LE BOUT D’UN ARCEN-CIEL


Julian Alaphilippe, léger sourire aux lèvres, lors de la 15o étape du dernier Tour de France, 
entre Champagnole et Plateau de Solaison.

STOP POUR ALAPHILIPPE

Confronté à ses limites sur le dernier Tour de France et conforté par le sentiment de ne plus se retrouver dans le vélo actuel, le double champion du monde Julian Alaphilippe a décidé de prendre sa retraite.

21 Aug 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX et ALEXANDRE ROOS

Loin des dynamitages qui ont fait sa renommée sur cette dernière décennie et l’ont érigé au rang de meilleur coureur français de ce siècle, les pétards mouillés de Julian Alaphilippe sur le dernier Tour de France ne présageaient rien de bon. À l’image de cette échappée futile sur la 11e étape entre Vichy et Nevers, qu’il a terminée bon dernier à plus de sept minutes du sprinteur vainqueur Soren Waerenskjold et après avoir craqué dans un talus, le double champion du monde n’a pas semblé prendre beaucoup de plaisir en juillet.

« Il n’y a rien d’officiel, mais il ne faut pas s’attendre à me revoir » , lâchait-il comme une bombe à l’Alpe d’Huez, la veille de l’arrivée finale à Paris où il complétait : « Depuis quelques années, je sens que je me rapproche de la fin. Pour le vélo, je ne suis plus tout jeune. Mais dans la vie, 34 ans, c’est encore jeune. Il me reste une belle année (de contrat), et j’espère surtout une belle vie après. » Progressivement, cette Grande Boucle a infusé chez lui le sentiment de ne plus être à la hauteur et de naviguer dans un sport qui ne correspondait plus à celui qui lui a permis de s’épanouir et de briller sur les Classiques, le Tour de France et les Mondiaux depuis son passage chez les professionnels en 2014.

L’âme des Bleus

Dans la foulée du Tour, il a tout de même essayé de remonter sur un vélo, la saison était encore loin d’être finie et son contrat signé chez Tudor en 2025 prévoyait une troisième et dernière année en 2027. Sans succès. Alaphilippe a décidé de prendre sa retraite, même si son équipe refuse pour l’instant de confirmer l’information.

« Le cyclisme old school n’est pas fini » , croyait-il encore pouvoir défendre en septembre, il y a près d’un an, au Canada, au lendemain de son dernier grand coup d’éclat sur le Grand Prix de Québec. « Je fais partie des derniers coureurs qui ont vécu le cyclisme d’avant-Covid, développait l’Auvergnat. Ça roule plus vite, les jeunes coureurs sont robotisés à propos de l’entraînement, la nutrition, le sommeil et les stages en altitude. Tout est plus millimétré, calculé. Et pour eux, c'est normal. Même sije suis très pro, je n'aspire pas à cela. J'ai besoin de cette liberté, de cette joie de vivre... De ce plaisir, surtout!»>

Début 2025, son arrivée du côté de Tudor après onze ans chez QuickStep - où sa relation avec le manager historique Patrick Lefévère commençait à s'étioler-devait relancer une nouvelle dynamique. << Je suis content d'avoir un rôle de leader, mais je sais aussi qu'il y aura des jeunes coureurs qui arrivent, que je peux montrer l'exemple, sur le vélo et à côté, et ça, ça me motive, expliquait Alaphilippe à l'été 2024. C'est ce qui me fait plaisir. » Souvent décrit comme un grand frère par les coureurs français qui le côtoyaient dans le peloton, incarnation de l'âme des Bleus sous le mandat actuel du sélectionneur Thomas Voeckler, le vainqueur d'étape sur les trois grands Tours avait une expérience à transmettre et encore un sens tactique pour compenser des jambes en déclin.

Proche d'un succès sur le Tour à Carcassonne (15e étape), Alaphilippe avait surfé sur cette bonne fin de saison pour décrocher le dernier succès de sa carrière avec roublardise dans les rues de Québec. Ne passant aucun relais dans l'échappée qu'il finirait par enterrer, il avait ensuite rejeté cette façon de courir comme seul échappatoire de fin de carrière. Un double maillot arc-en-ciel mérite mieux, mais cette saison 2026 fut encore plus loin de ses standards.

