SON RÊVE BLEU
Que ce soit en 2020 à Imola (ci-contre) ou en 2021 à Louvain, en Belgique (ci-dessous),
Julian Alaphilippe s'est à chaque fois imposé en solitaire pour décrocher le maillot arc-en-ciel.
En 2016, il avait remporté sa première médaille avec l'équipe de France en prenant la deuxième place du Championnat d'Europe à Plumelec, derrière Peter Sagan.
Avec la fin de sa carrière s'est également éteinte l'aventure en équipe de France de Julian Alaphilippe. Une période de gloire portée par un esprit de groupe irrésistible, l'insouciance et un peu de féerie, qui sont désormais l'héritage de Paul Seixas et sa génération.
25 Sep 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS
MONTRÉAL (CAN) - Cela fait étrange de ne pas le voir bondir partout cette semaine, une absence qu'on n'avait pas connue au Mondial depuis Bergen en 2017, mais que Thomas Voeckler dit ne pas vraiment ressentir. « Je me suis fait à l'idée », soupire le sélectionneur. Au cœur de l'été, avant qu'il n'annonce sa retraite, Voeckler avait bien proposé à son « Loulou » de porter le maillot une dernière fois, au Championnat d'Europe en Slovénie, mais Julian Alaphilippe, avec son langage à lui, avait coupé court. «C'est gentil, gros, mais je n'en suis plus capable. »
L'âme de l'équipe de France s'est envolée mais son esprit est toujours là, et Pavel Sivakov, passeur d'héritage, racontait mercredi que les nouveaux Bleus avaient évoqué le double champion du monde depuis le début du camp, qu'il sentait que sa joie de vivre vivait à travers ses héritiers. Cela riait et chambrait beaucoup, mercredi, et Alaphilippe aurait été fier d'entendre les éclats de rire.
Il avait bâti sa maison bleue sur ces fondations-là, la simplicité des rapports humains, la déconnade, le chambrage, et tout cela avait créé un univers où tout le monde serait prêt à mourir pour l'autre. Dès que Voeckler lançait la boucle WhatsApp d'un nouveau rassemblement, « Alaf » l'inondait de messages, de blagues et de saucisses, à tel point que le sélectionneur devait parfois le calmer.
«Le groupe et l'humain étaient très importants pour lui,
il aimait vivre le moment présent au maximum»
- CHRISTOPHE LAPORTE
Tous ses anciens équipiers mettent d'abord cela en avant. Christophe Laporte, avec qui il a partagé le leadership à Wollongong (Australie) en 2022 (2): « Le groupe et ['humain étaient très importants pour lui, il aimait vivre le moment présent au maximum »; Florian Sénéchal, deuxième carte à Louvain en 2021 : « C'était une pile de nerfs »; Anthony Roux, qui l'a accompagné dans les premières sélections, notamment à Innsbruck en 2018 où Alaphilippe était arrivé en favori: «Il n'était pas forcément leader dans son comportement en dehors du vélo, mais il emmenait le groupe facilement »; ou Julien Simon, qui a connu sa première sélection chez les Bleus en même temps que lui, en 2015 à Richmond: « Ses capacités et sa simplicité faisaient que tout était naturel et il n'a jamais changé, malgré le palmarès».
« L'âme, c'était la fluidité dans le groupe auprès de tout le monde, complète Voeckler. C'était un rassembleur involontaire. Sans faire exprès, chacune et chacun se sentaient considérés. Même s'il ne connaissait pas la personne, il allait faire comme s'il la connaissait depuis dix ans, alors que ça a pu arriver qu'il ne connaisse même pas son prénom. Et puis toujours à voir les choses du bon côté. Jamais se plaindre.»
