POGACAR FAIT DES PETITS
Absent des Championnats d’Europe qui auraient dû le consacrer chez lui en Slovénie, le quintuple vainqueur du Tour, même exilé à Monaco, a gardé un lien avec sa terre, par le biais de sa fondation et de l’équipe Pogi Team qu’il soutient.
«Je veux être meilleur que lui»
- VANJA KUNTASIC ZIBERT, UN DES
JEUNES COUREURS DE LA POGI TEAM
«Il a voulu aider, investir dans le club où il a débuté.
Et avec ses sponsors, il obtient des réductions très importantes»
- MIRKO',LE'PÈRE DE TADEJ POGACAR
«Il y a quelques coureurs vraiment très talentueux
et nous essayons d’avancer très progressivement avec eux»
- MITJA TANCIK, DIRECTEUR
SPORTIF DES U13 JUSQU’AUX U19
2 Oct 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉSPÉCIAL YOHANN HAUTBOIS
LJUBLJANA (SLN) – Sur des chaises de camping installées en rond, des gosses à peine sortis de l’enfance, la voix qui déraille, s’amusent du ballet médiatique autour d’eux, de cette photographe belge qui les cadre sous toutes les coutures, des questions auxquelles ils commencent à s’habituer depuis que Tadej Pogačar, en 2021, a pris en main leur équipe. Et qui fut la sienne puisque l’historique club Kolesarsko drustvo ROG sur lequel s’appuie Pogi Team, a vu naître, sur les routes de Klanec, le double champion du monde. rencontré – « une sensation incroyable » –, a pris une photo avec son idole « qui attaque dans des étapes où on ne s’y attend pas ». Dans son placard, le garçon, devenu en juin dernier champion de Slovénie sur le chrono, est conscient que l’investissement du meilleur coureur du monde lui offre une autre visibilité.
Son coéquipier, Vanja Kuntasic Zibert, un an et une catégorie de plus (17 ans, en U19), a lui aussi senti le regard changer : « Ça nous donne un gros coup de boost quand nous courons, notamment en Italie. Parce que nous sommes la Pogi Team. Nous sommes l’équipe de Tadej Pogačar. » Également champion national sur le contre-lamontre (il a participé aux Championnats du monde juniors au Canada), il a croisé le quintuple vainqueur du Tour (« Il est très gentil, chaleureux. Il montre de l’intérêt et de l’estime pour les jeunes coureurs ») et rêve « être comme lui. Je veux être meilleur que
lui ». Il a pourtant débarqué au sein de Pogi Team, comme Gal, plus par commodité – « on habite à côté » – que sur sélection, et si la quête de performance reste un enjeu, les dirigeants refusent de passer ces jeunes à la moulinette du cyclisme professionnel. Découvreur de Pogacar dont il est resté intime, Miha Koncilija, responsable sportif de la structure, assure que « le plus important, c’est que les jeunes pratiquent une activité. Jusqu’à 13 ans, nous acceptons tout le monde. Ensuite, lorsque nous passons au vélo de route, ils doivent avoir un certain niveau pour pouvoir rouler tous ensemble. Les autres peuvent simplement rester au sein de l’école de cyclisme, juste pour jouer, faire du vélo… » Exactement le modèle qui a permis à Tadej Pogacar de s’essayer au cyclisme, dans la roue de son frère aîné Tilen, avant de monter en gamme et de découvrir la compétition, lors de courses en Italie principalement, dont il a souvent témoigné qu’il s’agissait de ses plus belles années sportives, entouré des copains.
Mirko Pogacar, son père, n’a donc pas été surpris quand « il a voulu investir dans le club où il a débuté. Il a vu que les enfants n’ont plus les mêmes possibilités, avec tout le matériel nécessaire, le vélo, le casque, les lunettes, les chaussures… Tout était presque gratuit à son époque. Mais après son départ chez UAE, les parents ont dû payer plus. Il a voulu aider et, avec ses sponsors, il obtient des réductions très importantes ».
