Laurent Fignon par Jean Cau


Le double vainqueur du Tour de France 
Laurent Fignon en 1984. © Jacques Lange

https://www.parismatch.com/People/Laurent-Fignon-Tour-de-France-1984-Jean-Cau-147812

Jean Cau
14/01/2010 à 02:15
Mis à jour le 06/02/2026 à 14:16

En 1984, Laurent Fignon venait de remporter son second Tour de France consécutif. Pour Paris Match, Jean Cau avait alors dressé le portrait de ce champion cycliste pas comme les autres.

L'Ena est partout. On sait que la célèbre école de la rue Saint-Guillaume est une machine extraordinaire. Vous mettez à 'entrée un jeune homme et, à l'autre bout, après que la machine ait broyé, malaxé et transformé, sort au bout de la chaîne une tête d'œuf. Puis un attaché-case, un gilet, un pantalon à pli droit et une paire de lunettes. On agence le tout, on consulte les commandes et on envoie le produit dans un ministère ou une grande entreprise, une préfecture ou une administration – et même à l'Hôtel Matignon – où, posée derrière un bureau, la tête d'œuf se met aussitôt à fonctionner impeccablement. C'est l'énarchie.

Or, avec l'apparition de M. Fignon sur les podiums de la gloire vélocipédique, cette énarchie vient d'ouvrir l'une de ses plus surprenantes filiales que force nous est d'appeler la cyclarchie. On nous dira qu'un seul cyclarque est sorti jusqu'à présent de l'Enap (Ecole nationale d'administration de la pédale) mais, primo, ça commence et, secundo, quel homme! Quel Fignon! Un seul défaut: il n'est pas chauve. (Espérons que ça viendra.) Evidemment, quand on voit ce brillant sujet aux rondes lunettes d'agrégé de philo mettre son ciboulot bien fait au service de deux mollets et, revêtu d'un paletot de la même couleur que sa crinière, vous rédiger un Tour de France sans faute, lorsqu'on entend ensuite, à l'oral, ce même jeune homme répondre avec une très grande maîtrise de soi aux questions des examinateurs-journalistes, on est un peu troublé. La nostalgie s'en mêle.

Pour ce qui me concerne, par exemple, j'aimais beaucoup al vieille école classique. Alors Dédé (ou Mimile, Lulu, Poupou, etc.), qu'est-ce que tu dis après cette étape?» «Je suis content d'avoir gagné.» «Et ça a été dur?» «Ben, il a fallu pédaler…» J'aimais cette rude simplicité épique. Elle se mariait au saucisson, aux chapeaux de papier, aux épaules découvertes par les maillots de corps et rougies par le soleil.Ça prouvait que la France avait le certificat d'études et était éternelle et, chaque fois qu'on voyait passer un coureur ou qu'on l'entendait à la TSF, on rajeunissait d'un coup. Les années se suivaient et se ressemblaient.

Avec M. Fignon Laurent – pas question de l'appeler Fifi ou Lolo –, tout change. Il a le bac (sciences physiques et a failli s'orienter vers l'électronique), il lit Decaux, Dumas, «Les Thibault» (de Martin du Gard ), Jack London et «Rome , Florence, Naples», de Stendhal. Pour se distraire de la bicyclette, à part la lecture des romanciers et des historiens il se livre à la taxidermie et, avec une habileté de chirurgien-vétérinaire, empaille des animaux. Il parle l'anglais et l'espagnol. Il comprend l'italien. Et il y a mieux encore: il pédale magnifiquement et de tout son corps, sans jamais oublier de faire travailler sa tête. Stratège, il voit la bataille, tacticien, il la mène; et calcule, dose, fonce au bon moment, ralentit quand il le faut, roule, grimpe, descend et s'offre même des «contre-la-montre» tout à fait excellents.