«Julien Bernard a été un de ses sherpas sur la route et lui aussi retient « sa sympathie », « son ciment ». « Julian, ce n'est pas un coureur qui demandait beaucoup de choses, une diva, c'était un coureur très simple, développe le fils de Jean-François. La chose qu'il lui fallait le plus, c'était un bon groupe autour de lui, des gens en qui il avait confiance et, à partir de ça, c'était "on y avec nos armes et on n'en a pas besoin de beaucoup pour exister". Il avait juste besoin que tout le monde croie en lui. »
De se rassurer dans le contact des autres, sentir la chaleur d'une famille et de la camaraderie. Derrière les pirouettes et les farces, Alaphilippe avait juste besoin d'amour. « Parfois, il me disait des choses qu'il ne croyait pas pour que je le réconforte », décrypte Voeckler. Avant le Mondial de Louvain, pendant le Tour de Grande-Bretagne, le puncheur avait appelé l'Alsacien, inquiet, parce qu'il se faisait battre par Wout Van Aert. Voeckler l'avait rassuré : « Je te connais, tu as encore de la marge. »
Imola a été un tremblement de terre,
qui a secoué le monde d'Alaphilippe
La suite est connue. En 2020, Voeckler avait senti l'électricité dans l'air dès le Tour de France, disputé tard dans l'été en raison du Covid. Depuis la moto de France Télévisions, il voyait son poulain se relever des échappées dans la deuxième moitié de la course, lui faire des clins d'œil. Il avait alors alerté la Fédération. Il fallait se tenir prêt pour l'accompagner au mieux. Alaphilippe l'avait appelé lors de la deuxième journée de repos, il voulait basculer vers Imola dès l'arrivée à Paris. C'était le signal qu'il était prêt.
Un appartement l'attendait en Italie, son cocon pour lancer la mission. À la reconnaissance, il avait montré à Voeckler l'endroit précis où il allait attaquer. Il savait qu'il allait gagner. Le matin du départ, il s'avance vers la ligne et se rend compte que son capteur de puissance ne fonctionne pas. Voeckler tente de masquer sa panique, cherche une solution, lui propose de faire deux tours de circuit sur un autre vélo, le temps de recharger la batterie. « Moi, je m'en fous, c'est surtout pour Franck (son cousin et entraîneur) », lui balance Alaphilippe, insouciant à quelques minutes du départ, défenseur d'un cyclisme à l'ancienne, romantique, « d'instinct et pas de plan », comme le résume Laporte.
Il partira dans sa quête arc-en-ciel sans capteur et décollera pile là où il l'avait prévu. Voeckler s'est réfugié à l'arrivée, isolé derrière une barrière, ému, au milieu d'un autodrome "Enzo et Dino Ferrari" vétuste et vide en raison de l'épidémie. Vingt-trois ans qu'un Français n'avait pas remporté le Mondial, depuis Laurent Brochard. Imola a été un tremblement de terre, qui a secoué le monde d'Alaphilippe et le nôtre, et au moment de monter dans l'avion le lendemain, il nous avait glissé qu'il avait pleuré en lisant L'Équipe le matin.
La doublette avec Voeckler,
l'autre pilier de cette ère
Un an plus tard, il est encore plus fort, mais sur un circuit qui lui convient moins. Voeckler met en scène son arrivée en Belgique, en short de bain pour accueillir son champion. Le cliché est mythique. « Je voulais nous faire passer pour des touristes, nous montrer suffisants ou contents de ce qu'on avait eu l'année passée », sourit le patron des Bleus.
Alaphilippe ressemble à Alex Turner des Arctic Monkeys, à une star de rock. Le duo est à son apogée. Florian Sénéchal partage la chambre avec son leader et, un soir, il y écoute ce dernier et Voeckler lui détailler le plan. En gros, attaquer à 180 km de l'arrivée, avec « Senech' » qui doit rester au chaud en cas de sprint. Lors de la reconnaissance, Voeckler menace ses coureurs: «Si, à cet endroit, il reste plus de 80 coureurs dans le peloton, je gare la caisse, vous vous démerdez. » « C'était dingue, rigole le Nordiste, je leur disais qu'ils étaient fous, j'avais même peur, mais eux étaient tellement convaincus. »
Le jour de la course, Benoît Cosnefroy allume le premier pétard. À 180 bornes. Les Français sont en force dans le final, Valentin Madouas pour bosser, Sénéchal pour le sprint, Alaphilippe en dynamiteur. « Quand j'ai vu le coup de reins qu'il avait dans la première bosse, j'ai su qu'il allait gagner, poursuit Sénéchal. Je lui disais qu'il devait se calmer, mais il en remettait. Et il m'encourageait, "accroche-toi, accroche-toi, t'as juste à me suivre, je vais faire le reste". » Ils ne sont plus que seize et Alaphilippe descend à la voiture, il veut jouer le sprint pour Sénéchal. « Mais tu te fous de ma gueule ?», l'engueule Voeckler.
