Evenepoel, l’as du chrono après une nouvelle vague de tests antidopage
Le Belge Remco Evenepoel à l’arrivée du contre-la-montre entre
Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains lors de la 16e étape du Tour de France, mardi.
Le Belge a écrasé le contre-la-montre individuel sur les bords du lac Léman, alors que les contrôles antidopage se multiplient dans le peloton.
« Il n’y a pas de honte à être deuxième derrière Remco Evenepoel.
J’ai hâte d’arriver dans les prochaines étapes dans les Alpes »
- Tadej Pogacar
22 Jul 2026 - Le Figaro
Gilles Festor Envoyé spécial à Thonon-les-Bains
Et si c’était lui, finalement, le trublion de cette troisième semaine d’un Tour de France promis à Tadej Pogacar? L’outsider qui pourrait faire (un peu) douter le Slovène aux portes d’un cinquième succès dans la Grande Boucle après l’abandon de Jonas Vingegaard ? Après avoir remporté la quinzième étape, la première de montagne dans les Alpes avant la journée de relâche, lundi, le leader de la formation Red Bull-BORA-hansgrohe a cette fois survolé le contre-la-montre entre Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains en repoussant le Maillot jaune à près d’une demi-minute !
Deux victoires coup sur coup, qui plus est ce mardi, jour de la fête nationale dans son pays. «Le Petit Cannibale» a dévoré la concurrence pour consolider sa place de dauphin de Pogacar au classement général, à 4’ 32” tout de même. Le matelas du leader est plus que confortable, mais la performance lance la succulente semaine alpine à venir. Un final qui passera notamment par Orcières-Merlette, jeudi, avant deux terribles journées qui feront monter le peloton à l’alpe d’huez, samedi et dimanche.
Dans un décor de carte postale sur les bords du lac Léman, rien ne semblait pouvoir stopper l’automate Evenepoel (26 ans) au corps affiné de 4 kg au départ du Tour de France. Un régime pour mieux performer en montagne. Parfaitement en ligne, le champion olympique de Paris 2024 a imprimé une cadence de métronome en avalant les 26,1 km à une moyenne de 48,45 km/h alors que le tracé comportait 9 km de montée à 4 % dans sa première partie. Tadej Pogacar, une nouvelle fois battu par le roi incontesté des chronos, n’a rien pu faire. « Il n’y a pas de honte à être deuxième derrière lui. J’ai hâte d’arriver dans les prochaines étapes dans les Alpes », a prévenu « Pogi », forcément touché dans son orgueil.
Le Slovène a frôlé la correctionnelle dans un virage à angle droit, à 6,4 km de l’arrivée, quand sa roue arrière a décroché. Une grosse frayeur dans une courbe qui a pris au piège Florian Lipowitz. Le coéquipier d’evenepoel a terminé sa course le casque dans les protections, avant d’être contraint à l’abandon alors qu’il occupait la cinquième place au classement général devant un Paul Seixas convaincant, mais repoussé à plus d’une minute de l’extraterrestre au maillot arc-en-ciel. « C’était une journée assez dure mais j’ai fait de mon mieux. Je suis là où je dois être », a lâché le Lyonnais, 4e de l’étape.
L’équipe Decathlon CMA CGM du Français a reçu la visite lundi en début de soirée des inspecteurs de l’International Testing Agency (ITA) à l’occasion d’une vaste vague de contrôles antidopage, un peu moins de quarante-huit heures après les tests nocturnes effectués sur Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar. Les sept coureurs de la formation Groupama-fdj ont aussi été testés, comme les formations Picnic, Jaycoalula, Bahrein mais aussi la Red Bullbora-hansgrohe du vainqueur du jour. «Certains coureurs dormaient au moment des contrôles », ont assuré les dirigeants de la formation allemande.
