AU BOUT DU BOUT


Après un nouveau numéro, Richard Carapaz s’est imposé 
une deuxième fois sur ce Tour, hier à l’Alpe d’Huez.

LES DIABOLIQUES

TADEJ POGACAR et ISAAC DEL TORO auront roulé l’un pour l’autre tout au long des trois semaines de course, écoeurant le peloton chacun à sa manière et selon son objectif. Dans une dernière étape circonscrite à Paris intra-muros, ils défileront, demain, sur les Champs-Élysées vêtus du jaune de la victoire et du blanc de meilleur jeune. 

La dernière bataille des Alpes a une nouvelle fois été rude. Remportée par Richard Carapaz, elle n’a pas fait bouger les lignes du général et Paul Seixas n’a pu renverser Isaac del Toro, bien épaulé par le Maillot Jaune Tadej Pogacar.

26 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

ALPE D’HUEZ (ISÈRE) – Il y avait un monde de contrastes entre ces deux montées successives vers l’Alpe d’Huez, les 21 lacets vendredi, l’ascension par Sarenne hier, le mythe d’un côté, la discrète de l’autre, escaladée pour la première fois dans le Tour ; la foule furieuse puis le désert de la zone protégée, avec simplement quelques gendarmes en faction et des promeneurs indifférents au spectacle du Tour dans ses derniers kilomètres; le vacarme de la première arrivée et le calme de la nature hier, où l’on ne relevait que les stridulations des insectes, un bruit qu’on n’avait plus l’habitude d’entendre au bout de trois semaines dans la bulle tapageuse de la course, au milieu d’une beauté qui tranchait avec l’étagement bétonné des virages et faisait un bien fou.

Ce qui a moins changé entre les deux jours, c’est la hiérarchie de la course, similaire d’une étape à l’autre, même si Tadej Pogacar n’a pas chassé la victoire hier, et cela fait tout de même une grosse différence. On a entendu que la montagne avait accouché d’une souris, c’est un peu raide alors que chaque coureur de ce Tour était en train de puiser dans des profondeurs intimes pour survivre à ce dernier acte encore féroce.

Elle a cristallisé ce qu’on avait déjà vu, car l’extrême difficulté, surtout à la fin d’un Tour qui a été si rapide, si difficile avec les chaleurs notamment, a tendance à fossiliser la hiérarchie et le rapport de force. Hier, aucun des coureurs du général n’a complètement craqué, le seul scénario pour un bouleversement, et donc, à quelques nuances près, chacun est resté à sa place.

Les mésaventures de Kuss rappellent à quel point le Tour reste une épreuve

L’étape n’en a pas moins été un nouveau combat, une nouvelle débauche d’énergie, qui a distillé que dans le Tour, il y avait parfois d’autres choses à cueillir que juste la victoire. Celle-ci est revenue à Richard Carapaz, guerrier infatigable dans les Alpes, vainqueur jeudi à Orcières Merlette, 3e dans les lacets vendredi, victorieux hier et qui a réussi à sécuriser le maillot blanc à pois rouges (voir page6), de la même manière que Mads Pedersen s’est assuré du vert, puisque le Danois s’est arraché dans le haut de la Croix de Fer pour rejoindre le groupe à l’avant et gagner plus loin, dans la vallée, le sprint intermédiaire.

Carapaz a profité des mésaventures de Sepp Kuss, qui le précédait d’une quinzaine de secondes après s’être envolé à 3 km du sommet de Sarenne et s’être également débarrassé de Jai Hindley et Juan Ayuso. Mais l’Américain était allé tellement au bout de luimême qu’il manquait de lucidité. Il chuta une première fois à 7 km de l’arrivée, à la sortie d’un tunnel. Puis un kilomètre plus loin, où il fut rattrapé par un filet de protection au-dessus d’un parapet et dépassé par l’Équatorien.

