UN TOURBILLON


En l’absence de Tadej Pogačar, double champion du monde en titre, les candidats au maillot arc-en-ciel vont jouer des coudes sur le parcours plutôt sélectif de Montréal. Le Belge Remco Evenepoel se présente en favori et le Français Paul Seixas a une bonne carte à jouer.

GONFLÉS À BLOC

27 Sep 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

MONTRÉAL (CAN) – Le voici le matin de tous les tressaillements, de la plus grande course de l’année, ce refuge désuet du cyclisme qu’on aime tant, un cocon de résistance à la modernité, à l’inondation du pognon et à la robotisation des coureurs, où tout est un peu imparfait mais plus authentique, où les équilibres sont éphémères et donc fragiles, où tout peut se dérégler et s’effondrer en une seconde.

La course à l’arc-en-ciel a toujours été le royaume de l’indécision et de la fébrilité, un paysage impressionniste où les lignes sont floues, le décor vaporeux, les couleurs nouvelles. Nos repères y sont brouillés, le ronronnement de notre routine brisé. C’est une rivière où l’on s’avance dans la brume, avec prudence, on tente d’y voir plus clair, on clapote, on sonde les courants. Au loin, on entend le bouillonnement d’une cascade, un tumulte qui nous effraie mais nous attire, nous magnétise. Unflot inexorable qui nous emporte jusqu’au dimanche du Championnat, grignote nos nuits, emplit nos rêveries, jusqu’au dernier tour de circuit où tous nos doutes seront dissipés, où l’évidence nous apparaîtra.

La vacance du pouvoir de Pogačar
est une occasion en or pour beaucoup

L’édition de Montréal est, dans cette perspective, un modèle du genre, une quintessence de Championnat du monde, tant on ne sait jauger ni sa difficulté ni les niveaux de loyauté entre ses prétendants. Les incertitudes qui enveloppent ce Mondial reposent sur deux piliers, l’absence de Tadej Pogačar et un parcours dur mais pas trop, entre chiens et loups, entre puncheurs et grimpeurs, même si les courses des autres catégories, cette semaine, ont montré des combats âpres.

Dans une ville du hockey où on aime « jeter les gants » sur la glace pour mettre des gnons, c’est un peu le programme qui attend aujourd’hui les prétendants. Le forfait du double champion du monde en titre a ouvert le champ des possibles, élargi le nombre des candidats, mais on n’en connaît pas encore toutes les ramifications, notamment psychologiques. Ainsi, on ne sait pas si cela va débrider ou engourdir la course, ankyloser ou libérer les favoris, habitués à s’appuyer sur l’hyper domination du Slovène, à se laisser bercer, ou plutôt secouer, par son tempo, à renoncer plutôt qu’à agir. La vacance du pouvoir est une occasion en or, inespérée dans ce règne sans partage, mais cela ne va-t-il pas paralyser certains, les empêcher de tout risquer pour gagner et conduire à un enlisement, à une course plus attentiste?

Cela peut concerner en premier lieu Remco Evenepoel, le favori de ce Mondial. Bien qu’on ne lui connaisse pas beaucoup d’états d’âme au moment de sortir les couteaux, le Belge est dans une position nouvelle, alors qu’à Kigali l’an passé, il avait activé la fonction survie dans le sillage de Pogacar (2e). Il a toutes les armes pour dompter ce circuit, tactiquement il n’a pas à inventer grand-chose puisque même un sprint en petit comité peut lui être favorable, mais son statut de favori implique des responsabilités, que ses rivaux ne manqueront pas de lui rappeler si tout devenait incontrôlable. Le champion du monde 2022 doit aussi surveiller sa propre maison car on

ne croit pas une seconde que l’entente avec Wout Van Aert sera naturelle, que les deux leaders seront transcendés par le sens du sacrifice et la recherche du bien commun. La trahison est davantage dans le patrimoine génétique des Belges au Mondial, une longue tradition, et au fond d’eux, chacun sera déterminé à jouer sa carte et à profiter de la moindre occasion de prendre la main. Ces pressions de nature diverse sont une faille potentielle dans l’armure d’Evenepoel, qui peut dérailler si les vents sont contraires.