En 2019, quatorze jours en jaune et un engouement irrationnel

Après avoir repris dans l'anonymat au Tour d'Algarve, le puncheur français a terminé à la 20° place les Strade Bianche, probablement son meilleur résultat cette année avant un printemps compliqué. Non partant lors de la 6o étape du Tour du Pays basque, Alaphilippe était encore diminué sur l'Amstel Gold Race qu'il dût abandonner à 80 km de l'arrivée. Même chose sur la Flèche Wallonne trois jours plus tard, une épreuve qu'il a dominée à trois reprises (2018, 2019, 2021) dans ses belles années.

En juin, le sextuple vainqueur d'étape du Tour de France n'a pas non plus terminé le Tour de Suisse, où il semblait déjà traîner son spleen. La Grande Boucle acheva de le convaincre et devrait rester la dernière épreuve de sa carrière, celle où il souleva un engouement irrationnel en 2019 en portant le jaune pendant quatorze jours, avant d'illuminer le cyclisme français en mettant fin à vingt-trois ans de disette des Bleus par la conquête de deux maillots arc-en-ciel, en 2020 et 2021.'

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1. MILAN-SAN REMO 2019 DYNAMITEUR DU POGGIO

Il avait tourné autour avant - 2o et 4° sur Liège-Bastogne-Liège en 2015 et 2018, 2o en Lombardie en 2017 et 3o la même année sur la Primavera, déjà -, mais Milan-San Remo 2019 est un tournant pour Julian Alaphilippe, son premier Monument mais aussi, curieusement, son dernier. Le Français opère en deux temps. Un dynamitage du Poggio dans le dernier
kilomètre, insuffisant car Peter Sagan ramène un groupe, puis un sprint en petit comité, où Alaphilippe ne se démonte pas et domine Michal Kwiatkowski et Sagan. Un chef-d'œuvre de maîtrise.

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2. TOUR DE FRANCE 2019 LE TRUBLION

En cet été 2019, Alaphilippe est intenable. Il met le feu à l'étape d'Épernay, qu'il remporte dès le troisième jour, et prend le maillot jaune. Il le perd à la Planche des Belles Filles, mais le récupère dans l'étape de Saint-Étienne, où il attaque en compagnie de Thibaut Pinot. Son épopée en jaune durera onze jours de plus, avec une autre victoire dans le contre-la-montre de Pau, jusqu'à l'étape épique de Tignes, rabotée au sommet de l'Iseran, où il laisse le paletot à Egan Bernal, à l'avant-veille de l'arrivée à Paris. Il finit 5o sur les Champs-Elysées. Il est au sommet de son art.

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3. CHAMPIONNATS DU MONDE 2020 IRRESISTIBLE

Plein de sang-froid, Alaphilippe place son accélération pile au bon moment dans le Mondial d'Imola. Il laisse Tadej Pogacar accélérer dans l'avant-dernier tour et les Belges bosser à la poursuite du Slovène, puis Michal Kwiatkowski fournir son effort dans le dernier passage dans la côte de la Gallisterna. Le Français contre le Polonais sur le haut de la montée et le brise, ainsi que tous ses rivaux, en deux temps. Il part seul, avale la descente et triomphe en solitaire sur le circuit automobile déserté en raison du Covid. Un Français n'avait plus été champion du monde depuis Laurent Brochard en 1997.

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4. CHAMPIONNATS DU MONDE 2021 LE PILONNAGE

Un poil moins favori qu'avant Imola, Alaphilippe n'en offre pas moins un nouveau récital. La course se déclenche de très loin, notamment du fait de l'agitation de Remco Evenepoel, mais le Français attend pour entamer son pilonnage. Il attaque à trois reprises, et la troisième est la bonne, à 17 km de la ligne à Louvain, où il parvient à déposer Wout Van Aert notamment. Il signe un doublé arc-en-ciel. Le sommet de sa carrière.
A.Ro.


Julian Alaphilippe, con un leggero sorriso sulle labbra, durante la 15ª tappa 
dell’ultimo Tour de France, tra Champagnole e il Plateau de Solaison.

