UN MEC À PART
1 Sep 2010 - L'Équipe
GÉRARD EJNÈS
QUE retiendra-t-on de Laurent Fignon ? Un choc culturel. Parisien et bachelier, ça ne vous prédispose pas forcément à gagner le Tour de France à vingt-deux ans, à le regagner à vingt-trois, quand le cyclisme était encore quelque chose comme l’ultime refuge de la ruralité triomphante. Une sainte et saine apparition. Un visage rayonnant, une blondeur diaphane, les lunettes rondes de l’intello. Un anachronisme. Il était jeune et insouciant.
Que retiendra-t-on de Laurent Fignon ? Une flamboyance. Le Tour 1984, au cours duquel il pulvérisa son ex-chef de file et quadruple vainqueur de l’épreuve Bernard Hinault, renvoyé à plus de dix minutes aux Champs. C’est un ange qui survola l’épreuve. Se brûlait-il les ailes en même temps qu’il les déployait ? Ce n’est pas un jour à chercher une réponse. Il était jeune et insouciant.
Que retiendra-t-on de Laurent Fignon ? Un caractère. Un ego de champion. Une suffisance. En 1984, Hinault l’attaqua à neuf kilomètres du pied de l’alpe d’Huez. Le retour de bâton fut terrible. Sportif et verbal : « Quand je l’ai vu partir ainsi, je me suis mis à rigoler. » Il était jeune et insouciant.
Que retiendra-t-on de Laurent Fignon ? Une misère. Ces huit secondes qui l’ont privé d’un troisième succès dans le Tour de France en 1989 et lui ont plus sûrement pourri le restant de sa trop courte vie que quelques cochonneries ingurgitées à l’occasion. Huit secondes qui l’ont fait entrer dans la légende du sport par la porte détestable des perdants magnifiques. La fin de la jeunesse et de l’insouciance.
Que retiendra-t-on de Laurent Fignon ? Un ultime combat. Le plus grand d’entre tous. Un match au corps à corps. En public, dans un livre et sur les ondes. Tel qu’en lui-même. Provocateur, sublime, affaibli, désespéré. Il était trop jeune et tellement soucieux.
La Grande Faucheuse lui a fait franchir au sprint la plus sordide des lignes d’arrivée. Et ça fait mal.
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DIVERSO DAGLI ALTRI
1 settembre 2010 - L'Équipe
GÉRARD EJNÈS
Che cosa ricorderemo di Laurent Fignon? Uno shock culturale. Parigino e diplomato, non è proprio il profilo che ti predispone a vederlo vincere il Tour de France a ventidue anni, per poi rivincerlo a ventitré, quando il ciclismo era ancora una sorta di ultimo rifugio della trionfante ruralità. Un’apparizione santa e sana. Un volto radioso, una biondezza diafana, gli occhialini rotondi da intellettuale. Un anacronismo. Era giovane e spensierato.
Che cosa ricorderemo di Laurent Fignon? Una stravaganza. Il Tour del 1984, durante il quale sbaragliò il suo ex capitano e quattro volte vincitore Bernard Hinault, relegato a oltre dieci minuti di distacco agli Champs. Era un angelo che sorvolava la gara. Si bruciava le ali proprio mentre le spiegava? Non è il giorno giusto per cercare una risposta. Era giovane e spensierato.
Che cosa ricorderemo di Laurent Fignon? Un carattere. Un ego da campione. Una certa presunzione. Nel 1984, Hinault lo attaccò a meno nove chilometri dai piedi dell’Alpe d’Huez. La risposta fu terribile. Sportiva e verbale: «Quando l’ho visto partire così, mi sono messo a ridere». Era giovane e spensierato.
Che cosa ricorderemo di Laurent Fignon? Una miseria. Quegli otto secondi che nel 1989 gli hanno negato la terza vittoria al Tour de France e che, sicuramente, gli hanno rovinato il resto della sua vita, troppo breve, più di qualche schifezza ingoiata di tanto in tanto. Otto secondi che lo hanno fatto entrare nella leggenda dello sport attraverso la porta, detestabile, dei magnifici perdenti. La fine della giovinezza e della spensieratezza.
Che cosa ricorderemo di Laurent Fignon? Un’ultima battaglia. La più grande di tutte. Uno scontro corpo a corpo. In pubblico, in un libro e in onda. Proprio come era lui. Provocatorio, sublime, indebolito, disperato. Era troppo giovane e così preoccupato.
La Grande Mietitrice gli ha fatto tagliare in volata il più squallido dei traguardi. E questo fa male.

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