Sur le papier, l’avantage est aux grimpeurs

Van Aert a bien sûr beaucoup d’arguments sur ce tracé, mais tout dépendra de comment il est appréhendé. Le rythme dans les trois bosses du circuit et le moment où la bagarre va s’enclencher vont faire le tri entre les grimpeurs et les puncheurs, à l’exception peut-être, dans cette dernière catégorie, de Van Aert justement et de Mathieu van der Poel, qu’on sait pouvoir survivre à tout, surtout dans une course de 270 km. Quand on a vu comment le pur-sang néerlandais était affûté, la ligne de mâchoire nette, on a compris qu’il n’était pas là pour beurrer les toasts.

Il y aura moins de tours de circuit que lors du Grand Prix de Montréal – 12 contre 16 –, moins de dénivelé aussi, avec une longue partie en ligne, plus de 100 km, qui va diluer la difficulté, mais rien ne dit que l’intensité ne sera pas plus élevée d’entrée. L’intuition donne un avantage sur le papier aux grimpeurs, d’autant qu’on sent que les Français vont vouloir tout faire exploser dès l’entrée sur le circuit, pour élaguer le terrain et permettre à Paul Seixas de s’envoler plus loin.

Le leader des Bleus ne doit pas en faire trop, comme on a pu le voir à Montréal il y a deux semaines, ne pas surcourir. Ce n’est pas son rôle, même s’il devra se découvrir à un moment s’il veut être champion du monde. C’est fou comme on s’est habitués rapidement, que plus personne ne tique, et lui non plus d’ailleurs, quand il déclare à 20 ans que son objectif est de rapporter le maillot, tant sa carrière est un accélérateur temporel qui nous a transportés dans des galaxies qu’on ne pensait pas explorer si tôt.

Un choc de générations entre les jeunots 
et les coriaces rompus à la brutalité d’un Mondial

Mais il ne faut pas oublier que tous les boulons ne sont pas encore serrés pour Seixas, et que le Mondial est un test de résistance ultime. Les hommes de Thomas Voeckler ont intérêt à ouvrir la course de bonne heure, mais pas seuls, et c’est un autre scénario qui pourrait amener le Championnat à s’encroûter, si les Français estiment que les Belges n’en font pas assez, ou l’inverse. Sur un circuit urbain si rapide, sans respiration, où les trous sont très durs à boucher et le positionnement donc essentiel, il faudra surveiller le dossard de Tom Pidcock et voir comment les nations, avec une belle densité mais pas de tête qui dépasse, vont s’activer, les Italiens des Giulio, Ciccone et Pellizzari, les Espagnols avec leur doublette Mas-Ayuso et surtout les Américains, autour de Quinn Simmons, qui ont des bonnes têtes de perturbateurs.

Isaac del Toro en revanche ne va pas créer le chaos, il n’en a aucun besoin. Son équipe est faible, mais c’est presque un avantage et il pourra toujours trouver sur son chemin quelques équipiers isolés de chez UAE. Il n’a qu’à suivre les mouvements, attendre le dernier tour, dans la côte Camillien-Houde ou dans ce sprint en bosse troublant, et remporter un Championnat du monde comme Rui Costa, à Florence, en 2013.

Une autre ligne de fracture traverse le Mondial montréalais, un choc de générations, d’expérience, entre les jeunots del Toro, Seixas, et les coriaces rompus à la brutalité d’un Championnat du monde. Mathieu van der Poel rappelait d’ailleurs cette semaine, malicieux, que le maillot irisé qu’il a déjà à la maison lui permettra de prendre les bonnes décisions dans le final. Dans la Légende des siècles, Victor Hugo écrivait : « Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens/Mais, dans l’oeil du vieillard, on voit de la lumière. » Qui verra la lueur au bout de la bataille ? Nous le découvrirons tout à l’heure, dans la soirée en France, au bout d’un Mondial qui nous aura emportés dans son torrent.


De gauche à droite : Wout Van Aert, Paul Seixas, 
Remco Evenepoel, Mathieu van der Poel et Isaac del Toro.

***

UN VORTICE

In assenza di Tadej Pogačar, due volte campione del mondo in carica, i candidati alla maglia arcobaleno si daranno battaglia sul percorso piuttosto selettivo di Montréal. Il belga Remco Evenepoel parte come favorito e il francese Paul Seixas ha buone carte da giocare.

