Emmanuel Seixas: « Il est lié au vélo à vie »
Paul Seixas et son père, Emmanuel,
lors de la Flèche Wallonne le 22 avril.
Le père de Paul Seixas revient sur cette saison dingue conclue par un premier Monument remporté, le Tour de Lombardie, samedi.
"Après la deuxième semaine (du Tour de France),
il a commencé à avoir du stress parce que, parfois,
il avait peur d’être poussé par les gens
dans les ascensions et de tomber"
"Son rêve, c’est de gagner le Tour un jour,
et il n’est pas près d’y arriver,
car c’est gigantesque"
13 Oct 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
La famille Seixas a vécu le premier Monument remporté par le fils Paul, à distance, près de Zurich, où l’autre cycliste du clan, le petit frère Nino, a terminé 6e du cyclocross de Steinmaur chez les juniors, « sous la pluie, en train de nettoyer les vélos » , sourit le papa, Emmanuel. Non pas que ce dernier ne croyait pas à la victoire de son aîné en Lombardie, au contraire, mais avec son épouse Emmanuelle, ils ont appris à accompagner la passion de leurs enfants avec un certain détachement, bluffés néanmoins par la saison à huit victoires du coureur de Decathlon-CMA CGM, « toutes incroyables » .
« Quel est le succès de votre fils Paul qui vous a le plus touché?
Sa première victoire de la saison en Algarve ( lors de la 2e étape). C’était une délivrance car il avait envie de gagner le plus vite possible, il s’était entraîné dur pour y arriver. Quand on a vu le calendrier, on pensait que cela allait être compliqué et qu’une seule victoire, ce serait déjà incroyable. Et il y en a eu huit. Mais, au début, on ne comprenait pas où il allait, on pensait que ce serait plus simple sur une Mercan’Tour ( Classic Alpes-Maritimes) par exemple, où il aurait pu se faire la main. Quand on a vu la start-list du Tour d’Algarve, on s’est demandé comment il allait faire pour battre un Joao Almeida qui nous semblait tellement fort. Lui était confiant, il n’avait pas tort. Il a débloqué quelque chose.
Sa saison a-t-elle connu un autre tournant?
Les Strade Bianche (2e derrière Tadej Pogacar mais devant Isaac Del Toro) ont été un moment important. Ce n’est pas un Monument mais si on peut y jouer un top 10, c’est exceptionnel. Il nous a expliqué qu’il avait eu du mal à lire Isaac Del Toro car il n’exprime aucune émotion, il ne montre rien quand il est dans le rouge. Paul regarde beaucoup ses adversaires, il les ressent au souffle.
Terminer deuxième ou troisième a une importance pour lui ou seule la première place l’intéresse, mêmequand Tadej Pogacar est présent?
Il n’aime pas abandonner, mêmedernier il se battra. Mais il aime gagner, le reste ne compte pas. Et il veut s’imposer contre des adversaires de très haut niveau. Quand il dit “je veux gagner”, cela nous fait peur car, pour lui, 2e, 3e, 10e, c’est pareil, il a perdu. Perdre commeaux Championnats du monde ( 15e), cela l’agace vraiment. Même un podium au Canada, il aurait été déçu, cela aurait été horrible pour lui. C’était soit le maillot, soit rien. On l’a vu, il s’autoflagelle, c’est sa façon d’expulser mais après il passe à autre chose. Il préfère perdre pour apprendre.
Il a connu aussi des moments difficiles, sa chute au Tour Auvergne-Rhône-Alpes et son abandon…
On a eu peur le jour J, on n’avait pas de nouvelles, pas d’images. Mais dès le lendemain, c’était fini. Il avait mal partout mais il allait bien. C’est de sa faute aussi, il sait qu’il a pris des risques, il jouait un peu trop avec le feu. Cette saison, il a appris deux ou trois petites choses et cela lui a été bénéfique. Au Lombardie, dans les descentes, il a pris moins de risques déjà, il a géré.
Avez-vous eu peur que cette chute remette en cause sa première participation au Tour de France?
