Deux champions en harmonie
Tadej Pogačar et Urška Žigart partageant rires et tendresse,
l’année dernière, à l’arrivée du Tour sur les ChampsÉlysées.
Depuis le premier maillot jaune, Tadej Pogačar et sa compagne Urška Žigart ont réussi à maintenir un trait d’union entre leurs deux carrières malgré la starisation du Slovène et l’éloignement des courses, grâce à une compréhension mutuelle du haut niveau.
«Je comprends que Tadej est en train de réaliser l’incroyable dans le cyclisme…
Peut-être que ni lui ni moi ne le réalisons encore,
mais il est profondément gentil, il veut mon bien»
- URSKA ZIGART
«Au début, il n’avait pas l’habitude des caméras,
donc je l’ai aidé à ce qu’il puisse montrer le vrai Tadej,
parce qu’il est tellement drôle!»
- URSKA ZIGART
26 Jul 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
ALPE D’HUEZ (ISÈRE) – Ce fut la première question adressée à Tadej Pogačar sur le Tour de France, à deux jours du Grand Départ à Barcelone: « Comment va Urška? » Victime d’une fracture de la mâchoire sur une violente chute au Tour de Suisse féminin, début juin, la coureuse d’AG Insurance-Soudal allait déjà mieux et l’humeur du Slovène s’en ressentait. Si l’inquiétude générée par l’accident n’avait finalement pas empêché Pogačar d’aller au bout de sa semaine suisse, le futur Maillot Jaune décida dans la foulée d’annuler son rappel en altitude à Isola 2000 pour rester auprès de sa compagne blessée.
Ses performances n’en ont pas pâti sur la Grande Boucle, au contraire, il s’imposa notamment au Markstein (14e étape) où il confia avoir déjà une bonne connaissance du final depuis que Žigart y avait pris la 8e place sur le Tour de France femmes 2022 (7e étape). Deux fragments de vie commune qui illustrent la complexité d’une relation entre ces deux carrières de haut niveau dans un sport à risque, très engageant entre le volume d’entraînement et les multiples déplacements, des compromis sous-jacents mais une expérience mutuelle qui les rend plus acceptables. « La logistique de la maison, c’est beaucoup de planification, d’arrangements, de respect mutuel pour nos envies personnelles, explique Urška Žigart. Évidemment, je comprends que Tadej est en train de réaliser l’incroyable dans le cyclisme… Peut-être que ni lui ni moi ne le réalisons encore, mais il est profondément gentil, il veut mon bien. »
L’inégalité de leur statut avec la renommée mondiale de Pogačar pourrait suggérer un déséquilibre des priorités, mais le double champion du monde (2024, 2025) et la championne de Slovénie en 2024, 8e du dernier Giro, composent sans y songer. « Au Tour de Romandie l’an dernier, il m’encourageait chaque jour au bord de la route » , appuie la jeune femme qui rejoint aussi, tous les ans, son compagnon à l’arrivée du Tour et maintient un soutien discret le reste du temps. « On essaie de passer du temps ensemble aux Championnats d’Europe, du monde, explique-t-elle. Ces courses me rendraient nerveuse d’ordinaire mais l’avoir à mes côtés me tranquillise. J’espère avoir le même effet sur lui car ces courses ont été ses grands objectifs, ces dernières années. »
Pogacar ne manque pas de souligner, régulièrement après ses succès, le soutien moral de sa compagne, les sessions de repos et les sorties d’entraînement partagées. Une séance commune fut d’ailleurs à l’origine de leur relation. Associés en duo pour une session de sprint qui n’enchantait guère ces deux grimpeurs, Pogačar et Žigart se sont rencontrés avec le club de Ljubljana lors d’un stage en Croatie, en 2017.
Distants d’une centaine de kilomètres, elle à Slovenska Bistrica où elle découvrit le vélo pour compenser un trouble anorexique à l’adolescence – « j’ai l’habitude de dire qu’une mauvaise chose en apporte toujours une bonne » –, lui à Komenda, ils emménagèrent ensemble à Monaco, en 2019. L’année suivante, dans la foulée du premier triomphe de Pogacar sur le Tour, Žigart soulignait qu’ils n’étaient que « deux gamins » pour manifester son inquiétude : « Je redoute la manière dont on peut être exposés et traités. »
Paradoxalement, c’est elle qui a réussi à débrider Pogacar devant les caméras. « Au début, Tadej n’en avait pas l’habitude, donc je l’ai aidé à ce qu’il puisse montrer le vrai Tadej, parce qu’il est tellement drôle ! » racontaitelle dans le podcast Castelli Cycling en début d’année.
« La Slovénie, c’est vraiment petit, humble, et la mentalité encourage à rester discret dans le succès, nous précise-t-elle. Plus je voyage et plus je suis reconnaissante de venir de cet endroit. J’ai hâte, du moins j’espère, même si c’est dans un futur lointain, d’y revenir et de retrouver une “vie normale”. »
Le couple déserte aussi régulièrement son foyer en Principauté, et Žigart est reconnaissante envers son père, « qui vient si souvent nous aider à s’occuper de la maison ». Pogačar a également été très proche de sa belle-mère, à qui il rend toujours hommage à Liège, lors de ses victoires (en 2025 et 2026), trois ans après avoir renoncé au Monument au moment de son décès pour soutenir sa compagne.
Le genre de « sacrifice » sportif qui peut parfois donner à la coureuse le sentiment d’avoir le mauvais rôle. « On m’a toujours appelé “la copine de Tadej”, donc je me suis toujours demandé si j’étais à ma place. J’avais des doutes, se livre-t-elle. Suis-je vraiment faite pour ça ou j’en suis là uniquement grâce à lui ? Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre que je méritais ma place parce que je travaille dur. Mais peutêtre que je cogite parfois un peu trop (rires). » Tout l’inverse de Pogacar, plus irréfléchi et instinctif. Un bon équilibre.
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