Souviens-toi l’été dernier
Révélation du Tour l’an dernier, Kévin Vauquelin n’a pas seulement changé d’équipe : son statut et les attentes ont également évolué.
"Il a grandi, vachement mûri.
Il veut montrer qu’il n’est pas arrivé chez Ineos par hasard.
Dans sa tête, il est devenu un homme"
- BRUNO VAUQUELIN, LE PÈRE DE KÉVIN
"Il va être très attendu. Mais il a les épaules pour gérer ça,
il a énormément appris des sollicitations de l’an dernier"
- EWEN COSTIOU, LIEUTENANT DE
KÉVIN VAUQUELIN SUR LE TOUR 2025
4 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL YOHANN HAUTBOIS
BARCELONE (ESP) – Quand, l’été dernier, la montgolfière avec sa trombine sur la toile s’était élevée dans les cieux de Juaye-Mondaye, son village natal, le Normand Kévin Vauquelin avait eu « envie de chialer » , rembobinant le film de sa jeune carrière : « C’est plus qu’une image sur une montgolfière, c’est tout un chemin. » Depuis, il a dessiné un nouveau tronçon loin de la folie du Tour de l’an passé, de la formation bretonne dont il avait été l’étendard avant sa disparition. « Ça paraît loin » , sourit Kévin Rinaldi, son ancien entraîneur chez Arkéa - B&B Hôtels, passé dans le staff de Lidl-Trek, alors que se présente, déjà, une nouvelle Grande Boucle, « la course qui fait rêver Kévin » , selon Rémi Huguet, le copain des années lycée à Bourges, son colocataire aujourd’hui dans la région niçoise.
Septième du classement général l’an passé, le mors aux dents durant toute la troisième semaine, le coureur né à Bayeux fut un peu le chouchou des Français, surtout dans sa région où pendant plusieurs jours, « Kevin The King of Normandy » avait été fêté. « La montgolfière vole encore avec sa tronche dessus, rit Bruno, son père, à l’initiative de cette promotion aérienne avec le parrain du coureur. On a fait le buzz dans le monde entier. » Cette année, aucun vol n’a été prévu jusqu’à Barcelone pour soutenir le fiston sous ses nouvelles couleurs, Netcompany-Ineos, mais « on réfléchit à un truc, on attend des autorisations. Rien n’est impossible! ».
Rien n’est impossible non plus pour le vainqueur de l’étape de Bologne en 2024, même si son paysage a changé, les attentes également. Aujourd’hui, il trimbale des clochettes à chacun de ses mouvements, même si le casting, avec Paul Seixas, pourrait lui offrir de l’ombre. « C’est un peu de votre faute les médias, pique Bruno. On ne parle plus que de Paul Seixas, qui est son copain, alors que l’an dernier, il avait vu son nom partout. Mais s’il réalise un départ fulgurant, ça va revenir. »
L’allumage de la fusée Vauquelin pourrait intervenir très vite, dès ce samedi, avec le contre-la-montre par équipes et ses proches l’imaginent déjà en jaune, témoins de sa métamorphose depuis son passage chez la formation britannique, cet hiver. « Il s’est très bien construit, étape par étape, a observé Victor Lebon, ancien coureur en N2 et ami du Normand depuis leurs années à Bourges. Il m’impressionne par son professionnalisme, par sa faculté à chercher par lui-même comment il peut avancer. » « il a grandi, vachement mûri. Il veut montrer qu’il n’est pas arrivé chez Ineos par hasard. Dans sa tête, il est devenu un homme. Il est pro depuis trois ans mais il l’est encore plus ! J’ai discuté avec Geraint Thomas et David Brailsford, ils m’ont dit que Kévin, ce n’était que du bonheur, il fait exactement ce qu’on lui demande. C’est un bosseur. »
L’apprentissage n’a pas été simple, malgré tout, les deux premiers mois sans parler un mot d’anglais – « il le parle maintenant hyper bien » , appuie Rémi Huguet –, les chutes, les virus, les mouvements tactiques parfois illisibles de son équipe (l’étape d’Uchon sur Paris-Nice, le chrono par équipe au Tour Auvergne - Rhône-Alpes quand ils attendent Oscar Onley). « Mais il est toujours fort, assure Kévin Rinaldi. Sa saison en termes de résultats n’est pas représentative de son niveau. Sur l’étape de Paris-Nice, il termine plus loin que ce qu’il aurait dû faire mais il avait fait un numéro incroyable pour revenir sur tous les groupes. »
Ewen Costiou, son lieutenant sur le Tour l’an passé et aujourd’hui une des cartes chez Groupama-FDJ United, estime également que « son niveau ne s’est pas volatilisé mais en allant chez Ineos, il a des repères complètement différents, une autre façon de travailler, il avait besoin de prendre ses marques ». Pas d’inquiétude non plus pour Victor Lebon qui anticipe « le décalage entre ce qu’on va attendre de lui et ce qu’il peut se passer » alors qu’à 25 ans, le puncheur-grimpeur n’a pas prévu de changer son rapport à ses fans dont il disait l’été dernier: « Dès qu’il y avait du public, je voyais mes watts monter. »
Tantôt hypersensible, gouailleur, émotif ou râleur, « il va être très attendu, souligne Costiou. Mais il a les épaules pour gérer ça, il a énormément appris des sollicitations de l’an dernier ». Devenu un personnage du cyclisme français, « un bon client avec de la tchatche » (Lebon), Kévin Vauquelin s’avance sur les routes du Tour avec « l’envie de revivre les mêmes émotions que l’an passé » (Huguet), encore porté par une popularité que son paternel aimerait voir perdurer: « J’aime bien que les gens aiment mon fils. » Depuis l’an dernier, il connaît la recette.
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Porter le maillot jaune, « un rêve »
« Le maillot jaune, c’est un rêve, un rêve pour tous les coureurs. Si je peux le toucher du bout des doigts, je vais essayer de tout faire pour. » Kévin Vauquelin, jeudi soir, ne cachait pas ses ambitions ni celles de sa formation, dont la réputation sur l’exercice du chrono n’est plus à faire. Vainqueur du même exercice lors de Paris-Nice, deuxième à l’occasion du Tour Auvergne - Rhône-Alpes, NetcompanyIneos possède des spécialistes hors norme dans le domaine (Joshua Tarling, Filippo Ganna) et tout va être mis en oeuvre pour que le Français, 6e du chrono individuel au Tour de l’Algarve, 2e au Pays basque, soit en orbite dans l’ultime pente (700 mètres à 7,9 %). Pour la suite, la logique de la formation britannique ne sera pas forcément de jouer le général avec Vauquelin mais d’aller chasser les étapes avec l’ancien d’Arkéa mais aussi Thymen Arensman (deux succès d’étape l’an dernier), voire Dorian Godon et Egan Bernal.
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