Et Pierre Chany rata de peu l’Interallié...


Pierre Chany, ici en train d’écrire un papier pour « L’Équipe » en 1957, 
avait rejoint le journal quatre ans plus tôt. 
La mythique 403 de « L’Équipe » sur le Tour de France avec 
Pierre Chany (assis, devant) et Antoine Blondin (debout, à droite).

En 1971, pour son premier et unique roman, « Une longue échappée », l’historique plume du cyclisme dans « L’Équipe » manque ce prix prestigieux. 
Une désillusion pour celui qui renoncera dès lors à la fiction.

“D’entrée de jeu, les marques éclatantes de la réussite colorent ce premier livre, 
qui présente tant de maîtrise pour si peu de roublardise»
   - ANTOINE BLONDIN, DANS «LE FIGARO», 
     À PROPOS DU ROMAN DE PIERRE CHANY

«On peut très bien vivre sans écrire des romans ! 
On peut même vivre sans écrire du tout !»
   - PIERRE CHANY

26 Jul 2026 - L'Équipe
VINCENT HUBÉ

Tout sauf une surprise. Le 6 décembre 1971, le dernier des grands prix de la saison littéraire, l’Interallié, est décerné depuis le restaurant Lasserre, à Paris, à Pierre Rouanet, pour Castell, publié chez Grasset. Attendu donc. L’Interallié est traditionnellement dévolu aux journalistes. Ça tombe bien, Rouanet dirige le service politique du Nouvel Observateur. Le prix a aussi la réputation d’être une chasse gardée de Grasset. La maison de la rue des Saints-Pères l’emporte à huit reprises entre 1965 et 1973… La victoire de Rouanet est acquise dès le premier tour par 7 voix contre 1 à Claude Breuer pour Une journée un peu chaude ( éd. Robert Morel) et 3 à Pierre Chany pour Une longue échappée ( éd. La Table ronde). Le premier roman du grand spécialiste du cyclisme à L’Équipe. Le dernier aussi.

Début décembre 1971, Pierre Chany doit bientôt fêter ses 49 ans. Ce « jeune » romancier est un des piliers d’un journal qu’il a rejoint en 1953. Et où il s’est vite imposé comme la référence absolue du cyclisme. Jacques Anquetil ne répètet-il pas : « Ne me demandez pas de vous raconter ma course, il y a plus compétent que moi. J’attends de lire demain l’article de Pierre Chany dans L’Équipe pour savoir ce que j’ai fait, pourquoi et comment je l’ai fait… » En 1960, il publie son premier livre, les Rendez-vous du cyclisme ou Arriva Coppi, à La Table ronde déjà. Un ouvrage didactique sur son sport favori, inspiré de Mort dans l’après-midi (éd. Gallimard, 1938), d’Ernest Hemingway sur la tauromachie. Quant au choix de son éditeur, c’est simplement celui de son compagnon de la voiture 101 sur les routes du Tour de France, Antoine Blondin. Entre l’écrivain marqué à droite, chroniqueur de L’Équipe depuis 1954, et l’ancien résistant, passé par le quotidien communiste Ce Soir, une amitié indéfectible existe.

Blondin est aussi à l’origine d’Une longue échappée, comme l’a confié Chany à Christophe Penot dans Pierre Chany, l’homme aux 50 Tours de France ( éd. Cristel), paru juste après la mort du journaliste, en 1996. Après Monsieur Jadis ou l’école du soir, sorti en 1970, Blondin hésite à entamer un nouveau livre. « Fatalement, on en vient à se lancer des défis, raconte Chany. Je lui promets d’écrire un livre s’il s’y met lui aussi. On se tape dans la main. Je commence mon roman… J’y travaille… Je l’ai presque terminé… » Blondin, lui, n’a rien commencé.


Pierre Chany, suiveur moto lors du Tour de France 1959. 
À droite, Pierre Chany (lunettes), Georges Brassens 
et Raymond Poulidor sur ParisRoubaix, en 1971.

