Le jaune à temps plein?
Jamais, depuis Jacques Anquetil en 1961, un coureur n’a régné en jaune de la première à la dernière étape. Mais le Slovène ne semble pas s’intéresser à cette quête malgré son envie débordante de remporter toutes les courses.
« Ce qui l’intéresse, c’est d’avoir le maillot jaune le dernier jour »
- ALEX CARERA, AGENT DE POGACAR
4 Jul 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
BARCELONE (ESP) - La couleur a beau être estivale et solaire, se balader en jaune du 4 au 26 juillet peut lasser. Pas seulement Tadej Pogacar, dont le défi serait à sa démesure, mais aussi le public. Le dernier à avoir phagocyté la course d’un bout à l’autre, le grand Jacques Anquetil en 1961, le vécut à son insu, sifflé lors de la dernière étape arrivée au Parc des Princes pour avoir éteint tout suspense dès le 25 juin (*).Jacques Anquetil a porté le maillot jaune tout au long du Tour de France qu’il a remporté en 1961. Personne n’a réalisé cette performance depuis.
Le Slovène, lui, a-t-il réellement envie d’entrer dans cette légende où l’on retrouve également Ottavio Bottecchia en 1924 et Romain Maes en 1935, un autre temps ? Pas certains selon ses proches, qui n’ont pas oublié son état psychologique à la fin de la Grande Boucle, l’an dernier. Miha Koncilija, son premier entraîneur chez les jeunes, aujourd’hui à la tête de la formation PogiTeam, pense que le challenge est « possible si, avec son équipe, ils estiment être assez forts pour tout contrôler mais c’est plus difficile que de gérer de temps en temps. Le problème, c’est le temps perdu au protocole ensuite, on a vu comment il avait terminé mentalement très fatigué. »
Mais au-delà de ce tunnel protocolaire et médiatique d’environ deux heures par jour à répéter vingt-et-une fois se pose la question de sa motivation et, sur ce point, le double champion du monde (2024, 2025) est toujours un peu compliqué à lire. Parfois, il veut marquer l’histoire de son sport (et donc battre tous les records), à d’autres moments, il semble se ficher totalement des performances des anciens.
« Les records, en général, ne l’intéressent pas. Lui veut juste gagner toutes les courses du calendrier. » Ce qui ressemble quand même à une quête comme pourrait l’être tout un été en jaune, une performance jamais réalisée dans le cyclisme moderne. Pas suffisant pour motiver « Pogi » selon l’agent: « Il lui a été demandé un jour s’il préférait gagner cinq fois le Tour de France ou les cinq Monuments et il avait répondu les Monuments parce qu’il a déjà gagné le Tour. Un cinquième, un sixième, cela n’a pas d’importance pour lui, comme de devenir champion du monde trois, quatre fois. Pour le Tour, ce qui l’intéresse, c’est d’avoir le maillot jaune le dernier jour, même s’il préfère l’avoir beaucoup de jours ( rires).
Au coeur de cette projection, il y a une dimension sportive que le manager général d’UAE Emirates XRG, Mauro Gianetti, n’oublie pas à l’heure d’aborder le contre-lamontre par équipes, particulièrement dense, même pour l’hégémonique formation émirienne (déjà 51 succès cette saison): gagner la première étape. « Il y a des équipes bien bâties pour s’imposer comme Lidl-Trek, Visma, Red Bull, Ineos… On veut réaliser le meilleur chrono possible mais avoir le maillot jaune de la première étape à la dernière, ce n’est pas important. Ce qu’on veut c’est un cinquième Tour et ce n’est déjà pas facile. »
Car la tunique se défend et son équipe y laisserait chaque jour un peu de jus. Miguel Indurain ne s’y trompait pas et, en 1992 et 1993, après avoir remporté les prologues et pris la tête du général, l’Espagnol, quintuple vainqueur de l’épreuve, laissait filer les échappées les jours suivants. Après six jours en jaune, Pogacar pourrait se laisser tenter après l’étape entre Pau et Gavarnie-Gèdre, le 9 juillet.
(*) Anquetil a porté le maillot jaune au soir de la première journée jusqu’à Paris, Darrigade ayant remporté la 1re demi-étape matinale.
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