Une équation à plusieurs inconnues
Disputer un premier grand Tour n’est jamais simple, encore plus sur la Grande Boucle. Paul Seixas va en découvrir toute la complexité.
4 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
BARCELONE (ESP) – Le réel, c’est quand on se cogne, d’accord, mais si le Tour de France s’embarrasse assez peu des préceptes lacaniens, c’est pourtant ce chemin tout tracé qui va s’offrir à Paul Seixas et ses 19 ans dès ce samedi. Cette course est un exercice hors du temps et des normes, les points de comparaison sont impossibles à tracer, elle fabrique des pièges et des écueils qui ne s’évitent quasiment pas. Le Français de Decathlon CMA CGM en aura devant lui très vite.Si l’attention des journalistes doit commencer à être une habitude pour lui, Paul Seixas va découvrir une pression médiatique qu’il n’a encore jamais connue.
L’effort de trois semaines
Deux fois huit jours de course au Tour Auvergne - Rhône-Alpes (exDauphiné) ces deux dernières années, six jours au Tour du Pays basque cette année, à l’UAE Tour et au Tour de l’Avenir en 2025: jamais Seixas n’est allé au-delà en compétition. Et les trois semaines d’un grand Tour sont une barrière floue. « Je veux voir comment ma récupération ira au bout de dix ou quinze jours. C’est une interrogation, mais ce n’est pas une crainte », glissait jeudi l’intéressé, qui a demandé cet hiver à organiser sa préparation, ses entraînements, ses intensités de manière à être capable de s’infliger trois semaines de course.
« Il a changé de statut, et on ne peut plus se permettre d’aborder une compétition si on n’est pas sûrs qu’il puisse s’exprimer à 100 %. Il y a évidemment une progression en densifiant le nombre de courses et surtout l’entraînement. On a élevé certaines exigences et certains curseurs lié sà son âge qui avance » , explique Jean-Baptiste Quiclet, le directeur de la performance de Decathlon CMA CGM. Il n’empêche que les chiffres, les tableaux et les courbes ne détiennent pas la vérité absolue des conditions de course, auxquelles s’agrègent des facteurs extérieurs à gérer.
« Il y a une forme d’impatience que ça commence, pour voir comment ça se passe pour Paul sur ces trois semaines, pour savoir si tout ce qu’on a mis en place depuis de très longs mois marche bien » , remarque son entraîneur, Alexandre Pacot. « Sur la première semaine, je serai encore dans un effort que je connais, après on basculera quand même dans la découverte, Tout ne sera pas forcément confortable. Le plus marquant, c’est l’inconnue des trois semaines. C’est autre chose que ce que j’ai fait jusqu’à présent. Mais il y a un début à tout. »
La nervosité du peloton à appréhender
« S’il y a des erreurs, ça me fera un bel apprentissage pour la suite, ce n’est pas grave. Ce ne sera que du positif. » Seixas est lucide sur la découverte, aussi, du rythme en peloton sur une épreuve telle que le Tour, les frottements, la nervosité des premiers jours. En Algarve ou au Pays basque plus tôt dans la saison, au Tour Auvergne - Rhône-Alpes plus récemment, il faisait partie des grands favoris et son équipe avait les clés pour le placer, certains adversaires s’effaçant devant lui. Ce ne sera pas le cas au Tour, où Tadej Pogacar et UAE Emirates-XRG, Jonas Vingegaard et Visma-Lease a bike, Remco Evenepoel ou encore Juan Ayuso ne lui feront pas de cadeau.
Si les favoris peuvent appuyer là où ça fait mal à certains moments, ils ne s’en priveront pas. Sur tout les premiers jours, avec des étapes escarpées, très nerveuses, où le scénario risque d’être longtemps peu lisible et où la moindre faute d’inattention sera sanctionnée. Seixas devra aussi gérer cet aspect de la course, la plus regardée du monde, où tous les coureurs se font la peau pour prendre une échappée ou un virage en bonne position. Cette tension mentale et psychologique en peloton est impossible à comparer à une autre course, Giro ou Vuelta compris. « Ça sera dur, je m’y attends, c’est la base du Tour, observait-il en mai dernier. Mais je n’en ai pas peur. Je vais profiter de chaque instant passé là-bas. »
Les attentes populaires et médiatiques et le poids du protocole
Il y avait peut-être une centaine de journalistes, jeudi, lors de la conférence de presse des leaders d’équipe, dans la Sant Pau Recinte Modernista de Barcelone, et Paul Seixas, seul sur scène, était forcément très épié. « C’est sûr que c’est particulier d’être ici. Je savais que le Tour, ce serait une autre dimension, j’en ai la preuve, là, maintenant » , a-t-il remarqué. Et ce n’est que le début… L’ambiance autour de son bus chaque matin et chaque soir au paddock risque d’être électrique, avec des centaines de supporters français tentant d’arracher une photo, un autographe ou un sourire.
Médiatiquement, Seixas aura aussi face à lui des journalistes de tous les pays, avec des questions aussi variées et spontanées que dérangeantes, parfois. En cas de maillot jaune, ce qui serait fou, mais aussi en cas de maillot blanc, ce qui est plus plausible, le protocole sera long et répétitif avant les étapes et surtout après. À des moments où la récupération est primordiale, encore plus à 19 ans, son équipe devra veiller à le rassurer plus qu’à le préserver, les contraintes protocolaires étant immuables.
« Il y aura la pression médiatique, mais ça, on le gère bien avec l’équipe, note Seixas, qui n’apprécie pas forcément l’exercice mais s’y plie sans trop de problèmes. S’il y a des protocoles, on est aussi habitués depuis le début de la saison. J’en ai fait à chaque fois hormis le premier jour du Tour d’Algarve, On est assez bien rodés, même si ce sera différent sur le Tour. Ça devrait aller. » Il va apprendre en marchant. Enfin, en ce qui le concerne, en roulant assez vite.
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