Kuss vivait sa meilleure journée de la course, mais le Tour lui a rappelé que même dans les bons jours, il reste une épreuve. Cela l’aura été tout le long pour son équipe, qui a vu partir à la maison son leader Jonas Vingegaard, mais aussi pour le vainqueur de la Vuelta 2023, dont la dent cassée depuis près de trois semaines illustre l’hostilité de la course ainsi que rien n’y est jamais tout à fait normal.

Pogacar aura été plus utile pour Del Toro que l’inverse dans ce Tour

Son succès de prestige acquis la veille, Pogacar avait remis sa deuxième casquette dans ce Tour, celle d’équipier d’Isaac del Toro et c’était incroyable de voir le Maillot Jaune assurer le tempo pour le Mexicain en tête du groupe des favoris dans le Galibier, à plus de 50 km de l’arrivée. Une scène unique, qui racontait le lien entre les deux coureurs, mais aussi le sacrifice du Slovène, qui était si facile et aurait pu s’offrir une nouvelle victoire s’il en avait voulu. Il avait décidé qu’il y avait plus important hier, pour continuer de souder son équipe autour de lui et gâter celui qu’il espère être son héritier.

Dans tout cela, Pogacar aura été plus utile pour Del Toro que l’inverse dans ce Tour, et les deux finirent ensemble pour la 4e place, car Remco Evenepoel, décidément inébranlable, était parti

pour tenter de chiper la victoire (2e à 26”). Les deux équipiers se donnèrent une accolade au moment de franchir la ligne qui rappelait celle de Bernard Hinault et de Greg LeMond, il y a quarante ans, au même endroit, pour l’image, car pour le reste ça n’avait rien à voir.

Seixas a joué sa carte à fond et a énormément appris

Ce soutien de Pogacar allait forcément compliquer la tâche de Paul Seixas, qui espérait renverser Del Toro, lui chiper sa 3e place et son maillot blanc. Mais c’est son rival direct qui le poignarda d’une accélération à 3 km du sommet de Sarenne et Seixas coinça, alors que Lenny Martinez, dont on aurait pu attendre un effondrement après les efforts fournis la veille dans l’épisode 1 de l’Alpe, s’accrocha aux roues et à sa 5e place.

Seixas avait pourtant joué sa carte à fond, au mieux de ce qu’il pouvait faire à ce moment de la course (voir ci-contre). Il avait fait rouler ses lieutenants au pied de Sarenne, prenant ses responsabilités, d’abord le solide Nicolas Prodhomme, puis Matthew Riccitello, récupéré de l’échappée, mais on voyait bien qu’il était au rupteur, que sa bouche se déformait sous la violence du supplice.

Seixas n’a pas gagné, mais il a tant appris, sans doute autant que le jour du Markstein où, de l’extérieur, il semblait avoir connu sa meilleure journée dans cette édition. Il ne pouvait pas aller plus loin, il a découvert la souffrance de la troisième semaine du Tour de France, ses cuisses ont imprimé au fond d’elles-mêmes cette douleur jusque-là inconnue et cela lui servira plus tard, quand il revisitera ces frontières extrêmes et qu’elles ne lui paraîtront plus si infranchissables. Sa déception de finir 4e de sa première Grande Boucle, à 19 ans, disait à quel point ses ambitions sont intactes, mais aussi que la course ne l’a pas mâché.

Il va pouvoir profiter de son premier retour à Paris aujourd’hui, grandi après trois semaines sous haute tension, et pourquoi pas se mêler à la baston sur les pavés de Montmartre. Où Pogacar devrait entrer une dernière fois en action, attiré par ce succès de prestige et désireux de laver sa défaite de l’an passé. Il n’y aura pas Wout Van Aert sur sa route, mais Mathieu van der Poel, à l’écurie ces derniers jours, bien déterminé à se mêler à cette dernière danse.

***

Dopo un’altra straordinaria prestazione, Richard Carapaz si è 
imposto per la seconda volta in questo Tour, ieri all’Alpe d’Huez.