CARICHI A TUTTA

27 settembre 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

MONTREAL (CAN) – Eccoci qui, alla vigilia della più emozionante gara dell’anno, questo rifugio d’altri tempi del ciclismo che tanto amiamo , un bozzolo di resistenza alla modernità, all’inondazione di soldi e alla robotizzazione dei corridori, dove tutto è un po’ imperfetto ma più autentico, dove gli equilibri sono effimeri e dunque fragili, dove tutto può andare fuori giri e crollare in un attimo.

La corsa all’arcobaleno è sempre stata il regno dell’indecisione e della febbrilità, un paesaggio impressionista dove le linee sono sfocate, lo scenario vaporoso, i colori nuovi. I nostri punti di riferimento vi sono confusi, il ronzio della nostra routine si spezza. È un fiume in cui ci si avventura nella nebbia, con cautela, cercando di vedere più chiaramente, sciabordando, sondando le correnti. In lontananza, si sente il fragore di una cascata, un tumulto che ci spaventa ma ci attira, ci magnetizza. Una corrente inarrestabile che ci trascina fino alla domenica del Campionato, rosicchia le nostre notti, riempie i nostri sogni a occhi aperti, fino all’ultimo giro del circuito dove tutti i nostri dubbi saranno dissipati, dove l’evidenza ci apparirà chiara.

Il vuoto di potere lasciato da Pogačar
rappresenta per molti un’occasione d’oro

L’edizione di Montréal è, in questa prospettiva, un modello del genere, la quintessenza di un Campionato del Mondo, tanto è difficile valutarne sia la difficoltà sia i livelli di competitività tra i contendenti. Le incertezze che avvolgono questo Mondiale poggiano su due pilastri: l’assenza di Tadej Pogačar e un percorso duro ma non troppo, all'ora del crepuscolo, tra puncher e scalatori, anche se le gare delle altre categorie, questa settimana, hanno mostrato battaglie aspre.

In una città di hockey dove si ama «gettare i guanti» sul ghiaccio per sferrare qualche pugno, è un po’ questo il programma che attende oggi i contendenti. Il forfait del doppio campione del mondo in carica ha aperto il campo delle possibilità, ampliato il numero dei candidati, ma non se ne conoscono ancora tutte le ramificazioni, in particolare quelle psicologiche. Non si sa, infatti, se ciò renderà la gara più sfrenata o più fiacca, se bloccherà o libererà i favoriti, abituati a fare affidamento sul dominio assoluto da parte dello sloveno, a lasciarsi cullare – o meglio, scuotere – dal suo ritmo, a rinunciare piuttosto che agire. Il vuoto di potere è un’occasione d’oro, insperata in questo regno incontrastato, ma non rischia forse di paralizzare alcuni, impedendo loro di rischiare il tutto per tutto per vincere e portando a una situazione di stallo, a una gara più attendista?

Questo può riguardare in primo luogo Remco Evenepoel, il favorito di questo Mondiale. Sebbene non sia noto per avere molti ripensamenti quando si tratta di dare il massimo, il belga si trova in una posizione nuova, mentre a Kigali lo scorso anno aveva attivato la modalità “sopravvivenza” (2°) sulla scia di Pogačar. Ha tutte le carte in regola per dominare questo circuito; dal punto di vista tattico non deve inventarsi granché, dato che anche uno sprint in gruppo ristretto può giocargli a favore, ma il suo status di favorito comporta delle responsabilità, che i suoi rivali non mancheranno di ricordargli se la situazione dovesse sfuggire di mano. Il campione del mondo 2022 deve anche stare attento alla propria squadra, perché non crediamo neanche per un secondo che l’intesa con Wout Van Aert sarà naturale, né che i due leader saranno animati dallo spirito di sacrificio e dalla ricerca del bene comune. Il tradimento è più radicato nel patrimonio genetico dei belgi ai Mondiali, una lunga tradizione, e nel profondo del loro cuore, ognuno sarà determinato a giocare la propria carta e ad approfittare della minima occasione per prendere il comando. Queste pressioni di varia natura rappresentano una potenziale falla nell’armatura di Evenepoel, che potrebbe deragliare se i venti fossero contrari.

