De ses exploits à la Juve au coup de boule, Zidane reste une légende en Italie


MARTIN RICHARD / PRESSE SPORTS
Zinédine Zidane lors d’un match, en août 1999, 
avec l’équipe de la Juventus de Turin.

ZINÉDINE ZIDANE
La légende italienne du sélectionneur des bleus

« C’est resté dans les mémoires, mais ça n’a pas changé 
grand-chose à l’image du grand footballeur » 
   - Alessandro Grandesso journaliste 
     pour la « Gazzetta dello Sport » 
     à propos du coup de boule de Zinédine Zidane

"La Juventus a été plus qu’une famille, 
c’était un endroit où j’ai vraiment appris 
ce que signifiait la compétitivité en tant que joueur, 
et qui m’a également poussé dans ma 
vie d’homme et dans ma vie de famille"
   - Zinédine Zidane

2 Oct 2026 - Le Figaro
Sébastien Ferreira

«Ce la possiamo fare.» En français : «On peut le faire », rassurait Zinédine Zidane, modeste comme toujours, quant à sa capacité à parler italien devant un public, sur une estrade lors du Festival dello Sport, à Trente, organisé par La Gazzetta dello Sport, le principal quotidien sportif du pays, il y a un an. La suite? Quarante-cinq minutes d’une discussion fluide dans la langue de Dante. «Il a été l’un des invités les plus acclamés et les plus importants du festival», se souvient Alessandro Grandesso, correspondant en France pour la Gazzetta depuis 2000.

Que ce soit de ce côté des Alpes ou de l’autre, « Zizou » est un personnage notoire. Et populaire. «Il n’y a pas chez nous toute la dimension presque spirituelle, cette aura presque divine qu’il a en France, nuance Alessandro Grandesso. Mais ça reste un très grand, qui est apprécié et reconnu.»

L’italie n’a pas la mémoire courte. Bien avant de devenir le sélectionneur de l’équipe de France qui affrontera l’italie ce vendredi (20h45, TF1) en Ligue des nations, Zidane a fait les belles heures de la Juventus entre 1996 et 2001.

À Turin, «c’est une idole, un mythe», décrit Massimo Franchi, envoyé spécial du journal Tuttosport et fondateur du trophée du Golden Boy. Avec «Zizou», la Juve a raflé six trophées en cinq ans. Elle l’a vu devenir une icône française, bien au-delà du sport, avec la Coupe du monde 1998, puis le Ballon d’or, la même année. « Il a été l’un des meilleurs joueurs au moment où le championnat italien était le meilleur en Europe», recontextualise Alessandro Grandesso.

La trace laissée chez lui par ses années dans le Piémont était encore visible lorsqu’il a été nommé sur le banc du Real Madrid, en 2016, pour ses débuts comme entraîneur d’une équipe professionnelle. L’une des premières demandes à sa direction avait été le recrutement d’antonio Pintus, préparateur physique qui avait compté pour lui à la Juve. L’italien est depuis devenu une légende : le Real a remporté la Ligue des champions trois fois de suite (2016, 2017, 2018) avec des joueurs au sommet de leur forme physique.

L’italie a compté pour le footballeur. Elle a aussi compté pour l’homme. Cela fait trente ans que Zidane revient régulièrement en famille au Palace Merano, un luxueux spa médical dont il est ambassadeur, situé dans la province de Bolzano, dans les Alpes italiennes. « C’est une région dont je ne me lasse jamais, confiait-il au Figaro en juillet dernier. La montagne apporte un calme particulier. J’aime marcher, partir à vélo, être dehors. Ça peut paraître très simple, mais ce sont des moments qui permettent de ralentir et de retrouver un certain équilibre. Quand je repars, j’ai vraiment le sentiment d’avoir déconnecté. »

De la Juventus aussi, il a déconnecté, sans jamais rompre le lien. «L’italie est dans mon coeur, j’ai passé cinq ans à Turin, et la Juventus est toujours importante pour moi », déclarait-il au micro de Sky Sport Italia en 2021. Durant ses cinq dernières années sans poste, il n’a jamais écarté l’idée de revenir chez les Bianconeri, et il l’aurait peut-être fait s’il n’avait pas eu ce rêve bleu. En 2023, celui qui appelle toujours l’historique président Gianni Agnelli par son surnom, « l’avvocato », insistait : «La Juventus a été plus qu’une famille, c’était un endroit où j’ai vraiment appris ce que signifiait la compétitivité en tant que joueur, et qui m’a également poussé dans ma vie d’homme et dans ma vie de famille. »