C'est le cyclarque avec une supériorité évidente sur son frère l'énarque car, celui-ci, s'il a de la tête, manque souvent de jambes. Comme on le constate, on est loin de Brambilla (dit «La Brambille»), de Walkowiak (dit «Walko»), de Zaaf Abd et Kader, Pingeon et Van Springel. Un seul prophète dont M. Fignon pourrait être le messie, dans l'histoire vélocipédique: Bobet. Mais il n'avait pas le bac, Louison et ne devint M. Bobet qu'après avoir raccroché sa bicyclette et ne portera des lunettes que très tard.
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Et la scène se passe maintenant à l'hôtel de l'Etrier, à Crans-Montana, dans le Valais suisse, à l'issue de la dernière étape de montagne de ce Tour de France. Il est 19 h 30, et l'équipe Renault – leader M. Fignon – fait le plein de nourriture dans les estomacs vidés par la course. Crudités avec une assiette de thon, soupe de légumes frais, jambon de montagne, noix de veau (deux cents grammes par personne), salade braisée, pommes vapeur, spaghetti, fromages, yaourts, crème caramel, vin et jus de fruit. Ces moteurs humains consomment beaucoup.

Ça rigole, ça plaisante et, aussi ça commence à n'en plus finir l'étape. On entend disserter sur le «dernier coup», «le coup qui part», sur le fait qu'«il n'y avait personne dans le coup» ou que, dans cet autre «coup», «la Maison était représentée». Des mots obscurs et pour initiés: «le raidard», «le mur»… Certes, M. Fignon participe à la conversation mais n'est pas outre mesure démonstratif.Hors de portée du maître, Ivon Madiot, benjamin de l'équipe, nous confiera: «Laurent sait nous commander et nous parler». Il parlera ensuite de son chef comme d'un paquet précieux. «On l'amène au pied des cols et des difficultés dans les meilleures conditions pour qu'il ne fasse pas d'efforts inutiles… On travaille…» Paquet déposé et qui explose. «Il se met aussitôt dans le coup.» «Ca n'est pas ingrat, ce travail?» «Non, à la fin de l'étape, Laurent sait venir vers nous et nous dire: “Merci”. Ca me touche beaucoup.» «Et avec Hinault, ils s'aiment?» «Ils se respectent mais ils ne passeraient certainement pas les vacances ensemble.»

A 19 h 40, les coureurs regardent, à la télévision, le résumé du jour. M. Fignon est le plus attentif. Tous les commentaires l'intéressent et, chaque matin d'ailleurs, il se livre à une véritable revue de presse.

A 21 heures, M. Fignon dans la chambre du masseur. Il s'est isolé, il n'est pas allé pincer les fesses de ses «groupies», petites Italiennes, Suissesses ou Françaises. Sa réputation d'impavidité devant les séductions du beau sexe n'est plus à faire. Il y a du saint Jean-Baptiste dans ce garçon, du Parsifal… Il n'est amoureux que de sa bicyclette. «C'est bien, un vélo. C'est eau, simple et efficace. On peut tout faire avec un vélo.» Même l'amour? Après tout, Parsifal adorait. Son glaive… «A quelle heure vous levez-vous?» « En général, trois heures avant le départ. Je me lève, je prends mon petit-déjeuner, corn-flakes, chocolat, tartines. Plus tard, je mange encore, œufs, pâtes, jambon. Ensuite, je m'enfer me dan ma chambre et j'attends. Après l'étape, remise des maillots, «Face au Tour» à la télévision, opération pipi, interviews à chaud.Ensuite, collation avant le dîner, corn-flakes, sandwiches, bananes… Et Coca-Cola.» «Et quand survient la fatigue, le coup de barre?» M. Fignon est catégorique: «Jamais quand on gagne.»

«Lorsque Bernard Hinault vous a attaqué, dans la plaine précédant l'Alpe-d'Huez, vous avez déclaré, plus tard, qu'à ce moment-là il vous avait fait rire. Ne regrettez-vous pas ces paroles?» «Ce n'était pas agressif, dans mon esprit, c'était la simple constatation de son erreur tactique.» «Quels sont vos qualités et défauts principaux?» «Je porte parfois des jugements sur moi mais n'en fais part à personne. Aux autres de répondre à cette question.» «Un grand champion, qui décline, comme Hinault, c'est émouvant?» «C'est la vie et c'est le sport.» «Pourquoi portez-vous des lunettes rondes?» «J'ai changé de forme l'année dernière — j'en porte depuis l'âge de 5 ans — et en changerai peut-être l'année prochaine.» [Le masseur intervient: «Surtout pas! C'est depuis que tu portes celles-là que tu tournes rond.»]