Sulla carta, il vantaggio è degli scalatori

Van Aert ha molti punti a suo favore su questo percorso, ma tutto dipenderà da come verrà affrontato. Il ritmo sulle tre salite del circuito e il momento in cui si scatenerà la battaglia faranno la differenza tra scalatori e puncheur, con l’eccezione forse, in quest’ultima categoria, proprio di Van Aert e di Mathieu van der Poel, che sappiamo essere in grado di resistere a tutto, soprattutto in una gara di 270 km. Quando abbiamo visto quanto fosse in forma il purosangue neerlandese, con la mascella ben definita, abbiamo capito che non era lì per spalmare il burro sui toast.

Ci saranno meno giri di circuito rispetto al Gran Premio di Montréal – 12 contro 16 –, meno dislivello, con un lungo tratto in pianura, oltre 100 km, che attenuerà la difficoltà, ma nulla garantisce che l’intensità non sarà più elevata fin dall’inizio. Il pronostico dà un vantaggio sulla carta agli scalatori, tanto più che si avverte che i francesi vorranno far esplodere tutto fin dall’ingresso sul circuito, per sfoltire il gruppo e permettere a Paul Seixas di staccarsi ulteriormente.

Il capitano dei Bleus non deve esagerare, come si è visto a Montréal due settimane fa, non deve spingere troppo. Non è il suo ruolo, anche se a un certo punto dovrà mettersi alla prova se vuole diventare campione del mondo. È incredibile quanto ci siamo abituati in fretta, al punto che nessuno batte ciglio più – e nemmeno lui, del resto – quando, a 20 anni, dichiara che il suo obiettivo è portare a casa la maglia, tanto la sua carriera è un acceleratore temporale che ci ha trasportati in galassie che non pensavamo di esplorare così presto.

Uno scontro generazionale tra i giovani
e i veterani temprati dalla brutalità di un Mondiale

Ma non bisogna dimenticare che per Seixas non tutto è ancora ben saldo, e che il Mondiale è la prova di resistenza definitiva. Gli uomini di Thomas Voeckler farebbero bene ad aprire la gara fin dall’inizio, ma non da soli, ed è proprio questo scenario che potrebbe far impantanare il Campionato, se i francesi ritenessero che i belgi non stiano facendo abbastanza, o viceversa. Su un circuito urbano così veloce, senza tregua, dove i buchi sono molto difficili da colmare e il posizionamento è quindi fondamentale, bisognerà tenere d’occhio il pettorale di Tom Pidcock e vedere come si muoveranno le nazionali, con una buona densità ma senza una testa che spicca, gli italiani di Giulio, Ciccone e Pellizzari, gli spagnoli con la loro coppia Mas-Ayuso e soprattutto gli statunitensi, guidati da Quinn Simmons, che hanno ottimi corridori in grado di creare scompiglio.

Isaac del Toro, invece, non creerà il caos: non ne ha affatto bisogno. La sua squadra è debole, ma questo è quasi un vantaggio e potrà sempre trovare sul suo percorso qualche gregario isolato della UAE. Non deve fare altro che seguire le mosse, aspettare l’ultimo giro, sulla salita di Camillien-Houde o in quello sprint in salita così insidioso, e aggiudicarsi un Campionato del Mondo come fece (il portoghese, ndr) Rui Costa a Firenze nel 2013.

Un’altra linea di frattura attraversa il Mondiale di Montréal: uno scontro generazionale, di esperienza, tra i giovani del Toro e Seixas e i veterani temprati dalla brutalità di un Campionato del Mondo. Mathieu van der Poel ha del resto ricordato questa settimana, con malizia, che la maglia iridata che ha già a casa gli permetterà di prendere le decisioni giuste nel finale. Nella «Leggenda dei secoli», Victor Hugo scriveva: 

«E si vede la fiamma negli occhi dei giovani / 
Ma, negli occhi del vecchio, si vede la luce». 

Chi vedrà il bagliore alla fine della battaglia? Lo scopriremo tra poco, in serata in Francia, al termine di un Mondiale che ci avrà travolti nel suo torrente.

Da sinistra a destra: Wout Van Aert, Paul Seixas,
Remco Evenepoel, Mathieu van der Poel e Isaac del Toro.

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