Sa carrière d’entraîneur n’a fait que renforcer l’affection et l’admiration qu’il suscite dans la Botte. En janvier 2018, six mois après la victoire du Real en finale de la Ligue des champions face à la Juventus (4-1), le club madrilène diffuse une vidéo du discours de Zidane à la mi-temps. Le score était alors nul (1-1). « On doit souffrir. C’est une finale, on souffre. Mais toujours avec sérénité », lance-t-il, entre autres paroles de motivation et consignes tactiques.

« Tous les Italiens, les fans de la Juve en particulier, ont entendu ce discours. À ce moment, “Zizou”, c’est Albert Einstein, et Massimiliano Allegri (entraîneur de la Juve, NDLR), en comparaison, c’est un idiot», relate Massimo Franchi. Zidane et l’italie, amour, gloire et… zones d’ombre. La dernière action du numéro 10 restera ce coup de boule sur Marco Materazzi, lors de la finale du Mondial 2006. « C’est resté dans les mémoires, souligne Alessandro Grandesso.

Mais ça n’a pas changé grand-chose à l’image du grand footballeur. » L’italie, réputée pour la dureté et le vice de son football, n’a pas été choquée, comme l’ont été de nombreux Français. Elle n’ignorait pas ce caractère sanguin qui a parfois éclipsé le magicien (14 cartons rouges en carrière).

« Il n’a pas pu participer aux tirs au but, alors tous les Italiens étaient très contents qu’il soit expulsé», rappelle Massimo Franchi. La Nazionale a ainsi remporté une quatrième Coupe du monde et avait mieux à faire que de reprocher à « Zizou » un geste qui lui a rendu service. « C’est un épisode », balaie Alessandro Grandesso. Comme le sera ce match de Ligue des nations au Stade de France ce vendredi. Grandesso sourit : « Je n’ai pas beaucoup d’espoir. On repart de zéro, c’est une totale découverte. Et la France est une équipe extraordinaire. »

En juillet, Roberto Mancini a été nommé sélectionneur après une crise sans précédent. Andrea Pirlo était le premier choix, mais ses liens avec une société de paris sportifs russe l’ont forcé à retirer sa candidature, entraînant les démissions de Paolo Maldini, directeur technique de la fédération, et son bras droit, Leonardo. Le tout alors que l’italie a échoué à se qualifier pour les Coupes du monde 2018, 2022 et 2026. Elle a raté son départ en Ligue des nations, s’inclinant à Rome face à la Belgique (0-2), avant de reprendre du poil de la bête en Turquie lundi (victoire 1-4). La France de Zidane, elle, est leader du groupe 1 (victoires en Turquie et en Belgique, 0-1 à chaque fois). Elle aborde avec confiance un rendez-vous riche en émotions, pour la première de « ZZ » à domicile, et avec un objectif : prolonger la « dolce vita » de son sélectionneur.

***

Les Bleus sous le choc après la chute de leur ancien « M. Sécurité »

« Jamais il ne m’a demandé d’argent et je ne connaissais pas ces usages. 
Si c’est vrai, c’est une trahison » Un ancien joueur de l’équipe de France