«Vous naturalisez les animaux? Vous n'avez pas apporté vos files et scalpels?» [Son coéquipier, Pascal Poisson, qui est entré dan la chambre, déclare: «Il fait pire, il fait de l'alchimie. Il y a deux jours, il a inventé un nouveau truc, ça s'appelle la poudre d'escampette. Et ça marche!»] «Vous lisez beaucoup?» «Difficile pendant le Tour mais, cette année, j'ai lu tout Balzac. “La comédie humaine”, ma meilleure lecture cette année.» «Qu'est-ce qui vous motive?» «Gagner.» «De l'argent?» «Aussi car si on ne gagne pas de course, on ne gagne pas d'argent. ce serait déjà une motivation suffisante.» «Quand avez-vous le plus souffert dans le Tour?» «Je préfère oublier. Sincèrement, je suis incapable de répondre. Je n'ai pas de références et préfère ne pas comparer, ne pas savoir.»

«Les inscriptions tracées sur la route par les spectateurs, vous les lisez?» «Oui, oui, il y en a de très drôles. Par exemple, dans l'ascension de Joux-Plane, il y avait “Fignon, t'es mignon, mais Hinault est le plus beau”. J'ai lu aussi, c'est excessif, non? “Fignon, t'es un con!” Il y a trois jours, sur une pancarte: “Hinault, t'en fais pas, le filet mignon est cuit!”» [Il rit de belle humeur]. «Vous recevez beaucoup de lettres d'admirateurs et d'admiratrices.» «J'habite chez mes parents. Ma mère les ouvre. Je les lirai en rentrant à la maison.» Il aime son père et son frère, il adore sa mère. Ce Parsifal est le meilleur des fils. Nous l'observions, allongé sur la table de massage: il aime aussi son corps à la fois dur et précieux.Mais reste qu'il y a un mystère, dans ce jeune homme très intelligent, très lucide, très sûr du fonctionnement de ses muscles et de sa tête.

Il y a comme une réserve et comme de secrets dont Laurent fait ses affaires et son intime équilibre. Mme Marthe Fignon, sa mère, a dit: «Il aime sa famille mais il ne faut pas être toujours derrière lui. Ce n'est pas le genre de garçon à venir vous raconter ses histoires sentimentales et tout ce que je sais des histoires de cœur de mon fils, c'est qu'il est… célibataire.»

Une question se pose pourtant et elle est grave: M. Fignon, désormais célèbre, deviendra-t-il populaire? Le peuple, en effet, aime les champions, à bonne tête pas compliquée, à bonne franquette, à grandes tapes qu'il leur expédie dans le dos mais qui, s'il en balançait à M. Fignon, risqueraient de lui faire tomber ses lunettes.

Vous le voyez, le peuple, taper dans le dos de MM. Jean-Louis Bianco (secrétaire général de l'Elysée), Pierre Joxe (à l'Intérieur), Jacques Attali (à l'Elysée) et tendre des musettes à M. Laurent F., à la sortie de l'hôtel Matignon?

De M.Giscard d'Estaing, de Gaulle avait dit qu'il était quelqu'un de remarquable mais que lui manquait «le peuple». M.Fignon, tout le problème est là, verra-t-il, avec la gloire, ce peuple craquer d'amour et venir à lui? Pas sûr. Cette dame élégante, la gloire, et le peuple, ce bon rustre, ne marchent pas toujours du même pas. S.M. Anquetil en sait quelque chose à qui la France préféra toujours le roturier Poupou. Que si un jour on entend hurler au bord des routes «Vas-y mon Fifi!», ce sera, pour M. Fignon gagné mais c'est pas dans la poche ou le bidon. C'est même plus dur que de remporter le Tour de France.
Enquête Michel PeyrardIll y a un mystère dans ce jeune homme très intelligent, très lucide...