L’histoire a pris une drôle de tournure à Noël 2020, quelques mois après son premier succès sur la Grande Boucle, « mais Tadej m’avait déjà parlé de son projet deux jours seulement après sa victoire sur le Tour, assure son agent Alex Carera. Il m’a dit: “Je veux redonner quelque chose au cyclisme. J’ai eu la chance de réussir et de gagner le Tour de France. C’était mon rêve. Mais je ne sais pas si les autres jeunes sportifs slovènes auront autant de chance que moi.” »
En six ans, le club est passé de 80 à 300 enfants
Quelques jours avant le passage à 2021, il est sollicité par la télévision nationale pour une interview. Devant les caméras, il glisse alors son idée de construire une équipe de jeunes à partir du 1er janvier, propose à tous les gamins intéressés de contacter son entourage. « Nous n’avions aucune idée du nombre d’enfants qui voudraient rejoindre le projet, se rappelle l’agent. Le lendemain de l’émission, nous avions reçu plus de 200 demandes ! Et le problème, c’est que nous n’avions pas 200 vélos (rires) ! » Miha Koncilija se souvient très bien de la période : « C’était vraiment incroyable qu’à son âge (20 ans), il ait déjà une telle façon de penser, qu’il soit conscient de tout ce qui lui était déjà arrivé et de tout ce qu’il avait reçu. Parce qu’à 20 ans, vous pourriez penser à acheter une nouvelle Porsche ou une nouvelle Ferrari avec les millions que vous gagnez. Mais lui pense que l’argent n’est que de l’argent. »
Lors des Championnats nationaux en juin dernier, aucun signe de richesse extérieur au sein de la Pogi Team, les jeunes se changeaient au cul de deux estafettes, à l’ancienne, au contraire du vainqueur d’une étape de la Vuelta Jakob Omrzel, venu avec le car de sa formation professionnelle Bahrain Victorious. Depuis, le projet a pris corps, le club s’est développé, passant en six ans de 80 à près de 300 enfants, encadrés par douze entraîneurs (six à temps plein) quand trois, seulement, étaient en poste il y a vingt ans. « À cette époque, tout était beaucoup plus modeste, souligne Miha Koncilija. Le siège se trouvait au centre de Ljubljana. Nous n’avions pas les installations dont nous disposons aujourd’hui. »
Une structure féminine, Pika Team (40 coureuses), a également vu le jour et, hors l’équipe continentale Pogi Team Gusto Ljubljana (10 coureurs), dont le budget est évalué à 300000 euros, le reste de la structure s’appuie sur 250 000 euros par an. « Tadej nous aide également, notamment grâce à ses sponsors mais aussi grâce à son équipe UAE » , poursuit le manager sportif.
Évidemment, tout le monde se pose la question d’un nouveau Pogačar au sein du jeune groupe, et Mitja Tancik, directeur sportif des U13 jusqu’aux U19, estime qu’ « il y a quelques coureurs vraiment très talentueux et nous essayons d’avancer très progressivement avec eux. Certains veulent peut-être franchir les étapes plus rapidement. Mais nous avons de très jeunes coureurs qui sont patients et qui croient vraiment que leur place, à cet âge, est dans l’équipe de Pogi, même s’ils ont des possibilités de partir. Ils se disent : “C’est ici que je veux être dans un avenir proche, que je vais le plus progresser.” »
Avec un modèle qui les suit à distance mais jamais loin non plus: quand il a remporté le Championnat national sur route des moins de 17 ans, Urban Hvastija a célébré son succès d’une révérence, à la Pogačar.
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« J’en avais les larmes aux yeux»
Marjeta Pogacar, la mère du quintuple vainqueur du Tour, est impliquée avec son mari, Mirko, dans la fondation qui vient en aide, en particulier, aux personnes atteintes de cancer.