2 Oct 2026 - Le Figaro
Baptiste Desprez

Il est l’homme qui sait tout sur tout dans l’équipe de France. Depuis deux décennies. Surnommé « La République » par les joueurs, le staff et tous ceux qui le côtoient à Clairefontaine et ailleurs. Mohamed Sanhadji, 57 ans, se trouve au centre d’une enquête explosive dévoilée par L’équipe jeudi. Dans celle-ci, il est indiqué que l’homme de confiance, mis en examen le 16 septembre dernier pour « des faits de recel de détournement de fonds publics, corruption active de personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence actif sur personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence passif par personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence international passif, corruption passive par personne dépositaire de l’autorité publique, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale», aurait abusé de ses fonctions en soutirant de l’argent à certains internationaux. Et ce, depuis des années. L’onde de choc est totale. « On se sent trahis », nous souffle un proche de la sélection, qui préfère garder l’anonymat.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris et la Direction générale de la police nationale (DGPN) quant aux agissements du « flic des Bleus », en charge de la sécurité de 2004 à décembre 2025. Ce dernier avait été contraint de prendre sa retraite anticipée après des révélations concernant un chèque de 60300 euros versé par Kylian Mbappé après le Mondial 2022. Proche de Didier Deschamps, il avait été maintenu pour suivre les A lors de la Coupe du monde en Amérique.

Et Zinédine Zidane, qui voulait déjà le recruter quand il entraînait le Real Madrid, a pesé de tout son poids pour que «Momo» reste dans son staff, alors que la FFF, le président Philippe Diallo et son DG, Jean-françois Vilotte, n’y étaient pas favorables. Depuis le début de la séquence internationale avec « ZZ », il est interdit à ce fils de harkis, passé par les champs de bataille en ex-yougoslavie et décoré de la Légion d’honneur, d’entrer en contact avec le staff et les joueurs de la sélection. Une absence qui a fait jaser du côté du Château pour un homme aux fonctions essentielles dans toute l’organisation de l’équipe de France.

Dans son enquête, L’équipe avance que l’homme aurait obtenu « de plusieurs internationaux français plus de 300000 euros entre 2020 et 2024», sans compter « les vacances offertes et les avantages en nature ». Une somme qui aurait servi à Mohamed Sanhadji à payer sa maison dans le sud de la France, à hauteur de 440000 euros. Kylian Mbappé, via sa mère Fayza Lamari, proche de lui, lui aurait notamment consenti un prêt de 120 000 euros. D’autres Bleus auraient aussi accédé à la demande du « grand flic» (Varane, Lamouchi, Blanc, M’vila, Guendouzi, pour des sommes comprises entre 7 500 et 20 000 euros). À chaque joueur, il assurait le secret, la confidence et semblait effectuer une opération séduction bien rodée.

Depuis la diffusion de cet article, de nombreux acteurs de l’équipe de France sont « sous le choc ». Aucun ne veut parler de manière officielle. « “Momo” était l’un des nôtres, toujours prêt à rendre service, toujours enclin à transmettre ses valeurs, à guider les jeunes par rapport à ce que représente la France, témoigne un ancien joueur. Je suis sur le cul, jamais il ne m’a demandé d’argent et je ne connaissais pas ces usages. Si c’est vrai, c’est une trahison. » Un autre ex-membre de la sélection abonde : « On découvre un personnage à double visage, avec d’un côté un professionnel expérimenté doté d’un gros réseau et toujours là pour résoudre des problèmes et de l’autre un manipulateur notoire, si les faits sont avérés. La déception est immense.»

L’enquête indique que Mohamed Sanhadji se serait notamment fait payer des vacances par d’anciens joueurs (Abidal, Ribéry, Sidibé), des frais dentaires à l’hôpital américain de Neuillysur-seine par la mère de Mbappé (7 000 €) ou aurait été invité par Jamel Debbouze au Maroc en échange d’un stage à Clairefontaine pour le fils de l’humoriste. Contactée, la FFF, dont plusieurs membres étaient au courant des agissements du « flic » des Bleus ces dernières semaines, dit ne pas vouloir « commenter une procédure judiciaire en cours » et va « appliquer tout ce qu’impose la justice », ajoutant qu’elle va « se porter partie civile ».

Du côté des staffs de Didier Deschamps et de Zinédine Zidane, silence radio pour une affaire qui secoue le microcosme de la sélection tant la place de Sanhadji était importante depuis vingt ans. Ceux qui l’ont croisé durant leur carrière oscillent entre stupéfaction, colère, déception et fort sentiment de trahison. Le séisme est total. La chute, brutale. « C’était un mec intègre, honnête, qui connaissait la vie de tous les joueurs et de leur famille, je tombe des nues et je ne comprends rien », murmure un ancien international qui ne veut pas oublier « tout son dévouement pour les Bleus » et attend « que la justice fasse son travail ».

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