***

Il due volte vincitore del Tour de France
Laurent Fignon nel 1984. © Jacques Lange


Laurent Fignon secondo Jean Cau

Nel 1984, Laurent Fignon aveva appena vinto il suo secondo Tour de France consecutivo. 
Per Paris Match, Jean Cau aveva allora tracciato il ritratto di questo campione fuori del comune.

di Jean Cau per Paris-Match
14/01/2010 alle 02:15
Aggiornato il 06/02/2026 alle 14:16

L’ENA è ovunque. Si sa che la famosa scuola di rue Saint-Guillaume è una macchina straordinaria. Si fa entrare un giovane e, dall’altra parte, dopo che la macchina lo ha triturato, impastato e trasformato, alla fine della catena esce una testa a uovo. Poi una valigetta, un gilet, un paio di pantaloni a piega dritta e un paio di occhiali. Si sistema il tutto, si controllano gli ordini e si invia il prodotto in un ministero o in una grande impresa, in una prefettura o in un ente amministrativo – e persino all’Hôtel Matignon – dove, seduta dietro una scrivania, la “testa d’uovo” inizia subito a funzionare in modo impeccabile. È l’enarchia.

Ebbene, con la comparsa di Monsieur Fignon sui podi della gloria ciclistica, questa enarchia ha appena aperto una delle sue filiali più sorprendenti, che siamo costretti a chiamare «ciclarchia». Ci diranno che finora dall’ENAP (Scuola Nazionale di Amministrazione del Pedale) è uscito soltanto un «ciclarca», ma, primo, è solo l’inizio e, secondo, che uomo! Che Fignon! Un unico difetto: non è calvo. (Speriamo lo diventi.) Ovviamente, quando si vede questo brillante ragazzo con gli occhiali rotondi da docente di filosofia mettere la sua testa ben fatta al servizio di due polpacci e, rivestito di un cappotto dello stesso colore della sua chioma, scrivere un resoconto impeccabile del Tour de France, quando poi si sente, durante la prova orale, questo stesso giovane rispondere con grande autocontrollo alle domande degli esaminatori-giornalisti, si rimane un po’ sconcertati. E subentra la nostalgia.

Per quanto mi riguarda, ad esempio, amavo molto la classica vecchia scuola. Allora Dédé (o Mimile, Lulu, Poupou, ecc.), che cosa dici dopo questa tappa?» «Sono contento di aver vinto». «Ed è stata dura?» «Beh, ho dovuto pedalare…» Mi piaceva quella rude semplicità epica. Si sposava bene con il salame, i cappelli di carta, le spalle scoperte dalle canottiere e arrossate dal sole. Dimostrava che la Francia aveva il diploma di scuola media ed era eterna e, ogni volta che si vedeva passare un corridore o lo si sentiva alla radio, si ringiovaniva all’improvviso. Gli anni si susseguivano e si assomigliavano.

Con Laurent Fignon – non si poteva certo chiamarlo Fifi o Lolo –, tutto cambia. Ha il diploma di maturità (in scienze fisiche e ha quasi scelto di orientarsi verso l’elettronica), legge Decaux, Dumas, «Les Thibault» (di Martin du Gard), Jack London e «Roma, Firenze, Napoli» di Stendhal. Per distrarsi dalla bicicletta, oltre a leggere libri di storia e romanzi, si dedica alla tassidermia e, con l’abilità di un chirurgo veterinario, imbalsama gli animali. Parla inglese e spagnolo. Capisce l’italiano. E c’è di meglio ancora: pedala magnificamente e con tutto il corpo, senza mai dimenticare di far lavorare la mente. Stratega, legge la battaglia; tattico, la conduce; calcola, dosa, accelera al momento giusto, rallenta quando serve, pedala, sale, scende e si concede persino delle «cronometro» davvero eccellenti.

È il «ciclarca» con un’evidente superiorità sul suo fratello «énarque», poiché quest’ultimo, pur avendo la testa, spesso manca di gambe. Come si può constatare, siamo lontani da Brambilla (detto «La Brambille»), da Walkowiak (detto «Walko»), da Zaaf Abd e Kader, Pingeon e Van Springel. Un unico profeta, di cui Fignon potrebbe essere il messia, nella storia del ciclismo: Bobet. Louison però non aveva il diploma di maturità e divenne «signor Bobet» solo dopo aver appeso la bicicletta al chiodo; indosserà gli occhiali solo molto più tardi.