Fin août 1971 sort donc Une longue échappée. Chany, « échappée » , l’ombre de Blondin… le roman parle forcément de vélo. En réalité, pas du tout. « Le titre était raté, il l’a toujours regretté » , avançait Christophe Penot en 2022. On trouve bien des références cyclistes au fil des pages, mais elles sont rarissimes. Comme cette évocation furtive du double champion de France Émile Idée (mort à 104 ans, fin 2024). La dimension autobiographique de l’ouvrage se rapporte plutôt à la première partie de la vie de Chany : son origine auvergnate, son passé de serrurier, sa guerre, sa résistance… L’ histoire est âpre, dure, ambiguë. C’est celle de Jean Pradier, serrurier donc, résistant mais aussi cambrioleur la nuit et détrousseur de cadavres. Un héros déserteur, qui rappelle parfois l’Étranger d’Albert Camus.

De son côté, pendant l’été 1971, Blondin se démène pour le roman de son ami. Il écrit ainsi à Roland Laudenbach, le patron de La Table ronde : « Demande-lui (François Triomphe, l’attaché de presse maison) par la même occasion d’envoyer un livre de Pierre à René Fallet (passage de la Réunion, Paris) que j’ai alerté pour qu’il essaye d’écrire un article dans les Lettres françaises où il a ses entrées (ou partout ailleurs). J’ai également écrit à Gabrielle Rolin (impérativement à la Roger) et à Kléber (suggestivement), que je dois rencontrer en douce dans une auberge des Landes avec Boniface (André)… P.S. J’écris un autre article sur Pierre pour le Popu du Centre » (À mes prochains, lettres de Blondin réunies par Alain Cresciucci, éd. La petite Vermillon, 2009). Il conseille aussi le livre à son ami Kléber Haedens: « Rien à voir avec le vélo dans cet étrange premier livre où l’auteur ne parle pas de soi.»

Le lobbying de Blondin semble payer, les critiques sont bonnes. Dans le Monde : « Pierre Chany, un de nos meilleurs chroniqueurs sportifs, mène tambour battant ce récit amer et gouailleur où la tendresse rôde bouche cousue. C’est une sorte de Pépé le Moko dépoussiéré qui n’attend qu’un nouveau Gabin » . C’est signé « G.R. », peut-être Gabrielle Rolin… Dans le Nouvel Observateur: « Il (l’auteur) raconte tout simplement, mais avec une attention extrême, une rare précision, un sens de l’écriture qui étonne dans un premier roman. » Dans le Figaro, Blondin lui-même, soutient son ami. « J’ignore quelle sera la carrière littéraire de Pierre Chany, que j’ai rencontré au long des routes du Tour de France, où la rigueur des a pensée, la droiture de son propos, la richesse de sa plume, lui assurent une espèce de papauté sur le cyclisme écrit sous la dictée du vent. Mais d’entrée de jeu, les marques éclatantes de la réussite colorent ce premier livre, qui présente tant de maîtrise pour si peu de roublardise. »

Le livre se retrouve alors dans la sélection de l’Interallié. Un prix que Blondin connaît bien: il l’a emporté en 1959 pour Un singe en hiver et il siège dans le jury. Comme un de ses meilleurs amis, à qui il a conseillé le Chany : Kléber Haedens. Dans le Flâneur de la rive gauche, ses entretiens avec Pierre Assouline (éd. François Bourin, 1988), Blondin dévoile quelques coulisses peu reluisantes des prix littéraires : « Je me suis aperçu d’une chose (…), c’est qu’en fait certains jurés essaient de toucher de l’argent pour voter. (…) Un de mes amis que j’aimais beaucoup, intime, quand on votait le lundi, le mercredi précédent, il avait pratiquement vendu pour 500 000 anciens francs sa voix. Mais si le samedi, un autre lui offre un million, alors il a voté pour son million. » Si Blondin ne cite pas de nom, Assouline évoque, lui, celui d’Haedens, un auteur Grasset…

Aurait-il voté Rouanet, de la même maison? A priori non, si l’on en croit cette fois Jacques Brenner. Dans le tome IV de son Journal (éd. Pauvert, 2008), ce critique et écrivain indique qu’Haedens a voté pour… Claude Breuer, arrivé en 3e position derrière Rouanet et Chany avec une seule voix, la sienne donc. Parmi les trois voix pour Chany, on imagine celle de Blondin. Car, contrairement à ce qu’il affirmera plus tard à Pierre Assouline, il est toujours membre du jury au début des années 1970. Il ne le quittera qu’en 1975, avec comme explication, « une immense lassitude devant les inévitables pressions exercées sur les membres du jury. Habitant le Limousin, je considère que ce jeu ne vaut pas le voyage à Paris ».