«Malheureusement, pour montrer sa crédibilité, notre sport doit faire plus d’efforts que les autres », a réagi auprès du Figaro Michel Callot, le président de la Fédération Française de Cyclisme, en faisant référence à la levée de boucliers qui a suivi les contrôles nocturnes sur Pogacar et Vingegaard. «On peut regretter sportivement, bien sûr, que des coureurs aient été dérangés en pleine nuit. Tout le monde le comprendra, mais je pense que l’intérêt général doit primer. Et il faut qu’on continue à supporter ces efforts parce que, pour l’intérêt de tous les jeunes qui poussent derrière, et on sent que les choses ont déjà beaucoup changé dans les mentalités, pour l’intérêt de tous ces jeunes, il faut qu’on soit certain que notre cyclisme aujourd’hui est parfaitement clean », a ajouté le dirigeant.
«Ce qui arrive à Pogacar, c’est bien pour lui, puisque ça fait enlever tous les soupçons qu’on peut avoir sur ses performances. On ne peut pas faire plus. Et aujourd’hui, le vrai problème du vélo, c’est toujours l’arrière-pensée, la suspicion », a réagi Jean-René Bernaudeau, le patron de l’équipe TotalEnergies, favorable à une lutte drastique. Même si certains coureurs ont qualifié d’« inhumaines » les visites des inspecteurs en pleine nuit. « Ce n’est pas très grave qu’un type qui gagne des millions ait quelques contraintes. Ce n’est pas très grave non plus, parce que ce n’est pas un business et que cela doit rester du sport. Derrière, il y a des enfants qui rêvent. Remettons les choses dans leur contexte. »
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Chris Froome : « Dans deux ou trois ans, Seixas se battra pour le maillot jaune »
« Pogacar pourrait peut-être remporter quinze Tours de France,
mais à un moment donné, il n’aura plus la motivation »
- Chris Froome Quadruple vainqueur du Tour de France
22 Jul 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan Envoyé spécial à Thonon-les-bains
Hier très mince, la silhouette ne s’est pas encombrée de superflu, mais elle promène une légèreté nouvelle, libérée du carcan de la contrainte. À 41 ans, Chris Froome est un tout jeune retraité. L’ancien leader des équipes Sky, puis Ineos, a terminé sa carrière (21 saisons) sans éclat, handicapé par les blessures.
Devenu ambassadeur de Skoda, partenaire de la Grande Boucle, l’anglais retrouve les routes du Tour en toute décontraction. Fier de son passé, heureux de son présent : « La retraite, une petite mort? Au contraire, c’est une nouvelle vie. J’ai vraiment l’impression que parvenir à ce stade de ma vie est une période que j’attendais avec impatience. Un point où je peux commencer à mener une vie normale avec ma famille et passer plus de temps à profiter des plaisirs de la vie : goûter de nouveaux plats, essayer des choses qu’en tant qu’athlète vous n’avez simplement pas l’occasion de faire… »
Avant Tadej Pogacar, Chris Froome a régné sur le Tour (lauréat en 2013, 2015, 2016, 2017; 7 victoires d’étape, Maillot Jaune durant cinquanteneuf jours). Le Britannique, également vainqueur du Tour d’espagne en 2011 et 2017 et du Tour d’italie 2018, qui compte parmi les huit lauréats des trois grands Tours (Anquetil, Gimondi,
Merckx, Hinault, Contador, Nibali et Vingegaard ; Pogacar n’a pas remporté le Tour d’espagne) colle son regard sur ce Tour, observe Tadej Pogacar qui fonce ventre à terre vers un 5e Tour et tranche : « À moins qu’il tombe de son vélo, c’est fini.» Série en cours : « J’avais 28 ans quand j’ai remporté mon premier Tour de France. Il a 27 ans maintenant, vous pouvez faire le calcul… La clé ? La motivation. Physiquement, il pourrait le faire pendant encore dix ans, peut-être qu’il pourrait remporter quinze Tours de France, mais je suis sûr qu’à un moment donné, mentalement, il n’aura plus la motivation ou le désir de continuer. Donc, c’est une question très personnelle à laquelle il doit répondre. »