Il a passé une semaine avec nous, il a souffert, il a essayé de s’entraîner mais il ne pouvait pas. L’équipe l’a vraiment accompagné au jour le jour. Le problème, c’est qu’il est retombé la veille du chrono par équipes de Barcelone, il a glissé sur les rails du tramway et il s’est rouvert toutes les plaies. Cela a été caché pour ne pas prévenir les adversaires mais c’était dur. Malgré tout, il était au top niveau physiquement, cela n’a rien changé au résultat.
Comment l’a-t-il abordé psychologiquement?
Il s’est protégé le plus possible des sollicitations, il était dans sa bulle, concentré. Mais après la deuxième semaine, il a commencé à avoir du stress parce que, parfois, il avait peur d’être poussé par les gens dans les ascensions et de tomber. Cela devenait plus dur mentalement durant la troisième semaine. Les deux ou trois derniers jours, il était lessivé, il a pensé “il peut m’arriver des trucs”.
Il a surtout remporté son premier Monument en Lombardie, samedi !
C’est sa plus belle victoire et peut-être la plus logique, parce que si on le dépose au pied d’une bosse, il se passe ce qu’il se passe: c’est le meilleur qui gagne. Ce n’est pas commeune course ouverte qui se joue à des détails, un placement. Là, c’était évident.
Avec ce succès, a-t-il intégré le cercle des coureurs qui comptent vraiment maintenant?
S’il gagnait le Tour des Flandres ou LiègeBastogne-Liège, il serait encore dans un autre monde. Mais quand j’y pense, le chrono des Championnats du monde, derrière Remco Evenepoel et Filippo Ganna, sur du plat, c’est dément. Au-delà des victoires, cette médaille de bronze, c’est incroyable pour un grimpeur. Est-ce qu’il fait partie des grands? Peut-être, je ne sais pas. Je pense qu’il a encore tout à apprendre, des curseurs à augmenter, il le sait. Son rêve, c’est de gagner le Tour un jour, et il n’est pas près d’y arriver, car c’est gigantesque. Au Lombardie, il manquait Pogacar, le meilleur, et il ne pourra jamais savoir. S’il l’avait battu, il se serait dit, c’est bon, j’ai passé un palier. À Liège, on s’est mis à y croire dans la Rocheaux-Faucons, mais la réalité nous a rattrapés ( rires). Il était cuit et c’était bien qu’il perde. Il commence tout juste sa carrière, il aura encore plus de pression l’année prochaine.
Quand vous le voyez, heureux commeun enfant sur le podium à Côme, êtes-vous rassuré sur son état d’esprit, sa capacité à s’amuser encore?
Oui, il s’amuse sur le vélo. Après le Lombardie, il n’a pas voulu medire qu’il allait faire du VTT, au Roc d’Azur CIC, je l’ai appris par son équipe ( rires). Il aime le vélo un peu foufou mais c’était super qu’il fasse quelque chose qui lui plaît, commel’an dernier avec son tour du Mont-Blanc (323 kmet plus de 8000 mdedénivelé en octobre2025). Quand on lui a dit il y a un truc fun à faire… Mais il faut qu’il y ait un vélo. Il est lié au vélo à vie, c’est sa passion. »
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Une année de folie
4 - Paul Seixas va terminer la saison à la 4e place du classement UCI. Le dernier Français à avoir terminé aussi haut est Julian Alaphilippe en 2021.
6 - Le nombre de victoires de Seixas en World Tour cette année : aucun Français n’a fait mieux depuis Julian Alaphilippe en 2019 (9 succès). Paul Magnier avait aussi aligné six victoires World Tour l’an dernier.
9 - Paul Seixas a terminé sur le podium de deux Monuments sur une même saison (2e à Liège, 1er en Lombardie). Cela n’était pas arrivé pour un Français depuis neuf ans (Julian Alaphilippe 3e de Milan-San Remo et 2e en Lombardie en 2017).
19 - Avant la victoire de Paul Seixas au Tour du Pays Basque, il s’était passé dix-neuf ans sans qu’un Français ne remporte une course par étapes de niveau World Tour, soit depuis Christophe Moreau au Critérium du Dauphiné en 2007.
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