À 17 km de l'arrivée, c'est fini, Alaphilippe est seul au monde. On dit alors que le peuple belge se prosterne, mais c'est faux, il est conspué dans le final. « Dans le protocole d'arrivée, il me dit de faire passer le message que d'avoir été hué quand il était seul, c'est grâce à ça qu'il est champion du monde, tellement ça lui a redonné de la force, raconte le sélectionneur. Évidemment, je ne l'ai pas dit... » Autant ne pas gâcher ce moment de grâce.
Dans leur petit hôtel de la grande banlieue bruxelloise, les fûts de blonde sont vite vides, on se rabat sur une brune qui râpe le gosier. Le plan diabolique a fonctionné et la doublette Alaphilippe-Voeckler, son alchimie, est bien sûr l'autre pilier de cette ère.
Le puncheur aura connu trois sélectionneurs, Bernard Bourreau en papa poule, Cyrille Guimard en père fouettard et Thomas Voeckler son grand frère. « La première image qui me revient des débuts, c'est lui à poil dans la douche après le Mondial dans le Yorkshire (2019), épais comme un moineau, après une journée sous la flotte, et il s'excuse auprès de moi de ne pas avoir pu faire mieux », se souvient ce dernier. Voeckler ne pouvait trouver meilleur leader pour appliquer sa philosophie, Alaphilippe meilleur sélectionneur pour le comprendre.
«Je pense qu'on a en commun
d'être écorché s à l'intérieur»
- THOMAS VOECKLER
«C'est l'addition des deux qui a fait tout ça, confirme Julien Bernard. Julian savait parler à Thomas, Thomas à Julian. » Laporte: « Thomas arrivait à le canaliser et à le focaliser sur les moments importants de la course». Il est aussi aux petits oignons en dehors. « Il y avait une complicité extrême, jusqu'à trente secondes du départ », juge Voeckler. Avant un grand rendez-vous, Alaphilippe lui demande d'examiner sa « patte ». « Je devais lui dire si c'était bon ou s'il fallait qu'il bouffe. Il fallait qu'il ait la patte pleine, pour qu'il sente qu'il a de la force, pas qu'il soit trop affûté. »
Est-ce qu'il lui mentait parfois? « Ouais », rigole Voeckler, qui évolue par moments sur une ligne de crête entre son amour pour son coureur et l'intérêt supérieur. Il explique: « J'ai toujours fait la différence entre l'affection que je ressentais pour lui et le boulot, j'ai toujours fait gaffe à être objectif, j'étais le premier à être sévère avec lui »>». Les sélections d'Alaphilippe n'étaient ainsi pas acquises avant les Jeux Olympiques en 2024, ou l'an passé avant le Mondial de Kigali. Les deux hommes partagent de toute manière un lien indestructible. « Je pense qu'on a en commun d'être écorchés à l'intérieur, confie Voeckler. On s'est retrouvés là-de dans. On n'en parlait pas, je ne sais pas si lui le sentait, mais moi, oui, parce qu'on le sait. Déconner, fédérer, c'était aussi un moyen de se libérer la tête, de penser à autre chose. »
Accomplir de grandes choses ensemble pour oublier les tourments du quotidien. « Ce qu'a réalisé Julian, ça a fait du bien au vélo français à l'époque, en 2020 et en 2021, mais ça lui a aussi fait du bien en 2026, parce qu'il y a six ans, il a fait rêver pas mal de jeunes qui, aujourd'hui, sont de grands coureurs, conclut Julien Bernard. Il a inspiré les gens et fait de la France une nation crainte, c'est tout ça son héritage. » Julian Alaphilippe n'est plus là mais, dimanche, sur le circuit de Montréal, sa flamme brillera toujours en Paul Seixas et chacun des Bleus.
Julian Alaphilippe célèbre avec ses coéquipiers de l'équipe de France son deuxième titre de champion du monde, remporté le 26 septembre 2021 à Louvain, en Belgique.
Alaphilippe pose avec Thomas Voeckler, le sélectionneur des Bleus, qui a été un acteur majeur de ses succès sous le maillot tricolore.
***
Sia nel 2020 a Imola (nella foto a fianco) che nel 2021 a Lovanio, in Belgio (nella foto sotto),
Julian Alaphilippe si è imposto ogni volta in solitaria conquistando la maglia iridata.
