » au sujet du collectif espagnol, comme la question lui a été posée ? « On n’a pas à fermer la bouche à qui que ce soit, a-t-il rétorqué. On doit se concentrer sur notre travail, essayer de répéter ce qu’on a fait aujourd’hui (hier), petit à petit. »
Hier, le grimpeur a glané 27 secondes à ses deux adversaires, le plus gros écart depuis son raid avec Tadej Pogacar sur la 6e étape (46 secondes), en partant seul juste avant un léger replat et après une attaque de Felix Gall qui avait mis tout le monde à bloc. « Aujourd’hui, j’ai essayé de gagner la Vuelta, et j’espère que cette version d’Enric vous a plu, il n’a pas toujours ces jambes, alors profitons-en » , a-t-il expliqué auprès des journalistes, qui lui demandaient ce qui était arrivé à l’ancien « lui ». « Il est à un très haut niveau, il le montre depuis le début et il semble bien gérer le maillot rouge mentalement aussi. Il fait tout bien », félicitait l’Autrichien de Decathlon-CMA CGM, encore bien entouré par ses équipiers hier.
Voilà quatre jours de course et la chute de Tadej Pogacar que le Majorquin (31 ans) a enfilé la tunique de leader, une première dans sa carrière. Et rien ne semble le perturber jusqu’ici. « Enric est bien, il montre qu’il est très fort et l’équipe aussi, résumait Raul Garcia Pierna, auteur d’un relais très précieux dans la bosse finale. On a bien préparé cette Vuelta, Pablo (Castrillo) et moi en récupérant du Tour de France, les autres de leur côté. On a un super groupe, on donne tout ce qu’on peut sans rien garder en réserve et, surtout, on profite, Enric profite car il le mérite. On est super contents. »
Le reste de cette Vuelta demeure très copieux, avec trois grosses étapes de montagne et surtout, problème pour l’Espagnol, ce méchant contre-la-montre individuel jeudi prochain, 32 kilomètres de puissance pure où Roglic semble pouvoir lui reprendre du temps. « Mais là, on est à la limite, grimaçait Sven Vanthourenhout, l’un des directeurs sportifs du
Slovène chez Red Bull-BORA-hansgrohe. Je ne vais pas avancer de chiffres, mais à partir de maintenant, chaque seconde perdue n’est vraiment pas idéale. » Pour Gall, le problème est le même que pour Mas, avec des qualités en chrono discutables, mais le 2e du dernier Giro était hier « content de lâcher un concurrent pour le podium, notre objectif au départ, même si malheureusement Oscar (Onley, 12e à 5’05’’ hier) est tombé un peu plus tôt ». L’horizon se dégage petit à petit, « mais les différences restent mineures entre les rivaux, bien que ce soit important pour la dynamique de reprendre du temps, notait
José Joaquin Rojas, l’un des DS de Movistar. Sur cinq étapes de montagne, Enric a été plus fort quatre fois. On veut continuer jour après jour, surtout ne pas commettre d’erreur, c’est la clé ». Pas l’erreur de regarder vers Grenade, terme du Tour d’Espagne (le 13 septembre) que l’on pouvait apercevoir hier depuis l’observatoire astronomique de Calar Alto, son panorama rocailleux et désertique baigné des odeurs de sarriette des montagnes. « J’ai un bon avantage, mais il reste beaucoup de chemin, on doit surtout profiter de tout ça » , termina Mas avant de redescendre du col, pas de son piédestal.
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Léo Bisiaux a tout tenté, en vain, pour remporter l’étape hier,
mais il a tenu le cap au côté de son leader Felix Gall.
Le coup manqué de Bisiaux
Le jeune Auvergnat de Decathlon-CMA CGM s’est à nouveau échappé, hier, et n’a pas été loin de suivre jusqu’au bout le Slovène Jakob Omrzel, finalement intouchable.
4 Sep 2026 - L'Équipe
La vue à 360 degrés sur un matelas bosselé a pu lui rappeler son Puy de Dôme, mais Léo Bisiaux n’a sans doute pas vraiment eu le temps de profiter. L’Auvergnat de DecathlonCMA CGM était dans le bon coup, hier, et il y est resté longtemps, avec un double objectif : « Soit jouer la victoire, soit aider Felix (Gall). »
Il était dans la trentaine à se faire la malle en début d’après-midi, et encore dans les trois derniers survivants, dans les pentes les plus dures de Calar Alto, à toujours courir juste, ne jamais faire d’effort superflu. Mais l’accélération de Jakob Omrzel (Bahrain-Victorious), à 12 kilomètres du sommet, l’a fait craquer, comme Urko Berrade (Kern Pharma, 2e) quelques hectomètres plus haut. « Il était vraiment costaud, après on ne sait pas ce qu’il pouvait se passer (s’il l’avait suivi un peu plus loin) mais le plus important était d’aider Felix, expliquait le jeune grimpeur (21 ans), finalement 13e, son quatrième top 15 sur ce Tour. Je me suis vraiment relevé pour aider au maximum, l’objectif est vraiment d’essayer de gagner la Vuelta avec Felix. J’avais des bonnes sensations puis il a bien limité la casse, c’est le principal. »
Omrzel, un autre Slovène de grand talent
Bonnes mais donc pas assez pour suivre Omrzel, qui s’est révélé au grand monde hier, sur une étape à 4 500 mètres de dénivelé. À 20 ans, le Slovène « savait que ce jour viendrait tôt ou tard, je ne suis pas surpris car je sais tout le travail que je réalise, mais je ne peux pas dire que je m’attendais à gagner sur mon premier Grand Tour, pétillait-il avant de monter sur le podium. J’ai encore du mal à réaliser ce que j’ai fait, je me suis senti super fort, je me sens encore bien, même pas fatigué. »
Lauréat de Paris-Roubaix juniors en 2024, vainqueur du Baby Giro l’an passé, champion de Slovénie la même année (avec un plateau sans Tadej Pogacar et plutôt très faible), Omrzel (prononcer : Omeur-zel) est un grand talent et a battu en précocité le quintuple vainqueur du Tour en levant les bras à 20 ans et demi sur une course de trois semaines. Le voilà, en plus, 6e du général.
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