CICCONE Coeur de Pirate


Grand fan de Marco Pantani, attaquant taillé pour les courses d’un jour et grimpeur de talent, l’Italien guette, aujourd’hui, l’opportunité d’enfin décrocher la grande victoire qui lui manque.

"Il a une grande, grande personnalité et, en Italie, 
les gens aiment ça, son style très italien, 
qu’il jette ses lunettes, qu’il attaque toujours"
   - ALEX CARERA, SON AGENT

10 Oct 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

BERGAME (ITA) – S’il avait percé dans le tennis, sport qu’il pratique souvent à Monaco avec son compatriote et voisin Jannik Sinner, numéro 1 mondial, Giulio Ciccone aurait été une machine à highlights. Des coups magiques. Du show. Et des craquages. « Ce serait mentir de dire qu’il n’a pas de caractère ou n’est pas nerveux, sourit Julien Bernard, son équipier chez Lidl-Trek. Ça transpire, ça se voit sur le vélo, dans des situations tendues ou moins tendues. J’essaye de le tempérer, le recentrer sur ce qui est important. Parfois il écoute, parfois pas. C’est un personnage, toujours très apprécié chez nous, très attachant, très marrant, qui va participer à la bonne vie du groupe. »

« Un mec authentique, décrit son directeur sportif, Maxime Monfort. Très exigeant mais pas toujours à juste titre, on s’est engueulés mais ça ne durait pas longtemps, car c’est un gentil garçon. Il peut péter les plombs parfois mais s’excuse deux minutes après. »

À son « palmarès » : pourrir un assistant lors du dernier Giro, coupable de ne pas lui avoir donné la bonne gourde lors d’un ravitaillement ; engrainer Santiago Buitrago sur le Tour 2024, coupable selon lui d’un bidon collé; ou jeter ses lunettes de joie sur la ligne d’arrivée du Tour des Alpes, célébration qui lui vaudra une amende de l’Union cycliste internationale (UCI). « C’est le style de “Cicco”, un showman, assure son agent Alex Carera. Il a une grande, grande personnalité et, en Italie, les gens aiment ça, son style très italien, qu’il jette ses lunettes, qu’il attaque toujours. »

Né à Chieti, dans les Abruzzes, il y a trente et un ans, Giulio Ciccone est un vrai talent, identifié depuis longtemps dans la Botte. « On a vite compris que ce serait un gars difficile à battre dans les montées, se souvient Manuel Senni, son équipier au club de Colpack (2014) puis chez Bardiani (2018), où le maillot à pois du Tour 2023 est passé pro il y a onze ans. On vivait ensemble dans une maison à Bergame et il était déjà très concentré sur ses objectifs, il arrivait très fort sur ses courses cibles et très déterminé, un vrai caractère de leader. »

Il rêve de victoires et de classements généraux, mais si les premières arrivent vite (une étape au Giro 2016), la deuxième partie du projet toussote. Parfois malchanceux, malade ou blessé en préparation, l’Italien, maillot rose du Giro une journée en mai, n’a jamais terminé dans le top 10 d’un grand Tour en 16 participations, une anomalie. « Oui, il a un gros moteur, mais pour les classements, vous avez besoin d’une certaine mentalité, corrige son agent. Son caractère fait qu’il est toujours à fond, il ne va pas aimer rester calme, bien dormir. Pour cette raison, il est l’un des meilleurs sur les courses d’un jour, mais il perd de l’énergie sur un grand Tour. »

Les tifosi ne lui en veulent pas. Derrière la superstar Filippo Ganna (NetcompanyIneos), le grimpeur est l’un des plus appréciés d’un pays qui idolâtre les scalatori (« grimpeurs ») et avait vibré avec lui au sommet du col de la Schlucht, où il avait validé son maillot à pois en 2023 et célébré cela comme une victoire, en pleine étape. « Un moment spécial pour moi, nous expliquait-il quelques mois plus tard. Car ce maillot est iconique. Jeune, je regardais toujours le Tour à la télé, je me souviens toujours de ce maillot dans le peloton, alors quand je l’ai mis pour la première fois, c’était un sentiment bizarre. »