IL SUO SOGNO BLU
Nel 2016 aveva conquistato la sua prima medaglia con la nazionale francese, classificandosi secondo ai Campionati Europei di Plumelec, dietro a Peter Sagan.
Con la fine della sua carriera si è conclusa anche l’avventura di Julian Alaphilippe nella nazionale francese. Un periodo di gloria caratterizzato da uno spirito di gruppo irresistibile, spensieratezza e un pizzico di magia, che ora costituiscono l’eredità di Paul Seixas e della sua generazione.
25 settembre 2026 - L'Équipe
DEL NOSTRO INVIATO SPECIALE ALEXANDRE ROOS
MONTREAL (CAN) - È strano non vederlo sfrecciare dappertutto questa settimana, un'assenza che ai Mondiali non si registrava dai tempi di Bergen 2017, ma che Thomas Voeckler dice di non sentire davvero. «Mi sono assuefatto all’idea», sospira il commissario tecnico. In piena estate, prima che questi annunciasse il ritiro, Voeckler aveva proposto al suo «Loulou» di indossare la maglia blu un’ultima volta, ai Campionati Europei in Slovenia, ma Julian Alaphilippe, con il suo tipico modo di fare, aveva tagliato corto. «È gentile da parte tua, amico, ma non ne sono più in grado».
L’anima della nazionale francese se n’è andata, ma il suo spirito è ancora lì, e Pavel Sivakov, custode di questa eredità, ha raccontato mercoledì che i nuovi Bleus avevano parlato del due volte campione del mondo sin dall’inizio del ritiro, e che sentiva che la sua gioia di vivere continuava a esistere attraverso i suoi eredi. Mercoledì c’erano molte risate e battute, e Alaphilippe sarebbe stato orgoglioso di sentire quelle fragorose risate.
Aveva costruito la sua “casa blu” proprio su queste fondamenta: la semplicità dei rapporti umani, le cazzate, le prese in giro, e tutto ciò aveva creato un universo in cui ognuno sarebbe stato pronto a morire per l’altro. Non appena Voeckler apriva il gruppo WhatsApp per un nuovo raduno, «Alaf» lo inondava di messaggi, battute e stronzate, al punto che a volte il selezionatore doveva calmarlo.
«Il gruppo e le persone erano molto importanti per lui,
amava vivere appieno il momento presente»
- CHRISTOPHE LAPORTE
Tutti i suoi ex compagni di squadra lo sottolineano innanzi tutto. Christophe Laporte, con cui ha condiviso la leadership a Wollongong (Australia) nel 2022: «Il gruppo e l’aspetto umano erano molto importanti per lui, amava vivere appieno il momento presente»; Florian Sénéchal, secondo classificato a Lovanio nel 2021: «Era un fascio di nervi»; Anthony Roux, che lo ha affiancato nelle prime convocazioni, in particolare a Innsbruck 2018, dove Alaphilippe era arrivato come favorito: «Non era necessariamente un leader nel suo comportamento giù di bici, ma guidava il gruppo con facilità»; oppure Julien Simon, che insieme con lui ha esordito in nazionale, nel 2015 a Richmond: «Le sue doti e la sua semplicità facevano sì che tutto fosse naturale e non è mai cambiato, nonostante i successi».
«L’anima era la fluidità all’interno del gruppo con tutti», completa Voeckler. «Era un unificatore involontario. Senza volerlo, ognuno si sentiva preso in considerazione. Anche se non conosceva la persona, si comportava come se la conoscesse da dieci anni, mentre poteva capitare che nemmeno ne sapesse il nome. E poi vedeva sempre il lato positivo delle cose. Non si lamentava mai».
«Julien Bernard è stato uno dei suoi sherpa lungo il percorso e anche lui ne ricorda “la simpatia”, “il suo fare da collante”. “Julian non era un corridore esigente, un divo, era un corridore molto semplice”, spiega il figlio di Jean-François. La cosa di cui aveva più bisogno era un buon gruppo intorno a sé, persone di cui si fidava e, partendo da lì, era «ci siamo con le nostre armi e non ne servono molte per esistere». Aveva solo bisogno che tutti credessero in lui».