Lors du déjeuner chez Lasserre, Blondin a-t-il vraiment défendu son ami? « Chany m’a raconté avoir été hyper déçu de ne pas avoir l’Interallié, assure Christophe Penot. Il soupçonnait même Antoine de ne pas avoir été à fond pour qu’il ait le prix. Mais bon, Antoine n’était pas toujours fiable… Un coup de trop et c’était fini. »

Après cet échec, relatif, Chany paraît désabusé sur la suite de sa carrière littéraire. « Il trouvait que le milieu littéraire avait ce désavantage par rapport au milieu sportif, qu’on ne sait jamais qui est le vrai vainqueur, estime Penot. Quand on perd de quelques voix l’Interallié, on n’est pas sûr que tout se soit passé comme il faut. Bref, en littérature, il n’y a pas de vérité. »

Il n’y aura donc jamais de deuxième roman signé Pierre Chany, malgré un projet intitulé « le Forcené » . Dans le magnifique papier consacré à son maître et ami Pierre Chany dans L’Équipe magazine en 1996, Philippe Brunel écrit ainsi: « Certains voyaient en lui un futur Goncourt mais, bizarrement, ce coup d’essai n’eut pas de suite. Il en conçut de l’amertume, un vague sentiment d’injustice, l’idée que les cartes seraient toujours biseautées dans les hauts lieux de l’édition. »

Interrogé par Christophe Penot, Chany livre cette réponse : « D’abord, on peut très bien vivre sans écrire des romans! On peut même vivre sans écrire du tout ! »

Avant d’ajouter : « C’est vrai que j’ai toujours rêvé d’en écrire un deuxième – « le Forcené» ou un autre –, mais le temps, ou le courage, ou la concentration m’a manqué. Je n’ai jamais su briser cette spirale qui fait qu’on me demande sans cesse d’écrire des papiers ou des livres sur le cyclisme. »

Peut-être aussi que Chany n’était pas fait pour la fiction. « Pour lui, un fait est un fait, avance Penot. C’est un romancier de l’action mais il lui manque la sensibilité d’un Joseph Kessel. À L’Équipe par exemple, Pierre était un soupçon meilleur journaliste que Denis Lalanne. Et Lalanne, un soupçon meilleur romancier que Pierre Chany. » Parmi ses collègues au 10, rue du Faubourg-Montmartre, certains en effet, comme Denis Lalanne ou Guy Lagorce, s’aventureront bien plus loin dans l’écriture de romans. Mais ça, c’est une autre histoire.

***


Jean Portelle Primé puis oublié

26 Jul 2026 - L'Équipe
V. H.

Le prix Interallié a récompensé plusieurs chroniqueurs de L’Équipe. Comme Jacques Perret en 1951 pour Bande à part (éd. Gallimard), Antoine Blondin pour Un singe en hiver (éd. La Table ronde) en 1959, Louis Nucéra, avec Chemin de la lanterne (éd. Grasset) en 1981, ou plus récemment Laurent Binet (éd. Grasset) avec la Septième Fonction du langage en 2015. Dans l’Équipée belle (éd. Robert Laffont-Stock), le créateur de L’Équipe, Jacques Goddet, évoque un autre nom, aujourd’hui bien oublié. « Nous eûmes un jour la surprise de découvrir que nous avions abrité un authentique prix Interallié au sein de notre rédaction de L’Équipe. Il se nommait Jean Portelle et il était pigiste occasionnel. Sa littérature dans nos colonnes se résumait aux résultats brefs d’un interclubs du dimanche. Cela confirme combien L’Équipe est une excellente école d’écriture… » Jean Portelle a bien remporté l’Interallié en 1960, à 25 ans, pour Janitzia ou la Dernière qui aima d’amour (éd. Denoël). Mais, contrairement à ce qu’écrit Goddet, il ne s’est pas contenté d’écrire des « résultats brefs d’un interclubs du dimanche ». En 1955, il publie ainsi dans L’Équipe une série sur les coulisses peu reluisantes de la boxe.Le jeune écrivain disparaîtra tragiquement deux ans après avoir reçu son prix. En compagnie de Claude Chaliès, auteur d’un roman policier, et de l’explorateur Robert Vergnes, il part en expédition sur l’île Cocos, au large du Costa Rica, dans le Pacifique, à la recherche d’un trésor de pirates pour le magazine Spirou. Chaliès et lui se noient quand leur canot pneumatique chavire. Seul survivant, Vergnes sera un temps soupçonné mais bénéficiera finalement d’un non-lieu.