La passion Pantani

Il regardait Marco Pantani, surtout, « le meilleur, mon idole aujourd’hui encore. Je sais tout de lui. J’ai lu ses bouquins, vu toutes ses étapes sur Internet, on avait des vidéos, j’ai souvent été à son musée à Cesenatico. J’ai commencé l’année où il est décédé

(2004), je ne l’ai jamais rencontré, mais sa famille oui, on s’envoie parfois des messages avec sa mère, Tonina. Son physiothérapeute Fabrizio Mora (décédé en 2025) était aussi le mien ensuite. La première fois que je suis allé à son studio, le vélo de Pantani était là. Je n’ai jamais rien ressenti devant aucun vélo, mais là, c’était waouh! »

Du « Pirate », toujours un mythe ici, le « gecko des Abruzzes » arbore parfois un autocollant sur le cadre de son vélo et perpétue un romantisme, un esprit chevaleresque qui l’a mené à des résultats très solides depuis un mois: 2e du Grand Prix de Québec, 7e du Grand prix de Montréal, 9e des Mondiaux et vice-champion d’Europe, à 2,8 millièmes de secondes du vainqueur Remco Evenepoel. Une photofinish frustrante symbole de ce qui lui manque, en dépit de son succès à la Clasica San Sebastian 2025 (13 victoires au compteur). « Une grosse victoire qui peut changer son palmarès », sait Manuel Senni. Troisième à Côme il y a deux ans, deuxième de Liège-Bastogne-Liège l’an passé, Ciccone, qui vit sa dernière course sous les couleurs de Lidl-Trek, « est clairement à son prime et on a beaucoup d’espoirs avec lui samedi (aujourd’hui) pétille Julien Bernard. Il a montré ces dernières semaines qu’il était l’un des meilleurs coureurs du peloton, peut-être même le meilleur. » L’un des plus expansifs, aussi.

***

CICCONE Cuor di Pirata

Grande tifoso di Marco Pantani, attaccante perfetto per le gare di un giorno e scalatore di talento, l’italiano è oggi in attesa dell’occasione per conquistare finalmente la grande vittoria che gli manca.

«Ha una personalità davvero forte e, in Italia,
alla gente piace questo suo stile molto italiano,
il fatto che lanci gli occhiali, che attacchi sempre»
   - ALEX CARERA, IL SUO AGENTE

10 ottobre 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

BERGAMO (ITA) – Se avesse sfondato nel tennis, sport che pratica spesso a Montecarlo con il suo connazionale e vicino di casa Jannik Sinner, numero 1 al mondo, Giulio Ciccone sarebbe stato una macchina da highlights. Colpi magici. Spettacolo. E momenti di cedimento. «Sarebbe una bugia dire che non ha carattere o che non sia nervoso», sorride Julien Bernard, suo compagno di squadra alla Lidl-Trek. «Si vede, si nota sulla bici, sia in situazioni di tensione sia in quelle più tranquille. Cerco di calmarlo, di riportarlo a concentrarsi su ciò che conta. A volte mi ascolta, a volte no. È un personaggio, sempre molto apprezzato da noi, molto simpatico, molto divertente, che contribuisce al buon clima del gruppo».

«Un ragazzo autentico», lo descrive il suo direttore sportivo, Maxime Monfort. Molto esigente ma non sempre a ragione, abbiamo litigato ma non dura mai a lungo, perché è un bravo ragazzo. A volte può perdere le staffe, ma si scusa due minuti dopo».

Nel suo "palmarès": aver sgridato un assistente durante l’ultimo Giro, colpevole di non avergli dato la borraccia giusta durante un rifornimento; aver preso di mira Santiago Buitrago al Tour 2024, colpevole secondo lui di una bidon-collet; oppure aver lanciato gli occhiali in segno di gioia sul traguardo del Giro delle Alpi, un'esultanza che gli è valsa una multa dall’Unione Ciclistica Internazionale (UCI). «È lo stile di “Cicco”, un uomo di spettacolo», assicura il suo agente Alex Carera. «Ha una personalità davvero straordinaria e, in Italia, alla gente piace questo suo stile molto italiano: che lanci gli occhiali, che attacchi sempre».

