Par équipes, vraiment?
Impressionnante lors du chrono par équipes de Paris-Nice, l’équipe Netcompany-Ineos
n’avait pris que la 2e place derrière les Visma-Lease a bike lors du même exercice sur le Tour Auvergne - Rhône-Alpes en juin, mais elle demeure la favorite aujourd’hui.
Les temps du chrono par équipes seront pris individuellement aujourd’hui à Barcelone. Une première sur le Tour qui bouleverse les repères des coureurs sur cette épreuve si spécifique.
"Ça le dénature complètement,
ça ressemble plus à un train qui emmène son sprinteur"
- JÉRÔME COPPEL
"J’aime le voir comme un jeu d’échecs.
C’est beaucoup plus stratégique"
- ANDREAS KLIER, DIRECTEUR SPORTIF
D’EF EDUCATION-EASYPOST
4 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL JULIEN CHESNAIS
BARCELONE (ESP) – Lors du dernier contre-la-montre par équipes sur le Tour (en 2019, à Bruxelles), le temps de chaque formation était pris sur le 4e coureur. Il y a trois ans, déjà à Barcelone, mais sur la Vuelta, le 5e de la bande faisait office de référence. Des variations à la marge, d’une épreuve à l’autre, jusqu’à cette révolution imaginée par Thierry Gouvenou. « Je m’étais replongé dans le règlement, car on se posait la question de savoir s’il fallait continuer ou pas les contre-lamontre par équipes, raconte le directeur technique du Tour. Dans ma tête, c’était toujours le 4e ou 5e. Sauf qu’il y a une ouverture disant que c’est l’organisateur qui choisit sur quel coureur on peut prendre les temps. Alors, on s’est dit: “Tentons le coup.”»
Réalisé en 2023 sur Paris-Nice, le test fut assez concluant pour être renouvelé et permettre de valider cette formule spécialement imaginée en vue du Tour 2026 et de son tracé barcelonais. Les 800 derniers mètres à 7 %, cet après-midi, verront chacun des leaders propulsé comme le dernier étage d’une fusée, à l’image de ce qu’il s’est produit lors du Tour Auvergne - Rhône-Alpes (TARA, ex-Dauphiné), dans la butte de Perreux, le 9 juin. « C’est vrai que ça bouleverse les repères, observe Gouvenou. Il y a les détracteurs et ceux qui sont pour.»
Ainsi, l’ancien pro Jérôme Coppel trouve qu’il ne s’agit même plus d’un contre-la-montre par équipes. « Ça le dénature complètement, ça ressemble plus à un train qui emmène son sprinteur, image le dernier Français médaillé aux Mondiaux de chrono (3e en 2015). Il n’y a plus cette cohésion qu’on devait garder le plus longtemps possible pour rester à cinq jusqu’à la ligne. Il y en a un peu partout, et le classement final n’est pas bien lisible. Voir les mecs arrivés un par un me gêne.»
À l'inverse, Andreas Klier trouve que « c’est encore plus un chrono par équipes qu’avant, dans le sens où on peut davantage utiliser les compétences de chacun. J’aime le voir comme un jeu d’échecs. C’est beaucoup plus stratégique ». Pour établir son plan, le directeur sportif d’EF Education-EasyPost découpe le parcours en secteurs et réfléchit comment aller le vite possible sur chacun d’entre eux. Ce que ses hommes, pourtant loin d’être les mieux armés, avaient remarquablement fait lors du TARA (3e). L’Allemand fait aussi l’analogie avec « le soccer » , pointant que « si Mbappé veut marquer », il ne peut y arriver « sans gardien, défense et milieu de terrain» . Traduction: il est plus facile pour chacun d’apporter sa pierre à l’édifice, à un moment précis du parcours, que l’on soit sprinteur, rouleur ou grimpeur.
«La meilleure stratégie a changé, car les règles du jeu ont changé, confirme Paul Barratt, directeur de l’innovation et support technique chez Decathlon CMA CGM, qui occupait le même rôle chez Ineos entre 2019 et 2022. Avant, l’objectif était de gérer l’énergie du coureur le plus faible. Maintenant, on essaie de voir comment amener son leader le plus rapidement à l’arrivée. C’est pour ça qu’il y a différentes stratégies, différentes approches. » L’ancien biomécanicien de British Cycling imagine la chose comme un « problème mathématique et simule sur ordinateur la course des milliers de fois » pour trouver la meilleure formule et déterminer qui doit rouler, où, pendant combien de temps et à quelle puissance en fonction du parcours et des coureurs alignés.