***

Pierre Chany, qui mentre scrive un articolo per «L’Équipe» nel 1957,
era entrato a far parte del giornale quattro anni prima.
La mitica 403 de «L’Équipe» al Tour de France con
Pierre Chany (seduto, davanti) e Antoine Blondin (in piedi, a destra).

E Pierre Chany mancò per un soffio l’Interallié...

Nel 1971, con il suo unico romanzo, «Une longue échappée», lo storico cronista di ciclismo de «L’Équipe» non riuscì ad aggiudicarsi il prestigioso premio.
Una delusione per colui che da allora avrebbe rinunciato alla narrativa.

«Fin dall’inizio, i segni evidenti del successo caratterizzano questa opera prima,
che dimostra tanta maestria con così poca astuzia»
- ANTOINE BLONDIN, SU «LE FIGARO»,
   A PROPOSITO DEL ROMANZO DI PIERRE CHANY

«Si può benissimo vivere senza scrivere romanzi!
Si può persino vivere senza scrivere!»
   - PIERRE CHANY

26 luglio 2026 - L'Équipe
VINCENT HUBÉ

Tutto tranne che una sorpresa. Il 6 dicembre 1971, l’ultimo dei grandi premi della stagione letteraria, l’Interallié, viene assegnato dal ristorante Lasserre, a Parigi, a Pierre Rouanet, per Castell, pubblicato da Grasset. Una scelta quindi prevedibile. L’Interallié è tradizionalmente riservato ai giornalisti. E a proposito, Rouanet dirige la redazione politica del Nouvel Observateur. Il premio ha anche la reputazione di essere un feudo della Grasset. La casa editrice di rue des Saints-Pères lo ha vinto ben otto volte tra il 1965 e il 1973… La vittoria di Rouanet è stata conquistata già al primo turno con 7 voti contro uno a favore di Claude Breuer per Une journée un peu chaude (ed. Robert Morel) e 3 a favore di Pierre Chany per Une longue échappée (ed. La Table Ronde). Il primo romanzo del grande esperto di ciclismo de L’Équipe. E anche l’ultimo.

All’inizio di dicembre del 1971, Pierre Chany sta per festeggiare i suoi 49 anni. Questo «giovane» romanziere è uno dei pilastri di un giornale in cui è entrato nel 1953 e dove si è rapidamente affermato come il punto di riferimento assoluto del ciclismo. Non era forse Jacques Anquetil a ripetere: «Non chiedetemi di raccontarvi la mia gara, ci sono persone più competenti di me. Aspetto di leggere domani l’articolo di Pierre Chany su L’Équipe per sapere cosa ho fatto, perché e come l’ho fatto… » Nel 1960 pubblicò il suo primo libro, Les Rendez-vous du cyclisme o Arriva Coppi, già per la casa editrice La Table Ronde. Un’opera didattica sul suo sport preferito, ispirata a Morte nel pomeriggio (ed. Gallimard, 1938) di Ernest Hemingway sulla corrida. Per quanto riguarda la scelta dell’editore, si trattava semplicemente di Antoine Blondin, suo compagno di viaggio nell’auto numero 101 sulle strade del Tour de France. Tra lo scrittore di orientamento di destra, cronista de L’Équipe dal 1954, e l’ex partigiano, che aveva lavorato per il quotidiano comunista Ce Soir, esisteva un’amicizia indissolubile.