I DIABOLICI

TADEJ POGACAR e ISAAC DEL TORO hanno corso l’uno per l’altro durante tutte e tre le settimane di gara, mettendo in difficoltà il gruppo ciascuno a modo suo e in base al proprio obiettivo. In un’ultima tappa che si svolgerà all’interno dei confini di Parigi, oggi sfileranno sugli Champs-Élysées indossando la maglia gialla della vittoria e quella bianca del miglior giovane.

ALL'ESTREMO LIMITE

L’ultima battaglia sulle Alpi è stata ancora una volta dura. 
Vinta da Richard Carapaz, non ha modificato la classifica generale e Paul Seixas non è riuscito a scalzare Isaac del Toro, ben supportato dalla maglia gialla Tadej Pogačar.

26 luglio 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

ALPE D’HUEZ (ISÈRE) – C’era un mondo di contrasti tra queste due ascese consecutive dell’Alpe d’Huez: i 21 tornanti di venerdì, la salita dal col de Sarenne di ieri, il mito da una parte, la discrezione dall’altra, scalata per la prima volta al Tour; la folla in delirio e poi il deserto dell’area protetta, con solo qualche gendarme di guardia e alcuni escursionisti indifferenti allo spettacolo del Tour nei suoi ultimi chilometri; il frastuono del primo arrivo e la quiete della natura ieri, dove si udivano solo i frinire degli insetti, un suono a cui non eravamo più abituati dopo tre settimane nella bolla chiassosa della gara, in mezzo a una bellezza che contrastava con la successione cementificata dei tornanti; e che faceva un gran bene.

Ciò che è cambiato meno tra i due giorni è la gerarchia della corsa, simile da una tappa all’altra, anche se ieri Tadej Pogačar non ha inseguito la vittoria, e questo fa comunque una grande differenza. Si è sentito dire che la montagna ha partorito un topolino, ma è un’affermazione un po’ esagerata, visto che ogni corridore di questo Tour stava attingendo alle proprie risorse più intime per sopravvivere a quest’ultimo atto ancora feroce.

Ha messo in evidenza ciò che avevamo già visto, poiché l’estrema difficoltà, soprattutto alla fine di un Tour che è stato così veloce e così impegnativo, in particolare a causa del caldo, tende a cristallizzare la gerarchia e i rapporti di forza. Ieri nessuno dei corridori in classifica generale ha ceduto completamente, l’unico scenario che avrebbe potuto portare a uno sconvolgimento, e quindi, a parte qualche piccola sfumatura, ognuno è rimasto al proprio posto.

Le disavventure di Kuss ricordano quanto il Tour rimanga una gara

La tappa è stata comunque una nuova battaglia, un nuovo dispendio di energie, che ha dimostrato come nel Tour a volte ci siano altre cose da conquistare oltre alla semplice vittoria. Quest’ultima è andata a Richard Carapaz, instancabile guerriero sulle Alpi, vincitore giovedì a Orcières Merlette, terzo venerdì sui tornanti, vittorioso ieri e che è riuscito ad assicurarsi la maglia bianca a pois rossi (vedi pagina 6), proprio come Mads Pedersen si è assicurato la maglia verde, dato che il danese ha sferrato un attacco in cima alla Croix de Fer per raggiungere il gruppo di testa e vincere più avanti, a valle, lo sprint intermedio.

Carapaz ha approfittato delle disavventure di Sepp Kuss, che lo precedeva di una quindicina di secondi dopo essersi staccato a 3 km dalla vetta di Sarenne e aver seminato anche Jai Hindley e Juan Ayuso. Ma l’americano si era spinto così al limite da perdere lucidità. È caduto una prima volta a 7 km dall’arrivo, all’uscita da una galleria. Poi, un chilometro più avanti, è rimasto impigliato in una rete di protezione sopra un parapetto ed è stato superato dall’ecuadoriano.