STOP PER ALAPHILIPPE
FINE DELL'ARCOBALENO

Messo alla prova dai propri limiti nell’ultimo Tour de France e convinto di non trovarsi più a proprio agio nel ciclismo attuale, il due volte campione del mondo Julian Alaphilippe ha deciso di ritirarsi.

21 agosto 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX e ALEXANDRE ROOS

Lontano dalle fughe esplosive che lo hanno reso famoso nell’ultimo decennio e lo hanno consacrato come il miglior corridore francese di questo secolo, i tentativi falliti di Julian Alaphilippe nell’ultimo Tour de France non facevano presagire nulla di buono. Come dimostra quella inutile fuga nell’undicesima tappa tra Vichy e Nevers, da lui conclusa all’ultimo posto a oltre sette minuti dal vincitore dello sprint Søren Wærenskjold e dopo aver ceduto su un pendio, il due volte campione del mondo non sembrava più divertirsi molto, a luglio.

«Non c’è nulla di ufficiale, ma non aspettatevi di rivedermi», aveva dichiarato come una bomba all’Alpe d’Huez, alla vigilia dell’arrivo finale a Parigi, dove aveva aggiunto: «Da qualche anno sento che mi sto avvicinando alla fine. Per il ciclismo, non sono più giovanissimo. Ma nella vita, a 34 anni, si è ancora giovani. Mi resta ancora un bell'anno (di contratto) e spero soprattutto in una bella vita dopo». A poco a poco, questo Tour de France gli ha instillato la sensazione di non essere più all’altezza e di muoversi in uno sport che non corrispondeva più a quello che gli aveva permesso di realizzarsi e di brillare nelle Classiche, al Tour de France e ai Mondiali sin dal suo esordio tra i professionisti nel 2014.

L’anima dei Bleus

Sulla scia del Tour, ha comunque provato a rimettersi in sella: la stagione era ancora lontana dalla fine e il suo contratto con la Tudor, firmato nel 2025, prevedeva un terzo e ultimo anno nel 2027. Senza successo. Alaphilippe ha deciso di ritirarsi, anche se la sua squadra per il momento si rifiuta di confermare la notizia.

«Il ciclismo vecchia scuola non è finito», credeva ancora di poter sostenere a settembre, quasi un anno fa, in Canada, all’indomani della sua ultima grande impresa al Grand Prix di Québec. «Faccio parte degli ultimi corridori che hanno vissuto il ciclismo pre-Covid», spiegava il corridore dell’Alvernia. Si corre più veloce, i giovani corridori sono come dei robot per quanto riguarda l’allenamento, l’alimentazione, il sonno e i ritiri in altitudine. Tutto è più millimetrico, calcolato. E per loro è normale. Anche se sono molto professionale, non aspiro a questo. Ho bisogno di questa libertà, di questa gioia di vivere… Di questo piacere, soprattutto!»

All’inizio del 2025, il suo arrivo alla Tudor dopo undici anni alla Quick-Step – dove il suo rapporto con lo storico manager Patrick Lefévère aveva cominciato a incrinarsi – avrebbe dovuto dare nuovo slancio alla squadra. «Sono contento di ricoprire un ruolo da leader, ma so anche che arriveranno giovani corridori, ai quali posso dare l’esempio, sia in sella sia fuori, e questo mi motiva, spiegava Alaphilippe nell’estate del 2024. È questo che mi rende felice». Spesso descritto come un fratello maggiore dai corridori francesi che lo affiancavano nel gruppo, incarnazione dell’anima dei Bleus sotto l’attuale mandato del commissario tecnico Thomas Voeckler, il vincitore di tappa nei tre grandi Giri aveva un’esperienza da trasmettere e ancora un senso tattico per compensare le gambe in declino.

A un passo dal successo parziale al Tour a Carcassonne (15ª tappa), Alaphilippe aveva sfruttato questo ottimo finale di stagione per conquistare con astuzia l’ultimo successo della sua carriera per le strade del Québec. Senza aver mai preso il comando nella fuga che avrebbe poi smorzato, aveva poi respinto questo modo di correre come unica via d’uscita di fine carriera. Una doppia maglia iridata merita di meglio, ma la stagione 2026 è stata ancora più lontana dai suoi standard.