E la scena si sposta ora all’Hôtel de l’Etrier, a Crans-Montana, nel Vallese svizzero, al termine dell’ultima tappa di montagna di questo Tour de France. Sono le 19:30 e la squadra Renault – capitanata da Monsieur Fignon – fa il pieno di cibo negli stomaci svuotati dalla gara. Verdure crude con un piatto di tonno, zuppa di verdure fresche, prosciutto di montagna, polpettine di vitello (duecento grammi a persona), insalata brasata, patate al vapore, spaghetti, formaggi, yogurt, crema al caramello, vino e succhi di frutta. Questi motori umani consumano molto.

Si ride, si scherza e, inoltre, la tappa sembra non finire mai. Si sente discutere dell’«ultimo colpo», del «colpo che parte», del fatto che «non c’era nessuno nel colpo» o che, in quell’altro «colpo», «la Maison era rappresentata». Parole oscure e per addetti ai lavori: «il tratto ripido», «il muro»… Certo, Fignon partecipa alla conversazione ma non è eccessivamente espansivo. Ivon Madiot, il più giovane della squadra, lontano dallo sguardo del maestro, ci confiderà: «Laurent sa come comandarci e come parlarci». Parlerà poi del suo capo come di un carico prezioso. «Lo portiamo ai piedi dei passi e delle difficoltà nelle migliori condizioni affinché non compia sforzi inutili… Lavoriamo…» Un tesoro consegnato che poi esplode. «Si mette subito in gioco». «Non è un lavoro ingrato?» «No, alla fine della tappa, Laurent sa venire da noi e dirci: “Grazie”. Mi commuove molto». «E con Hinault, si piacciono?» «Si rispettano, ma di certo non passerebbero le vacanze insieme».

Alle 19:40, i corridori guardano in televisione il riassunto della giornata. Il signor Fignon è il più attento. Tutti i commenti lo interessano e, del resto, ogni mattina si dedica a una autentica rassegna stampa.

Alle 21:00, il signor Fignon nella stanza del massaggiatore. Si è isolato, non è andato a pizzicare le natiche delle sue «groupie», ragazzine italiane, svizzere o francesi. La sua reputazione di impavidità di fronte alle seduzioni del gentil sesso è ormai consolidata. C’è qualcosa di San Giovanni Battista in questo ragazzo, qualcosa di Parsifal… È innamorato solo della sua bicicletta. «È bella, una bicicletta. È come l’acqua, semplice ed efficace. Si può fare tutto con una bicicletta.» Anche l’amore? Dopotutto, Parsifal adorava la sua spada… «A che ora vi alzate?» «Di solito, tre ore prima della partenza. Mi alzo, faccio colazione: corn-flakes, cioccolato, fette di pane imburrate. Più tardi mangio ancora: uova, pasta, prosciutto. Poi mi chiudo in camera mia e aspetto. Dopo la tappa, la consegna delle maglie, «Face au Tour» in televisione, una pausa per andare in bagno, interviste a caldo. Poi, uno spuntino prima di cena: corn-flakes, panini, banane… E Coca-Cola.» «E quando arriva la stanchezza, il calo di energia?» Il signor Fignon è categorico: «Mai quando si vince».

«Quando Bernard Hinault l’ha attaccata, nella pianura che precede l’Alpe d’Huez, lei ha dichiarato, in seguito, che in quel momento l’aveva fatta ridere. Non si pente di quelle parole?» «Non era un’affermazione aggressiva; secondo me, era semplicemente la constatazione del suo errore tattico.» «Quali sono i suoi principali pregi e difetti?» «A volte esprimo giudizi su me stesso, ma non ne parlo con nessuno. Spetta agli altri rispondere a questa domanda.» «Un grande campione in declino, come Hinault, è commovente?» «È la vita ed è lo sport». «Perché indossa occhiali rotondi?» «Ho cambiato modello l’anno scorso — li indosso dall’età di 5 anni — e forse ne cambierò di nuovo l’anno prossimo.» [Interviene il massaggiatore: «Soprattutto no! È da quando indossi quelli lì che vai alla grande.» ]