Les données récoltées sur le terrain, comme lors du TARA, viennent nourrir la machine, aident à peaufiner le plan final, notamment sur la gestion du leader, souvent l’élément le plus fort mais qu’il faut savoir préserver en vue du final. « Paul (Seixas) était super fort ce jour-là, je pense qu’on pourrait l’utiliser plus sur le Tour », songe ainsi Barratt. « On est beaucoup moins à l’aveugle qu’il y a quelques années, où on voulait avoir cinq mecs à l’arrivée, note Julien Bernard. L’exercice est vraiment différent. »
« Mon chrono est un peu plus court, je n’ai pas la pression d’aller jusqu’à la ligne, relève Dorian Godon. Mais ce n’est pas moins violent. » Sur le chrono du TARA, à Perreux, le moustachu de Netcompany-Ineos n’est ainsi « quasiment pas passé afin de rester frais jusqu’à la dernière descente ». Il s’est alors « sacrifié » jusqu’à deux bornes de l’arrivée. Alex Baudin (EF), dont la mission (accomplie) était de sauver son maillot jaune, rapporte lui que son « but était de faire des relais plus courts, puis de ne plus passer afin de récupérer le plus possible pour la dernière bosse, où je pouvais finir seul » .
Un scénario qui se répétera aujourd’hui, pour chaque leader désigné, dans l’ultime rampe du stade Olympique.
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5 équipes à suivre
1. Netcompany-Ineos
Vainqueure de l’exercice sur Paris-Nice, 2e au Tour AURA (ex-Dauphiné), la formation britannique a investi de gros moyens pour briller aujourd’hui. Sa composition impressionne, avec d’énormes rouleurs (Ganna, Tarling, Foss) entourés d’excellents coureurs (Vauquelin, Arensman, Godon). Netcompany-Ineos n'a pas en plus de leader protégé pour le général, ce qui évite de devoir attendre un coureur en cas d’incident (comme Onley en Auvergne).
2. Visma-Lease a bike
L’équipe de Jonas Vingegaard est habituée à jouer les premiers rôles sur les chronos, en témoigne encore sa victoire d’étape au dernier Tour AURA. Le Danois est entouré de spécialistes comme Affini, Campenaerts ou Armirail, et l’effectif s’annonce assez dense pour l'emmener en bonne position au pied de la colline de Montjuic. Seul hic, le forfait de Van Aert.
3. UAE Emirates-XRG
Beaucoup d’homogénéité aussi autour de Tadej Pogačar, bien que les McNulty ou Grossschartner apparaissent un poil en dessous des adversaires précités. Si le collectif UAE, vainqueur du chrono sur la Vuelta 2025, parvient à l'emmener avec peu de retard au pied de Montjuic, il serait tout à fait capable de se rattraper dans les deux dernières bosses.
4. Lidl-Trek
Aucun maillon faible au sein de l’équipe allemande, 2e à ParisNice, 4e au Tour AURA (avec 5 des 8 coureurs présents à Barcelone). Son leader, Juan Ayuso, est en plus un spécialiste du chrono.
5. Red Bull-BoraHansgrohe
Les Allemands, au collectif solide, ont parmi eux le meilleur rouleur du monde, Remco Evenepoel. Mais le Belge saura-t-il se maîtriser pour ne pas mettre tout le monde dans le rouge ? Fera-t-il exploser son co-leader Florian Lipowitz dans le final ?
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Comment seront attribués les maillots distinctifs à l'arrivée ?
4 Jul 2026 - L'Équipe
L. C. et E. Th.
« Normalement, un chrono par équipes ne devrait pas avoir d'influence sur les classements par points, concède Thierry Gouvenou, le directeur technique de la course. Sauf que là, on est dans une première étape et il faudra bien qu'il y ait un maillot vert et un maillot à pois lors de la deuxième (Tarragone-Barcelone, demain). On s'est donc entendus avec l'UCI pour faire un classement sportif à l'arrivée, mais sans attribuer de points. » Pour le maillot vert, un classement sera arrêté au premier point intermédiaire du chrono, à 5,1 km du départ. Le coureur le plus rapide sur cette partie revêtira donc le maillot vert à l'arrivée avec... zéro point au compteur. Même chose pour le maillot de meilleur grimpeur. Sauf que l'heureux élu sera le coureur auteur du meilleur temps entre le troisième et dernier point intermédiaire (km 15,9) et l'arrivée, 3,7 km plus loin (km 19,6). Cette ultime portion comprendra notamment la côte de Montjuic (1,1 km à 5,1 %), la descente et l'ultime raidillon du Stade Olympique (800 m à 7 %). « Cela a du sens, estime Gouvenou. C'est toujours mieux que de donner le maillot vert et le maillot à pois au deuxième ou au troisième de l'équipe qui gagnera l'étape. »
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