Le Slovène est-il en passe de devenir le plus grand coureur de tous les temps ? Chris Froome compte : « Il a remporté 5 grands Tours (4 tours de France, 1 Tour d’italie), certains coureurs beaucoup plus (Eddy Merckx 11, Bernard Hinault 10, Jacques Anquetil 8, Fausto Coppi, Miguel Indurain, Alberto Contador et lui 7), mais s’il continue sur cette trajectoire, alors il surpassera tout le monde, à coup sûr. » Dans le dos du boulimique Slovène, l’avenir porte un nom : Paul Seixas. Chris Froome assure au sujet du prodige français : « Je ne suis pas sûr de pouvoir prédire l’avenir du Tour, mais il a un potentiel incroyable et il montre qu’il peut revenir ici pour se battre pour le maillot jaune dans des années pas si lointaines, car il est déjà à un niveau incroyable. Surtout à 19 ans, lors de son premier Tour. Son moment sera dans deux ou trois ans, où il pourra vraiment, peut-être quand Tadej aura terminé, se concentrer sur le Tour de France et se battre pour le maillot jaune. » Avant d’ajouter au sujet du leader de l’équipe Decathlon CMA CGM : « Ce qu’il a déjà accompli est phénoménal pour un jeune homme. Il a un avenir prometteur, mais son plus grand adversaire sera le public français, parce que la France n’a pas eu de vainqueur sur le Tour depuis 1985 avec Bernard Hinault, et la partie la plus difficile de son parcours sera d’accepter cette pression pour apprendre à performer malgré cette attente. Je lui souhaite vraiment le meilleur, car il semble avoir un grand potentiel. »
Paul Seixas qui, selon lui, ne doit pas se précipiter : « La question ne devrait pas être de savoir s’il parviendra à se hisser sur le podium à Paris cette année ou s’il ramènera le maillot blanc de meilleur jeune. La question devrait être : prend-il du plaisir à rouler? Peut-il apprendre de cette expérience ? Peut-il apprendre à être un leader? Seul cela compte pour l’instant. » Un conseil ? « Je ne pense pas avoir besoin de lui en donner, il semble très bien s’en sortir. Mais si je pouvais partager une chose, c’est simplement de se concentrer sur ce qu’il doit faire et éliminer le bruit extérieur», insiste le Britannique.
Comme Tadej Pogacar, et d’autres avant lui, Chris Froome a dû affronter la suspicion, tracer sa route sous les sifflets. Son regard devient froid quand il dit : « C’est normal que les gens posent des questions, mais cela doit se faire de manière respectueuse. Je pense que l’ère des soupçons remonte à plusieurs décennies, ce n’est plus le cas maintenant. Cette époque est maintenant loin derrière nous. » Devant, l’anglais imagine avec joie le rendez-vous du Tour de France en Grande-bretagne, en 2027. À Édimbourg pour le grand départ, avant des arrivées d’étapes à Carlisle, Liverpool et Cardiff : « Comme nous l’avons vécu dans le Yorkshire (en 2014), il y avait eu une énorme affluence avec des millions de personnes sur la route, je m’attends à ce que ce soit la même chose l’année prochaine. » Un Tour qui a profondément marqué sa carrière : «Le meilleur moment a été de le remporter pour la première fois. Arriver sur les Champsélysées en jaune, c’est une expérience que je n’oublierai jamais. C’est juste… Waouh! Un sentiment d’accomplissement sans égal. » Et le pire ? « Il y en a eu beaucoup, mais peut-être une chute, et notamment 2014 avec la fracture du scaphoïde et l’abandon (5e étape). »
Loin des chutes et des podiums, Chris Froome restera aussi ce Maillot Jaune éberlué, à pied dans le mont Ventoux en 2016 quand, suite à l’arrêt brutal d’une moto bloquée par la foule ayant provoqué la chute de Richie Porte, il avait vu son vélo être endommagé par l’incident et s’était mis à courir : « C’était vraiment un moment de panique, de stress, mais maintenant, on peut en rigoler. C’est bizarre de voir quelqu’un avec le maillot jaune qui court. C’est une image qui va rester avec moi toute ma vie… » Une vie qu’il aimerait utile, engagée : « Ma véritable passion réside vraiment dans le développement du cyclisme de base, pour les jeunes, les adolescents. Je pense que c’est là que je peux avoir un grand impact. J’ai grandi à Nairobi, en Afrique de l’est, au Kenya, je pourrais peut-être y faire quelque chose dans le futur… »
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