Kuss stava vivendo la sua giornata migliore della gara, ma il Tour gli ha ricordato che, anche nelle giornate positive, rimane comunque una prova difficile. Lo è stata per tutto il tempo per la sua squadra, che ha visto tornare a casa il suo leader Jonas Vingegaard, ma anche per il vincitore della Vuelta 2023, il cui dente rotto da quasi tre settimane illustra l’ostilità della gara e il fatto che nulla vi sia mai del tutto normale.

In questo Tour, Pogacar è stato più utile a Del Toro che viceversa

Dopo il prestigioso successo conquistato il giorno prima, Pogacar aveva indossato il suo secondo ruolo in questo Tour, quello di gregario di Isaac del Toro, ed è stato incredibile vedere la Maglia Gialla dettare il ritmo per il messicano in testa al gruppo dei favoriti sul Galibier, a oltre 50 km dall’arrivo. Una scena unica, che raccontava il legame tra i due corridori, ma anche il sacrificio dello sloveno, che era così in forma e avrebbe potuto regalarsi una nuova vittoria se solo lo avesse voluto. Aveva deciso che ieri c’era qualcosa di più importante: continuare a tenere unita la sua squadra attorno a sé e viziare colui che spera diventi il suo erede.

In tutto questo, Pogacar si è rivelato più utile a Del Toro che viceversa in questo Tour, ed entrambi hanno concluso insieme al 4° posto, poiché Remco Evenepoel, decisamente inarrestabile, era partito per tentare di strappare la vittoria (2° a 26”). I due compagni di squadra si sono abbracciati al momento di tagliare il traguardo, in un gesto che ricordava quello di Bernard Hinault e Greg LeMond, quarant’anni fa, nello stesso punto, per l’immagine, perché per il resto non c’entrava nulla.

Seixas ha giocato la sua carta fino in fondo e ha imparato moltissimo

Questo sostegno a Pogacar avrebbe inevitabilmente complicato il compito di Paul Seixas, che sperava di superare del Toro, strappandogli il terzo posto e la maglia bianca. Ma è stato proprio il suo diretto rivale a colpirlo con un'accelerazione a 3 km dalla vetta di Sarenne e Seixas è rimasto indietro, mentre Lenny Martinez, dal quale ci si sarebbe potuto aspettare un crollo dopo gli sforzi compiuti il giorno prima nella prima tappa dell'Alpe, è rimasto agganciato alle ruote e ha mantenuto il suo quinto posto.

Seixas aveva tuttavia giocato la sua carta al massimo, facendo tutto il possibile in quel momento della gara (vedi a fianco). Aveva fatto lavorare i suoi gregari ai piedi di Sarenne, assumendosi le proprie responsabilità: prima il solido Nicolas Prodhomme, poi Matthew Riccitello, recuperato dalla fuga, ma si vedeva chiaramente che era al limite, che la sua bocca si deformava sotto la violenza della sofferenza.

Seixas non ha vinto, ma ha imparato tantissimo, senza dubbio tanto quanto il giorno del Markstein, quando, visto dall’esterno, sembrava aver vissuto la sua giornata migliore in questa edizione. Non poteva andare oltre, ha scoperto la sofferenza della terza settimana del Tour de France, le sue cosce hanno impresso nel profondo di sé quel dolore fino ad allora sconosciuto e questo gli tornerà utile in seguito, quando rivisiterà quei limiti estremi e questi non gli sembreranno più così insormontabili. La delusione per il quarto posto ottenuto al suo primo Tour de France, a 19 anni, dimostrava quanto le sue ambizioni fossero ancora intatte, ma anche che la gara non gli aveva certo facilitato le cose.

Oggi potrà godersi il suo primo ritorno a Parigi, maturato dopo tre settimane di grande tensione, e perché no, gettarsi nella mischia sul selciato di Montmartre. Lì, Pogačar dovrebbe scendere in gara un’ultima volta, attratto da questo successo di prestigio e desideroso di riscattare la sconfitta dello scorso anno. Non ci sarà Wout Van Aert sulla sua strada, ma Mathieu van der Poel, rimasto in ombra negli ultimi giorni, ben determinato a partecipare a questo ultimo ballo.

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