Trovare rassicurazione nel contatto con gli altri, sentire il calore di una famiglia e del cameratismo. Dietro le piroette e gli scherzi, Alaphilippe aveva semplicemente bisogno di amore. «A volte mi diceva cose in cui non credeva solo per farsi confortare da me», spiega Voeckler. Prima dei Mondiali di Lovanio, durante il Giro di Gran Bretagna, il puncher aveva chiamato l’alsaziano, preoccupato, perché veniva battuto da Wout Van Aert. Voeckler lo aveva rassicurato: «Ti conosco, hai ancora margini».
Imola è stato un terremoto,
che ha scosso il mondo di Alaphilippe
Il seguito è noto. Nel 2020, Voeckler aveva percepito l’elettricità nell’aria già durante il Tour de France, disputato a fine estate a causa del Covid. Dalla moto di France Télévisions, vedeva il suo pupillo riprendersi dalle fughe nella seconda metà della gara e fargli l’occhiolino. Aveva quindi allertato la Federazione. Bisognava tenersi pronti per affiancarlo al meglio. Alaphilippe lo aveva chiamato durante il secondo giorno di riposo: voleva passare a Imola non appena fosse arrivato a Parigi. Era il segnale che era pronto.
In Italia lo attendeva un appartamento, il suo rifugio da cui lanciare la missione. Durante il sopralluogo, aveva mostrato a Voeckler il punto esatto in cui avrebbe attaccato. Sapeva che avrebbe vinto. La mattina della gara, si avvicina alla linea di partenza e si accorge che il suo sensore di potenza non funziona. Voeckler cerca di nascondere il panico, cerca una soluzione, gli propone di fare due giri di pista su un’altra bici, il tempo di ricaricare la batteria. «A me non importa, è soprattutto per Franck (suo cugino e allenatore)», gli risponde Alaphilippe, spensierato a pochi minuti dalla partenza, sostenitore di un ciclismo alla vecchia maniera, romantico, «d’istinto e non di strategia», come lo riassume Laporte.
Partirà per la sua caccia all’arcobaleno senza sensore e decollerà proprio là dove aveva previsto. Voeckler si è rifugiato all’arrivo, isolato dietro una barriera, commosso, nel mezzo dell'autodromo “Enzo e Dino Ferrari” fatiscente e vuoto a causa della pandemia. Erano ventitré anni che un francese non vinceva il Mondiale, dai tempi di Laurent Brochard. Imola è stata un terremoto, che ha scosso il mondo di Alaphilippe e il nostro, e mentre lui saliva sull’aereo il giorno dopo, ci aveva confidato di aver pianto leggendo L’Équipe quella mattina.
La coppia con Voeckler,
l’altro pilastro di questa èra
L'anno dopo, è ancora più forte, ma su un circuito che gli si addice meno. Voeckler mette in scena il suo arrivo in Belgio, in costume da bagno per accogliere il suo campione. L’immagine è leggendaria. «Volevo farci passare per turisti, mostrarci presuntuosi o soddisfatti di ciò che avevamo ottenuto l’anno precedente», sorride il boss dei Bleus.
Alaphilippe assomiglia ad Alex Turner degli Arctic Monkeys, a una rockstar. Il duo è al culmine della gloria. Florian Sénéchal divide la stanza con il suo capitano e, una sera, li ascolta mentre lui e Voeckler gli spiegano nei dettagli il piano. In sostanza, attaccare a -180 km dall’arrivo, con «Senech’» che deve risparmiarsi in caso di volata. Durante il sopralluogo, Voeckler minaccia i suoi corridori: «Se in quel punto rimangono più di 80 corridori nel gruppo, io me ne vado, arrangiatevi da soli». «Era pazzesco», ride il ragazzo del nord, «io dicevo loro che erano pazzi, avevo persino paura, ma loro erano così convinti».
Il giorno della gara, Benoît Cosnefroy accende la prima miccia. A -180 km. Nel finale i francesi sono in forze: Valentin Madouas per lavorare, Sénéchal per lo sprint, Alaphilippe come guastatore. «Quando ho visto la sparata che ha dato sulla prima salita, ho capito che avrebbe vinto», continua Sénéchal. «Gli dicevo che doveva darsi una calmata, ma lui continuava a spingere. E mi incoraggiava: “Tieni duro, tieni duro, devi solo seguirmi, al resto penso io”». Sono rimasti solo sedici e Alaphilippe rallenta per raggiungere il van, vuole giocare lo sprint per Sénéchal. «Ma mi prendi per il culo?», gli urla contro Voeckler.