Blondin è anche l’autore di Une longue échappée, come ha raccontato Chany a Christophe Penot nel libro Pierre Chany, l’uomo dei 50 Tour de France (ed. Cristel), pubblicato subito dopo la morte del giornalista, nel 1996. Dopo Monsieur Jadis ou l’école du soir, uscito nel 1970, Blondin esita a iniziare un nuovo libro. «Inevitabilmente, si finisce per lanciarsi delle sfide», racconta Chany. «Gli prometto di scrivere un libro se anche lui si mette all’opera. Ci diamo il cinque. Comincio il mio romanzo… Ci lavoro… L’ho quasi finito…» Blondin, invece, non ha iniziato nulla.

Pierre Chany, motociclista al seguito durante il Tour de France del 1959.
A destra, Pierre Chany (con gli occhiali), Georges Brassens e Raymond Poulidor alla Parigi-Roubaix, nel 1971.

Alla fine di agosto del 1971 esce quindi *Une longue échappée*. Chany, «fuga», l’ombra di Blondin… il romanzo parla inevitabilmente di ciclismo. In realtà, per niente. «Il titolo era sbagliato, se ne è sempre pentito», affermava Christophe Penot nel 2022. Si trovano sì alcuni riferimenti al ciclismo nel corso delle pagine, ma sono estremamente rari. Come questo fugace accenno al due volte campione di Francia Émile Idée (morto a 104 anni, alla fine del 2024). La dimensione autobiografica dell’opera riguarda piuttosto la prima parte della vita di Chany: le sue origini in Alvernia, il suo passato di fabbro, la guerra, la resistenza… La storia è aspra, cruda, ambigua. È quella di Jean Pradier, fabbro di professione, membro della Resistenza ma anche ladro di notte e saccheggiatore di cadaveri. Un eroe disertore, che a tratti ricorda *Lo straniero* di Albert Camus.

Da parte sua, durante l’estate del 1971, Blondin si dà da fare per il romanzo del suo amico. Scrive così a Roland Laudenbach, il direttore di *La Table ronde*: «Chiedigli (a François Triomphe, l’addetto stampa della casa editrice) di mandare un libro di Pierre a René Fallet (Passage de la Réunion, Parigi), che ho contattato affinché provi a scrivere un articolo su *Les Lettres françaises*, dove ha i suoi contatti (o ovunque altrove). Ho scritto anche a Gabrielle Rolin (imperativamente alla Roger) e a Kléber (in modo allusivo), che devo incontrare in segreto in una locanda delle Landes con Boniface (André)… P.S. Sto scrivendo un altro articolo su Pierre per il *Popu du Centre*» (Da *À mes prochains*, lettere di Blondin raccolte da Alain Cresciucci, ed. La petite Vermillon, 2009). Consiglia il libro anche al suo amico Kléber Haedens: «Niente a che vedere con la bicicletta in questo strano primo libro in cui l’autore non parla di sé.»

Le pressioni di Blondin sembrano dare i loro frutti, le recensioni sono positive. Su *Le Monde*: «Pierre Chany, uno dei nostri migliori cronisti sportivi, conduce a ritmo serrato questa storia amara e ironica in cui la tenerezza si nasconde dietro un velo di riserbo. È una sorta di *Pépé le Moko* rivisitato che aspetta solo un nuovo Gabin». L’articolo è firmato «G.R.», forse Gabrielle Rolin… Sul *Nouvel Observateur*: «Lui (l’autore) racconta con semplicità, ma con estrema attenzione, una precisione rara, un talento narrativo che stupisce in un romanzo d’esordio». Sul *Figaro*, lo stesso Blondin sostiene il suo amico. «Non so quale sarà la carriera letteraria di Pierre Chany, che ho incontrato lungo le strade del Tour de France, dove il rigore del suo pensiero, la rettitudine delle sue parole, la ricchezza della sua penna, gli assicurano una sorta di papato sul ciclismo scritto sotto la dettatura del vento. Ma fin dall’inizio, i segni evidenti del successo colorano questo primo libro, che mostra tanta maestria con così poca astuzia.»