«Impagliate gli animali? Non avete portato con voi fili e bisturi?» [Il suo compagno di squadra, Pascal Poisson, che è entrato nella stanza, dichiara: «Fa di peggio, fa alchimia. Due giorni fa ha inventato una nuova roba, si chiama “polvere di fuga”. E funziona!»] «Leggi molto?» «È difficile durante il Tour, ma quest’anno ho letto tutto Balzac. “La commedia umana”, la mia lettura migliore di quest’anno». «Che cosa la motiva?» «Vincere». «I soldi?» «Anche quelli, perché se non si vince, non si guadagnano soldi. Già questo sarebbe una motivazione sufficiente». «Quando ha sofferto di più al Tour?» «Preferisco dimenticarlo. Sinceramente, non sono in grado di rispondere. Non ho termini di paragone e preferisco non fare confronti, non sapere».

«Le scritte lasciate sulla strada dagli spettatori, le legge?» «Sì, sì, ce ne sono di molto divertenti. Ad esempio, nella salita del Joux-Plane c’era scritto: “Fignon, sei carino, ma il più bello è Hinault”. Ho letto anche questa, è un po’ esagerata, no? “Fignon, sei un idiota!” Tre giorni fa, su un cartello: “Hinault, non preoccuparti, il filet mignon è cotto!”» [Ride di buon umore]. «Ricevo molte lettere da ammiratori e ammiratrici». «Vivo dai miei genitori. Le apre mia madre. Le leggerò quando tornerò a casa». Ama suo padre e suo fratello, adora sua madre. Questo Parsifal è il migliore dei figli. Lo osservavamo, disteso sul lettino da massaggio: ama anche il suo corpo, al tempo stesso duro e prezioso. Ma resta il fatto che c’è un mistero in questo giovane uomo molto intelligente, molto lucido, molto sicuro del funzionamento dei suoi muscoli e della sua mente.

C’è una sorta di riservatezza e di segreti di cui Laurent fa la sua vita e il suo intimo equilibrio. La signora Marthe Fignon, sua madre, ha detto: «Ama la sua famiglia, ma non bisogna stargli sempre alle calcagna. Non è il tipo di ragazzo che viene a raccontarti le sue storie sentimentali e tutto quello che so delle vicende sentimentali di mio figlio è che è… single».

Sorge tuttavia una domanda, e si tratta di una questione seria: il signor Fignon, ormai famoso, diventerà popolare? Il popolo, infatti, ama i campioni dalla testa semplice e schietta, alla mano, che gli danno grandi pacche sulla schiena, ma che, se le dessero al signor Fignon, rischierebbero di fargli cadere gli occhiali.

Riuscite a immaginare la gente che dà pacche sulla schiena a Jean-Louis Bianco (segretario generale dell’Eliseo), Pierre Joxe (al Ministero dell’Interno), Jacques Attali (all’Eliseo) e che porge dei sacchetti a Laurent F. all’uscita dall’Hôtel Matignon?

Di Giscard d’Estaing, de Gaulle aveva detto che si trattava di una persona straordinaria ma che gli mancava «il popolo». Fignon, ed è proprio qui il problema, vedrà forse, grazie alla gloria, questo popolo sciogliersi d’amore e accorrere verso di lui? Non è detto. Quella signora elegante, la gloria, e il popolo, quel buon rozzo, non marciano sempre allo stesso passo. Sua Maestà Anquetil ne sa qualcosa, lui a cui la Francia ha sempre preferito il plebeo Poupou. Se un giorno si sentirà urlare ai bordi delle strade «Vai, Fifi mio!», per il signor Fignon sarà una vittoria, ma non è ancora in tasca né nel bidone. È persino più difficile che vincere il Tour de France.


Inchiesta di Michel Peyrard. C’è un mistero in questo giovane uomo molto intelligente, molto lucido...

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