A -17 km dal traguardo, è finita: Alaphilippe è solo al mondo. Si dice che il popolo belga si prostrasse davanti a lui, ma non è vero: nel finale venne fischiato. «Al traguardo, mi ha chiesto di far sapere che è stato proprio il fatto di essere stato fischiato mentre era da solo a renderlo campione del mondo, perché gli ha dato una carica straordinaria», racconta il commissario tecnico. «Ovviamente non l’ho detto...» Meglio non rovinare quel momento di gloria.
Nel loro piccolo hotel nella grande periferia di Bruxelles, i fusti di birra bionda si svuotano in fretta, si passa a una scura che graffia la gola. Il piano diabolico ha funzionato e la coppia Alaphilippe-Voeckler, con la sua alchimia, è ovviamente l’altro pilastro di quell’èra.
Il puncheur ha avuto tre direttori sportivi: Bernard Bourreau, il papà protettivo; Cyrille Guimard, il padre severo; e Thomas Voeckler, il fratello maggiore. «La prima immagine che mi torna in mente degli esordi è lui nudo sotto la doccia dopo i Mondiali nello Yorkshire (2019), magro come un passero, dopo una giornata sotto la pioggia, e che si scusa con me per non essere riuscito a fare di meglio», ricorda quest’ultimo. Voeckler non avrebbe potuto trovare leader migliore per mettere in pratica la sua filosofia, né Alaphilippe un selezionatore migliore per capirlo.
«Penso che abbiamo in comune
il fatto di essere interiormente tormentati»
- THOMAS VOECKLER
«È stata la somma di questi due fattori a determinare tutto questo», conferma Julien Bernard. «Julian sapeva come parlare a Thomas, e Thomas a Julian». Laporte: «Thomas riusciva a incanalarlo e a concentrarlo sui momenti importanti della gara». Anche fuori della gara lo coccolava. «C’era un’intesa straordinaria, fino a trenta secondi dalla partenza», afferma Voeckler. Prima di un grande appuntamento, Alaphilippe gli chiedeva di esaminargli la «gamba». «Dovevo dirgli se andava bene o se doveva mangiare. Doveva avere la gamba piena, per sentire di avere forza, senza essere troppo affaticato».
A volte gli mentiva? «Sì», ride Voeckler, che a volte si muoveva sul crinale tra il debole per il suo corridore e l’interesse superiore. Spiega: «Ho sempre tenuto separati l’affetto che provavo per lui e il lavoro, ho sempre fatto attenzione a cercare di essere obiettivo, ero il primo a essere severo con lui». La convocazione di Alaphilippe non era quindi scontata prima delle Olimpiadi del 2024, né l’anno scorso prima dei Mondiali di Kigali. I due condividono comunque un legame indissolubile. «Penso che abbiamo in comune il fatto di essere stati feriti dentro», confida Voeckler. Ci siamo ritrovati proprio là. Non ne parlavamo, non so se lui lo percepisse, ma io sì, perché lo sappiamo. Scherzare, stare insieme, era anche un modo per liberare la mente, per pensare ad altro.»
Realizzare grandi cose insieme per dimenticare le preoccupazioni della vita quotidiana. «Ciò che Julian ha realizzato ha fatto bene al ciclismo francese all’epoca, nel 2020 e nel 2021, ma gli ha fatto bene anche nel 2026, perché sei anni fa ha fatto sognare molti giovani che oggi sono grandi corridori», conclude Julien Bernard. Ha ispirato le persone e ha reso la Francia ciclistica una nazione temuta: ecco qual è la sua eredità». Julian Alaphilippe in nazionale non c’è più, ma domenica, sul circuito di Montréal, la sua fiamma continuerà a brillare in Paul Seixas e in ciascuno dei Bleus.
Julian Alaphilippe festeggia con i compagni della nazionale francese il suo secondo titolo mondiale, conquistato il 26 settembre 2021 a Lovanio, in Belgio.
Alaphilippe posa con Thomas Voeckler, il commissario tecnico dei Bleus, che è stato una figura chiave dei suoi successi con la maglia tricolore.

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