Nato a Chieti, in Abruzzo, trentuno anni fa, Giulio Ciccone è un vero talento, individuato da tempo nella Penisola. «Abbiamo capito subito che sarebbe stato un ragazzo difficile da battere in salita», ricorda Manuel Senni, suo compagno di squadra alla Colpack (2014) e poi alla Bardiani (2018), dove il detentore della maglia a pois del Tour 2023 è diventato professionista undici anni fa. Vivevamo insieme in una casa a Bergamo ed era già molto concentrato sui suoi obiettivi, si presentava molto forte alle gare che aveva puntato e molto determinato, un vero leader».

Sogna vittorie e classifiche generali, ma se le prime arrivano in fretta (una tappa al Giro 2016), la seconda parte del progetto arranca. A volte sfortunato, malato o infortunato durante la preparazione, l’italiano, maglia rosa del Giro per un giorno a maggio, non è mai entrato nella top 10 di un grande Giro in 16 partecipazioni: un’anomalia. «Sì, ha una grande potenza, ma per le classifiche serve una certa mentalità», precisa il suo agente. «Il suo carattere lo porta a dare sempre il massimo, non gli piace stare tranquillo, dormire bene. Per questo motivo è uno dei migliori nelle gare di un giorno, ma perde energie in un grande Giro».

I tifosi non gliene vogliano. Dietro la superstar Filippo Ganna (Netcompany-Ineos), Giulio è uno dei più amati in un Paese che idolatra gli «scalatori» e che aveva esultato con lui in cima al Col de la Schlucht, dove nel 2023 si era assicurato la maglia a pois e l’aveva celebrata come una vittoria, nel bel mezzo della tappa. «Un momento speciale per me», ci spiegava qualche mese dopo. «Perché quella maglia è iconica. Da giovane guardavo sempre in tv il Tour, ricordo ancora quella maglia nel gruppo, quindi quando l’ho indossata per la prima volta è stata una sensazione strana».

La passione per Pantani

Guardava soprattutto Marco Pantani, «il migliore, il mio idolo ancora oggi. So tutto di lui. Ho letto i libri su di lui, ho visto sul web tutte le sue tappe, avevamo delle VHS, sono stato spesso al suo museo a Cesenatico. Ho iniziato nell’anno in cui è morto (2004), non l’ho mai incontrato, ma la sua famiglia sì, a volte ci scambiamo messaggi con sua madre, Tonina. Il suo fisioterapista Fabrizio Mora (scomparso nel 2025) è diventato poi anche il mio. La prima volta che sono andato nel suo studio, c’era la bicicletta di Pantani. Non ho mai provato nulla davanti a nessuna bicicletta, ma là ho detto: "Wow!"»

Ispirato al «Pirata», che qui è ancora un mito, il «geco d’Abruzzo» a volte sfoggia un adesivo sul telaio della sua bici e porta avanti quel romanticismo, quello spirito cavalleresco che lo ha portato a risultati molto solidi nell’ultimo mese: 2° al Gran Premio di Québec, 7° al Gran Premio di Montréal, 9° ai Mondiali e vicecampione d’Europa, a 2,8 millimetri dal vincitore Remco Evenepoel. Un fotofinish frustrante, simbolo di ciò che gli manca, nonostante il successo alla Clásica San Sebastián 2025 (13 vittorie all’attivo). «Una grande vittoria che può cambiare il suo palmarès», afferma Manuel Senni. Terzo a Como due anni fa, secondo alla Liegi-Bastogne-Liegi lo scorso anno, Ciccone, che disputerà la sua ultima gara con i colori della Lidl-Trek, «è al massimo della forma e riponiamo grandi speranze in lui sabato (oggi)», afferma entusiasta Julien Bernard. «Nelle ultime settimane ha dimostrato di essere uno dei migliori corridori nel gruppo, forse addirittura il migliore». E anche uno dei più espansivi.

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