Nel 2019, quattordici giorni in maglia 
gialla e un entusiasmo irrazionale

Dopo essere rientrato in anonimato al Giro dell’Algarve, il puncher francese ha concluso al 20° posto la Strade Bianche, probabilmente il suo miglior risultato quest’anno prima di una primavera complicata. Assente alla 60ª edizione del Giro dei Paesi Baschi, Alaphilippe è andato ancora in difficoltà all’Amstel Gold Race, che ha dovuto abbandonare a -80 km dal traguardo. Stessa sorte alla Freccia Vallone tre giorni dopo, una gara che aveva dominato per tre volte (2018, 2019, 2021) nei suoi anni d’oro.

A giugno, il sei volte vincitore di tappa del Tour de France non ha portato a termine nemmeno il Tour de Suisse, nel quale è sembrato già trascinarsi dietro la sua malinconia. Il Tour de France lo ha convinto definitivamente e dovrebbe rimanere l’ultima gara della sua carriera, quella in cui nel 2019 aveva suscitato un entusiasmo irrazionale indossando la maglia gialla per quattordici giorni, prima di illuminare il ciclismo francese ponendo fine a ventitré anni di digiuno dei Bleus con la conquista di due maglie arcobaleno, nel 2020 e nel 2021».

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1. MILANO-SAN REMO 2019: 
IL DINAMITARDO DEL POGGIO

Ci aveva già girato intorno in precedenza – 2° e 4° alla Liegi-Bastogne-Liegi nel 2015 e nel 2018, 2° in Lombardia nel 2017 e 3° nello stesso anno alla Classicissima di Primavera, già allora —, ma la Milano-Sanremo del 2019 è stata una svolta per Julian Alaphilippe, la suo prima Monumento ma anche, curiosamente, l’ultima. Il francese agisce in due tempi. Un’esplosione sul Poggio nell’ultimo chilometro, che però non basta perché Peter Sagan riporta in testa un gruppo, seguìto da uno sprint ristretto, nel quale Alaphilippe non si scompone e batte Michał Kwiatkowski e Sagan. Un capolavoro di padronanza.

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2. TOUR DE FRANCE 2019: IL RIBELLE

Nell’estate del 2019, Alaphilippe è inarrestabile. Infiamma la tappa di Épernay, conquistata già al terzo giorno, e si aggiudica la maglia gialla. La perde alla Planche des Belles Filles, ma la riconquista nella tappa di Saint-Étienne, nella quale attacca insieme con Thibaut Pinot. La sua epopea in giallo durerà altri undici giorni, con un’altra vittoria, nella cronometro di Pau, fino all’epica tappa di Tignes, conclusasi in cima all’Iseran, dove cede la maglia a Egan Bernal, alla vigilia dell’arrivo a Parigi. Conclude al 50° posto sugli Champs-Élysées. È al culmine della sua arte.

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3. CAMPIONATI DEL MONDO 2020: IRRESISTIBILE

Con grande sangue freddo, Alaphilippe lancia la sua accelerazione proprio al momento giusto nel Mondiale di Imola. Lascia che Tadej Pogačar acceleri nel penultimo giro e che i belgi si impegnino all’inseguimento dello sloveno, poi Michał Kwiatkowski compia il suo sforzo nell’ultimo passaggio sulla salita della Gallisterna. Il francese affronta il polacco in cima e lo stacca, insieme con tutti gli altri rivali, in due tempi. Si lancia da solo, divora la discesa e trionfa in solitaria sul circuito automobilistico deserto a causa del Covid. Era dal 1997, con Laurent Brochard, che un francese non vinceva il titolo mondiale.

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4. CAMPIONATI DEL MONDO 2021: L’ATTACCO

Leggermente meno favorito rispetto a prima di Imola, Alaphilippe offre comunque un nuovo spettacolo. La gara si accende già da molto lontano, soprattutto a causa degli attacchi di Remco Evenepoel, ma il francese aspetta il momento giusto per sferrare il suo. Scatta tre volte, e la terza è quella buona, a -17 km dal traguardo a Lovanio (Leuven, in Belgio, ndr), dove stacca in particolare Wout Van Aert e conquista la doppietta arcobaleno. L’apice della sua carriera.
A.Ro.

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