Il libro viene così inserito nella rosa dei finalisti dell’Interallié. Un premio che Blondin conosce bene: lo aveva vinto nel 1959 con *Un singe en hiver* e fa parte della giuria. Proprio come uno dei suoi migliori amici, a cui aveva consigliato *Le Chany*: Kléber Haedens. In *Le Flâneur de la rive gauche*, le sue interviste con Pierre Assouline (ed. François Bourin, 1988), Blondin svela alcuni retroscena poco lusinghieri dei premi letterari: «Mi sono reso conto di una cosa (…), ovvero che in realtà alcuni giurati cercano di ottenere denaro in cambio del proprio voto. (…) Uno dei miei amici a cui volevo molto bene, un intimo, quando si votava il lunedì, il mercoledì precedente aveva praticamente venduto il suo voto per 500.000 vecchi franchi. Ma se il sabato un altro gli offriva un milione, allora votava per il suo milione». Se Blondin non fa nomi, Assouline menziona invece quello di Haedens, un autore della Grasset…

Avrebbe votato per Rouanet, della stessa casa editrice? A priori no, se questa volta crediamo a Jacques Brenner. Nel volume IV del suo Journal (ed. Pauvert, 2008), questo critico e scrittore indica che Haedens ha votato per… Claude Breuer, arrivato al terzo posto dietro a Rouanet e Chany con un solo voto, cioè il suo. Tra i tre voti a favore di Chany, si può immaginare quello di Blondin. Infatti, contrariamente a quanto affermerà in seguito a Pierre Assouline, all’inizio degli anni ’70 era ancora membro della giuria. Ne uscirà solo nel 1975, spiegando: «Un’immensa stanchezza di fronte alle inevitabili pressioni esercitate sui membri della giuria. Abitando nel Limousin, ritengo che questo gioco non valga il viaggio a Parigi».

Durante il pranzo da Lasserre, Blondin ha davvero difeso il suo amico? «Chany mi ha raccontato di essere rimasto estremamente deluso per non aver vinto l’Interallié», assicura Christophe Penot. «Sospettava addirittura che Antoine non si fosse impegnato al massimo affinché lui ottenesse il premio. Ma d’altronde, Antoine non era sempre affidabile… Un passo di troppo e sarebbe stata la fine».

Dopo questo insuccesso, relativo, Chany sembrava disilluso riguardo al futuro della sua carriera letteraria. «Riteneva che l’ambiente letterario avesse questo svantaggio rispetto a quello sportivo: non si sa mai chi sia il vero vincitore», sostiene Penot. «Quando si perde l’Interallié per pochi voti, non si è sicuri che tutto sia andato come doveva. Insomma, in letteratura non c’è verità. »

Non ci sarà quindi mai un secondo romanzo firmato Pierre Chany, nonostante un progetto intitolato «Le Forcené». Nel magnifico articolo dedicato al suo maestro e amico Pierre Chany pubblicato sulla rivista L’Équipe nel 1996, Philippe Brunel scrive: «Alcuni vedevano in lui un futuro vincitore del Goncourt, ma, stranamente, quel primo tentativo non ebbe seguito. Ne trasse amarezza, un vago senso di ingiustizia, l’idea che nei circoli più influenti dell’editoria le carte sarebbero state sempre truccate».

Intervistato da Christophe Penot, Chany fornì questa risposta: «Innanzi tutto, si può benissimo vivere senza scrivere romanzi! Si può persino vivere senza scrivere!» Prima di aggiungere: «È vero che ho sempre sognato di scriverne un secondo – Le Forcené o un altro –, ma mi è mancato il tempo, o il coraggio, o la concentrazione. Non sono mai riuscito a spezzare questa spirale che mi porta a ricevere in continuazione richieste di scrivere articoli o libri sul ciclismo».

Chany forse nemmeno era tagliato per la narrativa. «Per lui, un fatto è un fatto», sostiene Penot. «È un romanziere d’azione, ma gli manca la sensibilità di un Joseph Kessel. A L’Équipe, per esempio, Pierre era un giornalista di poco migliore di Denis Lalanne. E Lalanne, un romanziere di poco migliore di Pierre Chany». Tra i suoi colleghi al numero 10 di rue du Faubourg-Montmartre, alcuni, come Denis Lalanne o Guy Lagorce, si spingeranno infatti molto più in là nella scrittura di romanzi. Ma questa è un’altra storia.

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