2 Oct 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À KOMENDA (SLN) Y. H
En juin, la ville de Komenda portait encore les stigmates d’une violente tempête qui avait ravagé une partie des habitations, 150 environ. La toiture de l’église SaintPierre, vers laquelle Pogačar montait lors de certaines courses, était recouverte de bâches provisoires, et la maison d’Izidore et Irena, voisins de la famille Pogačar, regardait de loin sa charpente qui avait traversé la rue, « jusqu’au rond-point! » , indiquait le menuisier.Le toit de l’église de Komenda arraché au moment des intempéries qui ont frappé la Slovénie en juin : depuis, grâce à la fondation de Tadej Pogačar, gérée en partie par ses parents, il a été réparé.
Hier, sous un soleil automnal, la cité avait retrouvé une seconde jeunesse, l’édifice religieux arborait un toit en tuile et en zinc bronzé sublime. Le jardin d’Izidore, lui aussi, a retrouvé des couleurs : les panneaux de bois en hommage aux victoires de l’enfant du pays ont fleuri de nouveau sur sa clôture, dont celui fêtant ses cinq Tours de France. Cette reconstruction a été possible entre autres par les fonds dégagés par Tadej Pogačar.
100 000 euros pour les victimes des intempéries à Komenda en juin
De Monaco où il avait vu les images du désastre, le Slovène avait « décidé d’aider les victimes des intempéries », rappelle Marjeta, sa mère. Par le biais de sa fondation, il a dégagé la somme de 100000 euros pour venir en aide aux habitants du village, situé à trente minutes de Ljubljana, la capitale. « Tadej ne le fait pas par obligation mais vraiment avec sincérité, confiait, il y a trois mois», la présidente de la Slovénie, Natasa Pirc Musar. «J’ai entendu Tadej dire plusieurs fois: “Ce pays m’a beaucoup donné. Il a contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. Alors je veux lui redonner quelque chose en retour.” »
Sa fondation, qui a vu le jour en 2022 (initialement avec son ancien entraîneur Iñigo San Millán sous le nom Tadej Pogačar Cancer Research Foundation avant de prendre sa forme actuelle en 2024), est d’abord une histoire familiale : Mirko, le père, en est le président, Marjeta a pris place dans le conseil d’administration. « L’idée est née après la mort (d’un cancer en 2022) de la maman d’Urška (sa compagne), se souvient Marjeta Pogačar. On était un peu perdus au début, il fallait déterminer la vision de la fondation. Depuis, on se réunit une à deux fois par mois avec l’avocat de la fondation et sa femme, qui est employée de la fondation, pour échanger sur les idées. On fait des visios avec Tadej de temps en temps pour échanger. »
Mais le leader d’UAE Emirates-XRG, qui met régulièrement aux enchères des équipements, a tissé un réseau de confiance, et la plupart du temps, il valide les projets sans ciller, selon son agent, Alex Carera : « Juste avant le Tour, Miha Koncilija ( manager sportif de Pogi Team) m’appelle, car l’équipe avait des frais à couvrir. J’ai appelé Tadej : “Tu es d’accord ?” Il m’a répondu : “D’accord”, et il a alors payé 30 000 euros. C’est vraiment quelqu’un de sincère, avec un grand coeur. Les gens ne voient souvent que le visage du champion, de l’athlète. Ils ne voient pas forcément qui il est réellement. »
Depuis quelques années, la plupart des projets soutiennent des personnes souffrant de cancers et Marjeta n’a pas oublié « cette soirée où nous avons remis 35 bourses à des jeunes, un événement vraiment touchant. On a vu dans quelle mesure ces bourses pouvaient être importantes pour les jeunes et leurs familles. Pas seulement l’argent. Ils ont beaucoup perdu avec le cancer, leur corps a changé, la fondation leur apporte de l’argent mais aussi la force de combattre la maladie. Ils rayonnaient ! J’en avais les larmes aux yeux ».
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