Le rouge lui donne des ailes Enric Mas


Pour son premier jour avec le maillot rouge sur les épaules, 
Enric Mas s’est imposé après un duel avec Oscar Onley 
dans les dernières pentes de l’étape hier.

Pour sa première journée comme leader du général de la Vuelta après l’abandon de Tadej Pogačar, l’Espagnol s’est imposé en altitude. Mais la concurrence reste homogène, quatre rivaux se disputant la victoire finale.

«Mas a déjà 1’20’’ d’avance, 
pour moi il reste le favori. 
Mais personne n’est à l’abri, 
on a un enchaînement d’étapes difficiles à la fin»
   - CYRIL DESSEL, DIRECTEUR SPORTIF 
      DE DECATHLON-CMA CGM

31 Aug 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

ALTO DE AITANA (ESP) – Les barbelés au premier plan, la Méditerranée à perte de vue et les ondulations du relief côtier espagnol tout autour. La base militaire d’Aitana offre un panorama si étendu qu’avec un peu d’imagination, Enric Mas a pu apercevoir l’île dont il a fait la fierté en célébrant le premier jour en rouge de sa carrière par une victoire de prestige.

« Maintenant, je comprends ce que Tadej (Pogačar) ressentait en portant ce maillot, il vous donne des ailes, a savouré le Majorquin de 31 ans. Je suis de nature prudente, j’ai essuyé beaucoup de revers durant ma carrière, mais ce sont peut-être les plus belles sensations que j’aie jamais éprouvées. J’étais aussi excité qu’un enfant le matin en portant le maillot rouge. Nous le méritions. »

En l’absence du double champion du monde éliminé sur chute, le vainqueur de cette étape à plus de 5000 m de dénivelé a démontré qu’il était officiellement le plus fort de ces neuf premiers jours sur la Vuelta.

Septième succès en dix ans 
chez les pros pour Mas

En contrôle dans la première moitié de course avec ses équipiers de Movistar dont les médias espagnols doutent de la solidité pour protéger un tel statut, Mas a géré seul dans l’ultime ascension où la bataille entre les favoris du général s’est décantée. « Une montée interminable, a soufflé Pavel Sivakov, dernier rescapé de l’échappée qu’il a animée en hommage à Pogačar, son leader blessé. Une fois qu’on a tourné à droite pour emprunter cette petite route, je voyais le sommet mais ça me paraissait inatteignable. »

Les Decathlon-CMA CGM ont enclenché avant ce rétrécissement, profitant de la pente de 22 km à 5,8 % pour aider Felix Gall à reprendre du temps. « On avait bien dit ce matin qu’il ne fallait pas qu’il bouge avant les six derniers kilomètres, c’est-à-dire la partie la plus difficile de l’ascension, a analysé le directeur sportif Cyril Dessel. Mais je pense qu’on n’a pas bien géré pour que le dernier relais de Gregor (Mühlberger) intervienne plus tard. Donc Felix a attaqué trop tôt, sur une partie qui n’était pas appropriée. Après je ne sais pas si ça aurait changé quelque chose, on a vu qu’Enric Mas était encore très fort. »

L’Autrichien de 28 ans a mis un coup d’épée dans l’eau, comme Richard Carapaz (EF EducationEasyPost) à 5,5 km du sommet. Oscar Onley (Netcompany-Ineos) et Primoz Roglic (RedBull-BORA-hansgrohe) étaient toujours en mesure de suivre, et surtout le maillot rouge aussi, capable de placer un contre assassin à 2,9 km de l’arrivée. Suivi seulement par le Britannique, Mas semblait condamné à une énième frustration le renvoyant à sa condition d’excellent grimpeur sans pointe de vitesse. « J’ai eu une très bonne gestion mentale du final, se satisfaisait le maillot rouge, resté toujours devant le maillot blanc pour conquérir seulement son septième succès en dix ans chez les pros. En plus face à Oscar qui est un coureur très rapide! »

Gêné par une gastro les premiers jours, Onley a frôlé sa première victoire sur un grand Tour, mais son directeur sportif, Imanol Erviti, notait que « le plus important est de constater son amélioration physique » . Quatrième du général à 2’20’’, le coureur de 23 ans monte en puissance alors que l’avance de Mas est à nuancer dans la perspective du contre-la-montre de 32 km en dernière semaine (18e étape). « Mas a déjà 1’20’’ d’avance, pour moi il reste le favori, avance Dessel. Mais personne n’est à l’abri, on a un enchaînement d’étapes difficiles à la fin. On n’a pas trop vu Roglič (2e du général) cette année, mais il a retrouvé un joli coup de pédale et il est capable de faire un gros chrono. Il peut y avoir des surprises, des coureurs moins bien qui vont lâcher du temps. Les cinq prétendants sont assez proches les uns des autres. »

Le plus en retrait depuis le début, Carapaz a encore perdu gros, hier, mais on a vu lors de son attaque qu’il pouvait profiter d’un moment de flottement avec sa 5e place au général. Gall (3e), lui, semble être le plus audacieux avec une équipe proactive. Premier Espagnol en rouge depuis Jesus Herrada en 2018, Mas va devoir être costaud pour succéder à Alberto Contador, dernier compatriote vainqueur de la Vuelta en 2014. 

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